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L’Afrique, l’autre continent de la bande dessinée

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L’affiche du festival de bande dessinée Bilili à Brazzaville, au Congo, conçue par l’artiste sénégalais Juni Ba.

Quand Joëlle Epée M., alias Eylon’s, lance en 2016 le festival de bande dessinée Bilili à Brazzaville, au Congo, elle rêve déjà d’« un hub de rencontres entre le public, les auteurs et les éditeurs ». Mais, prudente, elle s’en donne le temps. Avec près de 5 000 visiteurs en 2019, contre 300 la première année, la jeune autrice camerounaise tient son pari.

A l’occasion de la cinquième édition qui démarre mardi 1er décembre, la célèbre maison d’édition belge Dupuis dévoilera les noms des quinze auteurs africains qu’elle avait recrutés en 2019 sur Bilili (« Images » en lingala) pour le lancement de sa nouvelle Webtoon Africa. Et Joëlle Epée M. d’espérer que ce précédent donne de l’espoir aux auteurs africains, « qu’ils se disent qu’ils peuvent vivre de leur métier, être crédibles dans leur pays et que l’exode n’est pas l’issue ».

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L’éditeur congolais Dan Bomboko le martèle d’ailleurs : « La bande dessinée fait partie de notre culture générale. » Des générations de bambins d’une quarantaine de pays africains ont été biberonnées au magazine Kouakou qui, trente ans durant, a concilié divertissement et pédagogie « sans manichéisme ni misérabilisme », précise l’historien de la BD Christophe Cassiau-Haurie.

Tous ont également dévoré les aventures de Tintin et Lucky Luke, les mangas japonais comme les éditions Marvel importés sur le continent. Certains auteurs ont su tracer leur route en Europe, à l’instar de Barly Baruti, mentor de la scène congolaise publié chez Glénat, ou de la Franco-Ivoirienne Marguerite Abouet, dont la saga en six tomes d’Aya de Yopougon, réalisée avec le dessinateur Clément Oubrerie, s’est écoulée à 710 000 exemplaires par Gallimard.

Des registres variés

Dans leur sillage, une nouvelle génération de talents africains commence à prendre ses marques depuis dix ans. Leur style ? « Syncrétique », résume Pierre Lungheretti, directeur de la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image d’Angoulême, qui organisera en janvier 2021 une exposition sur le 9art en Afrique. « Ces auteurs ont digéré la ligne claire franco-belge, les mangas et les comics, en apportant leur propre singularité, notamment une exubérance dans le traitement des situations ou des couleurs », ajoute le spécialiste.

Ils se sont tout autant affranchis des récits de sensibilisation financés par les ONG et les gouvernements que de la veine caricaturiste en vogue dans les années 1990. Lorsque, en 2005, Marguerite Abouet s’attelle au premier tome d’Aya de Yopougon, elle a un objectif : « Sortir des images colportées par les médias d’une Afrique qui se meurt ou qui va mal. »

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Même aspiration pour Joëlle Epée M. qui, en 2013, a croqué avec humour la Vie d’Ebène Duta, jeune Camerounaise déracinée en Belgique, échappant aux clichés de « la femme africaine qui a des seins et des fesses » ou des migrants clandestins.

Variés, les registres s’étendent aujourd’hui du documentaire, à l’instar de Lucha, chronique d’une révolution sans armes au Congo de la Camerounaise Annick Kamgang, aux contes revisités et à l’afrofuturisme. Une kyrielle de nouveaux super ou antihéros a ainsi vu le jour, avec Scarf, en guerre contre la traite des enfants au Togo, ou le savoureux Delestron, personnage cagoulé qui coupe le courant dans les quartiers d’Abidjan.

Avec les moyens du bord

Plusieurs embûches contrarient toutefois cet élan. A commencer par les difficultés de circulation aussi bien des artistes que des livres. « Avec la poste, on a trois mois d’attente avant de recevoir les livres. Quant aux frais douaniers, ils sont différents selon les pays et parfois très élevés comme au Congo », détaille Dan Bomboko, qui a fondé la maison d’édition Elondja en 2004. Aussi, regrette-t-il, qu’« un livre qui sort à Dakar, mette du temps à être connu à Kinshasa ».

