Dans une tribune au « Monde », Frédéric Simard, spécialiste des maladies infectieuses, rappelle que si un grand nombre d’insectes sont aujourd’hui en danger d’extinction, d’autres profitent des transformations de l’environnement pour proliférer.

Publié aujourd’hui à 01h52, mis à jour à 08h49 Temps de Lecture 8 min.

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Tribune. Les insectes, si nombreux et pourtant si fragiles, sont aujourd’hui en danger. Plus précisément, les populations d’insectes décroissent de façon globale à un rythme record et plus de 40 % des espèces sont aujourd’hui directement menacées d’extinction à court terme.

S’il est primordial de tout mettre en œuvre pour préserver ce qui peut encore l’être de cette richesse naturelle que constitue la biodiversité entomologique, il est tout aussi important de souligner une autre tendance, concomitante et contemporaine à cette extinction massive : certains insectes, eux, ne se sont jamais aussi bien portés !

En effet, si la majorité des espèces d’insectes souffrent des transformations profondes que l’homme inflige à la planète au point d’être aujourd’hui menacées d’extinction ou déjà éteintes, d’autres profitent de notre développement, s’adaptent et prolifèrent dans ces nouveaux environnements que nous aménageons, naguère pour notre survie et aujourd’hui plus pour notre sécurité et notre confort, en véritables passagers clandestins de notre évolution.

Malheureusement, ces insectes qui nous accompagnent le font souvent à nos dépends : ravageurs de nos cultures ou de nos infrastructures, parasites de nos élevages ou vecteurs de maladies telles que le paludisme, la dengue ou le virus Zika…

Ils sont nombreux à bénéficier de la déforestation, de l’évolution de nos pratiques agricoles, de l’urbanisation et de la mondialisation des échanges, et ils exercent un poids considérable sur la santé, le bien-être des populations et l’économie mondiale. Ne baissons pas la garde, ne faisons pas l’amalgame.

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L’expansion récente, globale et rapide du moustique-tigre, vecteur des virus de la dengue et du chikungunya, en est un exemple emblématique. Originaire d’Asie, l’insecte a envahi l’ensemble des continents à partir des années 1980, aidé en cela par l’explosion du commerce international de marchandises. Il est aujourd’hui présent en Amérique, en Europe, en Afrique centrale et dans toute l’Asie. Partout, il a fait la preuve de sa capacité à être à l’origine d’épidémies.

Introduit en France continentale en 2004, il est à ce jour présent dans 51 départements et continue son expansion. Adapté à l’environnement urbain, où il trouve pléthore de petites collections d’eau propices au développement de ses larves et d’hommes à piquer lorsqu’il parvient au stade adulte, il colonise les villes, les banlieues, les villages : là où l’homme est installé, plus de compétiteurs, plus de prédateurs, la voie est libre !

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