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une vente aux enchères caritative pour soutenir les artistes du continent

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« In The Foret I », de Soly Cissé. Acrylique et pastels sur toile, 2018 (150 cm x 150 cm). Estimation : de 12 000 euros à 15 000 euros.

Soutenir les artistes contemporains africains en ces temps de pandémie de coronavirus. C’est le but de la vente aux enchères qui se déroulera du 28 octobre au 5 novembre sur le site Internet de la maison Drouot.

Une vente particulière car les œuvres proposées ont été cédées gracieusement par leur auteur. Au total, 73 lots dont les prix de départ varient de 600 à 30 000 euros, représentant plus de trente artistes du continent, dont des plasticiens reconnus internationalement comme le Sud-Africain William Kentridge, le Marocain Mohamed Melehi, le Sénégalais Soly Cissé ou le Malien Abdoudaye Konaté.

Une place légitime sur la scène mondiale

« Africa Unite Against Covid-19 » a été initié par la Fondation pour le développement de la culture contemporaine africaine (FDCCA) et l’African Culture Fund (ACF), qui géreront à 50 % chacun les revenus de la vente. Travaillant à valoriser les œuvres auprès d’un public africain, la Fondation veut également participer à la dynamisation du marché de l’art sur le continent. Quant au Fonds, il défend le désir africain d’écrire de nouveaux récits et de donner une place légitime à ses cultures sur la scène mondiale. Les maisons Cornette de Saint Cyr et La Marocaine des arts organisent cette vente à titre gracieux.

« Composition en gris bleu à la Lune », d’Abdoulaye Konaté. Tableau en textile (217 cm x 145 cm). Prix de départ : 29 000 euros.

Pour Fihr Kettani, secrétaire général de la FDCCA, « la fermeture des frontières et les interdictions de rassemblements événementiels ont contribué à empêcher la mobilité des artistes, la circulation des biens culturels, ainsi que les possibilités de leur diffusion. Après un moment de désarroi et de sidération, différentes propositions et initiatives ont émergé. La résilience et la résistance ont toujours été au cœur de la culture et de l’histoire africaine. Si l’issue de notre combat mondial contre cette pandémie est encore incertaine, réfléchir à l’après, ou même au “comment vivre avec” est une obligation ».

Lire aussi « Prête-moi ton rêve », le pari d’une exposition itinérante panafricaine

Certains des artistes donateurs de la vente avaient confié, en 2019, des œuvres à l’exposition panafricaine itinérante « Prête-moi ton rêve », organisée par la FDCCA. Comme pour prouver que montrer les réalisations de plasticiens du continent n’est pas chose impossible en Afrique, bien loin des grandes « kermesses » occidentales.

Une mythologie très personnelle

Influencé notamment par Jean-Michel Basquiat, Francis Bacon ou Jérôme Bosch, l’ancien beach boy et surfeur de Dakar Soly Cissé ne cache pas l’influence de l’Océan dans son œuvre à une certaine époque. Aujourd’hui, le peintre, sculpteur et photographe compose une mythologie très personnelle, faite d’êtres étranges : « Je suis un artiste pluridisciplinaire, toujours à la recherche de nouvelles techniques. Mon travail s’inscrit dans l’expressionnisme narratif ou lyrique : tout dépend des circonstances du moment. »

Pour cette vente, il a « choisi [s]es œuvres avec soin afin qu’elles puissent aider de jeunes artistes qui ont besoin de soutien. C’est avec un plaisir immense que j’ai adhéré à ce projet généreux, solidarité oblige. Etre au rendez-vous du donné et du recevoir, assumer sa culture et aller à la rencontre d’autres ».

« Back to Illusion », de Barthélémy Toguo. Lithographie, 2009 (70 cm x 100 cm). Tirage à 36 exemplaires. Prix de départ : 1 000 euros.

Le Camerounais Barthélémy Toguo, lui, se félicite aussi d’une initiative « très importante ». « Cette vente rentre clairement dans mon engagement associatif sur le continent. J’ai l’habitude d’aider des associations en Afrique. J’ai d’ailleurs créé Bandjoun Station [projet global à vocation sociale, culturelle et agricole sur les hauts plateaux bamiléké dans l’ouest du Cameroun] », explique-t-il.