Les possibilités de rencontres sont aussi limitées. Il n’existe en Afrique qu’une dizaine de festivals au long cours comme Fibda à Alger ou Coco Bulles à Abidjan. Si l’édition connaît un vrai boom au Nigeria, à peine une dizaine d’éditeurs sont actifs en Afrique francophone, à l’image d’Elondja ou Ago au Togo. A Madagascar, une seule maison d’édition, Ngah, se maintient, « mais sa ligne éditoriale n’a pas bougé d’un poil en vingt ans », regrette le dessinateur malgache Dwa.

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Faute d’éditeurs, la majorité des auteurs font avec les moyens du bord. « Beaucoup s’autoéditent et ne se débrouillent pas si mal », constate Christophe Cassiau-Haurie. Et de préciser que « ce qui est alternatif en Europe est la norme en Afrique ». Pour publier le premier tome de la Vie d’Ebène Duta, Joëlle Epée a ainsi eu recours au financement participatif, qui lui a permis de lever 15 000 euros.

« Gagner les parents »

Dernier écueil : l’équation complexe entre la qualité, nécessaire pour obéir aux standards internationaux, et le prix bas de diffusion, indispensable pour s’ajuster au pouvoir d’achat en Afrique. « Mes livres sont trop chers pour le marché malgache, regrette Dwa. Je n’en vends pas énormément ici, d’autant que beaucoup associent la BD à un produit gratuit. » Alors pour s’assurer tout de même une diffusion sur le continent, la saga Aya de Yopougon y est distribuée en version souple moins coûteuse que le format cartonné.

Longtemps, Paulin Assem, fondateur de la maison Ago, proposait ses revues en noir et blanc à bas prix, autour d’un euro. Mais lorsqu’il a augmenté la qualité de ses publications, il a dû rehausser ses tarifs, non sans craindre de perdre ses lecteurs en cours de route.

« Les enfants ne pouvaient plus acheter, mais j’ai gagné leurs parents », sourit le jeune entrepreneur, qui ajoute que « la qualité a séduit une bonne partie de la classe moyenne togolaise qui a vu qu’on pouvait ranger les BD à côté d’autres livres dans les bibliothèques ». Quoique vendu à 15 euros, la Vie d’Ebène Duta s’écoule aujourd’hui à 40 % sur le continent.

Pour Dan Bomboko, dont 20 % du chiffre d’affaires s’effectue via les plates-formes numériques et les liseuses, un nouvel horizon se dessine aussi avec le digital. « Rien n’est simple, il faut être motivé et déborder d’idées, reconnaît le vétéran. Mais ça vaut le coup quand je vois la quantité de talents autour de moi. »

Bilili BD Festival, du 1er au 5 décembre, à Brazzaville.

Kubini, les bandes dessinées d’Afrique, du 27 janvier au 26 septembre 2021, Cité internationale de la bande dessinée et de l’image, www.citebd.org



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« Les révolutions arabes ont ravivé l’espoir »

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Leyla Dakhli a coordonné et dirigé un programme de collecte et de recherches sur les révolutions arabes. Ce travail a débouché sur la publication de L’Esprit de la révolte. Archives et actualité des révolutions arabes (Seuil, 2020, 320 pp., 24 €), un ouvrage collectif abondamment illustré qui s’intéresse au « comment » plutôt qu’au « pourquoi ».

Affiche représentant Abdel Basset Sarout, footballeur syrien devenu en 2012 un chef rebelle de la guerre civile. Icône de la révolution, il a été tué à Idlib en juin 2019.

Les révolutions arabes ont-elles échoué ?

La question n’est pas de juger du succès ou de l’échec d’un mouvement de révolte populaire. On ne revient pas en arrière, même quand la violence et l’oppression ont pu s’aggraver par un effet de retour de bâton après les révolutions de 2010-2011. Les contre-révolutions et les guerres accompagnent souvent les mouvements révolutionnaires, ce qui complique l’analyse d’une insurrection populaire simplement en tant qu’échec ou que succès. Une insurrection soulève littéralement la société, elle produit des réactions en chaîne, difficiles à prévoir, qui ne sont pas toutes imputables aux insurgés.

