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« Le régime tunisien est un modèle pionnier, unique en son genre dans les pays arabes »

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La sculpture de la charrette de Mohamed Bouazizi dans la ville de Sidi Bouzid, au centre de la Tunisie, en octobre 2020.

Tribune. Dix ans se sont écoulés depuis l’incident de Sidi Bouzid. Souvenez-vous : le 17 décembre 2010, un jeune homme s’immolait [par le feu], désespéré par sa situation économique. Par ce geste, il protestait contre la police et ses humiliations incessantes. Il s’appelait Tariq Al-Tayeb Mohamed Bouazizi. Il était tunisien, il n’était ni un chef de parti, ni un dirigeant révolutionnaire, ni même un syndicaliste rebelle. Il consacrait l’essentiel de son temps à vendre des légumes pour subvenir aux besoins de sa famille.

Pauvre parmi les pauvres, Mohamed Bouazizi n’avait nulle intention de prendre part à une quelconque révolution. Il aspirait simplement à avoir une vie décente loin de toutes formes de terreur et d’humiliations. C’est pourtant son acte désespéré qui a déclenché les « printemps arabes ».

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La vague de révolte a révélé l’arrogance, la vanité et la tyrannie des forces de sécurité formées par ces régimes dictatoriaux et répressifs que sont la Tunisie, l’Egypte, la Libye, le Yémen, le Bahreïn, l’Algérie, le Soudan. Sont alors apparus sur la scène mondiale la charge de feu et de haine dont ces pays pouvaient accabler leur propre peuple, la Syrie allant même jusqu’à couper les doigts des enfants parce qu’ils écrivaient « Liberté » sur les murs de leur école !

Quid du résultat ? La Syrie, le Yémen et la Libye connaissent des guerres régionales et internationales. L’Egypte, elle, foule au pied les libertés. Et les Tunisiens, dix ans après Mohamed Bouazizi, se déchirent entre partisans, opposants ou sceptiques quant aux résultats de leur révolution, laquelle n’a pas encore totalement su répondre aux aspirations des citoyens.

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Mais ce pays résiste, tient bon, malgré tout, maintenant son système démocratique qui a survécu à une série d’assassinats politiques. Ce modèle pionnier, unique en son genre dans les pays arabes, permet à tous les citoyens de jouir d’une réelle liberté d’expression. Le peuple tunisien a la très grande chance de voir des partis politiques, divergents sur bien des points, s’affronter dans un cadre démocratique. Une réalité qui semble inimaginable dans le reste du monde arabe.

Hani Al Malazi est écrivain et journaliste syrien résidant en France.



Via LeMonde Afrique

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Au moins quatre soldats tués par une mine artisanale au Niger

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Quatre soldats ont été tués, lundi 18 janvier, au Niger et huit autres gravement blessés dans l’explosion d’une mine artisanale, dans le sud-est du pays proche du Nigeria, a annoncé le ministère de la défense dans un communiqué. Des éléments de l’armée nigérienne sont « tombés sur un engin explosif improvisé », l’un des principaux modes opératoires djihadistes dans la région.

Ces soldats étaient engagés, selon le texte, dans une « poursuite » de « terroristes » (terminologie employée par les autorités au Sahel pour définir les djihadistes) qui avaient attaqué la veille le poste militaire de Chétima Wangou, dans la région de Diffa (sud-est).

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Les assaillants appartenaient au groupe Etat islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP), selon une revendication de l’attaque de dimanche rapportée lundi par l’organisme américain de surveillance des mouvements extrémistes SITE.

« Les soldats du Califat ont attaqué hier (…) l’armée nigérienne apostate près de la ville de Chétimari (…) ce qui a entraîné la mort de trois éléments » de l’armée nigérienne, a affirmé lundi ISWAP dans son communiqué, précisant avoir « capturé » un « véhicule à quatre roues motrices » ainsi que des armes et des munitions. Les autorités nigériennes n’ont pas fait état de pertes humaines dans l’attaque de dimanche. Les « opérations de ratissage et les reconnaissances offensives » se poursuivaient lundi soir, selon le communiqué du ministère.

Des incursions djihadistes fréquentes

Chétima Wangou est un village situé sur le territoire de la commune de Chétimari, à 25 km au sud-ouest de la ville de Diffa. Le secteur, où ont eu lieu l’attaque dimanche et l’explosion lundi, est situé dans une région frontalière où les incursions djihadistes sont fréquentes.

Le poste militaire de Chétima Wangou, attaqué dimanche, avait déjà été pris pour cible par le passé : le 7 mars 2020, une « vingtaine de véhicules lourdement armés » djihadistes avaient attaqué le camp. Huit soldats avaient été tués. Un an plus tôt, en 2019, une attaque dans la même localité de Chétima Wangou avait fait sept morts parmi les soldats nigériens.

