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« Les populations du Mali sont prises en étau entre les différents acteurs armés »

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Un membre de Médecins sans frontières (MSF) avec un enfant malade et sa mère à Gao, dans le nord du Mali, en 2013.

Que s’est-il passé dimanche 3 janvier à Bounti, dans le centre du Mali ? L’armée française a-t-elle bombardé un mariage et tué des civils innocents, comme l’en accusent certaines associations dans le pays, ou bien un regroupement de djihadistes de la katiba Serma, comme l’assurent les autorités françaises et maliennes ? Selon des sources locales, la frappe aurait fait une vingtaine de morts, mais les circonstances demeurent floues dans cette zone difficile d’accès.

Si Paris et Bamako excluent toute bavure, le ministère malien de la défense a annoncé l’ouverture d’une enquête « pour mieux comprendre ce qui s’est passé ». D’autres voix, comme la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), estiment nécessaire une commission d’enquête internationale, qui pourrait être confiée à la Minusma, la mission des Nations unies sur place.

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Médecins sans frontières (MSF) est l’une des rares organisations qui travaillent dans la zone. Elle a recueilli plusieurs blessés de Bounti. La directrice des opérations de l’ONG, Isabelle Defourny, revient sur le déroulé des événements.

Dans quelles conditions avez-vous accueilli les blessés, lundi 4 janvier ? Comment avez-vous été alertés ?

Des hommes, dont un blessé, sont arrivés lundi matin au centre de santé de référence de Douentza, où MSF travaille. Ils nous ont dit être des villageois de Bounti et nous ont raconté que la veille, alors qu’ils assistaient à un mariage, il y avait eu des frappes aériennes dans ce village situé au nord-est de Douentza, faisant des morts, notamment des femmes et des enfants, et qu’il y avait encore beaucoup de blessés. Ils nous ont demandé de l’aide pour les transporter. Nos équipes ont décidé de soutenir les autorités locales pour réaliser ce transport médical en louant des voitures.

Une partie des blessés se trouvaient dans le village voisin de Kikara, dont ils sont originaires et qu’ils auraient rejoint après avoir été blessés lors de la cérémonie à Bounti, sans que nous soyons en mesure de confirmer cette information. Ce n’est pas le personnel de MSF qui s’est rendu à Bounti et dans ses environs, mais des agents du ministère de la santé. Les voitures sont revenues le lundi au centre de référence de Douentza avec les huit blessés, tous des hommes, dont cinq ont plus de 60 ans. Ils ont été pris en charge immédiatement.

Quelle est la nature de leurs blessures ?

Sept ont des lésions résultant d’une explosion. Un autre a une plaie au thorax avec point d’entrée et de sortie, évoquant une blessure par balle.

Les blessés ont-ils pu raconter les circonstances de leurs blessures ?

Ils nous ont parlé de frappes aériennes alors qu’ils étaient à un mariage. Dans le moment chaotique où nous avons été alertés, on a d’abord cru que nous devrions aussi prendre en charge des femmes et des enfants, avant de constater que les personnes blessées arrivées au centre de référence de Douentza étaient toutes des hommes, âgés pour la plupart et qui nous ont rapporté avoir été surpris par l’attaque lors d’une cérémonie. C’est une précision importante, dans un contexte où la ministre française des armées, Florence Parly, a déclaré publiquement qu’en aucun cas l’armée française n’avait pu frapper des personnes issues de la population locale lors d’un mariage, ajoutant, comme pour cautionner cette affirmation, que les ONG qui avaient d’abord parlé de civils avaient rectifié.

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Avez-vous obtenu des informations sur l’origine des tirs ?

Certains ont parlé d’hélicoptères, d’autres d’avions. Nous ne sommes pas en mesure de le déterminer pour l’instant.

Un second incident est survenu le lendemain de cette évacuation…

Le mardi 5 janvier, il a été décidé de transférer trois des blessés à l’hôpital de Sévaré, car ils nécessitaient des soins plus poussés. Une ambulance de MSF est donc partie de Douentza vers l’hôpital de Sevaré, avec à son bord les blessés, un employé du ministère de la santé, un autre de MSF et un accompagnant. Ces références médicales font partie des activités que MSF réalise régulièrement dans cette zone afin de faciliter l’accès aux soins des populations de la région de Mopti. L’ambulance a été arrêtée sur la route à un barrage par des hommes armés, probablement une milice dite d’autodéfense. Les passagers ont été ligotés, violentés et laissés en plein soleil pendant plusieurs heures. Un des blessés est décédé dans ces conditions. L’équipage a finalement été relâché et l’ambulance a pu arriver à Sévaré le mardi soir. Cet incident choquant est emblématique de la tension extrême qui règne dans la région et des difficultés à y déployer des secours humanitaires impartiaux.