Si peu de régimes sont tombés, quel est le principal acquis de ces révolutions ?

Le premier acquis, c’est l’entrée du paradigme révolutionnaire dans l’histoire sociale et politique de ces Etats indépendants. L’idée même de révolution se défait des habits qu’elle revêtait auparavant, la liant aux luttes anti-impérialistes (révolutions algérienne, palestinienne) ou à des figures charismatiques comme celle de Gamal Abdel Nasser en Egypte. La révolution est devenue une figure du soulèvement populaire, un attribut de la « rue arabe ». C’est un espace d’élaboration de nouvelles formes politiques qui s’adressent aux régimes autoritaires et despotiques (en 2010-2011), mais aussi à des Etats défaillants et rongés par la corruption (au Liban et en Irak, par exemple, en 2019). La thawra [« révolution »] déplace un certain nombre de frontières, en premier lieu celles du jeu politique, qui transformaient les sociétés en un vaste terrain de jeu pour les clientèles et en chaînes d’asservissements successifs dans la sphère publique et privée. Ces révolutions sont radicales parce qu’elles renversent cette chaîne de la dépendance, de l’humiliation et de l’asservissement, au nom de la dignité.

L’absence de leadership de ces mouvements n’a-t-il pas été, à terme, un handicap ?

Il ne me semble pas que le leadership soit l’enjeu central. Ce qui est en cause, c’est la capacité de forces politiques et/ou syndicales et/ou de la société civile à venir en soutien de mouvements populaires. Là où cette infrastructure militante n’était pas complètement détruite, et où elle a pu venir en soutien, elle a joué un rôle déterminant tout en ne se substituant pas au mouvement populaire dans sa diversité. C’est, je pense, le sens profond du prix Nobel attribué au Quartet tunisien [quatre organisations ayant organisé des négociations entre les partis politiques dans le but d’assurer la transition vers un régime démocratique] en 2015. Ce ne sont pas des actions « de l’ombre », au sens où elles seraient souterraines ou honteuses ; ce sont des actions de support. Notre livre évoque des formes très pratiques de ces soutiens, comme la mise à disposition de tentes ou de matériel pour les manifestations. Cela se joue à de nombreuses échelles. Dans les pays où la dictature avait tout réduit à néant, les révolutionnaires se sont retrouvés sans filet, sans médiation, face à la violence pure du régime ou des chefs de guerre.

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l’Afrique se lance dans la bataille pour l’accès aux vaccins

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Un volontaire reçoit une dose de vaccin anti-Covid-19 lors d’un essai clinique à l’hôpital Baragwanath de Soweto, en Afrique du Sud, le 24 juin 2020.

L’Afrique a décidé de prendre les devants pour sécuriser son approvisionnement en vaccins contre le Covid-19. La présidence de l’Union africaine (UA) a annoncé, mercredi 13 janvier, que des contrats pour l’acquisition de 270 millions de doses avaient été signés avec les laboratoires Pfizer, Johnson & Johnson et AstraZeneca. Quelque 50 millions de doses pourraient être livrées entre avril et juin. L’accord a pu être conclu grâce à la garantie financière apportée par la Banque africaine d’import-export (Afreximbank).

« Depuis le début de l’épidémie, la collaboration et l’effort collectif ont été privilégiés, car nous voulons agir de manière à ce qu’aucun pays ne soit mis de côté », a rappelé le chef de l’Etat sud-africain, Cyril Ramaphosa, dont le pays occupe la présidence tournante de l’UA. Depuis plusieurs semaines, l’inquiétude montait à la vue des commandes colossales passées par les pays riches auprès des grandes firmes pharmaceutiques. L’Afrique allait-elle encore une fois être laissée pour compte ?

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La nouvelle a été accueillie avec fierté et une forme de soulagement sur le continent, alors qu’une deuxième vague de l’épidémie liée au coronavirus, plus sévère, touche une majorité de pays. Le seuil des 3 millions de cas a été franchi, avec 75 000 décès, principalement concentrés en Afrique du Sud et dans les pays d’Afrique du Nord. Si, comparés à la situation américaine ou européenne, ces chiffres apparaissent minimes, ils traduisent néanmoins des situations locales très tendues.

