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« Pour nos parents, c’était dur, on sentait la déchirure »

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Des tentes plantées sur le terrain militaire de Bourg-Lastic (Puy-de-Dôme) où furent hébergés entre juin et septembre 1962 les Harkis et leurs familles, en 1962.

Depuis le bourg de Chalvignac (Cantal), il faut s’enfoncer par une route étroite et sinueuse dans la vallée encaissée de la Dordogne. Tout au fond, un peu à l’écart de la poignée de maisons du village d’Aynes, un vieux préfabriqué de ciment au milieu d’une clairière : c’est le seul vestige du hameau de forestage qui a accueilli des dizaines de familles harkies de 1962 jusqu’au milieu des années 1970.

« Ce petit local abritait les douches et une salle de télé, raconte Amar Rehaïli. C’est le chef de camp, que l’on appelait le lieutenant, qui avait la clé. » Tout autour s’alignaient deux rangées de baraquements aujourd’hui détruits. « Il y avait deux familles par préfabriqué. Chacune disposait d’une cuisine et de deux chambres. »

M. Rehaïli est arrivé à Aynes en 1963 avec ses parents et ses cinq frères et sœurs. Il avait 4 ans. « Pour nos parents, c’était très dur, on sentait la déchirure. Ils étaient à la fois rejetés en Algérie et rejetés en France où on les traitait de “bougnoules”. »

Zaïdi Bourekouche avait 12 ans quand il est arrivé à Aynes. « C’était insalubre. Dans les logements, il y avait juste un robinet. Les toilettes étaient à l’extérieur. Les conditions étaient vraiment inhumaines. Les harkis méritaient autre chose que ce qu’ils ont vécu. En matière de reconnaissance de cette réalité-là, les choses n’ont pas évolué. » Un pas a tout de même été fait avec l’instauration en 2003 par Jacques Chirac, alors président de la République, d’une Journée nationale d’hommage aux harkis qui se tient chaque 25 septembre.

Une arrivée des harkis « ni voulue ni prévue »

Les harkis ? « C’est l’histoire d’un abandon », résume le préfet Dominique Ceaux dans le rapport rendu en juillet 2018 à Geneviève Darrieussecq, la ministre déléguée auprès des armées, chargée de la mémoire et des anciens combattants. Le terme désigne les quelque 150 000 supplétifs algériens de l’armée française pendant la guerre d’Algérie et leurs familles. Le rapport note que l’engagement de ces auxiliaires militaires était « très marginalement idéologique », « plutôt déterminé par les circonstances locales et la pression économique ».

Lire aussi Des aides financières en faveur des harkis annoncées par le gouvernement

Le consensus historique fixe entre 60 000 et 80 000 le nombre de harkis massacrés en Algérie après le cessez-le-feu du 19 mars 1962. Et de 60 000 à 80 000 le nombre de ceux, familles comprises, qui se sont réfugiés en France. Beaucoup ont passé des années dans des camps – Rivesaltes (Pyrénées-Orientales), Saint-Maurice-l’Ardoise (Gard), Bias (Lot-et-Garonne), etc. –, dans les 70 hameaux de forestage dans lesquels ils travaillaient pour l’Office national des forêts ou dans des cités en marge de petites villes.

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Au Maroc, la beauté à tout prix

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Après des injections la veille, Tami est de retour, le 1er octobre, à la Guess Clinic de Casablanca pour une visite de contrôle.

Le code vestimentaire est strict : robe du soir portée au ras des fesses, décolleté plongeant, stilettos hauts de quinze centimètres. Il faut absolument le sac de grande marque, à défaut une imitation, les lunettes de soleil à strass, la montre plus large que le poignet, dorée de préférence. Fadela* pose une dernière couche de mascara sur ses faux cils avant de sortir du taxi. Le chauffeur a pris soin de la déposer à quelques mètres de l’entrée principale du complexe de restaurants-clubs La Corniche.

Devant ce nouveau haut lieu de rencontre de l’élite casablancaise, les clients arrivent au volant de voitures de luxe et de gros 4 × 4 aux vitres fumées. Fadela préfère parcourir le reste du chemin à pied plutôt que d’être aperçue en taxi, un moyen de transport bon marché au Maroc. Tant pis pour la douleur. Elle se remet tout juste d’une opération chirurgicale appelée « BBL », Brazilian Butt Lift.