Que vous disent vos équipes sur place de la situation sécuritaire dans cette zone ?

Le centre du Mali est devenu l’épicentre de la crise qui ravage le pays depuis de nombreuses années. Cette région est devenue, au cours des trois dernières années, la zone la plus dangereuse et meurtrière pour les populations civiles. Et il s’avère extrêmement compliqué pour les acteurs humanitaires de leur venir en aide.

Les populations civiles sont prises en étau entre les différents acteurs armés – djihadistes, milices communautaires, forces armées régulières nationales et internationales. Elles sont victimes de pillages, d’assassinats et subissent de plein fouet les conséquences des combats et des opérations militaires, en augmentation dans la région. Se déplacer pour cultiver des champs, faire paître le bétail ou amener un enfant malade dans un centre de santé devient de plus en plus risqué, voire impossible. Certains villages comme ceux de Boulkessi et Diankabou font l’objet de mesures de représailles par les groupes armés et se retrouvent encerclés, empêchant les habitants de se déplacer.

Les tensions historiques entre communautés d’éleveurs et d’agriculteurs, respectivement majoritairement peuls et dogon, ont également été exacerbées par le conflit. Il y a une montée en puissance depuis 2019 des affrontements intercommunautaires et des milices dites d’autodéfense, entraînant un cercle vicieux d’attaques et de représailles. Dans la région de Mopti, il y a 140 000 déplacés sur environ 1 million d’habitants. Entre juin et octobre 2020, 82 attaques de villages et 68 autres incidents violents ont été recensés par MSF à Douentza, Koro, Bandiagara et Bankass, et plus de 220 civils ont été tués.

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Quels types de soins assure MSF dans la région ?

Dans ce climat de violence omniprésente, les services de l’Etat et du personnel de santé ont quitté la zone, car ils ne peuvent assurer la protection de leur personnel. A Douentza, MSF est le seul acteur médical en appui aux équipes du ministère de la santé. Nos équipes appuient les services du centre de santé de la ville et trois centres de santé primaire en périphérie à Boni, Hombori et Mondoro, pour prendre en charge, entre autres, les personnes atteintes de malnutrition aiguë, de paludisme et les blessés. Environ 60 000 personnes atteintes de paludisme ont été prises en charge dans les structures médicales soutenues par MSF dans la région de Mopti l’année dernière, et plus de 50 000 consultations médicales ont été réalisées lors des cliniques mobiles dans les cercles de Koro, Douentza et Ténenkou.

Quelles contraintes implique le fait de travailler dans une zone comme celle-ci ?

Notre objectif est de soigner tout le monde. La principale difficulté est la sécurité de nos équipes, qui, comme la population, peuvent aussi être assimilées à une partie du conflit. Nous avons à Douentza des équipes internationales et nationales. Nous évoluons dans un environnement où nous devons négocier l’accès aux populations, aux villages, avec les différents groupes en permanence. L’incident dramatique de mardi sur la route entre Douentza et Sévaré illustre le type de difficultés auxquelles les équipes peuvent faire face.



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Au Burkina Faso, la lutte sécuritaire met sous pression journalistes et militants

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Yacouba Ladji Bama, rédacteur en chef du journal d’investigation « Courrier Confidentiel », le 14 janvier 2021 devant les locaux de la rédaction à Ouagadougou.

Un bruit étrange, comme un « poc », et la trace d’un impact sur le pare-brise avant de sa voiture. « C’était un tir de balle. Par chance, elle n’a pas traversé la vitre », rapporte le journaliste burkinabé Yacouba Ladji Bama. Ce soir du 10 novembre 2020, le rédacteur en chef du bimensuel d’investigation Courrier Confidentiel prenait la route pour la capitale, Ouagadougou, après avoir coanimé un panel sur la corruption électorale à Dori, dans le nord du pays. Assis à l’avant, côté passager, il a eu le sentiment glaçant d’avoir échappé de peu à la mort.

Depuis, Yacouba Ladji Bama a déposé plainte contre X pour « tentative d’attentat à la vie », mais cherche encore à comprendre. A-t-on voulu l’éliminer ? Et qui ? Il le sait, ses écrits dérangent. Le journaliste est connu pour avoir révélé de nombreux scandales financiers et politiques au sommet du pouvoir. Il y a un an déjà, le 6 janvier 2020, son domicile à Ouagadougou avait été la cible d’une attaque au cocktail Molotov et son véhicule incendié par des individus non identifiés.

