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la lutte contre le terrorisme au cœur des débats

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Un partisan du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) brandit un portrait de l’ex-président Blaise Compaoré lors d’un meeting d’Eddie Komboïgo, candidat à l’élection présidentielle au Burkina Faso, à Ouagadougou, le 19 novembre 2020.

A l’approche des élections présidentielle et législatives du dimanche 22 novembre au Burkina Faso, la lutte contre le terrorisme s’impose comme le sujet phare de la campagne. Négociations, amnistie, renforcement de la réponse militaire… Chaque candidat égrène son chapelet de promesses pour « rétablir la paix et la sécurité » dans le pays, où les attaques djihadistes ont fait plus de 1 600 morts en cinq ans, selon les chiffres officiels, et près d’un million de déplacés.

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Le 11 novembre, quatorze militaires ont été tués dans l’attaque de leur convoi sur la route de Tin-Akoff (nord). L’urgence est absolue : 93 % des Burkinabés estiment ainsi que la sécurité doit être la priorité du chef de l’Etat, selon le sondage d’opinion « Présimètre » réalisé par le Centre pour la gouvernance démocratique (CGD), à Ouagadougou. Signe aussi de cette lassitude qui s’est installée chez une partie de la population face à l’enlisement de la guerre au Sahel, de plus en plus de candidats à la présidentielle prônent le « dialogue » avec les groupes armés.

« Changer de stratégie »

Chez les partisans des négociations, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), de l’ancien président Blaise Compaoré (déchu après vingt-sept ans de règne à la suite d’une insurrection populaire en octobre 2014), a toujours milité pour « la voie de la diplomatie ». A l’époque, M. Compaoré entretenait des contacts étroits avec certains chefs djihadistes et avait négocié la libération de plusieurs otages occidentaux au Sahel par l’intermédiaire de son conseiller Moustapha Ould Limam Chafi. « Le terrorisme ne se combat pas par les armes, il faut changer de stratégie, discuter pour comprendre qui nous attaque et pourquoi », argue le candidat du CDP, Eddie Komboïgo, qui prône le « désarmement » et la « réinsertion dans la société » des « groupes rebelles ».

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D’autres anciens proches du régime Compaoré, également candidats, misent sur le dialogue, comme l’ex-premier ministre Kadré Désiré Ouedraogo (Agir ensemble), pour qui celui-ci devrait se faire avec « toutes les parties prenantes », ou Gilbert Noël Ouédraogo (ADF-RDA), qui propose une « amnistie », mais seulement pour « les cas les moins graves », précise-t-il.

Plus inattendue, en revanche, est la sortie du chef de file de l’opposition, Zéphirin Diabré, en marge d’un meeting à Ouagadougou, le 15 novembre, qui a déclaré qu’il ne fallait pas « se fermer à l’idée » d’un dialogue avec certains de ces groupes, « qui peut-être ont des revendications politiques ». Jusqu’ici, le président de l’Union pour le progrès et le changement (UPC), arrivé deuxième en 2015, préférait se montrer prudent vis-à-vis de cette option, affirmant même dans son programme que « ceux qui prennent les armes [seraient] traités comme nos ennemis et combattus avec la force armée ».

Cycle de représailles

La question d’ouvrir des négociations avec les groupes djihadistes, certains affiliés à Al-Qaïda, d’autres à l’organisation Etat islamique (EI), fait débat depuis plusieurs mois dans la sous-région. Surtout depuis que le Mali a annoncé, en février, l’ouverture d’un dialogue avec les émirs Iyad Ag Ghali et Amadou Koufa et obtenu la libération de quatre otages en échange de quelque 200 prisonniers terroristes présumés. Une position qui embarrasse la France, engagée avec plus de 5 000 soldats au Sahel, mais aussi la présidence burkinabée, qui a toujours officiellement affiché son refus de discuter avec les groupes armés et cherche à tout prix à se distinguer de la « diplomatie Compaoré ».

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« Nous ne négocierons pas avec ceux qui ont pour projet de démanteler le Burkina Faso et de mettre à mal notre vivre-ensemble », martèle Roch Marc Christian Kaboré, le président sortant, en lice pour un second mandat. Sauf que désormais, aux exactions des terroristes se sont ajoutées celles imputées aux milices d’autodéfense et à l’armée régulière. Un cycle de représailles et d’impunité alimenté par la multiplication des acteurs de la violence.

