Dans un entretien au « Monde », l’ancien président du Conseil italien explique sa tentative de prendre langue avec le parti antisystème M5S pour éviter une catastrophe budgétaire et une dérive extrémiste.

Propos recueillis par Publié aujourd’hui à 06h22, mis à jour à 10h09

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Depuis l’annonce par le ministre de l’intérieur, Matteo Salvini (Ligue, extrême droite), de sa volonté de rompre avec le Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème) pour provoquer de nouvelles élections, l’Italie est plongée dans un véritable psychodrame. Matteo Renzi, président du Conseil de février 2014 à décembre 2016 et membre du Parti démocrate (PD), explique sa tentative de prendre langue avec le M5S pour essayer d’éviter une catastrophe budgétaire et une dérive extrémiste.

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Que vous inspire le fait de donner des entretiens un 15 août, en ce jour qui, d’habitude, marque le cœur de la trêve estivale en Italie ?

Disons que c’est un des innombrables effets collatéraux de la crise politique la plus folle du monde. L’Italie est habituée aux convulsions gouvernementales. Mais celle qu’a déclenchée Matteo Salvini est sans précédent. Jamais on n’avait provoqué une crise en plein été, pour ne pas avoir à faire le budget.

Mardi 20 août, au Sénat, il y aura un vote de confiance pour le gouvernement de Giuseppe Conte. Quelle sera votre attitude ?

Ce gouvernement avait promis de tout changer. Après un an et deux mois, son échec est évident. Démonstration est faite que les populistes, une fois au pouvoir, sont des incapables, des incompétents. Pour cela, le 20 août, nous voterons la défiance. Alors devrait commencer le parcours institutionnel prévu par la Constitution.

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Vous êtes aujourd’hui ouvert à des discussions avec le M5S, que vous qualifiiez de « mouvement d’extrême droite dangereux pour la démocratie et pour l’Europe ». Avez-vous changé d’avis ?

La situation a un peu changé. La Ligue poursuit sur une ligne d’extrême droite, que je considère inacceptable, tandis que le M5S paraît – espérons que ce soit durable – avoir infléchi son orientation. Il semble – on verra si cela arrive vraiment – qu’il veuille prendre ses distances avec la folie de la Ligue.

Nous sommes face à deux gigantesques problèmes. Le premier est le positionnement international de l’Italie, ses alliances traditionnelles. En octobre 2018, à Moscou, des représentants de Matteo Salvini ont engagé des tractations avec des hommes d’affaires russes pour convenir de versements occultes. Si des proches du chef de file du premier parti d’Italie vont demander de l’argent à Poutine, c’est notre histoire, notre place dans le monde qui sont en danger. Le second, c’est que le timing de la crise empêche le vote du budget et rend inévitable la hausse de la TVA au 1er janvier, en vertu de la « clause de sauvegarde » à laquelle s’est engagée l’Italie. Alors que la croissance, qui était de 1,7 % en 2017, est tombée à zéro, une telle mesure plongerait le pays dans une récession terrible.

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