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Les journalistes et les militants au Burkina Faso font face à une pression accrue depuis quelques années. Le pays est pourtant considéré comme l’une des « réussites du continent africain en matière de liberté de la presse » selon l’ONG Reporters sans frontières, qui le classe 38e (sur 180 pays). Mais la lutte antiterroriste menée contre les groupes djihadistes met à rude épreuve la liberté d’informer.

Les fantômes hantent le bureau de Yacouba Ladji Bama. Entre les portraits de Che Guevara et de l’ancien président révolutionnaire Thomas Sankara accrochés au mur, apparaît le visage de Norbert Zongo, le journaliste d’investigation burkinabé assassiné le 13 décembre 1998. Si la chute du régime de Blaise Compaoré en 2014, après vingt-sept ans de règne, a fait souffler un vent de liberté et permis de nombreux acquis démocratiques au Burkina Faso, le rédacteur en chef est de nouveau inquiet.

Intimidation, stigmatisation

En 2020, « au moins six attaques ou intimidations » contre des confrères ont été comptabilisées par l’Association des journalistes du Burkina (AJB). C’est la première fois que cette organisation indépendante enregistre autant de cas depuis l’ère Compaoré.

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Haythem El-Mekki, blogueur de la révolution tunisienne et chroniqueur acéré de la vie politique

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Haythem El-Mekki.

« Qui dit migration dit terrorisme, dit connerie et dit racisme. » D’une voix légère et ironique, Haythem El-Mekki entonne cette phrase sur les notes de la chanson de Stromae, Alors on danse, en direct de l’émission de radio « Midi Show » dans laquelle il intervient quotidiennement sur la fréquence de Mosaïque FM. La parodie vise directement le chef du gouvernement tunisien, Hichem Mechichi, qui, lors d’une visite à Paris en décembre 2020, avait déclaré sur la chaîne France 24 : « Qui dit émigration clandestine, dit terrorisme. » Avant de se rattraper après une remarque de son intervieweur, « pas toujours, heureusement ». La petite phrase n’a pas échappé à Haythem Al-Mekki.

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Depuis dix ans, le poil à gratter des responsables politiques décortique leurs gaffes dans une revue de presse quotidienne, une liberté de ton qui ne lui vaut pas que des amis. « Il y a toujours des pressions. Dans ce cas, je ne m’en plains pas au syndicat des journalistes, par contre je vais parler de mon détracteur en question pendant une semaine à la radio. En général, ça calme », rigole cet ancien blogueur de 38 ans.

Premières images

Cet enfant d’instituteurs qui a grandi dans des quartiers populaires de Tunis, bercé par le flow du rappeur américain Tupac, dit avoir pris conscience assez tôt de la réalité de la dictature sous le régime de Zine El-Abidine Ben Ali, tombé il y a tout juste une décennie. « J’avais des islamistes dans ma famille et j’entendais parler des purges contre les personnes allant faire la prière ou du harcèlement des femmes portant le voile », se rappelle Haythem, marqué aussi par la mauvaise relation entre la police et la jeunesse.

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Après de brèves études en économie et en gestion, il enchaîne, comme beaucoup de jeunes de son âge, des boulots dans des centres d’appel jusqu’à devenir community manager, autrement dit animateur de communautés en ligne. Biberonné à la cause palestinienne et à l’anti-impérialisme américain, il devient blogueur sous le pseudo de Bylasko avant la chute de Ben Ali. Il incarne aujourd’hui l’une des dernières figures publiques de la blogosphère tunisienne qui s’était opposée à la censure d’Internet sous l’ancien dictateur, et qui avait relayé les premières images et informations sur le soulèvement de 2011 sur les réseaux sociaux, au point que certains ont parlé de « révolution Facebook ». La plus connue, Lina Ben Mehni, est morte le 27 janvier 2020 des suites d’une longue maladie.

Mais le phénomène des blogueurs comme leaders d’opinion reste à nuancer, selon le docteur en anthropologie Kerim Bouzouita : « La blogosphère était surtout un fantasme médiatique qui a tenté de simplifier une réalité hétéroclite d’acteurs très différents : hackeurs, journalistes citoyens, dissidents, pas forcément tous reliés entre eux. » Haythem El-Mekki affirme d’ailleurs qu’il ne se considère plus comme un blogueur, « surtout qu’après la révolution, toute personne qui postait un statut Facebook s’octroyait cette appellation », précise-t-il. « Aujourd’hui, je travaille en tant que journaliste et je pense que c’est une façon de toucher une plus grande cible, via les médias classiques. »

« Flou de la politique spectacle »

Ses revues de presse satiriques passent sur l’une des émissions phares de la radio Mosaïque FM, créée en 2003 et en tête des audiences grâce à ses programmes de divertissement et de débats sociétaux. A l’inverse de ses tentatives dans cinq chaînes de télévision où il n’a jamais passé plus d’un an, Haythem apprécie que la radio ne le censure jamais, même si lui-même s’impose certaines lignes rouges, comme la religion. « Je refuse de m’attaquer à des dogmes, ça ne sert à rien », explique-t-il.