Avec un total de plus de 6 800 civils tués au Mali, au Niger et au Burkina Faso, selon l’ONG Armed Conflict Location & Event Data (Acled), « la preuve est apportée que l’option du tout-militaire ne fonctionne pas », constate Rinaldo Depagne, directeur du projet Afrique de l’Ouest de l’International Crisis Group (ICG), qui recommande le dialogue « face à des problèmes insurrectionnels, des communautés qui se sentent délaissées et rejettent l’Etat ».



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Faouziath Sanoussi, la science de la bonne nutrition dans la peau

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Faouziath Sanoussi, docteure en agrobiodiversité et technologies alimentaires, dans son atelier de transformation d’aliments pour enfants 100 % africains, à Cotonou, en novembre 2020.

A l’intérieur du hangar, les cylindres et les blocs en inox flambant neufs sont bien silencieux. « Toute la chaîne de fabrication ne peut pas fonctionner en simultané. L’université n’a pas la capacité électrique suffisante pour un tel système », lâche Faouziath Sanoussi, en observant ses broyeur, mélangeur et séchoir à l’arrêt. La scientifique béninoise n’en est pas inquiète pour autant. Il ne s’agit là que d’un obstacle de plus sur sa route. Elle le surmontera !

A 31 ans, la docteure en agrobiodiversité et technologies alimentaires ne laisse rien perturber son ambition, celle de lutter contre la malnutrition infantile et de faire avancer les sciences alimentaires dans son pays.

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Dans cet atelier de transformation au fond de l’université d’Abomey-Calavi, une fac où elle a fait ses classes, elle voit aujourd’hui son combat se matérialiser. « C’est ici que nous allons fabriquer nos snacks extrudés à base de mil », précise-t-elle d’un ton solennel, en ouvrant la gueule de son extrudeur.

Les yeux de la scientifique brillent face à cet appareil de cuisson novateur, rare au Bénin. Elle qui s’est battue pour réussir à le financer – 25 millions de francs CFA obtenus auprès d’une fondation brésilienne –, va enfin pouvoir industrialiser la production de ses biscuits pour enfants fabriqués à partir de produits locaux et capables de combattre la malnutrition.

Révolutionner l’alimentation pour enfants

Ce projet lui a valu une distinction cette année puisqu’elle vient d’être choisie pour faire partie des jeunes talents récompensés par le Prix Afrique subsaharienne 2020 L’Oréal-Unesco pour les femmes et la science. Les 15 000 euros de sa bourse lui permettront de transformer son hangar en un vrai centre d’excellence scientifique pour révolutionner rapidement toute l’alimentation pour enfants du Bénin.

Encore rare car onéreuse, « l’extrusion est une technique de cuisson à haute température qui conserve les éléments nutritifs des produits, contrairement à la cuisine traditionnelle au four ou à l’eau », souligne Mme Sanoussi. Une passionnée de nutrition qui a construit tout son parcours d’agronome autour du sujet dans un pays où 34 % des enfants souffrent encore de manière chronique de malnutrition ou de sous-nutrition.

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C’est en travaillant sa thèse sur les farines infantiles, entre 2012 et 2016, que la scientifique mesure l’ampleur du problème. En étudiant la composition des bouillies que les Béninoises donnent quotidiennement à leurs enfants en bas âge, elle découvre qu’elles sont en réalité composées à 80 % d’eau. Pas de quoi couvrir les besoins d’un bébé, bien au contraire.

« C’est un facteur important de malnutrition et ça ne s’arrange pas quand l’enfant va à l’école », poursuit la biologiste forte du constat que « les jeunes écoliers consomment de plus en plus de snacks, de biscuits de blé importés dont on ne connaît ni la provenance ni les vertus diététiques. Paradoxalement, nous les Africains, consommons du blé importé alors que nous produisons du mil. Il faut changer tout ça ! », affirme-t-elle avec détermination.

Ses biscuits, un concentré de Bénin

Décrite par ses proches comme « méthodique » et « travailleuse », Mme Sanoussi est aussi une scientifique optimiste. Là où certains verraient un obstacle, elle préfère y voir une opportunité à saisir pour changer l’avenir. Le faible développement du Bénin comme généralement du reste de l’Afrique ? « C’est une chance pour changer notre modèle alimentaire. Contrairement à l’Europe, il n’est pas trop tard. Ici, le fast-food et les aliments ready to eat commencent à se développer pour nous inculquer cette nouvelle culture. Saisissons cette occasion pour nous reconnecter à nos racines en créant des produits locaux prêts à consommer et bons pour la santé de nos enfants », précise-t-elle.