Inspiré notamment par le discours d’Albert Camus à Stockholm en 1957, où le prix Nobel de littérature précisait que la tâche de l’écrivain est de se tenir du côté des opprimés, par les écrits de Kant, sans oublier son côté animiste, l’artiste estime qu’il est parfois nécessaire d’offrir ses œuvres, comme à Ségou’Art, au Mali, en 2019. « Mon travail est simplement une expression universelle de la vie », précise-t-il.

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Pour Fihr Kettani, « la mission de la Fondation est de rendre la culture contemporaine africaine audible ! D’abord prioritairement en Afrique et pour les Africains, mais aussi au-delà. Cette vente tend également à conforter, dans un moment de crise inédit, que la solidarité existe et fonctionne dans un cercle vertueux qui sait partager et échanger les ressources pour qu’elles bénéficient au plus grand nombre ».

Enfin, pour lui, il s’agit aussi de « stimuler les échanges intergénérationnels entre les artistes confirmés et les artistes émergents par un partage des connaissances et des expériences, et participer à dynamiser un marché artistique intra-africain en connectant les artistes, les galeries et les collectionneurs ».

Voir aussi Quelques œuvres de la vente aux enchères caritative d’art contemporain africain



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L’« affaire des diamants », le boulet du septennat giscardien

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Valéry Giscard d’Estaing, mort mercredi 2 décembre à l’âge de 94 ans, savait manier la litote avec talent. Il en fit la démonstration à propos de sa passion pour le continent africain, ses charmes et ses mystères, ses rites et ses intrigues : « C’est vrai que j’aime l’Afrique. Cet amour a eu des conséquences sur le cours de ma présidence », écrivait-il en 1991, dans Le Pouvoir et la vie, L’Affrontement, deuxième tome de ses Mémoires. De fait, l’Afrique provoquera, pour une bonne part, son échec de 1981.

Cette passion se noue en 1970, à l’occasion d’une première « expédition de chasse » en République centrafricaine, sur la trace des élans de Derby, ces grandes antilopes si habiles à échapper aux pisteurs. Alors ministre de l’économie et des finances, il y retournera en 1971 et en 1973, puis à deux reprises durant son septennat, en 1976 et 1978.

Il y découvre « cet immense continent, maternel et immuable, exactement semblable à ce qu’il était avant l’apparition de l’homme ». « J’étais à ce point séduit, ensorcelé peut-être, que parfois, le soir, avant de m’endormir dans ma chambre de l’Elysée, je m’imaginais y revenir pour un long séjour de plusieurs mois, lorsque j’aurais quitté ma fonction », confesse-t-il dans ses Mémoires.

Le sacre l’empereur financé par la France

Il apprend aussi à y connaître l’extravagant et redoutable président centrafricain, le maréchal Jean-Bedel Bokassa, qu’il gratifiera d’un mémorable « mon cher parent », lors de son premier voyage de chef d’Etat en terre africaine, en mars 1975. Dès lors, les frasques et les ruses de Bokassa ne cesseront d’empoisonner le septennat giscardien. En décembre 1977, quand bien même le président français n’y assiste pas, la France finance ainsi, sans compter, le sacre ridicule de l’empereur autoproclamé Bokassa 1er.

Jean Bedel Bokassa accueille Valéry Giscard d'Estaing sur le tarmac de l'aéroport de Bangui en République centrafricaine, en mars 1975.

Pis, en janvier 1979, une manifestation de lycéens dans la capitale centrafricaine est réprimée violemment et fait des dizaines de morts. Paris élude pendant des mois avant de se rendre à l’évidence : Bokassa a participé lui-même à la mise à mort de plusieurs lycéens en détention. Traitée de « protectrice du bourreau de Bangui » dans les colonnes du Monde, la France se doit de réagir. Quelques mois plus tard, en septembre, ce sont les militaires français de l’opération « Barracuda » qui détrônent l’empereur centrafricain et installent David Dacko à sa place.

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de la tradition à la loi, la lente marche des femmes vers l’émancipation

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Des femmes se rendent au marché de la ville d’Udier, au Soudan du Sud, en mars 2019.

