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Paris, Berlin et Londres rejettent tout retour des sanctions contre l’Iran, Mike Pompeo les accuse de « s’aligner sur les ayatollahs »

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Mike Pompeo lors d’un point presse au siège de l’ONU, à New York, le 20 août.

La France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont annoncé, jeudi 20 août, ne pas soutenir l’initiative prise devant les Nations unies (ONU) par les Etats-Unis pour réclamer le rétablissement des sanctions internationales contre l’Iran, accusé d’avoir violé l’accord de 2015 sur le nucléaire.

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Les Etats-Unis ont déclenché ce mécanisme, dit « snapback », au titre d’un des « participants » à l’accord sur le nucléaire iranien de 2015 (dit JCPoA). Or « la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni notent que les Etats-Unis ont cessé d’être un participant au JCPoA à la suite de leur retrait de l’accord » en 2018, soulignent leurs chancelleries, qui ne peuvent « pas soutenir cette initiative, incompatible avec nos efforts actuels de soutien au JCPoA ».

« Nous demeurons engagés en faveur du JCPoA en dépit des défis majeurs engendrés par le retrait des Etats-Unis et nous sommes convaincus que nous devons traiter la question du non-respect systématique par les Iraniens de leurs engagements en vertu du JCPoA dans le cadre d’un dialogue entre les participants à l’accord », ont écrit les trois pays européens dans le communiqué. « Nous appelons instamment l’Iran à revenir sur toutes ses actions incompatibles avec ses engagements nucléaires et à revenir sans délai à leur plein respect », soulignent-ils.

« Ils ont choisi de s’aligner sur les ayatollahs »

« Nos amis en Allemagne, en France et au Royaume-Uni m’ont dit en privé qu’ils ne voulaient pas que l’embargo sur les armes » visant l’Iran « soit levé », a rapidement réagi le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo, depuis le siège de l’ONU à New York. « Et pourtant ils ont choisi de s’aligner sur les ayatollahs » en ne votant pas en faveur de la résolution américaine pour le prolonger, a-t-il ajouté.

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Donald Trump a annoncé, mercredi 19 août, vouloir revenir aux sanctions établies jusqu’en 2015. Cette procédure consiste à activer le snapback, un mécanisme permet aux Etats-Unis de se prévaloir de leur participation initiale à l’accord sur le nucléaire iranien passé entre Téhéran et les grandes puissances en 2015 pour obtenir une réimposition automatique de toutes les sanctions préexistantes. Bien que M. Trump ait décidé de quitter cet accord en 2018, cette démarche reste possible du fait de la rédaction hasardeuse de la résolution 2231 qui, il y a cinq ans, consacrait cette grande réussite diplomatique de l’ère Obama.

Or, selon cette résolution, les Etats « participants » ont la possibilité de dénoncer unilatéralement un « non-respect notable » de ses « engagements » par un autre signataire, une procédure inédite censée permettre d’aboutir, au terme de 30 jours, au rétablissement, ou snapback, des sanctions internationales contre Téhéran qui avaient été levées en échange de sa promesse en matière atomique. Et ce, sans possibilité pour les autres, comme Moscou ou Pékin, d’opposer leur veto.

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Le Monde avec AFP

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Afrique

Au Mali, un colonel major à la retraite pour succéder aux colonels de la junte

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Ba N’Daw après sa nomination comme ministre de la défense, le 28 mai 2014 à Bamako.

Avec des militaires qui ont fait de la rareté de leurs prises de parole une stratégie, chaque indice mérite d’être pris en compte. Ainsi, lorsque le matin du lundi 21 septembre, le capitaine D. explique depuis le perron du quartier général du camp Soundiata-Keïta de Kati, épicentre du pouvoir malien depuis le coup d’Etat du 18 août, que son chef, le colonel Assimi Goïta, doit parler sous peu sur les antennes de la Radio-Télévision nationale, il semble urgent d’aller prêter l’oreille à cette déclaration inattendue.

Comme il l’avait fait un mois plus tôt, en devançant dans l’action d’autres équipes de soldats qui projetaient de renverser le président Ibrahim Boubacar Keïta (« IBK »), le quintet de colonels à la tête du Conseil national du salut du peuple (CNSP) a pris tout le monde de court en dévoilant l’identité de celui qui présidera la transition au Mali.