La procédure popularisée au Brésil consiste à prélever de la graisse dans une autre partie du corps, généralement le ventre, pour la transférer dans les fesses. Au Maroc, le BBL, ou son dérivé, « MBL », pour Moroccan Butt Lift, est une des chirurgies les plus prisées par les jeunes femmes qui rêvent d’un postérieur imposant tout en ayant une taille de guêpe. « En résumé, toutes les Marocaines ! », sourit Fadela.

« Depuis mon opération des fesses,
j’ai rencontré un gars qui me loue un appartement au centre-ville. Il prend soin de moi, me fait des cadeaux, m’emmène au restaurant. » Fadela, 28 ans

Depuis qu’elle s’est payé cette nouvelle paire de fesses aux proportions impressionnantes, la jeune femme de 28 ans a enterré sa vie d’avant. Fini les réveils à 6 heures du matin pour se rendre au travail depuis son quartier périphérique de la ville, les galères financières et les gens ordinaires. Fadela ne fréquente désormais plus que les beaux quartiers, sauf lorsqu’elle rend visite à sa famille. « J’ai dit que j’avais pris des vitamines pour grossir. Je les aide financièrement, alors ils ne posent pas de questions. »

L’intervention a coûté 4 000 euros, l’équivalent d’une année entière de son salaire d’esthéticienne. « Le médecin a échelonné le paiement sur deux ans », raconte la jeune femme. Mais cet outil de séduction représente surtout un investissement rentable.

« Depuis mon opération, j’ai rencontré un gars qui me loue un appartement au centre-ville. Il prend soin de moi, me fait des cadeaux, m’emmène au restaurant. Bientôt, je pourrai arrêter de travailler, dit-elle en sirotant son cocktail, les yeux rivés sur son iPhone XR. Moi, je ne suis pas née avec une cuillère en argent dans la bouche. Si tu veux rester plate, il faut bosser dur. Mais les fesses, ça paie : y en a qui font vivre toute leur famille avec ! »

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La Côte d’Ivoire en route pour un troisième mandat d’Alassane Ouattara et un avenir incertain

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Le président ivoirien Alassane Ouattara à un meeting à Anyama, au nord d’Abidjan, mercredi 28 octobre.

Si seulement elle le pouvait, Sophie aimerait suspendre le temps. « Vraiment, on ne veut pas que le mois finisse », confie-t-elle. Pour une fois, ce n’est pas son modeste salaire qui la préoccupe, mais cette date du samedi 31 octobre que tous les Ivoiriens ont soulignée sur leur calendrier avec une pointe d’inquiétude.

Dix ans après une élection présidentielle conclue dans le fracas des armes et sur un bilan officiel de plus de 3 200 morts, la Côte d’Ivoire, ou plutôt une partie de la Côte d’Ivoire, s’apprête à voter. Les paramètres ont changé, deux forces militaires ne se font plus face, coupant le pays sur une ligne Nord-Sud, mais la psychose d’une joute électorale qui dérive dans la violence entre communautés, généralement affiliées à l’un des trois grands partis qui ont tour à tour occupé le pouvoir, est réelle.

Plus de 35 000 forces de sécurité

Depuis que le président Alassane Ouattara est revenu, le 6 août, sur sa promesse de départ, du fait de la mort d’Amadou Gon Coulibaly, premier ministre et successeur qu’il s’était choisi, les affrontements survenus dans différentes localités ont fait au moins une trentaine de morts selon les autorités – le double selon l’opposition. Malgré son échec retentissant sur le cas de Laurent Gbagbo, la procureure de la Cour pénale internationale (CPI), Fatou Bensouda, a envoyé un message d’avertissement, prévenant que ces actes pourraient relever de sa compétence.

