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Le ministre algérien, les lingots d’or et la corruption

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L’ex-premier ministre algérien, Ahmed Ouyahia, qui purge une peine de quinze ans de prison pour corruption, en juin 2020 à Alger.

Expéditifs, les procès d’anciens dignitaires algériens n’en continuent pas moins de dérouler le feuilleton de la corruption des années Bouteflika, où le montant vertigineux des détournements d’argent côtoie parfois le tragicomique. En octobre 2020, les Algériens avaient découvert la saga de « madame Maya », une mystérieuse femme d’affaires, un temps présentée comme la fille cachée de l’ancien chef de l’Etat Abdelaziz Bouteflika, qui a entraîné dans sa chute plusieurs hauts responsables. Place aujourd’hui à l’or des cheikhs émiratis et qatariens.

Un ancien premier ministre, Ahmed Ouyahia, a avoué samedi 9 janvier avoir revendu au marché noir des lingots d’or, offerts par des hôtes du Golfe, lors de l’ouverture d’un procès en appel pour corruption d’ex-dirigeants de l’ère Bouteflika. « J’ai reçu ces lingots d’or de la part des émirs du Golfe qui viennent chasser en Algérie, comme tous les responsables. Je les ai alors vendus au marché noir pour 350 millions de dinars [2,2 millions d’euros] », a-t-il avoué, après avoir été interrogé sur l’origine douteuse de fonds placés sur ses comptes personnels.

M. Ouyahia et Abdelmalek Sellal, un autre chef de gouvernement ayant servi sous le président déchu Abdelaziz Bouteflika, sont rejugés depuis le 9 janvier dans le cadre d’un scandale de corruption dans le secteur automobile, après leur pourvoi en cassation. En première instance, M. Ouyahia, quatre fois premier ministre entre 1995 et 2019, avait été condamné à quinze ans de prison ferme, et M. Sellal, qui a dirigé le gouvernement de 2014 à 2017 et quatre campagnes électorales de M. Bouteflika, à douze ans d’emprisonnement.

Chasse dans les parcs nationaux

Une quinzaine de personnalités sont accusées d’un financement « occulte » de la dernière campagne électorale de M. Bouteflika, début 2019. Ils sont également poursuivis pour « favoritisme » dans le cadre de partenariats noués dans l’industrie automobile entre marques étrangères et entreprises locales.

L’affaire du « scandale automobile » aurait entraîné une perte pour le Trésor public estimée à plus de 128 milliards de dinars (793 millions d’euros), selon des chiffres officiels. L’octroi de licences de montage de véhicules à des hommes d’affaires proches du pouvoir relevait de l’importation déguisée pour échapper aux impôts, lesdits industriels bénéficiant d’exonérations fiscales au titre d’un « made in Algeria » imaginaire.

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Mais, selon l’ancien premier ministre Ouyahia, une partie de sa fortune ne proviendrait donc pas de pots-de-vin versés par ces industriels en échange de ses services, mais de princes du Golfe. Durant sa présidence, Abdelaziz Bouteflika avait autorisé les dignitaires des monarchies du Golfe à chasser la gazelle et l’outarde en Algérie. Ils ont ainsi décimé des espèces en danger et protégées par la loi, parfois dans des parcs nationaux et sous bonne escorte militaire algérienne.

Le yaourt et la brioche

A une question de la présidente, stupéfaite, qui l’interrogeait sur les raisons l’ayant conduit à revendre son magot au marché noir, M. Ouyahia a répliqué avec candeur : « Je les ai proposés à la Banque d’Algérie qui a refusé de les prendre. » Et d’ajouter, bon patriote : « J’aurais pu placer mon argent à l’étranger, mais je ne l’ai pas fait. » Pourquoi, au moins, ne pas déclarer ces comptes bancaires nationaux ? « J’ai oublié. »

M. Ouyahia pourrait être tenté, selon un avocat, de « mouiller d’autres responsables de cette période avec cette histoire de lingots. Pour ne pas plonger tout seul, ou plus vraisemblablement parvenir à un deal avec ses accusateurs ».

