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l’étrange vidéo du milliardaire Dan Gertler

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Un mine de cuivre et de cobalt dans la province du Katanga, en RDC, en 2013.

Le sulfureux homme d’affaires israélien Dan Gertler, sous sanctions américaines pour corruption à grande échelle présumée, s’est livré à une très rare et étrange prise de parole, lundi 16 novembre à Kinshasa, en République démocratique du Congo (RDC), où il est accusé d’avoir sous-estimé la valeur d’actifs miniers sous le régime du président Joseph Kabila.

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Dans le viseur de nombreuses ONG, cité dans les « Panama Papers » en 2016, Dan Gertler est sous sanctions du Département d’Etat américain depuis décembre 2017 pour avoir signé des « contrats miniers et pétroliers opaques et entachés de corruption ». Washington l’accuse d’avoir fait perdre à la RDC 1,36 milliard de dollars (environ 1,15 milliard d’euros) de recettes fiscales dans les années 2010, à l’époque de l’ex-président Kabila, dont il était un proche. Le Fonds monétaire international (FMI) a récemment exigé de la RDC « la transparence des contrats miniers » en préalable à toute négociation pour un prochain programme d’aide.

« C’est leur cuivre, c’est leur cobalt »

Lundi, des journalistes ont été invités à une prise de parole sans précédent du milliardaire israélien. A l’arrivée, les organisateurs ont juste diffusé une vidéo de Dan Gertler préenregistrée en anglais, sans aucune réponse sur les accusations portées contre lui. Il a vanté son investissement de 166 milliards de francs congolais (70 millions d’euros) dans un projet minier au Katanga, Métalkol. « Au début de l’année prochaine, les dividendes de cette mine vont commencer à être distribués. C’est la première fois que vous, frères et sœurs, allez profiter de la richesse de ce pays », a-t-il lancé avec emphase, avant d’encourager les autres sociétés minières à en faire autant : « Partagez avec nos frères et sœurs de la RDC. C’est leur cuivre, c’est leur cobalt, en plus des impôts que vous payez. »

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En juillet, Dan Gertler a été accusé par deux ONG d’avoir contourné les sanctions américaines en s’appuyant sur un réseau international de blanchiment d’argent. Les deux ONG, Global Witness et la Plate-forme pour la protection des lanceurs d’alerte en Afrique (Pplaaf), ont affirmé que Gertler et ses mandataires ont « ouvert des comptes bancaires dans les succursales congolaises d’Afriland First Bank, basée au Cameroun ». Des avocats d’Afriland ont porté plainte pour « vol de documents, violation du secret bancaire, faux et usage de faux, dénonciation calomnieuse, le tout en bande organisée ».

Le Monde avec AFP



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Le « Joola », ce « Titanic sénégalais » sauvé de l’oubli par la littérature

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Photographie non datée du ferry « Joola » qui a fait la liaison Ziguinchor-Dakar durant plus de vingt ans et a sombré dans la nuit du 26 au 27 septembre 2002, emportant avec lui au moins 1 863 passagers.

C’est un drame oublié. S’il hante les mémoires sénégalaises, le Joola et son naufrage, dans la nuit du 26 au 27 septembre 2002, n’a pas pris dans nos mémoires la même place que d’autres drames, comme celui du Titanic – qui avait fait en 1912 entre 1 490 et 1 520 victimes. Et pourtant, c’est l’une des catastrophes les plus meurtrières de l’histoire de la navigation civile. Au moins 1 863 personnes ont perdu la vie lorsque le ferry qui assurait depuis 1990 la liaison entre Ziguinchor, en Casamance, et Dakar a sombré au large des côtes gambiennes. Il s’est retourné en cinq minutes « comme une calebasse », selon les témoignages de l’époque. Parmi les victimes, des centaines d’étudiants qui s’apprêtaient à faire leur rentrée, beaucoup d’enfants de moins de 5 ans, de nombreuses bana-bana, ces vendeuses ambulantes parties écouler leurs marchandises dans la capitale, et une trentaine d’Européens. C’est leur histoire à tous, leur mémoire, que l’écrivain français Adrien Absolu a eu envie de romancer avec Les Disparus du Joola.