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Les observateurs du pays espéraient que soit mis en place par la junte, lundi 21 septembre, un collège chargé de désigner les futurs président et vice-président ; puis, le lendemain, date hautement symbolique du 60e anniversaire de l’indépendance, l’annonce des noms des personnalités chargées de conduire le pays à de nouvelles élections dans dix-huit mois. Dimanche, un diplomate de haut rang s’inquiétait même des intentions réelles des militaires. « Ils prennent trop de temps. Il y a anguille sous roche », estimait-il alors que la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) avait exigé une remise du pouvoir à des civils au plus tard le 22, sous peine sinon de durcir les sanctions contre le Mali, celles-ci pouvant aller jusqu’à une mise sous embargo total de ce pays enclavé et largement dépendant des appuis extérieurs.

Béret vert vissé sur le crâne, treillis ajusté, le colonel Assimi Goïta, le chef de la junte, se disant conscient du « contexte global » dans lequel se trouve son pays, a en moins de trois minutes d’intervention débloqué en partie la situation. « A l’issue des assises de ce 21 septembre 2020, le collège a désigné les personnes ci-après pour assurer la mise en œuvre de la feuille de route de la transition. Président de la transition au Mali : M. Ba N’Daw [également orthographié Ba N’Dao ou Ba N’Daou]. Vice-président de la transition : colonel Assimi Goïta. La cérémonie de prestation de serment aura lieu le vendredi 25 septembre », a déclaré le président du CNSP.

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« Seule proposition »

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Afrique

En Afrique, les accouchements par césarienne progressent… au risque de déraper

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Une sage-femme s’occupe d’un nouveau-né à l’hôpital de Treichville, en Côte d’Ivoire, en 2015.

Les femmes qui bénéficient d’un accouchement par césarienne ne sont pas toujours celles qui en auraient besoin. Ce qui est vrai à l’échelle de la planète l’est aussi en Afrique, même si cette zone géographique est celle où se pratique le moins ce geste médical.

Obstétricien de formation et chercheur au Centre Population & Développement (Ceped, université Paris-Descartes) et à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), Alexandre Dumont vient d’établir avec Christophe Z. Guilmoto un panorama mondial de cette intervention chirurgicale qui prévient efficacement la mortalité maternelle et néonatale lorsqu’elle est pratiquée à bon escient. Publiée dans le numéro 581 de Population & Sociétés, le bulletin de l’Institut national d’études démographiques (INED), leur travail montre que si 21 % des naissances se font par césarienne dans le monde, les moyennes nationales s’échelonnent, elles, de 1 % à 58 %.

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Et sur les 28 pays qui enregistrent des chiffres en deçà de 5 %, les trois quarts se situent en Afrique subsaharienne. « On observe les taux les plus faibles au Niger, au Tchad, en Ethiopie, à Madagascar. Parmi les grands pays désavantagés, on relève le Mali (2 %), le Nigeria (3 %), l’Afghanistan (3 %) et le Congo (5 %) », précise l’étude. Ce qui place sans grande surprise l’Afrique comme le continent où l’on naît le moins souvent de cette manière.

Gratuité des soins obstétricaux

Pourtant, Alexandre Dumont y observe aussi des changements assez rapides. « Dans les années 1990, le taux de naissance par césarienne était de l’ordre de 1 % dans la plupart des pays d’Afrique centrale et d’Afrique de l’Ouest, rappelle-t-il. Et il est resté stable durant une décennie, avant de commencer à augmenter dans les années 2000, notamment dans les pays qui avaient développé la gratuité des soins obstétricaux. » Ce médecin qui a travaillé en Afrique de l’Ouest a pu observer, quelques années après la mise en place de ces politiques volontaristes, un impact net sur les chiffres. Ainsi au Mali, le taux est passé de 1,7 % en 2006 à 2,9 % six ans plus tard ; au Burkina, de 0,7 % à 3,7 % ; et au Sénégal, de 3,5 % à 5,3 %.