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Homme des politiques d’austérité lors de son premier passage au palais du gouvernement à la fin des années 1990, celui qui s’était un jour défini comme le responsable capable de faire le « sale boulot » compte parmi les personnalités parmi les plus détestées des Algériens. Selon des propos qu’on lui avait un jour prêtés, il aurait dit que le peuple n’était pas « obligé de manger du yaourt » après une pénurie de produits laitiers. Le « yaourt » – telle la brioche de Marie-Antoinette – lui collait à la peau. Avec les lingots, désormais.



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ce que les présidents français ont déjà déclaré

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Les présidents Jacques Chirac et Abdelaziz Bouteflika au sommet Afrique-France de Cannes, le 15 février 2007.

« Oui, nos deux peuples ont une histoire commune, avec ses ombres et ses déchirures, mais aussi avec ses pages de vie et d’harmonie. Ma pensée, aujourd’hui, va également vers ces millions de femmes et d’hommes, si différents par leurs religions, leurs origines, leur culture, qui ont vécu sous ce même ciel méditerranéen, et façonné ensemble cette terre à laquelle ils étaient si attachés. Ce passé, complexe, encore douloureux, nous ne devons ni l’oublier ni le renier. Marcel Proust écrivait : « Certains souvenirs sont comme des amis communs, ils savent faire des réconciliations. » Laissons nos souvenirs parachever la nôtre. D’un côté comme de l’autre, sachons regarder ce passé en face. Reconnaître ses blessures, sa dimension tragique. Accueillons ensemble les mémoires, toutes les mémoires. Respectons toutes les victimes de la guerre d’Algérie, toutes celles et ceux qui ont combattu dans la sincérité de leurs engagements. Celles et ceux qui n’ont pu voir se lever les jours de l’Indépendance, comme celles et ceux qui ont dû se résoudre à l’exil. (…) Nous devons organiser notre communauté de destin, au service de la paix et de la stabilité en Méditerranée. Les destins de l’Algérie et de la France s’entrecroisent. Les âmes de nos deux peuples se mêlent intimement. Nous avons à disposition tellement d’atouts pour y parvenir. Privilégions ce qui nous unit, par le cœur et par la raison. »

(Discours prononcé le 3 mars 2003 à Alger, devant le Parlement algérien.)

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« Dans cette ville [Constantine], que je n’ai pas choisie par hasard, les pierres se souviennent encore de ce jour de 1837 où un peuple libre et fier, exténué après avoir résisté jusqu’à l’extrême limite de ses forces, fut contraint de renoncer à sa liberté. Les pierres de Constantine se souviennent encore de cette journée terrible du 20 août 1955 où chacun fit couler ici le sang, pour la cause qui lui semblait la plus juste et la plus légitime. Le déferlement de violence, le déchaînement de haine qui, ce jour-là, submergea Constantine et toute sa région et tua tant d’innocents étaient le produit de l’injustice que depuis plus de cent ans le système colonial avait infligée au peuple algérien. L’injustice attise toujours la violence et la haine. Beaucoup de ceux qui étaient venus s’installer en Algérie, je veux vous le dire, étaient de bonne volonté et de bonne foi. Ils étaient venus pour travailler et pour construire, sans l’intention d’asservir ni d’exploiter personne. Mais le système colonial était injuste par nature et le système colonial ne pouvait être vécu autrement que comme une entreprise d’asservissement et d’exploitation. (…) De part et d’autre, il y a eu des douleurs, il y a eu des souffrances, il y a eu des peines. Ces douleurs, ces souffrances et ces peines, nul en Algérie ni en France ne les a oubliées. Je n’oublie ni ceux qui sont tombés les armes à la main pour que le peuple algérien soit de nouveau un peuple libre, je n’oublie ni les victimes innocentes d’une répression aveugle et brutale, ni ceux qui ont été tués dans les attentats et qui n’avaient jamais fait de mal à personne, ni ceux qui ont dû tout abandonner : le fruit d’une vie de travail, la terre qu’ils aimaient, la tombe de leurs parents, les lieux familiers de leur enfance. »

(Discours prononcé le 5 décembre 2007 devant des étudiants à l’université Mentouri de Constantine.)