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Un jour de 2016, après l’annulation de son vol pour Dakar, l’écrivain, qui travaille à l’Agence française de développement (AFD), se trouve coincé à Ziguinchor après l’annulation de son vol pour Dakar. Là, pour tuer le temps il déambule au hasard, et se retrouve devant un mémorial. Au cœur d’un petit jardin envahi par la végétation, il est face à 1 863 morceaux de mosaïques en hommage aux 1 863 victimes du naufrage. Interloqué, il se demande bien comment cette information a pu lui échapper. De fil en aiguille, il se souvient que le 26 septembre 2002, il était au Brésil, bien loin de l’actualité africaine. Il constate alors le peu d’ouvrages qui ont été consacrés au sujet et en déduis qu’un livre reste à écrire. Outre le documentaire d’Alain Delvalpo et Jean-Philippe Navarre, « Souvenons du Joola » ou le roman Les Veilleurs de Sangomar, de Fatou Diome (Albin Michel, 2019), l’histoire n’a pas beaucoup inspiré les artistes.

Extrême lenteur des secours

Un deuxième signe achève de convaincre le romancier qu’il doit s’y pencher lorsque, à la boulangerie de Saint-Martin-du-Puy, dans le Morvan où il vient d’acheter une maison, son regard s’arrête sur une bougie en hommage aux disparus du Joola. La femme qui le sert est Hélène Peroni. Son fils, Dominique, qui avait 20 ans en 2002 n’est jamais rentré de son voyage. Un peu plus tard, il lui écrit pour qu’elle l’autorise à raconter la vie de Dominique dans son livre. « Elle a accepté, et m’a envoyé toute leur correspondance par mail », se souvient le romancier.

Au fil de leurs échanges se dessine le portrait d’un jeune homme curieux, enthousiaste, doué à l’école – il étudiait la philosophie – et surtout un grand voyageur. Dominique sera l’un des fils rouges du récit, et son histoire prendra corps à côté de celle du bateau. Mais, pour relater l’histoire du ferry, Adrien Absolu multiplie les voyages en Casamance, les entretiens en France et au Sénégal avec les survivants et les proches de victimes engagés dans une association ou une bataille judiciaire, et parfois eux-mêmes auteurs de témoignages comme Nassardine Aidara, Patrice Auvray, à qui il demandera de relire son livre, ou Alain Verschatse.

La coque du ferry « Joola » le lendemain de son renversement dans les eaux atlantiques dans la nuit du 26 au 27 septembre 2002.

Surtout, l’écrivain lit quantité d’ouvrages. Romans, documents, poèmes sur le naufrage, mais aussi sur les rites funéraires, l’animisme et la culture du riz en Casamance. Puis il classe ses informations dans des pochettes, en remplit une trentaine, étiquetées : des « Spécifications techniques du Joola » à l’« Histoire politique de la Casamance » en passant par le « Procès ». Une méthode rigoureuse qui a fait ses preuves avec son premier livre, Les Forêts profondes (Lattès, 2016), sur l’épidémie d’Ebola en Guinée. Une façon de travailler qu’il renouvelle pour son prochain récit consacré à la chanteuse cap-verdienne Cesaria Evora.

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Ce travail lui permet de saisir tout ce que l’on sait de l’affaire et ce qui reste en suspens. L’état d’insécurité du vaisseau déclassifié en 2000 mais qui continue de naviguer ; l’arrêt des travaux de maintenance par l’armée sénégalaise qui en a pourtant la tutelle ; la surcharge constante du ferry conçu pour transporter 536 passagers ; l’extrême lenteur des secours arrivés sur place à huit heures le lendemain matin alors que le naufrage s’est produit à 23 heures ; les centaines de corps prisonniers de l’épave qui n’a pas encore été renflouée ; et l’absence de verdict en justice, qui empêche le travail de mémoire et de deuil.

« Transiger avec l’éthique »

La documentation est nécessaire au romancier pour déconstruire le drame et révéler les différents agents à l’œuvre dans la marche vers ce sinistre. Car le navire fait les frais du conflit casamançais (il a été confié à l’armée afin de contrôler l’identité des passagers) et sa surcharge en passagers s’explique par la maslaha, cet art de « transiger avec l’éthique élémentaire de prudence », qui s’impose comme une règle de survie. A tout cela s’ajoute l’erreur humaine d’un commandant doté « d’une absence totale de sens marin », selon les experts français auteurs d’un rapport.