En parallèle à cette augmentation qui permet de sauver des vies de mères et d’enfants dans cette zone où la mortalité néonatale reste la plus élevée au monde, ce ne sont pas toujours les indications médicales qui prévalent dans la décision de pratiquer ce geste chirurgical. Dans une grande maternité de Dakar où il a exercé, Alexandre Dumont a ainsi été témoin de l’arrivée des césariennes de confort. Il se souvient comment « une femme de la catégorie des “protégées”, comme on appelle celles qui sont parentes ou amies de la sage-femme, a été envoyée au bloc alors que la césarienne était moins une indication médicale qu’un supposé “confort” dans ce monde où la péridurale n’existe pas ». Ce cas n’est pas unique dans un univers où les salles de travail demeurent souvent spartiates.

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Au Burkina Faso, la sociologue et sage-femme Clémence Schantz et l’épidémiologiste Charles Kaboré ont mené un travail d’observation montrant que 24 % des césariennes réalisées dans les hôpitaux où ce geste est gratuit n’étaient pas médicalement justifiées. « Cette pratique abusive est plus fréquente dans les villes, lorsqu’elle est réalisée par du personnel peu qualifié, et parmi les femmes issues des catégories sociales les plus favorisées », précisent MM. Dumont et Guilmoto. Si ce phénomène est plus prégnant sur d’autres continents, ses effets pervers sont plus importants en Afrique. Outre son coût financier et le danger d’un geste chirurgical sous anesthésie qu’il fait inutilement courir aux mères, il mobilise inutilement des praticiens en sous-effectif et des blocs opératoires rares, alors qu’au même moment une urgence vitale pourrait se présenter.

Une « épidémie » de césariennes

Mais sur ce point comme sur bien d’autres, l’Afrique suit la marche du monde. Au niveau planétaire, le taux mondial de césarienne a presque triplé en un quart de siècle, passant de 6,7 % en 1990 à 19,1 % en 2014, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui estime que le « bon » taux – celui qui permet de limiter la mortalité périnatale sans virer dans l’excès – se situe entre 10 % et 15 %. « Si on regarde les courbes africaines à l’aune de cette progression mondiale, on risque fort d’y aboutir à la même épidémie de césariennes qu’ailleurs d’ici quinze ans », diagnostique Alexandre Dumont.

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Alors que l’île Maurice ou les Seychelles sont déjà à 45 % de césariennes, le Ghana à 13 % et l’Algérie à 16 %, c’est pour éviter les dérives que M. Dumont va accompagner l’installation de la pratique dans quatre pays, dont un en Afrique, le Burkina Faso. « Nous serons présents à compter de janvier 2021 dans une série d’hôpitaux sélectionnés, précise-t-il. Nous y informerons les femmes des différents modes d’accouchement et aiderons les médecins et les sages-femmes à analyser leurs pratiques au regard des indications médicales de la césarienne. » Le médecin a déjà observé que cette simple délivrance d’informations, si elle est bien dispensée, peut faire diminuer de 25 % le nombre de césariennes pratiquées dans un hôpital.



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des tréfonds d’Abidjan aux bords de Seine, la quête littéraire de Yaya Diomandé

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Yaya Diomandé feuillette « Abobo Marley », son premier roman, dans la cour de la Cité internationale des arts, à Paris, le 17 septembre 2020.

Un air de piano envahit la cour, échappé d’une chambre d’artistes. Il fait doux sur Paris ce matin de septembre et Yaya Diomandé savoure sa présence ici comme un gourmet goûte un dessert. Il sait la Seine à deux pas de sa Cité internationale des arts, la cathédrale Notre-Dame qui veille sur la ville, comme tous les trésors architecturaux du Marais qu’il se tort le cou pour embrasser d’un regard dès qu’il sort dans le quartier. Mais malgré tout, il peine encore à y croire.

Se retrouver bengue, alors que la vie l’avait jusque-là oublié dans les tréfonds d’Abidjan n’est pas un petit bouleversement. Dans la capitale économique ivoirienne, bengue est le terme consacré pour dire qu’on est passé au nord, au pays des Blancs. Ce voyage vers l’eldorado était le rêve de Koné Moussa, le héros imaginé par Yaya Diomandé, et c’est cet être de papier, personnage principal d’Abobo Marley, son premier roman, qui lui a permis de se retrouver là, premier lauréat du tout jeune prix panafricain Voix d’Afriques.