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« Rien ne se construit dans la dissimulation, dans l’oubli, et encore moins dans le déni. La vérité, elle n’abîme pas, elle répare, la vérité, elle ne divise pas, elle rassemble. Alors, l’histoire, même quand elle est tragique, même quand elle est douloureuse pour nos deux pays, doit être dite. Et la vérité, je vais la dire ici, devant vous. Pendant 132 ans, l’Algérie a été soumise à un système profondément injuste et brutal, ce système a un nom, c’est la colonisation, et je reconnais ici les souffrances que la colonisation a infligées au peuple algérien. Parmi ces souffrances, il y a eu [en 1945] les massacres de Sétif, de Guelma, de Kherrata, qui, je sais, demeurent ancrés dans la conscience des Algériens, mais aussi des Français. Parce qu’à Sétif, le 8 mai 1945, le jour même où le monde triomphait de la barbarie, la France manquait à ses valeurs universelles. La vérité, elle doit être dite aussi sur les circonstances dans lesquelles l’Algérie s’est délivrée du système colonial, sur cette guerre qui, longtemps, n’a pas dit son nom en France, la guerre d’Algérie. Voilà, nous avons le respect de la mémoire, de toutes les mémoires. Nous avons ce devoir de vérité sur la violence, sur les injustices, sur les massacres, sur la torture. Connaître, établir la vérité, c’est une obligation, et elle lie les Algériens et les Français. C’est pourquoi il est nécessaire que les historiens aient accès aux archives, et qu’une coopération dans ce domaine puisse être engagée, poursuivie, et que progressivement, cette vérité puisse être connue de tous. »

(Discours prononcé le 20 décembre 2012 à Alger, devant le Parlement algérien.)

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« Oui, en Algérie, il y a eu la torture, mais aussi l’émergence d’un Etat, de richesses, de classes moyennes, c’est la réalité de la colonisation. Il y a eu des éléments de civilisation et des éléments de barbarie. »

(Entretien au Point, novembre 2016.)

« Je pense qu’il est inadmissible de faire la glorification de la colonisation. Certains, il y a un peu plus de dix ans [la loi du 23 février 2005 mentionnait le « rôle positif » de la colonisation], ont voulu faire ça en France. Jamais vous ne m’entendrez tenir ce genre de propos. J’ai condamné toujours la colonisation comme un acte de barbarie. Je l’ai fait en France, je le fais ici. (…) La colonisation fait partie de l’histoire française. C’est un crime, c’est un crime contre l’humanité, c’est une vraie barbarie. Et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face, en présentant nos excuses à l’égard de celles et ceux envers lesquels nous avons commis ces gestes (…). Il y a eu des crimes terribles, de la torture, de la barbarie (…) mais en même temps, je ne veux pas tomber dans la culture de la culpabilisation sur laquelle on ne construit rien. C’est ce chemin de crête que je veux que nous prenions ensemble. »

(Entretien avec le journaliste Khaled Drareni, le 15 février 2017 sur Echorouk News).

« La disparition de Maurice Audin a été rendue possible par un système dont les gouvernements successifs ont permis le développement : le système appelé “arrestation-détention”. Ce système a été le terreau malheureux d’actes parfois terribles, dont la torture, que l’affaire Audin a mis en lumière. Certes, la torture n’a pas cessé d’être un crime au regard de la loi, mais elle s’est alors développée parce qu’elle restait impunie. (…) Il importe que cette histoire soit connue, qu’elle soit regardée avec courage et lucidité. Il en va de l’apaisement et de la sérénité de ceux qu’elle a meurtris, dont elle a bouleversé les destins, tant en Algérie qu’en France. Une reconnaissance ne guérira pas leurs maux. Il restera sans doute de l’irréparable en chacun mais une reconnaissance doit pouvoir, symboliquement, délester ceux qui ploient encore sous le poids de ce passé. C’est dans cet esprit, en tout cas, qu’elle est pensée et aujourd’hui formulée. Il en va aussi de l’honneur de tous les Français qui, civils ou militaires, ont désapprouvé la torture, ne s’y sont pas livrés ou s’y sont soustraits, et qui, aujourd’hui comme hier, refusent d’être assimilés à ceux qui l’ont instituée et pratiquée. »

(Déclaration du 13 septembre 2018 sur la mort de Maurice Audin.)