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Cette accumulation de détails restitue les paysages et l’atmosphère casamançaise au plus près tout en rendant le lecteur omniscient sur la catastrophe qui se noue sous ses yeux. Cela donne du rythme à la narration puisque « chaque question y est abordée dans un registre littéraire différent », ajoute Adrien Absolu, auteur d’un livre qui se veut tour à tour didactique, épique ou tragique. Non dénué d’une certaine poésie aussi, avec les proverbes qui en cadencent le récit, proposant ici ou là une vision quasi animiste du monde.

Le 26 septembre 2012, Ali Haidar, le ministre sénégalais de l’environment, lors de la commémoration des dix ans du naufrage du « Joola ». En 2002, lors du retournement du ferry, Ali Haidar avait tenté durant plusieurs heures avec ses équipes de plongeurs privées de sauver un maximum de passagers. Il y aura finalement que très peu de rescapés et entre 1 863 et 2 000 personnes sont mortes.

Ainsi du piroguier venu apporter de la glace à bord du Joola avant son départ, qui coule à pic après que sa tête a heurté le bateau sans qu’on ne retrouve jamais son corps. Ou du poème visionnaire de Dominique que sa mère repêche dans la corbeille de son ordinateur à l’instant où elle allait la vider. Adrien Absolu le reproduit dans sa totalité, nous n’en reprenons que quelques vers. « La mer/torrent salé/funeste élément auquel j’ai tout consacré/tu me détruis/je t’ai tant aimée quand tu me berçais sur tes flots calmes, apaisants/Désormais, alors que gronde le ciel/tu te déchaînes (…) » Et plus loin « Tes entrailles, jamais repues, ont-elles déjà digéré mon navire ?/Tu ne me protèges plus…/Noyé, pensif/je descends ». Autant de visions et de mots qui nous hantent. Et sauvent de l’oubli les disparus du Joola.

Les Disparus du Joola, d’Adrien Absolu, JC Lattès, 250 pages, 19 euros.



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En RDC, le bras de fer se durcit entre Félix Tshisekedi et Joseph Kabila

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Le président congolais Félix Tshisekedi à Bukavu, le 8 octobre 2019.

Il est loin le temps où le président congolais, Félix Tshisekedi, et son prédécesseur, Joseph Kabila, tombaient dans les bras l’un de l’autre, tout sourire, devant les caméras. L’alliance des deux hommes, conclue pendant l’élection présidentielle de décembre 2018, a certes permis à la République démocratique du Congo (RDC) de connaître la première alternance pacifique de son histoire. Mais, depuis quelques mois, les deux grands blocs de la coalition au pouvoir, Cap pour le changement (CACH) de Félix Tshisekedi et le Front commun pour le Congo (FCC) de Joseph Kabila ne cessent de se tailler des croupières. Et les démonstrations d’amitié ont fait long feu.

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Fin octobre, l’ancien homme fort de RDC a réuni ses fidèles dans sa ferme privée de Kingakati, dans la banlieue est de Kinshasa. Il a évoqué les années sombres de la jeune République du Congo quand, en 1960, les tensions entre le président Joseph Kasa-Vubu et son premier ministre Patrice-Emery Lumumba, bloquaient la machine institutionnelle. Ce sont ces dissensions qui avaient permis la prise du pouvoir de Joseph-Désiré Mobutu. « Il ne faut pas que cela se reproduise », aurait affirmé l’ancien chef de l’Etat, reprochant à Félix Tshisekedi de ne pas s’en tenir au « respect de la parole donnée ».

Preuve, s’il en fallait, que l’alliance bat de l’aile, le président a répliqué en soulignant, dans son discours du 23 octobre, que « le partage des valeurs liées à l’Etat de droit et à la justice constitue la condition sine qua non de tout partenariat aux actions de (son) mandat ». Félix Tshisekedi est allé plus loin, le 2 novembre, en lançant une grande série de « consultations ». L’objectif affiché de la présidence : parvenir à dégager une majorité face à Joseph Kabila et son camp.

