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une juste révolte contre l’impunité

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Editorial du « Monde ». Première puissance économique du continent africain, pays connu pour son dynamisme et sa créativité, mais aussi pour sa corruption et ses inégalités abyssales, le Nigeria est en proie à une révolte inédite de sa jeunesse. Depuis deux semaines, des manifestations secouent le pays non seulement à Lagos, mégalopole de vingt millions d’habitants et capitale économique du pays, mais dans plusieurs autres villes, dont Abuja, sa capitale fédérale. Déclenchée par une vidéo montrant des policiers abattant un homme de sang-froid, la révolte contre les violences policières s’est muée en une contestation globale du régime revendiquant la démission du président, Muhammadu Buhari. Le soulèvement de la jeunesse urbaine se nourrit aussi de l’exaspération après un confinement anti-Covid-19 levé cet été, mais qui a asphyxié l’économie.

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Au moins dix-huit personnes sont mortes dans ces affrontements avec la police avant même le « mardi sanglant », ce 20 octobre, au cours duquel un millier de manifestants rassemblés à un péage de Lagos ont été dispersés par des tirs à balles réelles. La police et l’armée sont mises en cause, mais aussi des voyous stipendiés pour jeter le discrédit sur le mouvement. Depuis lors, des jeunes continuent de braver le couvre-feu instauré pour tenter de stopper leur révolte. La promesse du président de dissoudre la brigade spéciale de la police nigériane, accusée de tortures et d’exécutions sommaires par Amnesty international, convainc d’autant moins les manifestants qu’elle a déjà été formulée, en vain, par le passé.

Vieux militaires brutaux

La jeunesse du Nigeria – 60 % de ses 200 millions d’habitants ont moins de 24 ans – ne supporte plus d’être exclue par un système politique incapable de réduire l’extrême pauvreté et dont la violence est couverte par une totale impunité. Le président Buhari, 77 ans, ancien général putschiste finalement élu en 2015, focalise le mécontentement : taiseux, claquemuré à Abuja, impuissant à vaincre l’insurrection islamiste de Boko Haram au nord-est, tout comme le grand banditisme, qui met en coupe réglée la région pétrolière du delta du Niger, il personnifie un pouvoir de vieux militaires du Nord, brutaux et incapables d’écouter la population. Son armée se caractérise par sa propension à commettre des exactions sur des civils réduits au silence – y compris numérique – loin des grandes villes. En dépit de la manne pétrolière, le revenu moyen nigérien ne dépasse pas 5 dollars (4,20 €) par jour, et l’espérance de vie plafonne à 52 ans.

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L’impunité qui protège les responsables des violences au Nigeria est inacceptable. L’Union européenne et l’ONU réclament, à juste titre, qu’ils soient « traduits en justice » et que les abus policiers cessent. Locomotive de l’Afrique de l’Ouest, ce pays qui fait rêver tant d’Africains devrait se montrer exemplaire. Cela passe en tout premier lieu par la nécessité d’écouter les revendications d’une jeunesse qui réclame la justice, la fin de l’arbitraire des forces armées et la redistribution des richesses. Un programme ambitieux, qui, soixante ans après les indépendances, pourrait être celui de bien des pays du continent.

Le Monde



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la sélection musicale du « Monde Afrique » #30

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Chaque mercredi, Le Monde Afrique vous présente trois nouveautés musicales issues ou inspirées du continent. Cette semaine, place au cosmopolitisme avec le duo franco-camerounais Bafang, le groupe suisse Sirens of Lesbos et la formation afro-colombienne Nkumba System.

« Ibabemba », de Bafang

Une mère française, un père camerounais, un modèle nommé Jimi Hendrix, des influences allant du blues de Tinariwen au makossa de Manu Dibango, une batterie, une guitare, quelques effets et deux voix… Tel est le cocktail survitaminé qui définit le duo afro-rock Bafang, basé en Normandie et composé des frères Lancelot et Enguerran Harre, dont le premier album, Elektrik Makossa, est paru vendredi 27 novembre. Bafang, c’est la ville d’origine de leur père, dans l’ouest du Cameroun, et l’une des dix-neuf localités citées dans le morceau Ibabemba, voyage psychédélique entre la France et l’Afrique.

« Like Some Dream », de Sirens of Lesbos (feat. JID)

Melting-pot. Le mot s’impose pour décrire le groupe Sirens of Lesbos et son album SOL, sorti le 6 novembre. Melting-pot d’horizons, puisque les cinq Suisses mêlent des origines helvétiques, britanniques et tchèques, mais aussi soudanaises et érythréennes à travers les chanteuses Jasmina et Nabyla Serag, filles de réfugiés politiques. Et melting-pot d’influences, celles-ci allant de la disco à la soul, comme sur le titre Like Some Dream, avec le rappeur américain JID. Les Bernois avaient connu un premier succès en 2014 avec le single Long Days, Hot Nights, taillé pour les boîtes de nuit.

« Paisano », de Nkumba System (feat. Mamani Keïta)

Le cosmopolitisme est aussi au rendez-vous chez Nkumba System. Fondé en 2018 à Bogota par le guitariste Guillo Cros et aujourd’hui basé à Marseille, le groupe est formé de musiciens français, colombiens, cubains et camerounais (avec le guitariste Simba Daniel Evousa et la chanteuse Cindy Pooch). Paru le 13 novembre, son premier album, Bailalo Duro, fait la jonction entre les musiques afro-colombiennes (cumbia, currulao…) et africaines (highlife ghanéen, makossa camerounais, rumba congolaise…). Sur le morceau Paisano, Nkumba System a également invité la chanteuse malienne Mamani Keïta.