La nuit tombe sur Juba, la capitale sud-soudanaise. Dans le studio d’Advance Youth Radio, Eva Lopa conclut Gender Talk 211, son émission hebdomadaire. Concentrée, elle salue ses invitées, une lycéenne poète et une représentante d’Okay Africa Foundation, qui viennent de discuter une heure avec les auditeurs. Les protections périodiques inabordables et le manque d’équipements sanitaires dans les établissements scolaires étaient au programme de ce rendez-vous où l’on parle de la place des femmes dans la société, de leur contribution à la lutte de libération du Soudan du Sud ou encore des règles.

Les micros coupés, la discussion continue ce soir d’octobre, car les règles, et la façon dont leur arrivée est perçue, en disent long sur le sort des filles au Soudan du Sud. « Ici, on est considérées comme mariables dès qu’on a nos règles ! », lance Kiden, d’Okay Africa Foundation, une ONG sud-soudanaise qui défend les droits des femmes. « Et les filles mariées avant l’âge, personne ne les écoute, elles n’ont pas de voix » renchérit Anek, la lycéenne.

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Parfois, son ONG a même du mal à apporter son soutien car « les victimes refusent notre aide pensant que, puisque c’est la culture, c’est acceptable », déplore Kiden, qui se bat pourtant pour faire évoluer les mentalités dans ce pays où 52 % des filles ont été mariées avant leurs 18 ans (chiffre des Nations unies en 2017), et où seulement 1,3 % d’entre elles sont encore scolarisées à 16 ans contre 10,3 % des garçons du même âge (chiffre des Nations unies en 2018).

Le Soudan du Sud s’est pourtant doté d’un arsenal juridique favorable à l’égalité des sexes. La Constitution – transitoire – garantit dans son article 15 qu’« aucun mariage ne soit entrepris sans le consentement libre et entier de l’homme et de la femme ayant l’intention de se marier ». Très fort, le texte oublie quand même de poser un âge légal et se réfugie derrière un « âge mariable »…

« Une épouse et une mère »

Or, la Convention des droits de l’enfant, qui fixe cet âge légal de mariage à 18 ans, et la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination contre les femmes (Cedaw) ont beau être venues compléter ce texte fondateur, elles n’ont pas vraiment fait avancer les mentalités.

Aujourd’hui encore, « une fillette grandit ici pour devenir une épouse et une mère », résume Eva Lopa. D’ailleurs, la journaliste se souvient comment son père, le journaliste légendaire Alfred Taban, disparu en 2019, la poussait à « devenir pilote, astronaute… tout ce dont je rêvais. Ma mère, elle, s’inquiétait que je ne sache pas cuisiner et se demandait comment j’allais trouver un mari… ». Aujourd’hui, avec ses amies, Eva Lopa « anime des conversations sur le fait qu’il faut éduquer les filles et les garçons de la même manière, pour donner de l’espoir aux jeunes ».

Lire l’analyse : Au Soudan du Sud, la guerre sans fin des éleveurs surarmés

Fondatrice de la plate-forme Gender Talk 211, Aluel Atem, se souvient que ces « espaces de soutien et de discussions en ligne » ont d’abord eu pour but de « répondre aux attaques et au harcèlement » dont certaines étaient victimes du fait de leur positionnement féministe.

Autrice d’un blog, militante de terrain et sur les réseaux, consultante pour diverses organisations dont l’United States Institute of Peace (USIP), Aluel Atem est née pendant la seconde guerre civile soudanaise (1983-2005), dans un camp de réfugiés en Ethiopie, de parents tous deux engagés aux côtés de John Garang dans le Mouvement de libération du peuple du Soudan (Splam), qui a signé l’accord de paix global en 2005 avec Khartoum, ouvrant la voie à l’indépendance du Soudan du Sud en 2011.

Le lévirat, une pratique courante

« Je tiens ma flamme de ma mère, qui était membre du Katiba Banat [“le bataillon des filles” en arabe]. Des jeunes femmes perçues comme des parias de la société à force de défier les stéréotypes », raconte la blogueuse pour qui cette participation des femmes à la lutte de libération « est le chapitre manquant » de l’histoire officielle du pays.