« 7 000 dollars par député »

Responsables politiques, religieux, acteurs de la société civile ont défilé pendant près d’un mois à la présidence de la République. Des discussions qui ont pris fin jeudi 26 novembre et n’ont, pour l’instant, pas permis au chef de l’Etat de s’imposer face à son encombrant allié. Pour l’emporter au terme d’une élection très contestée, Félix Tshisekedi a en effet scellé un accord secret avec son prédécesseur. On en ignore le contenu, mais le résultat est là : Joseph Kabila a conservé le contrôle du Parlement, d’une partie du gouvernement, des assemblées provinciales et d’une frange des forces de sécurité.

Pour renverser la vapeur et faire aboutir les consultations, les conseillers de Félix Tshisekedi se sont largement mobilisés, tant sur le plan politique que médiatique. Le car de la télévision nationale s’est installé au Palais de la nation et a enchaîné les directs pendant que des militants de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), le parti présidentiel, se déployaient dans les rues avec des pancartes appelant à la fin de la coalition. En vain.

Après des semaines de discussions, le président n’est pas parvenu à se rallier les principales figures de Lamuka, la coalition de l’opposition dont il était membre avant de pactiser avec Joseph Kabila. L’ancien premier ministre, Adolphe Muzito, continue de multiplier les critiques contre le chef de l’Etat et son prédécesseur. Martin Fayulu, qui se considère encore comme le véritable vainqueur de la présidentielle de 2018, a également rejeté les consultations, martelant qu’« il faut rendre au peuple sa souveraineté ». Quant aux deux autres leaders de Lamuka, l’ancien gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi, et l’ancien vice-président Jean-Pierre Bemba, ils ont eux accepté de rencontrer leur « frère » Félix Tshisekedi, mais n’ont rien laissé entendre de leurs intentions. Des divisions qui jouent en faveur de Joseph Kabila, dont le camp affiche, au contraire, une certaine unité.

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Pour tenter de reprendre le contrôle du Parlement, Félix Tshisekedi et ses proches ont multiplié les fronts, tentant de débaucher des députés au sein du FCC et de ses partis satellites. Selon plusieurs élus du FCC, de l’argent a circulé. Didi Manara, président du groupe parlementaire du parti de Joseph Kabila à l’Assemblée nationale évoque la somme de « 7 000 dollars par député ». « En supposant qu’ils veulent avoir toute l’Assemblée, il faut multiplier ce montant par 500. Cela fait 3 500 000 dollars, calcule-t-il. En tout cas, certains collègues ont reçu ces sommes et nous avons des preuves. Le moment venu nous allons les brandir. » Des allégations rejetées par l’UDPS.

L’opération, quoi qu’il en soit, n’a pas été payante. Félix Tshisekedi a réussi à rallier à lui l’ancien membre du FCC, Bahati Lukwebo. Mais, en fin calculateur, le sénateur qui rêvait de diriger la chambre haute du Parlement contre l’avis de son mentor de l’époque, Joseph Kabila, a précisé qu’il « gardait son autonomie ». D’après des proches du président Tshisekedi, le ministre de l’urbanisme et de l’habitat issu du FCC serait également prêt à tourner casaque. Ce que dément l’intéressé même si, dans sa famille politique, il est désormais regardé avec méfiance. Malgré ces quelques débauchages, CACH n’a donc pas réussi à reprendre le contrôle du Parlement.

Non seulement la forteresse FCC tient encore, mais Joseph Kabila sait jouer de son entregent. Alors que les consultations se poursuivaient, celui que ses partisans appellent le « raïs » a écrit aux seize chefs d’Etats membres de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC). « Pour donner sa version des faits, précise Barnabé Kikaya, ancien conseiller diplomatique à la présidence. Il l’a fait en leader de la majorité au Parlement. Parce que, si la situation en venait à se détériorer au Congo, les pays de la SADC en pâtiraient également. »

« Le peuple à nouveau mis de côté »

La réplique de Félix Tshisekedi, qui présidera l’Union africaine en 2021, ne s’est pas fait attendre. Le président a envoyé des émissaires dans la sous-région pour s’assurer du soutien des pays voisins, notamment du Rwanda de Paul Kagamé et de l’Angola de Joao Lourenço, deux puissances régionales dont le chef de l’Etat s’est rapproché depuis son arrivée au pouvoir. Il s’est même déplacé, le 16 novembre, en personne à Luanda pour un tête-à-tête avec son homologue. Quatre jours plus tard, deux avions de chasse de l’armée angolaise ont volé dans le ciel brumeux de Kinshasa.