Lire aussi La procureure de la Cour pénale internationale conteste l’acquittement de Laurent Gbagbo

Dans ce contexte, combien des 7,5 millions d’inscrits se rendront-ils aux urnes pour départager quatre candidats, dont deux opposants qui refusent le vote ? La participation est l’un des premiers enjeux, alors que l’opposition s’est coalisée contre le président sortant et sa volonté de briguer un troisième mandat. L’ex-président Henri Konan Bédié et l’ancien premier ministre de Laurent Gbagbo, Pascal Affi N’Guessan, ont appelé leurs militants à boycotter et à empêcher le déroulement de ce scrutin encadré par tout ce que la Côte d’Ivoire compte d’uniformes.

Plus de 35 000 soldats, policiers, gendarmes, douaniers, agents des eaux et forêts ont été mobilisés. La lassitude envers des responsables politiques qui, depuis trente ans, se sont lancés dans une lutte mortifère pour le pouvoir pourrait aussi pousser une partie des électeurs à bouder le vote.

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En Algérie, le Hirak en quête d’un nouveau souffle

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Une femme passe devant une affiche annonçant le référendum de dimanche 1er novembre en Algérie, le 27 octobre à Alger.

Yosra [le prénom a été changé] rit souvent, yeux marron malicieux et conviction inébranlable. Agée de 25 ans, l’étudiante ne renonce pas malgré l’étau policier qui se resserre implacablement autour des fidèles du Hirak, le mouvement de protestation dont l’Algérie a été le théâtre au fil de l’année 2019. « On est passé à un stade supérieur de répression », grince-t-elle. Membre du Collectif étudiant de Constantine (CEC), elle est intarissable sur les mille et une vexations que son groupe essuie de la part des autorités. Il est bien loin le temps où ses amis s’activaient librement à la fac autour d’idéaux exaltant une Algérie à reconstruire.

« On nous a complément fermé l’auditorium, se désole-t-elle. Il y a aussi des étudiants infiltrés, et on retrouve les flics de partout, même dans les rassemblements. Au sein de la fac, c’est infesté ! » Yosra a trouvé une parade pour tromper la vigilance de la police. Elle ajuste différemment au gré des circonstances le foulard qui lui recouvre des mèches brunes, le portant parfois en turban, petite ruse lui permettant de déjouer la surveillance.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi En Algérie, un référendum pour neutraliser le Hirak

A la veille du référendum sur la révision de la Constitution auquel les Algériens sont conviés dimanche 1er novembre à l’appel d’un régime impatient de reprendre la main, le Hirak donne toutes les apparences – mais les apparences seulement – de la démobilisation. L’heure n’est plus où des centaines de milliers de protestataires, parfois des millions, envahissaient chaque vendredi les villes d’Algérie pour réclamer le « départ du système ». Le Covid-19 a eu raison de cette ferveur populaire sans précédent depuis l’indépendance de 1962, les consignes de précaution sanitaires prises par les manifestants eux-mêmes ayant été mises à profit par le régime pour arrêter ou censurer les noyaux les plus actifs. « Le pouvoir a profité de la pandémie du Covid-19 pour casser le Hirak, casser l’opposition et faire taire toutes voix discordantes », déplore Zoubida Assoul, avocate et présidente du parti d’opposition Union pour le changement et le progrès (UCP).

Génération d’irréductibles

« Cassé » peut-être dans ses manifestations les plus visibles, le Hirak survit néanmoins, relayé par une minorité endurcie par les épreuves. Abdenour, étudiant à l’université de Bab Ezzouar (banlieue Est d’Alger), est le prototype de cette génération émergente d’irréductibles. Visage fin piqué d’une barbe clairsemée, casquette kaki sur le crâne, le jeune homme âgé de 21 ans est un membre actif du Rassemblement estudiantin pour le changement (REC), l’une des coordinations qui avaient éclos au printemps 2019 dans les universités. Il est de tous les rassemblements de soutien aux détenus – l’Algérie compte aujourd’hui environ 80 prisonniers d’opinion – devant les prisons ou les tribunaux. C’est lui qui donne le ton dans les chants repris lors des sit-in de soutien au journaliste Khaled Drareni, directeur du site d’informations Casbah Tribune, condamné en septembre à deux ans de prison ferme et devenu une figure emblématique du Hirak réprimé.

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