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Yaya Diomandé, 30 ans, multidiplômé sans emploi, condamné aux petits boulots pour aider sa famille, a travaillé cinq ans sur son Abobo Marley. Les aventures de Koné Moussa, il les a rêvées avant de les écrire sur son téléphone portable, entre deux chargements de cargaisons dans le port d’Abidjan. Après sa journée, il sortait son grand cahier à spirale pour recopier son texte quotidien.

« A la fin, je suis allé dans un cybercafé pour taper le texte, avant qu’un ami me prête son ordinateur pour une semaine. A ce moment-là, j’ai travaillé presque jour et nuit pour tout écrire. C’était long, mais j’améliorais mon écriture en recopiant une nouvelle fois », sourit timidement le jeune homme.

« Persévérance »

Depuis son enfance, Yaya Diomandé aime les mots autant que les idées. Si, aujourd’hui, il dit adorer le terme « relativement » qui « permet de se cacher derrière pour nuancer un avis », son mot préféré en français reste « persévérance ». Quatre syllabes qui racontent plus qu’un long discours ce gamin né de parents pauvres vivotant du commerce de poissons et de légumes dans l’ouest du pays.

Très tôt, ce second d’une fratrie de cinq brille à l’école, persuadé que sa basse extraction sociale l’oblige à atteindre l’excellence s’il veut pouvoir prendre en main son destin. Il met la barre très haut dès le primaire et s’oblige à être le premier partout, à exceller en tout.

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Scientifique dans l’âme, amoureux des mathématiques, il décroche un bac littéraire alors qu’il est en classe de première S, pour gagner une année d’études. « Il me fallait aller vite car c’est mon frère aîné, Mamadou, qui payait pour ma scolarité. Et je souhaitais qu’il puisse financer les études de mes jeunes sœurs », explique-t-il, infiniment reconnaissant envers l’aîné qui s’est sacrifié pour la fratrie.

Durant ses années de collège et de lycée à Man, la ville montagneuse de l’ouest ivoirien, son appétit de lectures est comblé grâce à ses amitiés. Si lui n’a aucun livre, ni d’argent pour s’en procurer, l’école catholique voisine, elle, dispose d’une bibliothèque où ses amis empruntent pour lui les ouvrages qui le construisent un à un. Il découvre alors les écrits d’Amadou Hampâté Bâ ou les romans d’Ahmadou Kourouma.

Un brin révolté contre l’ordre ivoirien

C’est là aussi qu’il lit et relit Prisonnier de Tombalbaye, du Tchadien Antoine Bangui-Rombaye qui, plus que d’autres, nourrit sa conscience politique en racontant le pouvoir et la disgrâce d’un ministre. Il est à ses yeux le livre sans lequel il n’aurait jamais donné vie à Koné Moussa, son jeune héros, un brin révolté contre l’ordre ivoirien.

Sans le prix Voix d’Afriques, mis en place par les éditions JC Lattès et RFI, Koné Moussa serait resté le héros silencieux d’un manuscrit resté au fond d’un tiroir. Tous les éditeurs ivoiriens le lui ont refusé, relate-t-il. Et « quand le manuscrit m’est revenu la dernière fois, j’ai pensé que je m’étais vraiment fourvoyé, que je n’étais pas fait pour l’écriture et n’avais pas le talent que je croyais avoir », se souvient-il. Alors c’est sans y croire vraiment qu’il postule sur la plate-forme ouverte par RFI pour ce prix du premier roman dont le jury est présidé par l’écrivain franco-djiboutien Abdourahman Waberi.

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L’idée a germé dans la tête d’Anne-Sophie Stéfanini, une amoureuse du continent, romancière, et directrice éditoriale chez JC Lattès. Elle rêvait de permettre à de jeunes talents africains de faire partager leur monde intérieur avec le lecteur français. Véronique Cardi, la présidente de la maison d’édition, s’est vite enthousiasmée de l’idée, comme RFI, où la journaliste littéraire Catherine Fruchon-Toussaint, productrice de l’émission Littérature sans frontières, s’est emparée du projet. Tout s’est enchaîné jusqu’au dépôt de 372 manuscrits de jeunes auteurs du continent africain de moins de 30 ans, n’ayant jamais publié et résidant en Afrique.