Dans 20 pays, la mortalité liée au virus progresse à une vitesse supérieure à la moyenne mondiale. Des pénuries de bouteilles d’oxygène pour prendre en charge les formes graves de la maladie ont été signalées au Nigeria, pays le plus peuplé du continent. Un peu partout, les restrictions aux déplacements et aux rassemblements ont été durcies, alors que le coût social et économique laissé par la première vague est déjà très lourd.

Un « gâteau » réduit pour les pays pauvres

Selon le Global Health Innovation Center (GHIC) de l’université Duke (Etats-Unis), 12,5 milliards de doses de vaccins (7 milliards de manière ferme et le reste sous forme d’options) avaient été préemptées à la date du 8 janvier par des gouvernements, tandis que Covax, le dispositif international créé pour mutualiser l’achat de vaccins et assurer une répartition équitable entre tous les pays, ne pouvait prétendre qu’à 2 milliards de doses. Le Canada a ainsi acheté de quoi vacciner cinq fois sa population, les Etats-Unis quatre fois, et l’Union européenne trois fois. « Cela aboutit à une réduction du gâteau pour les pays pauvres ou à revenus intermédiaires, alors que les modèles nous montrent qu’il n’y aura pas assez de vaccins pour couvrir la population mondiale avant 2023-2024 », commentaient les chercheurs du GHIC.

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Or jusqu’à mercredi, les pays africains dépendaient presque tous totalement de Covax pour prendre leur tour dans la vaccination mondiale. Cette initiative, pilotée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Alliance du vaccin (GAVI) et la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies (CEPI), doit assurer la fourniture gratuite de vaccins à 92 pays parmi les moins avancés ou à revenus intermédiaires, de manière à couvrir 20 % de leur population d’ici à la fin de 2021. Dans un premier temps, le personnel de santé et les travailleurs sociaux, les plus exposés à une contamination, seront ciblés.

« Les achats massifs de vaccins par les pays riches ne mettent pas en péril nos objectifs. Nous devrions commencer à livrer des doses dès le mois prochain et satisfaire les besoins pour les personnels de première ligne (soit 3 % de la population) d’ici au milieu de l’année », assure un porte-parole de GAVI, qui compte aussi sur le fait que les pays riches cèdent une partie de leurs quotas dans Covax au bénéfice des pays du Sud. Mais pour atteindre ses objectifs cette année, Covax, dont les besoins s’élèvent à 8,5 milliards de dollars (7 milliards d’euros), doit encore trouver 6 milliards. Il y a bon espoir cependant que la subvention de 4 milliards de dollars accordée par les Etats-Unis à GAVI en décembre puisse être mobilisée intégralement contre le Covid-19.

Une souche mutante en Afrique du Sud

Les pays qui en ont les moyens se sont aussi lancés dans la course en solitaire aux vaccins. Le Maroc a signé avec AstraZeneca et le chinois Sinopharm pour plus de 60 millions de doses. L’Egypte s’est aussi tournée vers Sinopharm, quand l’Algérie a privilégié le vaccin russe Spoutnik V et discute avec les Chinois.

L’Afrique du Sud, qui compte parmi les premiers pays à avoir pris part à des essais cliniques sur plusieurs candidats-vaccins et a signé en novembre un accord avec le laboratoire Johnson & Johnson pour produire localement des doses par l’intermédiaire de la compagnie Aspen, appartient également à ce peloton. Début janvier, dans un climat de gronde contre la mauvaise gestion de l’épidémie, le pays a annoncé avoir acheté 1,5 million de doses du vaccin AstraZeneca auprès du Serum Institute of India. Les premières livraisons sont attendues ce mois-ci. Le président Ramaphosa a depuis garanti que 20 millions de doses avaient été sécurisées pour engager le pays dans « l’entreprise logistique la plus vaste et la plus complexe de [son] histoire ». A terme, il en faudra beaucoup plus à l’Afrique du Sud pour vacciner 67 % de sa population (40 millions de personnes) et atteindre l’immunité collective, comme elle le souhaite.