« C’est sûrement pour imposer l’idée qu’ils sont en force, ils sont au pouvoir (…). C’est un message inutile pour montrer des muscles », tranche Barnabé Kikaya. Mais la situation inquiète. Les diplomates en poste à Kinshasa multiplient les missions de bons offices pour éviter que la tension ne devienne incontrôlable dans un pays au destin difficilement sondable. Certains préconisent une rencontre entre Félix Tshisekedi et Joseph Kabila.

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Mais, pour la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) qui s’est entretenue avec les deux hommes, le mal est plus profond et il faut « l’attaquer à la racine ». « Avec la dynamique actuelle de la coalition, on ne peut atteindre la reconstruction du pays, déplore l’abbé Donatien N’Shole, secrétaire général de la Cenco. (…) La raison de cette crise est la mauvaise gestion des élections de 2018. Il faut corriger les choses, déplisser la Commission électorale nationale indépendante (CENI) et entamer des réformes de la loi électorale. On n’acceptera pas un compromis pour partager le gâteau et où le peuple sera à nouveau mis de côté. »

La coalition survivra-t-elle ? L’actuel chef de l’Etat choisira-t-il de passer en force en imposant une dissolution risquée de l’Assemblée nationale ? Quand bien même les consultations sont terminées, les contacts se poursuivent. En attendant le discours de Félix Tshisekedi qui doit intervenir avant la fin de l’année.



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Au Cameroun, un carnet de coloriage pour devenir un superhéros en lutte contre le Covid-19

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Maternelle du groupe scolaire Le Globe, à Douala au Cameroun, fin novembre 2020.

Frida est concentrée sur le fascicule ouvert devant elle. Crayon rouge à la main, elle colorie « le monstre ». « C’est le coronavirus. C’est un vilain microbe », murmure la fillette âgée de 4 ans, sans lever les yeux. Par moments, elle s’interrompt pour observer les « petites cornes, les yeux et la bouche du méchant ». Dans cette salle de classe de maternelle du groupe scolaire Le Globe, un établissement privé primaire et bilingue de Douala, la capitale économique du Cameroun, les 19 élèves se familiarisent avec « Fight Covid Cameroon, le livret de coloriage des superhéros contre le covid-19 » de 24 pages.

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« Depuis le début de la pandémie, les enfants entendent parler du coronavirus à la maison, à la télévision et même dans leur école depuis la rentrée d’octobre, mais ils n’avaient pas encore vu d’image en face d’eux. Ils sont très émus », sourit Florence Cécile Kameni, l’une des deux maîtresses, en déambulant entre les tables un œil sur le travail de ses petits élèves. Yvan, 4 ans, est fasciné par la couverture du livre. On y voit un petit garçon et une petite fille, tous masqués, entourés de fleurs et sautillant de joie. « Chacun de vous est soit lui, soit elle, leur explique Prodencia Ngoh, l’enseignante d’expression anglaise. Vous êtes les superhéros qui luttent contre le méchant coronavirus. »

« Expliquer le Covid de manière ludique »

Si l’initiative semble anecdotique, elle marque pourtant une nouvelle approche éducative, en train de se faire une place dans la société camerounaise. Marylène Owona veut que les enfants deviennent « acteurs » de la lutte contre cette pandémie qui a tué 437 personnes et en a contaminé 24 022 autres au Cameroun, selon les chiffres du 27 novembre du ministère de la santé publique. Bien qu’a priori simpliste, l’idée du coloriage positionne les très jeunes en acteurs et non plus en simples récepteurs de consignes. Lorsque les premiers cas ont été déclarés, le gouvernement a annoncé, mi-mars, la fermeture des frontières – qui n’ont toujours pas rouvert officiellement – et des établissements scolaires. A l’époque, Marylène voit bien qu’Ayo, sa fille de 2 ans, ne comprend pas pourquoi il ne faut plus s’embrasser, jouer avec les autres enfants ni sortir de la maison.

