Le lutteur, qui pratique le style libre, a décroché samedi à Noursoultan la médaille de bronze mondiale en – 74 kg. Il est l’unique Français à s’être qualifié pour les Jeux olympiques de Tokyo.

Par Publié aujourd’hui à 15h28, mis à jour à 15h47

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Zelimkhan Khadjiev (en rouge), lors des Jeux olympiques de Rio, en août 2016.
Zelimkhan Khadjiev (en rouge), lors des Jeux olympiques de Rio, en août 2016. JACK GUEZ / AFP

A Noursoultan, la capitale du Kazakhstan, l’équipe de France de lutte est passée tout près du zéro pointé. C’est un lutteur de style libre, Zelimkhan (ou Zelim) Khadjiev, qui a considérablement amélioré le bilan des tricolores. A 25 ans, le jeune homme a remporté sa première médaille de bronze mondiale, dans la catégorie des – 74 kg, en battant sur le fil le Kazakh Daniyar Kaisanov. Par la même occasion, il s’est octroyé son billet pour les Jeux olympiques de Tokyo, l’année prochaine.

Une qualification (la seule pour la lutte française) et un podium attendus, pour celui qui ne cesse de progresser depuis son titre mondial dans la catégorie des juniors en 2014. En 2018 et en 2019, il restait sur deux places consécutives de vice-champion d’Europe.

« Zelim s’était déjà qualifié pour les JO de Rio en terminant 5e des Mondiaux en 2015 et en perdant, à l’époque, le combat pour le bronze. Au sein du collectif de lutte libre, c’est celui qui avait le plus gros potentiel pour se qualifier directement, se félicite le manager des équipes de France, Patrice Mourier. Après il fallait passer les tours, surtout que son tirage au sort était difficile, notamment en ouverture avec un Géorgien [Avtandil Kentchadze], vice-champion du monde en titre. »

En demi-finale, vendredi, Zelim Khadjiev s’était incliné de justesse au terme d’un match tactique. Face à lui, un lutteur au palmarès monstrueux, l’Italien Frank Chamizo (double champion du monde et triple champion d’Europe), face auquel il avait plus lourdement chuté au mois d’avril, cette fois-ci en finale européenne.

« Zelim est en grande forme. Il n’a pas douté. Il a fait ce qu’il avait à faire. Chamizo est l’un des lutteurs qui défend le mieux face aux attaques aux jambes. Zelim a tenté trois fois : une fois il a marqué, deux fois c’est passé à un rien… », raconte Patrice Mourier.

« Sa lutte est explosive »

Réfugié en France, à l’âge de 10 ans, avec sa famille tchétchène qui vivait dans un village frontalier du Daghestan, Zelim Khadjiev a grandi à Nice, avec en arrière-plan le soleil et la mer, en contraste avec ses jeunes années passées dans un pays en guerre.

L’un de ses deux premiers entraîneurs, Ali Toumi, se souvient de l’arrivée au club du jeune garçon, qui a pu bénéficier lors de ses années niçoises d’une génération talentueuse de lutteurs de son âge, qui l’ont fait progresser avant son départ à l’Insep (Institut national du sport, de l’expertise et de la performance), à Paris. « On a tout de suite senti le très gros potentiel. Ce gamin n’était pas comme les autres. C’était un jeune très joyeux, toujours en train de rigoler, mais dès qu’il se mettait au travail, il n’y en avait pas deux comme lui, un véritable acharné qui a su faire fructifier son don, décrit le coach. Il n’aimait pas que ses parents soient au bord du tapis, à l’entraînement comme en compétition. ça le stressait. Ils lui faisaient confiance et le laissaient venir seul. »

Le lutteur développe un style différent de celui de ses origines. « Sa lutte est explosive, il va beaucoup dans les jambes de l’adversaire et reste à mi-distance. Il n’aime pas trop le contact. C’est vraiment très différent de l’école de lutte du Caucase, explique l’entraîneur de l’équipe de France de lutte libre, Didier Pais. En général, les lutteurs caucasiens aiment bien venir au contact et travailler sur les saisies et les contrôles du haut du corps. Zelim pratique plus une lutte qui se rapproche de la lutte américaine, qui explose très rapidement dans les jambes. »

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Trois lutteurs minimum espérés pour les JO de Tokyo

Le style du champion correspond à la direction impulsée par les entraîneurs français. Encerclée par ses redoutables et coriaces adversaires du Caucase et de l’est de l’Europe, la lutte libre française a misé sur une stratégie opposée.

« Il n’y a que deux grands styles : caucasien et américain, en schématisant au corps à corps ou à distance et mi-distance, livre Dider Pais. En France, on s’inspire du second parce que l’on est en Europe et que si l’on veut rivaliser avec les lutteurs du Caucase, on ne peut pas aller sur leur terrain : celui des saisies et des contrôles. Il faut s’inspirer de ceux qui les battent le plus souvent. Et ça reste les Américains. »

A Tokyo en 2020, la Fédération française de lutte espère un minimum de trois lutteurs présents lors du tournoi olympique. Avec Khadjiev, la lutteuse Koumba Larroque et le spécialiste de gréco-romaine Mélonin Noumonvi, qui ont raté leur compétition au Kazakhstan, sont les plus attendus.

« On est passé à côté de ces Mondiaux. Zelim a fait briller la fédération et met en avant la lutte libre, défend Patrice Mourier, qui croit plus que jamais en son lutteur. Il ne cesse de progresser et s’installe clairement dans sa catégorie parmi les prétendants au titre olympique. »

Un tel exploit serait une première pour la lutte libre tricolore depuis le titre d’un dénommé Emile Poilvé, champion olympique en 1936 à Berlin.

LeMonde.fr

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