Les femmes y ont pourtant joué un rôle significatif, comme le rappelle Esther Soma, autrice d’un rapport publié en mars par l’ONG Oxfam sur la participation des femmes dans les processus de paix au Soudan du Sud. « Quand la lutte de libération a commencé, beaucoup d’hommes sont partis se battre et, si officiellement les femmes ont pris en main le foyer, certaines sont aussi allées au combat, explique-t-elle. Elles ont formé des associations humanitaires pour soutenir la rébellion et subvenir à leurs propres besoins. Une fois les négociations de paix entamées, elles ont demandé à être incluses. »

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Mais là encore, la réalité ne suit pas les textes. Car si un quota de 25 % de participation des femmes au gouvernement a bien été inscrit dans la Constitution du Soudan du Sud en 2005 (passé à 35 % en 2018), il n’est pas respecté.

L’historienne Stéphanie Beswick estimait en 2001 que « l’échec relatif des pratiques traditionnelles, du fait de la guerre civile » a aussi été un facteur de transformation des rapports de genres dans le pays. Ce fut le cas du lévirat, également désigné par l’expression « Wife Inheritance » (« héritage d’épouse »). Cette pratique courante au Soudan du Sud veut que lorsqu’un homme décède, sa veuve n’a d’autre choix que d’être « remariée » à son frère ou à un autre membre masculin de la famille de son mari, qui hérite aussi des biens et des enfants du défunt.

Polygamie et système de la dot

Cette tradition, qui au départ voulait assurer « qu’une femme ne soit jamais sans mari pour s’occuper d’elle et de ses enfants » a été mise à mal dans les années 1990. Des veuves sud-soudanaises réfugiées dans le nord du Kenya, loin de leur belle-famille et livrées à elles-mêmes après la disparition de leurs maris, ont remis en cause le modèle. Ensuite, les « nouvelles cultures étrangères apportées par les ONG » se sont engouffrées dans la brèche, analyse l’historienne.

Mais il reste un long chemin car, bien qu’atténuées, ces « normes culturelles patriarcales oppressives sont toujours en place », déplore Aluel Atem, qui pointe justement du doigt le lévirat, encore largement appliqué, tout comme la polygamie et le système de la dot. Cette dernière coutume « fait que la communauté exerce un droit sur les femmes, en est propriétaire », précise-t-elle.

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Calculée en bétail chez les Dinka, les Nuer et nombre d’autres ethnies sud-soudanaises, la dot est payée par la famille élargie du marié à celle de son épouse. Si cette dernière souhaite plus tard divorcer, elle doit obtenir l’aval de ses parents, oncles, frères, voire cousins pour qu’ils « remboursent » cette dot. Ce qui rend les divorces très difficiles.

Largement relayée sur Internet et dans les médias internationaux, l’histoire du mariage de Nyalong Ngong Deng, jeune fille originaire de Yirol qui avait 16 ou 17 ans en 2018, illustre à elle seule l’écart entre les normes en vigueur dans les villages et les lois du pays. La famille de Nyalong avait entamé les négociations traditionnelles en vue de son mariage et six hommes étaient en compétition pour l’épouser.

« Des marchandises communautaires »

Tout cela se passait dans la sphère privée d’une famille, d’un clan avant que la publication sur Facebook d’une photo de Nyalong, détaillant les offres de dot record des différents aspirants, ne fasse scandale. Une femme « mise aux enchères de façon barbare sur Facebook » ont alors titré plusieurs sites d’information.

Eva Lopa, qui s’était d’ailleurs engagée dans la campagne pour sauver Nyalong, se souvient avoir dû affronter les défenseurs d’une certaine idée de la culture sud-soudanaise. D’ailleurs, malgré l’émotion suscitée, personne n’a empêché le mariage de la jeune fille à l’homme d’affaires Kok Alat, âgé de 50 ans, moyennant une dot de 500 vaches, 3 véhicules V8 et 10 000 dollars.

En avril 2019, suite au meurtre d’une jeune fille ayant refusé un mariage arrangé, Amnesty International avait à nouveau tenté d’attirer les regards, dénonçant « cette pratique patriarcale » qui traite les filles comme « des marchandises communautaires ».

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Face à ces résistances, Victoria John Angelo, une célibataire de 27 ans, veut garder espoir. Gérante d’un hôtel-restaurant à Juba, et également en charge des activités de consolidation de la paix dans son village d’origine, Terekeka, à 80 kilomètres au nord de Juba, pour la Whitaker Foundation, c’est elle qui subvient aux besoins de ses deux frères et sœurs, de sa mère et d’une jeune femme qu’elle a sauvée d’un mariage forcé.

