Deux ans après le scandale qui a ébranlé l’Académie suédoise, l’institution s’apprête à remettre deux prix Nobel de littérature, après l’interruption de 2018. Entretien avec son nouveau secrétaire perpétuel.

Propos recueillis par Publié aujourd’hui à 16h32, mis à jour à 20h24

Temps de Lecture 3 min.

Mats Malm, secrétaire perpétuel de l’Académie suédoise depuis le 1er juin 2019.
Mats Malm, secrétaire perpétuel de l’Académie suédoise depuis le 1er juin 2019. TT NEWS AGENCY

Il a été élu en avril 2019 aux fonctions de secrétaire perpétuel de l’Académie suédoise. Le spécialiste de littérature suédoise, Mats Malm, professeur à l’université de Göteborg, revient pour Le Monde sur le travail de reconstruction entrepris par l’institution – fondée en 1786 sur le modèle de l’Académie française –, après la crise de ces deux dernières années, et sur les conditions de sélection des lauréats pour 2018 et 2019.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Prix Nobel de littérature : le retour à la normale ? Vraiment ?

Comment se porte l’Académie suédoise aujourd’hui ?

L’Académie suédoise est en bonne voie de rémission. Nous avons le sentiment que nous avons retrouvé une partie de la confiance à notre égard. Mais nous sommes déterminés à mener un travail sérieux et de longue haleine, pour renforcer cette confiance sur le long terme.

Qu’est-ce qui a changé ?

Le règlement a été transformé de façon à être applicable à l’Académie dans sa forme actuelle. L’organisation a été significativement clarifiée et renforcée : les responsabilités et les processus ont été précisés pour que l’Académie puisse travailler de façon plus structurée. L’Académie a rendu public un rapport de son conseil d’administration pour 2018 au printemps, afin d’accroître la transparence concernant ses activités. Ce travail a amélioré les conditions de fonctionnement, tant en interne qu’à l’égard du monde extérieur. Ces changements ont été fructueux et nous donnent bon espoir pour l’avenir.

Pendant la crise, des intellectuels suédois se demandaient si l’Académie suédoise avait vraiment une raison d’être…

La première mission de l’Académie est d’agir en faveur de la langue et de la littérature suédoises. Le travail autour du dictionnaire est très ambitieux et sur le long terme. L’Académie soutient aussi des écrivains suédois, des traducteurs et des chercheurs, avec des sommes bien plus importantes que la valeur du prix Nobel. Le prix Nobel de littérature, pour sa part, est le plus grand hommage du monde à la littérature.

Qu’est-ce qui différencie l’Académie d’une autre institution qui distribue des prix littéraires ?

Un aspect central de la mission de l’Académie est une conviction, qui est au fondement même du prix Nobel : Alfred Nobel avait décidé que des prix seraient remis dans les domaines de la physique, de la chimie, de la médecine, de la paix et de la littérature, qui est vitale pour l’être humain. Cette conviction imprègne le travail de préparation pour la sélection du prix Nobel.

Comment la crise a-t-elle affecté la sélection des lauréats cette année ?

L’Académie a toujours eu recours à des experts extérieurs quand elle en avait besoin. L’an passé, le Comité Nobel a été élargi avec la nomination de cinq membres externes. Les années précédentes, le Comité présentait une courte liste de noms à l’Académie, qui choisissait un candidat. Cette année, le Comité a eu plus de responsabilité et a suggéré un lauréat à l’Académie, qui a pris une décision sur la base de cette proposition.

Est-ce juste de remettre un prix pour l’année 2018, lequel sera toujours associé à la pire crise de l’histoire de l’Académie ?

Il est déjà arrivé, certaines années, que l’Académie ne puisse remettre un prix. L’ambition alors a toujours été de l’attribuer l’année suivante. C’est ce que l’Académie est parvenue à faire plusieurs fois et ce qu’elle fait cette année. La crise est l’affaire de l’Académie. Le prix appartient à la littérature mondiale. Il y a de nombreux écrivains talentueux qui méritent d’être mis en avant sur la scène internationale.

En Suède et dans d’autres pays, certains se demandent si le choix des lauréats sera interprété à la lumière des événements de ces dernières années. Cela vous inquiète-t-il ?

L’attribution du prix Nobel de littérature suscite toujours des commentaires et des critiques. C’est une de ses fonctions de contribuer à une discussion internationale sur la littérature. Nous sommes conscients que l’attention sera encore plus importante que d’habitude, cette année, mais cela n’a pas affecté le choix de l’Académie.

Lire aussi Lecteurs du « Monde », votez pour vos 100 romans préférés

LeMonde.fr

Auteur

Laisser un commentaire