Ses biscuits, eux, sont un concentré de Bénin. Du mil pour les glucides, de la poudre de moringa pour les protéines et de la pulpe de baobab pour la vitamine C. La recette fonctionne et, en 2021, il lui restera à démarcher les industriels pour produire en grande quantité ces fameux snacks nouvelle génération.

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« Les projets de chercheurs ont tendance à s’arrêter au stade de la démarche intellectuelle, sans se concrétiser. Il faut créer plus de ponts entre les intellectuels et les industriels. Notre développement endogène en dépend », analyse la jeune femme.

Faouziath Sanoussi conjugue depuis trois ans son rôle de mère avec son métier de chercheuse, dans un pays où les femmes sont encore sous-représentées dans le secteur des sciences. Stigmatisées aussi. Comme lors de cette conférence au Nigeria où un confrère lui demande : « Que fais-tu là, loin de ton bébé ? Tu es une sorcière. Ton rôle est d’être mère », raconte-elle, se souvenant du moindre de ces mots prononcés, avant de regretter : « En Afrique, dès qu’une femme devient mère, la société voudrait qu’elle ne fasse que ça de sa vie. »

« Elle a beaucoup de potentiel »

Ce regard stigmatisant, la trentenaire le combat au quotidien sur le terrain des biotechnologies alimentaires, une bataille qu’elle mène pour faire avancer la science béninoise mais aussi la société. « Je veux être un modèle pour ma fille et lui faire comprendre qu’une femme est un être complet, capable de réfléchir et de travailler tout comme les hommes. Si elle peut comprendre qu’elle est capable de réaliser ses rêves, elle pourra lever toutes les barrières sur son chemin. »

Chez les Sanoussi, la force de caractère comme les sciences alimentaires sont une affaire de famille. Faouziath tient tout ça de son père, un agronome « qui s’est fait tout seul » et s’est battu pour donner la meilleure éducation à ses six enfants, répétant sans cesse à ses cinq filles que les hommes ne valent pas mieux qu’elles. Depuis, quatre sur cinq sont devenues scientifiques.

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D’ailleurs, à l’université d’Abomey-Calavi, Faouziath Sanoussi forge l’admiration de l’un des doyens, son mentor aussi, le professeur Joseph Hounhouigan. Ingénieur en technologies alimentaires, M. Hounhouigan n’a pas bougé de l’université depuis qu’il l’a formée il y a plus de trente-cinq ans. Des thésards, il en a vu passer, mais des comme elle très peu.

« Je me demande comment elle arrive à concilier tout ça. Elle est parmi les chercheurs les plus productifs que j’ai vus. Elle a beaucoup de potentiel », confie-t-il, un œil bienveillant sur sa protégée. Respect du maître oblige, l’un des rares experts béninois de l’extrusion, Faouziath Sanoussi écoute, les yeux baissés.

A la faculté de sciences, les femmes ne sont que 25 % à étudier, et moins de 10 % à enseigner. « On sent que les mentalités changent et ça se répercute sur les résultats scientifiques. les femmes comme Mme Sanoussi font avancer la science », se réjouit M. Hounhouigan. Le mois dernier, le professeur est parti à la retraite la conscience tranquille, sûr que la relève scientifique était assurée. Faouziath Sanoussi, elle aussi, en est sûre : ses petits biscuits vont montrer qu’au Bénin, la science se conjugue aussi au féminin.

Suivez notre nouvelle minisérie « En Afrique, la science au féminin »

Femme, scientifique et africaine… En 2020, ce triptyque reste encore compliqué à faire vivre. En dépit des avancées de ces dernières années, des quelques noms qui commencent à émerger, accoler ces trois mots ne vont toujours pas de soi sur un continent qui plus que les autres a besoin de la science pour avancer vite, avec ses propres schémas, vers le développement.

Plus encore en Afrique francophone que dans la partie anglophone du continent, plus encore en mathématiques ou en physique qu’en médecine, se lancer dans les sciences reste une véritable aventure lorsqu’on est une lycéenne, en dépit des initiatives multiples pour encourager les jeunes femmes africaines à oser ces choix.

Des semaines de la science qui se multiplient dans les pays aux bourses offertes aux plus talentueuses scientifiques, l’Afrique bouge mais a besoin d’exemples, de modèles qui rappellent que c’est possible et important pour la planète entière.

Cette minisérie a été réalisée en partenariat avec la Fondation L’Oréal.

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Episode 2 Faouziath Sanoussi, la science de la bonne nutrition dans la peau



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« M. Macron fait l’apologie des droits du peuple français, mais oppose un déni au peuple algérien qui revendique les mêmes droits »

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Emmanuel Macron à Alger, en décembre 2017.