« Je cherchais un moyen de lui expliquer de manière ludique ce qu’il se passait et surtout de lui faire accepter les gestes barrières non pas comme une contrainte, mais comme une nécessité intéressante », se souvient la jeune femme de 34 ans, promotrice de Ma Famille, magazine africain dédié à la famille moderne, mais également conceptrice de jeux made in Cameroon. Cette mère de deux enfants pense aux autres parents plongés dans la même situation. Elle décide alors de concevoir ce cahier de coloriage et fait appel à une illustratrice.

Ensemble, elles dessinent avec pour objectif de faire vivre une aventure aux enfants à travers « un parcours initiatique pour devenir un superhéros contre le covid-19 », précise Marylène. Dès les premières pages, le décor est planté : l’image sombre du « vilain virus », le chamboulement observé à travers le monde, la fermeture des écoles.

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« Mais, qui va nous sauver du Covid-19 ? s’interroge le livret. Le monde entier attend encore un superhéros. Et c’est toi super… qui vas nous sauver. Ta mission, si tu l’acceptes, est d’appliquer les mesures pour stopper le virus. » La « première arme » du héros est le salut du Wakanda, ce signe consistant à croiser le bras droit sur le bras gauche devant la poitrine, poings fermés. Un geste popularisé par le film Black Panther du superhéros noir des studios Marvel. « Les enfants qui ont vu le film adorent ce signe et ça cadre avec le contexte du coronavirus », souligne Marylène.

Le 28 mars, le livret, qui intègre de l’audio en français, anglais et en langues locales camerounaises (douala, ewondo) et sénégalaise (wolof), est mis en ligne avec un accès gratuit. Plus de 2 500 parents l’ont depuis téléchargé à travers le monde, comme Pechens Owona (sans lien de parenté avec Marylène). Sohan Sahel, son garçon de 4 ans, l’a tout de suite « adoré » et maîtrise désormais sur le bout des doigts les gestes barrières. « Il ne faut plus embrasser. Il faut se laver les mains avec de l’eau et du savon ou utiliser un gel hydro-alcoolique. Il faut éternuer et tousser sous son coude », récite-t-il.

« Kit des kids »

En juin, Marylène Owona a réalisé une version physique du livret. Le projet a remporté un prix de la Banque africaine de développement (BAD) et l’Institut de technologie du Massachusetts (MIT). Cette dernière institution a déjà financé de par le monde des initiatives qui permettent les enfants de mettre « la main à la pâte », partant du principe qu’on apprend mieux en faisant, en s’engageant physiquement, que lorsqu’on reste spectateur ou simple auditeur. Au Cameroun, deux pharmacies le commercialisent 1 500 francs CFA l’unité (2,29 euros) et une centaine de familles et écoles l’ont commandé, accompagné d’un « kit des kids », pack de décoration et de coloriage constitué de peintures, de colle, de bâtonnets en bois, et de mousses, entre autres choses.

D’après Jeanne Bell, inspecteur pédagogique chargé de l’enseignement en maternelle pour la région du Littoral, ce carnet de coloriage est une « forme de sensibilisation » qui tient compte « de l’intérêt, de la maturité et du niveau de développement » des tout-petits. « Plus c’est du jeu avec des couleurs, plus c’est attrayant, plus c’est facilement retenu », précise cette professeure des écoles normales d’instituteurs de l’enseignement général. Peu à peu, l’esprit ludique se fait en effet une place dans les enseignements.

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L’objectif de Marylène Owona est de faire intégrer l’ouvrage dans le programme de l’éducation nationale camerounaise et de concevoir « un ensemble d’outils pédagogiques adaptés aux enfants et enseignants camerounais et africains ». Après la pâte à modeler à base de produits 100 % locaux, elle compte lancer un jeu dînette pour Noël et finaliser un autre livret tourné vers l’apprentissage des langues. Pour financer tous ces projets, elle lancera prochainement une levée de fonds.



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