Dissiper le qualificatif de « maudit »

C’est dans le taxi qui l’amenait de l’aéroport à Paris que Yaya Diomandé a découvert, avec une infinie émotion, son livre enfin édité. « On arrivait à hauteur du Stade de France et j’ai pris entre mes mains cet ouvrage, me remémorant le chemin parcouru. Ce prix est une grande et belle chose qui me donne envie de continuer à écrire », résume-t-il pudiquement.

Mais lorsque le 4 avril, en plein confinement, il reçoit le courriel qui lui annonce la bonne nouvelle, ce n’est pas à sa revanche sur la vie qu’il pense d’emblée, mais à sa mère. « Chez nous, lorsqu’un fils rate sa vie, son déshonneur retentit sur toute la famille et c’était ce que j’imposais à mes parents depuis des années », poursuit celui qu’on moquait pour avoir de bien grands diplômes et de bien petits revenus.

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Etre célébré à Paris, interrogé sur RFI, va, espère-t-il plus que tout, redorer un peu le blason familial et dissiper le qualificatif de « maudit », qu’on lui collait pour signifier qu’il avait mal choisi sa voie. Et peut-être lui ouvrir des portes, et le chemin vers un vrai emploi.

A Abidjan qu’il a rejoint en 2008, Yaya vivotait depuis douze ans de petits boulots sans jamais trouver d’emploi stable à la hauteur de son master en droit privé ni même de ses deux BTS en finances comptabilité et logistique. Ce sont ses compétences en langues (anglais, espagnol, arabe et français) qui l’aident le mieux à survivre, notamment comme traducteur.

Une grande fresque abidjanaise

Mais dans ce pays où « les relations sont plus importantes que les diplômes », il n’est jamais parvenu à décrocher un emploi formel stable et vient de monter un site baptisé Investissements + d’actualité financière, espérant y attirer un peu de publicité.

Cette injustice est au cœur du roman Abobo Marley qui se lit comme une grande fresque abidjanaise. Dès la première page, on embarque dans les minibus qui sillonnent la ville. On croupit un temps dans une cellule de la maison d’arrêt, on traîne beaucoup sur le port que Yaya connaît comme sa poche. Et l’on a faim aussi, parfois, avec Koné Moussa, le petit héros qui se bat pour un jour offrir à sa mère le pèlerinage à La Mecque.

Si la vie de Yaya ressemble étrangement à celle de son jeune héros, c’est qu’Abobo Marley veut raconter tout ce qui ne tourne pas rond dans la société ivoirienne. « Qu’en 2021 les compétences et les talents ne pèsent rien par rapport aux relations et aux passe-droits me semble le premier mal de mon pays. Ce système casse l’espoir de trop de jeunes et les oblige à penser à bengue », résume l’écrivain, qui aimerait que son roman aide à cette prise de conscience. Car, par-delà le récit coloré de la vie et des rêves d’un gamin, Abobo Marley est un roman social qui met à jour des ressorts invisibles à l’œil nu, les dénonce, « pour que mûrisse la prise de conscience ».

Si l’écrivain doute que l’élection présidentielle du 31 octobre résoudra les problèmes de son pays, il reste persuadé que son continent avance. « La solution viendra par l’éducation, qui seule permet de remettre en cause l’ordre établi », plaide-t-il. « Lorsque assez de jeunes seront bien éduqués, le rapport de force changera », parie-t-il.

En attendant, Yaya Diomandé profite de son séjour en tant que bengue, offert par la Cité internationale des arts. Il veut faire des rencontres, se nourrir du regard d’autres artistes et travaille déjà à son second roman. Bien sûr, il fera aussi la traditionnelle photo près la tour Eiffel et sur les Champs-Elysées. Même si, lui, c’est plutôt l’Elysée, Matignon et l’Assemblée nationale qu’il a envie de voir, ces lieux qui comptent aussi dans l’histoire de son pays.



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