Tribune. C’est à travers une interview publiée le 20 novembre dans l’hebdomadaire Jeune Afrique que le président français s’est invité dans les affaires algériennes. En évoquant Abdelmajid Tebboune, le chef de l’Etat algérien, Emmanuel Macron marque une entrée par effraction dans le débat intérieur du pays.

Il apporte son soutien à un président « courageux », dit-il, alors que cela fait des semaines que M. Tebboune est absent et que sa légitimité n’a jamais été aussi contestée. En témoignent les dernières élections (référendum pour la Constitution) pendant lesquelles le taux de participation le plus bas de l’histoire a été enregistré.

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Les propos de M. Macron tombent d’autant plus mal qu’ils interviennent en pleine campagne d’arrestations de militants du Hirak, de recul des libertés individuelles et collectives, et de purges intestines au sein des services de sécurité. Le système algérien traverse une phase d’instabilité inhérente à son fonctionnement : les luttes des clans deviennent sa marque de fabrique.

Le seul « courage » auquel Emmanuel Macron devrait faire écho est celui d’un peuple pacifique qui réclame, depuis plus d’un an, les mêmes droits que le peuple français : à savoir un Etat civil et démocratique. Ses paroles remuent les douleurs d’un passé commun dont les plaies ne sont pas encore refermées.

S’immiscer dans des luttes intestines

Prompt à dénoncer les pays non africains (comme la Turquie et la Russie) qui alimentent le sentiment anti-français sur le continent, le président français se permet de s’immiscer dans des luttes intestines qui ne peuvent susciter que polarisation et cristallisation de la crise en Algérie.

Dans son interview sur la chaîne Al-Jazira le 31 octobre, Emmanuel Macron a rappelé les fondements de ce qu’est la société française en disant : « Je défendrai toujours dans mon pays la liberté de dire, d’écrire, de penser, de dessiner (…). Ces droits de l’homme qui ont été pensés, voulus, créés en France, je considère que c’est notre vocation de les protéger et de protéger aussi la souveraineté du peuple français qui le veut. »

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C’est au nom de la liberté de dire et d’écrire que le journaliste Khaled Drareni a écopé de deux ans de prison ferme en Algérie. C’est au nom de la liberté de dessiner que le caricaturiste Nime a été incarcéré et condamné à trois mois de prison ferme. C’est au nom de la liberté de penser et de conscience que le militant Yassine Mbarki a été condamné à dix ans de prison ferme. Et c’est pour ces mêmes droits qu’un contingent de plus de quatre-vingts détenus politiques croupit dans les prisons du « courageux » président algérien.

Le président Macron fait l’apologie des droits et de la souveraineté du peuple français, mais oppose un déni au peuple algérien qui revendique les mêmes droits : deux poids, deux mesures. Les droits universels ne peuvent faire objet de hiérarchisation des peuples.

Répression, corruption, atteinte aux libertés

« Je ferai tout ce qui est en mon possible pour aider le président Tebboune dans cette période de transition », promet le président français, sans définir la nature de cette transition qui est plus intrasystème que dans l’intérêt du peuple algérien. Les tenants des leviers du pouvoir en Algérie considèrent que la stabilité du système est prioritaire sur celle du pays. Toutes les décisions politiques s’orientent dans cette optique avec pour corollaire des violations des libertés.

Evoquer une transition dans cette configuration d’une « Algérie nouvelle » relève de l’absurdité plus que d’une réalité avérée. Cela, le président français tente de l’occulter.

La jeunesse algérienne aspire à vivre dans son pays en exerçant pleinement ses droits citoyens. Appuyer un système dont la gouvernance repose sur la répression et l’atteinte aux libertés, la corruption comme mode de gestion, la violence comme moyen de contrôle, génère un climat de désespoir.

La jeunesse, démographiquement majoritaire, se voit ainsi encouragée à emprunter les chemins migratoires qui deviennent le seul imaginaire porteur d’espoir. La vision court-termiste du président français, quant à une transition imaginaire, est un pari hasardeux. L’habituel défaut du politique est de ne pas prévoir l’orage par beau temps.

Comment est-il possible pour le président Macron de vouloir plaire à l’opinion dite « arabe » en affirmant, via la chaîne panarabe Al-Jazira, qu’il défend les droits de l’homme et toutes les libertés, et en même temps d’apporter sa caution à ses dirigeants autoritaires qui bafouent et piétinent tous ces principes ? Le grand écart n’a que trop duré.