Le Monde



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Ambiance martiale en Ethiopie pour la fête de l’Epiphanie orthodoxe

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Tesfahun Mande, un combattant de la milice amhara, lors des préparatifs de la célébration de l’Epiphanie éthiopienne dans la ville de Gondar, le 17 janvier 2021.

Devant une église centenaire, des acteurs agitent leurs fusils : à Gondar, dans le nord de l’Ethiopie, la fête de l’Epiphanie orthodoxe est rattrapée par l’atmosphère martiale qui a gagné ce pays d’Afrique de l’Est déchiré par le conflit au Tigré.

La scène en dit long sur l’état d’esprit des fidèles : acclamée par la foule, la troupe glorifie la victoire de l’armée fédérale face aux « traîtres » du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), parti récemment délogé de cette région septentrionale.

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On est bien loin de l’esprit de Timqet, fête des chrétiens orthodoxes d’Ethiopie, qui célèbre l’Epiphanie et le baptême de Jésus dans le Jourdain. D’habitude, Gondar, ancienne capitale de l’empire éthiopien, accueille des milliers de fidèles qui se plongent avec félicité dans l’eau sacrée de ses thermes construits au XVIIsiècle.

Ce festival haut en couleur, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, se déroule cette année dans une ambiance atypique. Conflit au Tigré, massacres ethniques dans l’ouest du pays, tensions latentes avec le Soudan voisin : depuis plusieurs mois, la violence est omniprésente en Ethiopie.

Rancœur enfouie

Une situation qui a transformé cette fête religieuse en ode à la force militaire, via des prises de paroles et des spectacles au ton guerrier, parsemés d’avertissements aux ennemis potentiels de la nation.

Le slogan de cette année – « la renaissance de l’Ethiopie au Timqet de Gondar » – a d’ailleurs été choisi en référence au conflit au Tigré, présenté comme une « opération de maintien de l’ordre » par Addis-Abeba. « Cela évoque le renouveau de l’Ethiopie et ce que le gouvernement est en train d’accomplir avec cette opération, explique le maire de Gondar, Molla Melkamu. Pour les Ethiopiens, c’est un nouveau départ. »

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Le Tigré est en crise depuis début novembre, date à laquelle le premier ministre Abiy Ahmed a lancé une opération militaire dans la région, après des mois de tensions avec le TPLF. Prix Nobel de la paix 2019, M. Abiy a déclaré la victoire fin novembre lorsque ses troupes sont entrées dans Mekele, la capitale régionale. Mais les cadres du parti ont fui et les accrochages armés se poursuivent.

A Gondar, située en pleine région amhara au sud du Tigré, le conflit ravive la rancœur enfouie contre le TPLF, qui a régné en maître sur l’Ethiopie pendant presque trente ans avant l’arrivée au pouvoir de M. Abiy en 2018.

« Les morts sont partis le sourire aux lèvres »

Lorsque les combats ont débuté, Teshafun Mande a ainsi quitté la ville avec son fusil, pour aller au front et reprendre les terres revendiquées par de nombreux Amhara, la deuxième ethnie d’Ethiopie. Selon eux, le TPLF s’est approprié ces territoires lorsqu’il a pris le contrôle du pays au début des années 1990.

« Nous étions très joyeux en allant au combat. Même les morts sont partis le sourire aux lèvres », raconte à l’AFP M. Teshafun, qui a passé la semaine de Timqet arme à la main, en chantant à la gloire des combattants amhara qui ont affronté le TPLF.

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En prélude du festival, un homme a été largement applaudi pour ses vers à l’accent révolutionnaire lors d’un concours de poèmes : « Le moment est venu/Les opprimés sont désormais debout/Les oppresseurs à terre. »

L’offensive au Tigré est loin d’être la seule préoccupation des fidèles. Lors d’une course en début de semaine, plusieurs participants arboraient des affiches demandant au gouvernement de « faire attention à Metekel », une zone dans l’ouest du pays où des centaines de personnes, dont de nombreux Amhara, sont mortes dans des massacres ces derniers mois.

Atmosphère belliqueuse

Le gouvernement de M. Abiy n’arrive pas à empêcher ces attaques et à identifier les responsables. Mais de nombreux politiques amhara dénoncent une tentative visant à faire fuir leur ethnie de la région et réclament une intervention militaire.