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Ses satires lui valent régulièrement menaces et insultes. Il s’est récemment fait traiter de « chien » en plein direct par le sulfureux député Seifeddine Makhlouf, issu de la mouvance conservatrice Al-Karama, dans un contexte où les parlementaires sont régulièrement épinglés par l’opinion publique. Celle-ci leur reproche l’instabilité politique et leurs querelles permanentes au sein de l’Hémicycle. « Dans le flou de la politique spectacle polarisante qui joue sur les émotions des foules et sur les clivages, le rôle des éditorialistes comme Haythem est essentiel pour éclairer les opinions », selon Kerim Bouzouita, qui est un ami du journaliste.

Grâce à son exposition médiatique, Haythem mène d’autres combats, dans la société civile et parmi les apprentis journalistes. Il anime une émission Youtube, « Flousna » (« Nos sous »), pour expliquer des concepts économiques. Il crée aussi des reportages avec des jeunes dans les régions grâce au réseau des Haut-Parleurs, pour former une nouvelle génération, loin des « fake news de Facebook, malheureusement très présentes sur le réseau social en Tunisie », et davantage active sur le terrain.



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quand « Le Monde » réveillait les mémoires sur la guerre d’Algérie

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Récit. Tout commence en juin 2000. Dans l’édition datée du 20 paraît à la une du Monde un bref article. « J’étais allongée nue, toujours nue. (…) Dès que j’entendais le bruit de leurs bottes dans le couloir, je me mettais à trembler. Ensuite, le temps devenait interminable. (…) Le plus dur, c’est de tenir les premiers jours, de s’habituer à la douleur. Après, on se détache mentalement. C’est un peu comme si le corps se mettait à flotter. »

Celle qui parle, c’est Louisette Ighilahriz, une indépendantiste algérienne. Grièvement blessée après être tombée dans une embuscade de l’armée française, la jeune fille a été transférée dans l’un des baraquements de la 10e division parachutiste du général Massu, sur les hauteurs d’Alger. On est en septembre 1957. Pendant trois mois, elle sera torturée et violée par un certain capitaine Graziani. Le général Massu et le colonel Bigeard, deux figures de l’armée française, viennent régulièrement aux nouvelles. Les jours passent. Un soir, un inconnu entre dans son box. Horrifié par son état, il la fait évacuer à l’hôpital Maillot de Bab el-Oued et la sauve. De lui, Louisette Ighilahriz ne retient que le nom : commandant Richaud. Et sa fonction : médecin.

Le haut de la « une » du « Monde » daté du 20 juin 2000 qui révèle le témoignage de l’Algérienne indépendantiste Louisette Ighilahriz, torturée et violée en 1957 par l’armée française.

Quand je rencontre cette ancienne indépendantiste pour la première fois à Alger, en avril 2000, elle me supplie de l’aider à retrouver son sauveur. Voilà plus de quarante ans qu’elle le cherche pour lui dire merci. Faute d’y parvenir, j’écris un article. Contre toute attente, ce papier va être le point de départ d’une extraordinaire aventure, personnelle et professionnelle. Et le catalyseur d’un retour de mémoire inattendu des deux côtés de la Méditerranée.

« La torture, on pourrait très bien s’en passer »

Deux jours après l’histoire de Louisette, Massu m’accorde une interview. A 92 ans, l’ancien vainqueur de la « bataille d’Alger » de 1957 garde bon pied bon œil. Le nom de Richaud lui dit-il quelque chose ? « Et comment ! C’était le médecin chef de la 10e division parachutiste, l’un de mes bons amis. Un humaniste », s’exclame-t-il. Ainsi, c’est par Massu que Louisette va apprendre qui était son sauveur… Richaud est décédé deux ans plus tôt. Mais je ne suis pas au bout de mes surprises. Alors que nous quittons le cas de Louisette pour aborder celui de la torture, Massu déclare : « Quand je repense à l’Algérie, cela me désole. La torture, on pourrait très bien s’en passer. Elle faisait partie d’une certaine ambiance. On aurait pu faire les choses différemment. »

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