Djaffer Amokrane, militant du Hirak ; Mohamed Kacimi, écrivain et dramaturge ; Saïd Salhi, vice-président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme ; Samir Yahiaoui, architecte, militant du Hirak.



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le Burkina Faso attend des résultats déjà critiqués par l’opposition

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Dépouillement dans un bureau de vote après les élections présidentielle et législatives à Ouagadougou, au Burkina Faso, le 22 novembre 2020.

L’opposition burkinabée a une nouvelle fois accusé lundi 23 novembre le pouvoir du président Roch Marc Christian Kaboré, favori du scrutin, de « fraudes » lors de la présidentielle de dimanche, alors que la Commission électorale nationale indépendante (CENI) a à peine commencé à donner les premiers résultats. En fin de journée, la CENI, qui dispose d’une semaine pour annoncer le résultat, n’avait divulgué les résultats que d’une quinzaine de communes sur 366.

Dimanche soir, son président Newton Ahmed Barry avait reconnu que « autour de 300 000 à 350 000 » personnes sur les 6,5 millions d’électeurs n’avaient pas pu voter en raison des menaces sécuritaires, notamment dans l’est et dans le nord du pays.

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Pays sahélien parmi les plus pauvres du monde, le Burkina Faso vit ses heures les plus sombres depuis son indépendance de la France en 1960, s’enfonçant depuis cinq ans dans une spirale de violences djihadistes et intercommunautaires, associées à une répression souvent violente des forces de sécurité.

Les attaques des groupes djihadistes – certains affiliés à Al-Qaida, d’autres à l’organisation Etat islamique – ont fait au moins 1 200 morts et chassé de leurs foyers un million de personnes, qui s’agglutinent dans les grandes villes.

« Des résultats entachés d’irrégularités »

Cela ne devrait toutefois pas empêcher la validation des résultats, l’Assemblée nationale ayant adopté en août une modification du code électoral afin que les élections soient valables, même si elles ne peuvent pas avoir lieu sur l’ensemble du territoire.

Le nouveau code précise qu’« en cas de force majeure ou de circonstance exceptionnelle (…) entraînant l’impossibilité d’organiser les élections sur une partie du territoire national, l’élection est validée sur la base de la partie non affectée par la force majeure ».

Elu en 2015, le président Roch Marc Christian Kaboré, qui brigue un second mandat, est favori face à douze adversaires, dont Zéphirin Diabré, chef de file de l’opposition, et Eddie Komboïgo, candidat du parti de l’ancien président Blaise Compaoré, dont le régime tombé il y a six ans fait l’objet d’une nostalgie croissante.

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Après ses accusations de samedi, l’opposition a une nouvelle fois estimé lundi que le double scrutin présidentiel et législatif était « émaillé de fraudes », réitérant sa menace de ne pas accepter des « résultats entachés d’irrégularités ».

L’opposition « émet de très fortes réserves sur la sincérité et la crédibilité des résultats », a déclaré au nom de l’opposition Tahirou Barry, l’un des candidats à la présidentielle, lors d’une conférence de presse à Ouagadougou.

Une victoire dès le premier tour ?

« En tout état de cause, les signataires de l’accord politique [de l’opposition] n’accepteront pas des résultats entachés d’irrégularités et qui ne reflètent pas la volonté du peuple burkinabé », a ajouté M. Barry, qui s’exprimait aux côtés de cinq autres candidats à la présidentielle dont MM. Diabré et Komboïgo.

Le clan présidentiel a promis, comme en 2015, une victoire au premier tour de ce scrutin considéré comme le plus ouvert de l’histoire du Burkina qui a connu de multiples coups d’Etat depuis son indépendance.

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Sans exhiber de preuves, l’opposition burkinabée avait déjà affirmé samedi qu’une « fraude massive » était en préparation, menaçant dans les mêmes termes de ne pas reconnaître « des résultats entachés d’irrégularité ». « Il est absolument inconcevable après avoir parcouru tout le Burkina Faso de penser avoir un parti gagnant dès le premier tour », avait notamment indiqué M. Diabré.

Une victoire dès le premier tour permettrait à Roch Kaboré d’éviter un second tour contre un candidat soutenu par l’ensemble de l’opposition.

Dimanche, les Burkinabés faisaient, eux, surtout état de leur inquiétude quant à la situation sécuritaire : « On attend beaucoup de la sécurité. On sait que ce n’est pas facile, mais on aimerait qu’il y ait la paix, qu’il y ait le pardon entre les Burkinabés et que l’on puisse vivre ensemble tranquille », disait ainsi Abdoulaye Koula, électeur à Ouagadougou.

Le Monde avec AFP



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