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l’archipel de Nosy Be attend désespérément le retour des touristes

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La plage d’Ambatoloaka, à Nosy Be, en 2013.

L’île malgache de Nosy Sakatia a rarement si bien mérité sa réputation de petit paradis de carte postale. Plus rien ne vient troubler la beauté de ses paysages et de ses fonds marins. Pas même les touristes qui, habituellement, affluent vers ce sanctuaire de tortues marines géantes situé à dix minutes en bateau de la célèbre Nosy Be, l’île principale d’un petit archipel au nord de Madagascar. Depuis l’irruption de la pandémie de Covid-19, en mars, ils ont déserté les lieux.

« En vingt ans d’activité, on n’a jamais connu de saison comme cela », soupire Christine Marindaza, qui, avec son mari Richard – natif de l’île –, tient des bungalows sur la plage et un restaurant. « Pas de touristes internationaux depuis mars, seulement des résidents de Madagascar, malgaches ou expatriés… Ça ne représente rien sur un exercice et le pouvoir d’achat n’est pas le même non plus », renchérit Richard Marindaza en se servant une bière.

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Le 1er octobre, le gouvernement avait pourtant annoncé la reprise des vols internationaux pour amorcer un redémarrage de l’activité touristique sur Nosy Be. Le président Andry Rajoelina s’y était déjà rendu en personne, fin juillet, pour rassurer les opérateurs. Mais le 23 octobre, la deuxième vague de l’épidémie sévissant en Europe a poussé les autorités à interdire l’embarquement vers Madagascar dans une dizaine de pays. Parmi eux, la France et l’Italie, qui représentent près de 95 % des touristes se rendant habituellement sur l’archipel de Nosy Be. Toutes les réservations effectuées pour novembre et décembre ont été annulées d’un coup, laissant les entrepreneurs désemparés.

La faillite menace

Lors des crises politiques passées, en 2002 ou 2009, le tourisme local avait déjà connu des périodes de creux. « Mais les gens continuaient de venir parce qu’ils ne se sentaient pas concernés par ce qui se passait à Antananarivo. Cette fois, c’est international. C’est la première fois que je vois nos îles si désertes », témoigne Christine Marindaza. Comme tous les opérateurs touristiques, le couple a bénéficié d’un report de charges octroyé par le gouvernement, mais il survit essentiellement grâce à ses économies et au soutien financier d’amis de l’étranger. Sur Nosy Be, même les hôtels de luxe ont fermé en attendant la réouverture des frontières.

« Il est encore très difficile de chiffrer l’impact de la pandémie sur la filière du tourisme », explique Johann Pless, président de la Fédération des hôteliers et restaurateurs de Madagascar (Fhorm) et administrateur de la confédération du tourisme : « En ce moment, les centres fiscaux n’acceptent pas les dépôts de bilan. La plupart des fermetures sont officieuses. » Si le tourisme à Madagascar ne représente que 7 % du PIB, il génère 44 000 emplois directs et, sur toute la chaîne de valeur, fait vivre environ 1,5 million de personnes, selon la Fhorm. « Nous n’en sommes qu’aux prémices d’une crise économique grave », estime Johann Pless. Celui-ci redoute que de nombreux établissements, qui ont cumulé les reports de paiement, fassent faillite au moment de leur réouverture.

Au-delà des opérateurs touristiques, c’est tout l’écosystème de l’archipel de Nosy Be qui est affecté, des vendeurs de rue aux artisans, en passant par les chauffeurs de « tuk-tuk » ou les pêcheurs. Sur l’île de Nosy Komba, la deuxième plus grosse de l’archipel, 4 000 habitants vivent exclusivement du tourisme. Devant les maisons en bois et aux toits en feuilles de ravinala (une plante typique de la région), on joue ou on se passe des verres de rhum pour occuper les journées.

« Nouveaux jobs »

Avant le coronavirus, Marco (qui n’a pas souhaité donner son nom de famille) était guide pour les clients d’un hôtel de luxe de Nosy Be. Depuis que l’établissement a fermé, en mars, il est revenu à Nosy Komba, chez ses parents. « Avant, je gagnais un smic [200 000 ariary par mois, soit 42 euros], maintenant c’est plus aléatoire », lâche-t-il. Voilà huit mois qu’il enchaîne les petits boulots et a contracté plusieurs crédits auprès de membres de sa famille. « Heureusement, nous avons la pêche », souffle-t-il. Le prix du poisson, qui se vendait auparavant 10 000 ariary le kilo, a été divisé par deux pendant la pandémie. « Les gens se trouvent de nouveaux jobs, explique Marco en pointant du menton la végétation luxuriante de l’île. Ils vont en forêt, plantent de la vanille, du cacao ou du manioc. Beaucoup d’arbres ont été coupés. »

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Après cette annus horribilis, les projections pour le secteur touristique en 2021 ne sont guère optimistes. La Fhorm projette le dépôt de bilan de près de 50 % des établissements touristiques du pays au premier semestre. « Nous avons demandé à l’Etat et aux bailleurs de fonds de prendre en charge l’électricité et les charges patronales d’avril à novembre, ainsi qu’une trêve fiscale et une trêve sur les baux. Les discussions sont toujours en cours », détaille Johann Pless.



Via LeMonde Afrique

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Afrique

Un Soulages ayant appartenu à Senghor vendu 1,5 million d’euros

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Un tableau de Pierre Soulages ayant appartenu au poète, académicien et ancien président du Sénégal Léopold Sédar Senghor a été vendu près de 1,5 million d’euros, frais d’enchères compris, samedi 23 janvier à Caen.