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Mais avant même que les premières injections ne soient administrées, l’apparition d’une souche mutante à la contagiosité plus élevée fait l’objet de toutes les attentions. Jeudi, le directeur du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (CDC-Afrique), John Nkengasong, s’est voulu rassurant : « Il ne s’agit pas d’un nouveau virus. Rien ne prouve jusqu’à présent que ce variant sud-africain entraîne davantage de décès », a-t-il affirmé lors d’une conférence de presse. Le laboratoire Pfizer estime que l’efficacité de son vaccin n’est pas remise en cause par la principale mutation (N501Y) identifiée sur la souche africaine.

Richard Lessells, spécialiste des maladies infectieuses au sein du laboratoire Krisp de l’université du Kwazulu-Natal, à l’origine de la découverte du variant sud-africain, se montre toutefois prudent : « Nous sommes toujours très inquiets au sujet d’une autre mutation (E484K) qui pourrait permettre au virus d’échapper à la réponse immunitaire en neutralisant les anticorps », explique-t-il. Le variant sud-africain a déjà été repéré au Botswana et en Zambie. Mais il est certainement présent dans d’autres pays.

« Le vaccin n’est pas une recette magique »

Un autre défi attend les pays africains : se préparer à mener des campagnes de vaccination à une échelle inédite. Tous s’activent pour élaborer leur plan de stratégie vaccinale.

Le Sénégal, parmi les plus avancés, a déjà remis un premier projet. « Nous avons l’habitude de vacciner les enfants. Cette fois-ci, nous devons cibler les adultes les plus vulnérables et disposer d’un système de suivi qui permette d’assurer une seconde injection si cela est nécessaire », explique Ousseynou Badiane, coordonnateur du programme de vaccinations dans le pays. Reste une inconnue de taille : quels vaccins recevra-t-il ? « Nous n’avons pour l’instant aucune information, mais s’il s’agissait du Pfizer, dont la conservation exige un stockage à – 80 °C, toute notre chaîne logistique devrait être changée », ajoute le docteur Badiane, qui redoute un autre obstacle : « La communication “antivax” et les “fake news” risquent d’être un vrai problème pour diffuser le vaccin. »

Les résultats des essais cliniques, attendus prochainement, sur une dizaine de candidats-vaccins en phase 3 laissent l’espoir de bénéficier d’un traitement plus adapté aux contraintes locales. AstraZeneca présente déjà l’avantage de n’exiger que des températures comprises entre 2 °C et 8 °C. Plus prometteur encore, celui élaboré par Johnson & Johnson ne requerrait qu’une seule dose. « Il faut se préparer tout en se donnant un peu de temps pour identifier le vaccin le plus adapté aux réalités des pays », estime Elisabeth Carniel, directrice du Centre Pasteur à Yaoundé.

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La mobilisation pour l’accès aux vaccins en Afrique ne fait que commencer. L’UA s’est fixée pour objectif de couvrir 60 % de la population du continent, soit environ 750 millions de personnes. La première étape franchie avec ces premières commandes laisse encore loin du compte. Fin novembre, l’Inde et l’Afrique du Sud ont déposé une résolution à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour demander une dérogation à certaines dispositions des règles sur la propriété intellectuelle et ainsi ouvrir la voie à une fabrication à grande échelle et à bas coût de vaccins contre le Covid-19. Le Kenya a apporté son soutien à l’initiative et des mouvements de la société civile comme Human Rights Watch ont aussi commencé à faire campagne pour un accès équitable aux vaccins pour les pays les plus pauvres.

La bataille s’annonce rude. En attendant, comme l’a rappelé la directrice régionale de l’OMS pour l’Afrique, Moeti Matshidiso : « Le vaccin n’est pas une recette magique. Cela prendra du temps. Revenons à ce que nous savons faire : dépister, isoler, traiter en demandant à chacun de porter un masque et de respecter les gestes barrières. »



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le Championnat d’Afrique des nations, « galop d’essai » à hauts risques pour le Cameroun

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Le stade omnisports de Yaoundé, le 2 janvier 2021.