La jeune femme note un changement suite aux ateliers et discussions conduits dans les villages. Etant elle-même un exemple de femme indépendante, éduquée, capable de gagner de l’argent en travaillant, elle vante les mérites d’envoyer les filles à l’école plutôt que de les marier, rappelant qu’« elles pourront ainsi acheter des vaches avec leur salaire ». Une petite musique qui s’installe doucement, certes, mais où chaque victoire est un destin de femme changé.



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comment la recherche tente de décrypter nos perceptions

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En juin, Emmanuel Macron accusait en bloc « le monde universitaire », « coupable » selon lui d’« encourage[r] l’ethnicisation de la question sociale », et de conduire au séparatisme. Ce qu’a repris à son compte, le 25 octobre, le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer. Pour l’historien Pap Ndiaye, auteur en 2008 de La Condition noire. Essai sur une minorité française (Calmann-Levy, disponible en poche), « les positions de recherche se trouvent caricaturées, jusqu’à emprunter au vocabulaire de l’extrême droite, comme l’islamo-gauchisme. On n’est plus dans le débat, mais dans l’anathème », estime-t-il. Mais que se passe-t-il vraiment dans l’université ?

Episode 1 François Gemenne : « L’universalisme français a perdu sa dimension universelle et cosmopolite »

Des intellectuels, des chercheurs ou des psychanalystes reprochent au recours à la « race » d’occulter les luttes sociales traditionnelles et d’essentialiser les communautés, comme cela a pu être le cas de certains militants radicaux telle Houria Bouteldja, auteure du très controversé Les Blancs, les Juifs et nous (La Fabrique, 2016). La majorité des travaux sur la race restent toutefois prudents et aussi paradoxal que cela puisse paraître, renvoient non pas à une réalité biologique sur laquelle tout le monde s’accorde pour dire qu’elle n’existe pas, mais bien à une catégorie sociale.

« Désigner la position sociale »

« Quand on utilise les expressions personnes non blanches ou personnes blanches », écrit dans Race (Anamosa, 2020) Sarah Mazouz, sociologue chargée de recherches au CNRS, on ne cherche pas à caractériser la couleur de peau, mais à désigner la position sociale que les unes et les autres occupent en fonction de la manière dont les processus de racialisation opèrent dans un contexte particulier. Travailler sur la racialisation permet ainsi de voir par exemple que, selon les contextes, toutes les personnes qui ont la peau blanche ne sont pas catégorisées comme telles et ne bénéficient pas des privilèges qui reviennent à celles et ceux définis comme blanc.he.s. » Raison pour laquelle ces travaux ne parlent pas « des » Noirs ou « des » Blancs, mais de la condition noire ou de la condition blanche. Aux Etats-Unis, par exemple, les Irlandais ou les Italiens ont longtemps été exclus des Blancs, ainsi que le détaille dans son Histoire des Blancs l’historienne Nell Irvin Painter (Max Milo, 2019). Car être « blanc », signifiait être en position de domination.

Episode 2 Lilian Thuram : « Pour ne pas avoir conscience qu’il y a un privilège blanc, il faut être blanc »

Dans l’ouvrage De quelle couleur sont les Blancs dirigé par Sylvie Laurent et Thierry Leclère (La découverte, 2013), quand on demande à l’historien Gérard Noiriel « qu’est-ce qu’être blanc ? », il répond que cette question « n’a rien de scientifique ». Et à ses yeux, « la racialisation du discours public contribue à l’enfermement identitaire de la fraction déshéritée de la jeunesse populaire. Privés de toute possibilité de diversifier leurs appartenances et leurs affiliations, ces jeunes intériorisent un vocabulaire racial qu’ils n’ont pas inventé, mais dans lequel ils se reconnaissent, ce qui explique qu’ils puissent se représenter le monde social de manière binaire et ethnicisée ». Ce qui signifierait donc bien une ethnicisation de la question sociale, celle-là même que le chef de l’Etat dénonçait en juin et à laquelle, selon Gérard Noiriel et Stéphane Beaud dans une tribune publiée dans Le Monde, il aurait lui-même contribué en employant à plusieurs reprises l’expression de « mâle blanc ». Reste qu’à partir des mêmes contenus, l’analyse peut aussi différer…

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