L’œuvre a été acquise par un « acheteur européen » qui a enchéri par téléphone, selon Caen Enchères, qui n’a pas souhaité donner plus de précision. Il y avait sept enchérisseurs, dont six par téléphone, mais aucun musée n’était en lice.

« C’est un très beau prix pour un tableau de ce format », a souligné Caen Enchères. Mise en vente à un prix de départ de 600 000 euros, l’œuvre était estimée « de 800 000 à un million d’euros », selon l’hôtel des ventes.

Caractéristique de son style dans les années 1950

Intitulée « Peinture 81 × 60 cm, 3 décembre 1956 », elle avait été acquise par Léopold Sédar Senghor cette année-là, lors d’une visite de l’atelier de l’artiste à Paris, rappelle Caen Enchères.

La légataire de l’œuvre, qui souhaite rester anonyme, est une amie de la sœur de l’épouse du poète mort en 2001. Disparue à son tour en 2019, Colette Senghor avait légué le tableau à sa sœur morte un an plus tard.

Longtemps accrochée dans le bureau de Léopold Sédar Senghor à Verson, près de Caen, où le couple a vécu à partir des années 1980, l’œuvre est caractéristique du travail du peintre dans les années 1950, avec ses jeux de glacis, de transparences et de superpositions. Un style qui précède l’outrenoir, cet univers sombre imaginé par Soulages en 1979.

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« Un coup qui me fit vaciller »

L’ancien président sénégalais était un fervent admirateur du peintre, aujourd’hui âgé de 101 ans. « La première fois que je vis un tableau de Soulages, ce fut un choc », racontera Senghor en 1958 dans Les Lettres nouvelles : « Je reçus au creux de l’estomac un coup qui me fit vaciller, comme le boxeur touché qui soudain s’abîme. C’est exactement l’impression que j’avais éprouvée à la première vue du masque dan. »

Cette admiration au long cours culmine en 1974 avec l’organisation d’une exposition au Musée dynamique de Dakar. L’institution construite huit ans plus tôt avait pour vocation de montrer à la fois les arts classiques d’Afrique et l’art moderne international – Chagall et Picasso y précédèrent Soulages. Lors de l’inauguration, où il se fait l’exégète précis de son travail, Senghor vante « l’expression la plus haute de la peinture pure », dont il espère qu’elle serve de modèle aux jeunes peintres sénégalais.

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Le Monde avec AFP



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Covid-19 : l’Afrique…la grande oubliée de la vaccination

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Via Xibaaru

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Wael Ghonim, l’étoile déchue de la place Tahrir

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Wael Ghonim, activiste égyptien alors responsable marketing de Google, place Tahrir, au Caire, le 11 février 2011.

A 40 ans, il a traversé tout ce que l’on peut désirer ou redouter de la vie : la gloire et l’oubli, l’ivresse des foules et leur vindicte, le pouvoir qu’on tient au creux de sa main et sa morsure. Wael Ghonim a été le wonder boy de la révolution égyptienne, celui qui la déclencha, le 25 janvier 2011. Aujourd’hui, son nom est presque tombé dans l’oubli. Certains le disent « fou », se demandent si ses Tweet relèvent d’un « canular ».

Faute de réponse de l’intéressé, plusieurs fois contacté par Le Monde, il faut se contenter de sa vie numérique. D’après son compte Twitter, Wael Ghonim est domicilié à Palo Alto, capitale de la Silicon Valley, en Californie. Il s’y présente comme « Egyptien, ex-Frère musulman, ancien de Google, ex-activiste et ex-mari. J’ai aidé à déclencher la révolution de 2011. Je remets tout en question. Père d’Isra et d’Adam ». Le suivre sur les réseaux sociaux – on s’est limité à Twitter, Facebook et Instagram – relève d’une activité à plein temps. On y trouve un déluge de messages, vidéos et statuts qui laissent transparaître le désarroi plus que l’amertume, une dépression profonde.

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Il ne parle pas de politique, sauf pour s’insurger quand son frère est brièvement arrêté sans raison apparente au Caire, à l’été 2019. Parfois, il risque une allusion. Le 10 janvier, il écrit : « Si vous ne voulez pas que ce qui m’est arrivé arrive à vos enfants, dites-leur de ne pas se hâter dans leurs jugements sur ceux qui les oppriment, de ne pas courir derrière ceux qui font commerce de leur gentillesse et de ne pas baisser les bras face à ceux qui les harcèlent. J’ai très bien compris ce qui m’est arrivé. Je sais que je ne le dois qu’à moi-même et je ne me cache pas derrière ma douleur. C’est comme ça que j’arrive à continuer. Si je ne l’avais pas compris, je me serais suicidé. » Dans les quelque 200 commentaires qui suivent s’affiche une majorité de messages de soutien, mais aussi venant de détracteurs et de trolls de l’armée électronique du président Sissi, qui lui enjoignent de ne jamais revenir en Egypte ou en appellent à Trump pour clôturer son compte Facebook…

Grande religiosité

Fils de médecin, Wael Ghonim a grandi dans une famille aisée et étudié à l’Université américaine du Caire (AUC). A 18 ans, il fonde Islamway.com, une bibliothèque de prêches d’inspiration salafiste, vouée à un énorme succès. Cette grande religiosité, habillée des atours d’un geek de la Côte ouest, est encore présente dans sa communication en ligne parsemée de formules coraniques.

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