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Le groupe djihadiste Boko Haram, né au Nigeria en 2009, a établi des bases sur certains des multiples îlots parsemant le lac Tchad, une vaste étendue marécageuse à la frontière entre le Nigeria, le Tchad, le Niger et le Cameroun.

Depuis 2016, Boko Haram s’est divisé en deux factions : celle d’Abubakar Shekau, le chef historique du groupe, et Iswap, affilié à l’EI – notamment installé autour du lac Tchad. Les autorités de la région ne font pas la différence entre les membres de Boko Haram et de l’Iswap, présentant tous ces combattants djihadistes comme des éléments de Boko Haram.

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Le conflit avec les djihadistes de Boko Haram et de l’Iswap a fait plus de 36 000 morts depuis 2009 dans le nord-est du Nigeria. Près de 2 millions de personnes ont dû fuir leurs foyers.

Le Monde avec AFP



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en Ethiopie, le Tigré au bord du désastre humanitaire

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Une jeune fille garde un troupeau de vaches à Korem, dans la région du Tigré, le 12 décembre 2020.

Depuis le début des affrontements en Ethiopie entre les troupes du gouvernement fédéral et celles de la province dissidente du Tigré, il y a dix semaines, les organisations humanitaires éprouvent toujours des difficultés à venir en aide aux déplacés et aux blessés. La région de 6 millions d’habitants, où la guerre conventionnelle de novembre a progressivement laissé place à une guérilla dans les campagnes, est dévastée par les combats et par la faim.

Médecins sans frontières (MSF), l’une des rares ONG à pouvoir rejoindre le centre du Tigré, estime à environ 4 millions le nombre d’individus n’ayant pas accès aux soins. Soit les deux tiers des Tigréens. Les quelques convois qui ont pu atteindre la région, à l’instar de ceux de la Croix-Rouge et du Programme alimentaire mondial (PAM), sont plutôt l’exception que la règle.

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« La situation empire de jour en jour. Le conflit a commencé il y a deux mois et demi et la majorité des habitants attendent encore l’aide humanitaire », s’alarme Saviano Abreu, porte-parole du Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA). La faim est au centre des préoccupations : elle gagne du terrain dans une région déjà partiellement ravagée par l’invasion de criquet pèlerins à l’automne et où la guerre a éclaté à quelques jours des moissons.

Les réserves de nourriture manquent cruellement et les 18 camions du PAM ne représentent qu’une goutte d’eau dans un océan de pénuries. « Lors de nos missions d’évaluation, nous avons remarqué une augmentation de la malnutrition chez les enfants de moins de 5 ans », s’inquiète Saviano Abreu. Une crainte qu’a exprimée sans détour l’administrateur provisoire de la zone centre du Tigré, Berhane Gebretsadik : « Les gens meurent de faim. A Adoua, ils en meurent même dans leur sommeil. »

L’UE évoque de « possibles crimes de guerre »

Face à cette urgence, la communauté internationale opère un changement de ton. Le but : obtenir le plus rapidement possible un accès absolument indépendant au Tigré, pour l’heure refusé par les autorités éthiopiennes. L’Union européenne (UE), après avoir suspendu le versement d’une partie de son aide financière à l’Ethiopie, évoque désormais de « possibles crimes de guerre » dans la province. Le haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères, Josep Borrell, écrit que « la situation va bien au-delà d’une opération de maintien de l’ordre », comme l’avait initialement décrite le premier ministre Abiy Ahmed.

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Au-delà du chiffre alarmant de 2 millions de déplacés internes, Josep Borrell se penche sur les violations des droits humains : « Nous recevons continuellement des informations concernant des violences à caractère ethnique, des massacres, des pillages à grande échelle, des viols ainsi que le retour forcé de certains réfugiés» Une fresque bouleversante, témoignage de l’intensité des violences qui traversent la province. L’organisation belge Europe External Programme with Africa (EEPA) fait état d’un massacre dans l’église Sainte-Marie-de-Sion, à Aksoum, qui aurait coûté la vie à environ 750 personnes, ce qu’un témoin a confirmé au Monde Afrique.

Des sources humanitaires de retour du Tigré et qui souhaitent témoigner de façon anonyme abondent également dans ce sens. Des milliers de femmes seraient victimes d’abus sexuels. Plus surprenant, une forte augmentation des comportements suicidaires a été observée, notamment chez les individus pris au milieu des violences et contraints de fuir leur village et leurs proches. D’autres sources décrivent des hôpitaux pillés et des populations privées de tout matériel médical, livrées à elles-mêmes jusqu’à l’arrivée des humanitaires.