La pandémie de Covid-19 avait obligé les différentes institutions sportives mondiales à reporter à cette année certains événements prévus en 2020. Parmi eux, l’Euro de football et les Jeux olympiques, mais également le Championnat d’Afrique des nations de football (CHAN), qui devait initialement avoir lieu en avril au Cameroun. C’est finalement à partir du samedi 16 janvier et jusqu’au 7 février que se tiendra ce tournoi créé en 2009 et auquel participent uniquement les joueurs évoluant en Afrique. Seize équipes sont qualifiées pour la phase finale, dont le pays organisateur, et quatre sites ont été retenus : deux à Douala, un à Yaoundé et un à Limbé, dans la région anglophone du Sud-Ouest. Plusieurs de ces enceintes accueilleront aussi des matchs de la Coupe d’Afrique des nations (CAN), prévue début 2022.

« Le Cameroun sera très observé et nous voulons que ce CHAN soit une réussite. Tout est prêt, que ce soit au niveau des installations sportives, hospitalières ou hôtelières. Pour le pays, cela servira de galop d’essai avant la CAN », explique Michel Dissaké Mbarga, inspecteur général des services du ministère des sports et directeur du tournoi depuis novembre 2019. Benjamin Banlock, le secrétaire général de la Fédération camerounaise de football (Fécafoot), se montre lui aussi très optimiste, alors que le Cameroun avait été critiqué pour les retards pris dans les travaux : « J’invite ceux qui émettaient des doutes à venir sur place. Tout est prêt pour le CHAN et tout sera prêt pour la CAN. »

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Pourtant, le pays est confronté à deux enjeux majeurs, peu en rapport avec les questions sportives. Le premier tient évidemment à la situation sanitaire. Les stades seront ouverts au public alors que presque partout dans le monde, le football se joue devant des tribunes vides. Le Cameroun se l’autorise, car avec 27 300 cas positifs au Covid-19 (dont 451 décès) depuis l’apparition du virus en mars, l’épidémie « est relativement bien maîtrisée », estime Michel Dissaké Mbarga.

Les menaces des indépendantistes

Le directeur du tournoi précise néanmoins avoir « voulu prendre un maximum de précautions ». Ainsi, une jauge maximale à 25 % de la capacité de chaque stade a été fixée et les billets ne seront pas vendus le jour des matchs. « Mais il faudra bien évidemment porter le masque et respecter les mesures de distanciation. Nous avons sensibilisé les volontaires qui seront présents dans les stades sur la nécessité de faire respecter les règles. Les spectateurs qui ne s’y plieront pas seront expulsés. » Cette jauge de 25 % pourrait « être revue à la hausse ou à la baisse après le premier tour, en fonction des comportements », ajoute Benjamin Banlock.

L’autre défi concerne plus particulièrement la région du Sud-Ouest, théâtre d’un conflit politique et armé – qui a déjà fait 12 000 morts – entre l’Etat et les séparatistes anglophones. Ces derniers ont envoyé début janvier des courriers à la Confédération africaine de football (CAF) et à la FIFA, dans lesquels ils assurent vouloir s’en prendre aux délégations étrangères et aux supporters concernés par les rencontres à Limbé, où cinq matchs du premier tour ainsi qu’un quart de finale et une demi-finale sont programmés. La menace ravive chez certains le souvenir de l’attaque menée lors de la CAN 2010 en Angola par les indépendantistes du Front pour la libération de l’enclave du Cabinda (FLEC). Visant le bus de la délégation togolaise, elle avait fait trois morts et neuf blessés.

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Bernard Okalia Bilai, le gouverneur de la région du Sud-Ouest, s’est montré rassurant, affirmant que « toutes les dispositions nécessaires ont été prises ». Limbé a déjà accueilli des matchs de la CAN féminine en 2016 « et tout s’était très bien passé », rappelle aussi Michel Dissaké Mbarga. Au Cameroun, les supporters semblent finalement beaucoup plus inquiets quant au niveau de la sélection nationale, malmenée lors d’un tournoi organisé à Yaoundé début janvier par le Niger (1-2), la Zambie (0-2) et l’Ouganda (1-1). Mais ne dit-on pas que les Lions indomptables ne sont jamais aussi dangereux que lorsqu’ils semblent au plus bas ?



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