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L’ONU obtient de l’Ethiopie un accès humanitaire illimité au Tigré

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Depuis plus d’un mois, un conflit oppose le gouvernement éthiopien et les dissidents de la région du Tigré.

A l’issue de quatre semaines de conflit armé, l’ONU s’est vu octroyer, par le gouvernement éthiopien, un accès illimité à la région du Tigré après de nombreuses demandes, selon un document consulté, mercredi 2 décembre, par l’Agence France-Presse (AFP).

Ce document, un accord signé par l’ONU et le ministre éthiopien de la paix, autorise « un accès sans restriction, continu et sécurisé du personnel et des services humanitaires aux populations vulnérables dans les régions gérées (par le gouvernement) au Tigré et dans les zones frontalières des régions Amhara et Afar » voisines.

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Un haut responsable onusien ayant requis l’anonymat a expliqué à l’AFP que cet accord permettrait aux Nations unies et à ses partenaires humanitaires de délivrer de l’aide « partout où des gens en ont besoin ». De premières évaluations en matière d’aide sur place commenceront « dès que nos équipes de sécurité nous donneront le feu vert ».

Une région coupée du monde

Le Tigré, région septentrionale frontalière avec l’Erythrée, est privé de tout approvisionnement depuis le 4 novembre, lorsque le premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, a envoyé l’armée fédérale à l’assaut des forces du Front de libération du peuple du Tigré, organisation qui dirige la région et défiait son autorité depuis des mois. L’ONU mettait en garde depuis plusieurs semaines contre une possible catastrophe au Tigré, quasiment coupé du monde depuis, en raison d’un black-out sur les communications et des restrictions d’accès.

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Avant le conflit, environ 600 000 personnes – dont 96 000 réfugiés érythréens vivant dans quatre camps – dépendaient totalement de l’aide alimentaire pour se nourrir au Tigré, et un million d’autres bénéficiaient d’un « filet de sécurité » alimentaire, selon le Bureau onusien de coordination humanitaire.

Quatre semaines de combats ont poussé quelque 45 500 personnes à fuir au Soudan voisin et ont déplacé un nombre indéterminé d’hommes, de femmes et d’enfants à l’intérieur du Tigré. M. Abiy a clamé victoire samedi, après la prise annoncée de la capitale régionale, Mekele, par les troupes gouvernementales et dit contrôler la quasi-totalité du Tigré. Mais le président de la région, Debretsion Gebremichael, a promis de poursuivre le combat contre « les envahisseurs ».

Le Monde avec AFP



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Afrique

Amnesty dénonce une « frénésie d’exécutions » avec 57 mises à mort depuis octobre

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Amnesty International a dénoncé, mercredi 2 décembre, une « frénésie d’exécutions » en Egypte avec la mise à mort d’au moins 57 personnes ces deux derniers mois, traduisant une « crise profonde des droits humains » dans le pays.

« Les autorités égyptiennes se sont lancées dans une horrible frénésie d’exécutions ces derniers mois, mettant une multitude (de prisonniers) à mort », a estimé Philip Luther, responsable de l’organisation non gouvernementale (ONG) pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, cité dans un communiqué mercredi.

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Selon Amnesty, rien qu’« en octobre et novembre, les autorités égyptiennes ont exécuté au moins 57 hommes et femmes » et ces chiffres représentent « probablement une sous-estimation » du nombre réel. Pour toute l’année 2019, 32 personnes avaient été exécutées, selon l’ONG.

L’organisation, qui dénonce des condamnations obtenues après des « confessions entachées de torture », regrette également que les autorités ciblent aussi les « courageux défenseurs des droits humains » qui documentent ces violations.

Amnesty évoque ainsi les arrestations en novembre par les autorités égyptiennes de trois membres de l’Initiative égyptienne pour les droits personnels (EIPR), pour les interroger sur leur travail de documentation sur la justice criminelle.

« Représailles »

Selon Amnesty, la « frénésie d’exécution » a commencé après un incident violent en septembre au cours duquel quatre prisonniers et quatre gardiens de prison ont été tués. Les exécutions sont des « représailles apparentes » à cet incident, juge Amnesty.

L’organisation précise qu’en plus des 57 exécutions qu’elle a pu vérifier, « les médias pro-gouvernement ont rapporté que 31 autres hommes et femmes ont été exécutés en octobre et novembre ». Informations qui n’ont pas pu être vérifiées par l’ONG des droits humains.

De son coté, Human Rights Watch (HRW) avait affirmé le 22 octobre que 49 exécutions avaient eu lieu en dix jours en octobre. Comme Amnesty dans son communiqué mercredi, HRW avait demandé « l’arrêt immédiat » des mises à mort.

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Par ailleurs, Amnesty regrette qu’en raison du « manque de transparence des autorités, le nombre de prisonniers actuellement menacés d’exécution est inconnu ».

L’ONG cite le cas du moine copte Wael Tawadros, condamné en avril 2019 pour le meurtre d’un évêque, qui a subi un « traitement discriminatoire et punitif » comprenant une absence de correspondances avec sa famille ou d’accès à un prêtre.

Depuis la destitution par l’armée en 2013 du président islamiste Mohamed Morsi et l’arrivée au pouvoir l’année suivante d’Abdel Fattah Al-Sissi, une répression croissante s’est abattue sur toute forme d’opposition, islamiste ou libérale en Egypte.

Le Monde avec AFP



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