Des camps de réfugiés inaccessibles

L’autre grande inconnue, c’est le sort réservé à bon nombre d’Erythréens, historiquement réfugiés dans des camps du Tigré habituellement administrés par le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Sur ces quatre camps, seuls deux sont accessibles. Les deux autres, Hitsats et Shimelba, sont bloqués par les forces éthiopiennes et érythréennes déployées au Tigré. Un blocus en règle que déplore le patron du HCR, Filippo Grandi, qui s’inquiète de « l’insécurité persistante et des allégations de violations graves des droits humains, notamment des meurtres, des enlèvements ciblés et le retour forcé de réfugiés en Erythrée ». Pour lui, « ce sont là des indications précises de violations majeures du droit international ».

Si le HCR a pu mener une mission de reconnaissance début janvier, l’aide tarde à se matérialiser. Une autre organisation, le Norwegian Refugee Council, rencontre aussi bon nombre de difficultés pour se rendre au Tigré, où elle emploie pourtant cent travailleurs locaux. « Ce qui est fait aujourd’hui en termes d’aide humanitaire, c’est tout simplement trop peu et trop tard », assure son directeur, Jan Egeland, qui se dit « extrêmement déçu par la lenteur des processus administratifs ».

En effet, pour pouvoir atteindre la province, les ONG doivent demander l’aval du ministère éthiopien de la paix, qui est chargé de la coordination de l’aide humanitaire. Un responsable d’ONG qui veut rester anonyme se plaint des délais de validation des missions, « qui sont censés durer quarante-huit heures et qui prennent parfois dix jours ». Contacté par Le Monde Afrique, le ministère de la paix n’a pas donné suite à nos demandes d’interview. Si l’ONU se plaint des « retards bureaucratiques », Jan Egeland est frustré par le manque de coopération des autorités : « En novembre, nous étions tout simplement ignorés. Aujourd’hui, il y a un dialogue mais toujours pas de permissions»



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« L’ONU a entériné la solution de large autonomie proposée par le Maroc »

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Des soldats du Front Polisario à l’entrée de la localité de Bir Lahlou, au Sahara occidental, en septembre 2016.

Tribune. Depuis l’adhésion de la présidence américaine au plan d’autonomie proposé par le Maroc sur le Sahara, plusieurs défenseurs du droit à l’autodétermination des populations sahraouies ont fait part, dans la presse, de leurs inquiétudes. Des points de vue souvent nourris de contrevérités et fondés sur une méconnaissance manifeste de l’histoire du problème du Sahara.

A titre de rappel, depuis son accession à l’indépendance, le Maroc a demandé la récupération des parties occupées de son territoire, soit par la France, soit par l’Espagne, soit sous statut international comme Tanger.

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Concernant le Sahara occidental, dès 1957, après son admission aux Nations unies, le Maroc a soulevé, devant la commission de tutelle de l’Assemblée générale, la question du rattachement au Maroc du territoire de « Rio de Oro », ancienne dénomination du Sahara dit occidental.

En 1960, le représentant marocain auprès des Nations unies a protesté contre l’inscription de l’affaire du Sahara sur la liste des territoires non autonomes, estimant que ce territoire relève de sa souveraineté, au même titre que les territoires de Tarfaya, Ifni et les présides.

Tergiversations

Le 16 décembre 1965, l’Assemblée générale des Nations unies, faisant écho aux demandes marocaines, a adopté la résolution 2072 où elle demande au gouvernement espagnol de prendre d’urgence des mesures propres à libérer les territoires d’Ifni et du Sahara et, à ce titre, d’« entamer des pourparlers relatifs à la souveraineté que posent ces régions ».

En associant le territoire du Sahara à celui d’Ifni, les Nations unies ont, de façon non équivoque, reconnu la souveraineté du Maroc sur ce territoire, sauf que l’Espagne a accepté d’entamer des négociations pour Ifni, ce qui a abouti à sa libération en 1969, et a tergiversé pour le Sahara.

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Ainsi, si l’Espagne avait appliqué les décisions des Nations unies, le Maroc aurait pu récupérer son Sahara, comme il l’a fait pour Ifni, et il n’y aurait pas eu, aujourd’hui, d’« affaire du Sahara occidental ». La réalité est que l’Espagne n’a jamais voulu quitter le Sahara et a cherché à perpétuer sa présence, avec la collaboration de certaines tribus.

Pressée par les Nations unies d’entamer des négociations au sujet d’Ifni et du Sahara, l’Espagne a poussé l’Assemblée générale à soulever, le 20 décembre 1966, pour la première fois, le principe de l’exercice par la population du Sahara occidental au droit à l’autodétermination par l’organisation d’un référendum, sous l’égide des Nations unies. C’était, pour elle, le meilleur moyen pour ne pas engager des négociations avec le Maroc.

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