En pleine procession, au milieu des prêtres qui escortent les tabots, ces répliques du coffre contenant les tables où figurent les dix commandements, Tegenu Guadie espère lui aussi le secours des forces fédérales. « La situation à Metekel est très inquiétante. Les gens sont chassés de leurs maisons et se font tuer », souffle l’étudiant de 26 ans.

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Dans cette atmosphère belliqueuse, les prêtres tentent de sauvegarder l’esprit religieux du Timqet, à grand renfort d’encens et de chants liturgiques. Des efforts appréciés par Getenet Mekuant, lorsqu’il plonge dans l’eau sacrée des thermes : ce fidèle de 24 ans habite Gondar et aimerait se concentrer « sur la religion, pas la politique ».

Un vœu largement ignoré par les dirigeants locaux. Depuis le bord de l’eau, le président de la région amhara, Agegnehu Theshager, s’adresse à la foule : « Alors que nous célébrons Timqet, nos pensées vont cette année vers ceux qui ont perdu la vie lors de l’opération de maintien de l’ordre. Nous pensons également à ceux qui ont été tués ou chassés de chez eux pour des raisons ethniques. »

Le Monde avec AFP



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le combat des irradiés du Sahara

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L’espace est minéral, immensité ocre de sable et de cailloux écrasée de lumière saharienne. Pierre Pothier pose aux côtés de ses camarades, képis et épaulettes. C’était fin 1966, dans le campement Oasis 1. Il avait 19 ans. Un solide gaillard du Haut-Beaujolais, ce Pierre Pothier.

Fils de garagiste, frotté à la mécanique dès son plus jeune âge, il avait été envoyé par l’armée avec la 12e compagnie du service du matériel dans la zone d’In-Ekker, sur les marches du plateau du Hoggar, dans le Sud algérien. Sa mission était de déblayer le site des essais nucléaires souterrains avant sa remise aux autorités d’Alger, en 1967. D’un tour de main, le jeune brigadier réparait les Berliet ensablés, chargés de fûts de déchets radioactifs sur les plateaux à ridelles. « Quand on m’a passé le compteur Geiger, il crépitait de toutes parts », se souvient-il près de cinquante-quatre ans plus tard.

On rencontre Pierre Pothier, petit air d’Yves Montand au coin des lèvres, dans une pizzeria du Creusot (Saône-et-Loire), non loin de ses terres charolaises. Il est venu avec le coffre de sa voiture encombré de dossiers : certificats médicaux, jugements de tribunaux de pensions militaires, lettres aux députés et ministres.

L’ancien appelé du Sahara aura passé une bonne partie de sa vie à demander justice. Au retour d’In-Ekker, alors qu’il se lançait dans une carrière de loueur de voitures, sa santé s’est progressivement dégradée. Premiers symptômes : ses dents sont tombées. Puis trois cancers lui ont été diagnostiqués au fil des ans : thyroïde, foie et prostate. L’ancien sportif de 1,82 m – il fut champion de France de basket junior – a perdu 7 cm et a été déclaré invalide à l’âge de 52 ans. « J’ai eu des problèmes de santé toute ma vie », soupire-t-il. Ses deux compagnons de la photo minérale d’In-Ekker, Jean-Pierre Gardoni et Roland Bayle, tous deux atteints d’un cancer du foie, sont décédés autour de la cinquantaine.

Chantier atomique

Pierre Pothier et les autres… Militaires français (engagés ou appelés), employés algériens ou populations sahariennes et, plus tard, à l’autre bout du monde, insulaires polynésiens, combien sont-ils à porter encore les stigmates de cette « aventure nucléaire » française ?

Le Sud algérien (quatre essais atmosphériques à Reggane entre février 1960 et avril 1961, treize essais souterrains à In-Ekker entre novembre 1961 et février 1966) puis les atolls de Polynésie française jusqu’en 1995 (46 atmosphériques, 147 souterrains) ont été le chantier atomique grâce auquel la France s’est forgé son statut de grande puissance. Au Sahara, 20 000 civils et militaires ont successivement travaillé sur les deux sites de Reggane et d’In-Ekker – distants de 600 km –, sans compter les dizaines de milliers de villageois et de nomades touareg habitant ou transitant dans les zones à proximité.

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