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« La France continue de donner carte blanche au Tchadien Idriss Déby Itno »

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Idriss Déby reçoit officiellement le titre de « maréchal du Tchad » lors d’une cérémonie à l’Assemblée nationale le 11 août 2020 à N’Djamena, à l’occasion du 60e anniversaire de l’indépendance du pays.

Tribune. Si, dans certains pays d’Afrique comme le Kenya ou le Ghana, la bonne gouvernance progresse, les pays d’Afrique centrale francophone, eux, hésitent encore entre un chemin vertueux et la prolongation d’un passé fait de tourmentes politiques et de misères des populations.

Dans cette région, en dehors de la République centrafricaine qui a retrouvé une certaine stabilité politique depuis le récent soutien russe, les autres pays sous influence française tanguent dangereusement. Ils hésitent entre une monarchisation de la République à l’œuvre au Gabon ou au Togo et le chaos engendré par une dictature qui n’a que trop duré comme au Cameroun ou au Tchad, deux pays qui offrent deux déclinaisons de cette Afrique qui recule.

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Depuis trente années, contre la volonté du peuple et avec la bénédiction militaire française, un homme règne en effet sans partage sur un territoire aux potentialités économiques énormes. Les ressources pétrolières qui se sont ajoutées aux richesses agricoles il y a près de vingt ans n’ont servi qu’à enrichir Idriss Déby et sa famille, à renflouer les comptes dans les paradis fiscaux si ce n’est dans l’achat des consciences, la corruption et des interventions militaires extérieures sans mandat international.

Les indicateurs socio-économiques, comme l’indice de développement humain (IDH), placent toujours le pays au dernier rang des classements internationaux quand les indicateurs de gouvernance politique témoignent, eux, de la restriction des libertés politiques et d’expression doublée de nombreuses et récurrentes restrictions des connexions aux réseaux sociaux.

« Maréchal du Tchad »

Après l’élection présidentielle contestée de 2016, le régime s’est appuyé sur un Parlement illégitime pour accoucher d’une nouvelle Constitution. Un texte qui a instauré le serment confessionnel dans un pays laïc, consacré l’inéligibilité des jeunes de moins de 45 ans et réduit la liberté d’association.

Aujourd’hui, alors que Boko Haram continue d’endeuiller les Tchadiens à l’intérieur de ses frontières, après une victoire invérifiable dans un combat contre cette secte dans la zone du lac Tchad en mars 2020, le même Parlement décide contre toute attente et en violation de ses propres procédures de décerner à Idriss Déby Itno le titre de maréchal. « Maréchal du Tchad » et non pas « maréchal Idriss Déby » à l’image du maréchal Pétain ou du maréchal Mobutu.

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En outre, pour la cérémonie d’élévation à cette dignité, le même Parlement a choisi le 11 août comme pour effacer de la mémoire collective cette date sacrée de l’indépendance, qui devrait unir tout le peuple autour du souvenir commun. Il devient de plus en plus clair qu’Idriss Déby cherche à passer le pouvoir à l’un des membres de son clan, lui qui ne se sépare plus de ses enfants, que ce soit dans le cadre des affaires diplomatiques, militaires ou tout simplement économiques.

Contrairement à d’autres pays francophones où une société civile forte a permis de tirer profit des résolutions des conférences nationales souveraines des années 1990 pour implanter un contre-pouvoir fort, le régime d’Idriss Déby n’a jamais rompu avec la violence, lui qui s’est illustré par les massacres les plus sauvages depuis septembre 1984. Très tôt, MBehidi, premier président de la Ligue tchadienne des droits de l’homme (LTDH) a été assassiné par le régime en février 1991.

Une milice surarmée

Des exactions sur de nombreuses populations partout sur l’étendue du territoire ont fini de réinstaurer une chape de plomb, comme sous les régimes précédents, terminant l’œuvre de zombification du peuple à côté de la politique de division entretenue par le régime du Mouvement patriotique du salut (MPS). La rébellion politico-militaire a été la réponse des populations frustrées et humiliées.

Les intrusions en 1997, 2006, 2008 et 2019 ont été repoussées avec l’appui des forces françaises installées au Tchad. Depuis février 2008, Ibni Oumar Mahamat Saleh, mathématicien et président du Parti pour les libertés et la démocratie (PLD) est porté disparu et, à ce jour, la lumière n’a été faite sur son cas.

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Aujourd’hui, lorsque les forces vives tchadiennes expriment leur volonté de changement, la même réponse est invariablement servie par la communauté internationale : « Dans un environnement marqué par des conflits aux frontières et par des attaques djihadistes, Déby est le rempart de la sécurité sous-régionale et auteur acteur politique tchadien n’est en mesure de maintenir la stabilité politique après lui. »

Malgré l’alerte d’une institution de recherche américaine qui a pointé du doigt les risques liés au soutien à Déby, le réseau français a continué de donner carte blanche à cet homme. La présence d’une milice surarmée et la bénédiction française renforcent l’arrogance d’Idriss Déby et le développement du culte de la personnalité. Au point où il leur est loisible d’effacer une date qui devrait être historique aussi bien pour les peuples français et tchadiens, et marquer ainsi la fin d’une page d’histoire commune.

L’arrogance d’Idriss Déby et de son régime

Aujourd’hui, la masse populaire est convaincue de ces soutiens. Et s’il devient illusoire d’attendre une alternance politique par la voie des urnes, nous, en tant que membres des forces vives du pays, gardons espoir en un changement par et pour notre peuple. Conscients des enjeux internes et externes de la situation du Tchad, nous travaillons à résorber nos faiblesses et à être à la hauteur de l’affront qui est aujourd’hui explicitement exprimé par le régime.

A l’arrogance d’Idriss Déby, de son régime et de ses réseaux de soutien, nous répondons par l’unité de nos forces et l’appel à un sursaut national. La question qui se pose aujourd’hui est de savoir ce que la voie populaire imposera dans les choix que nous aurons à faire pour la gestion de ces enjeux intérieurs et extérieurs si, comme nous l’espérons, le peuple arrive à braver la milice prétorienne de Déby et à instaurer un nouvel ordre politique.

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N’est-il pas temps de travailler tous ensembles à prévenir une situation qui peut devenir ingérable tant les frustrations sont grandes ? Nous croyons en la bravoure éternelle des soldats tchadiens qui, depuis la période coloniale, ont été prompts à répondre à l’appel du général de Gaulle. Ces soldats-là, s’ils bénéficient de bons traitements, d’un encadrement de qualité, pourraient apporter des valeurs ajoutées plus significatives dans les opérations multinationales au service de la stabilité sous-régionale après Déby.

Nous croyons également en la maturité du peuple tchadien dans le cadre d’un changement de gouvernance, en sa volonté à vivre en paix avec toutes les communautés nationales. Aussi, nous appelons à soutenir des institutions fortes plutôt que des hommes forts.

Yoram Annette Laokolé, membre de l’opposition politique tchadienne en France ; Kemba Didah Alain, coordinateur national du mouvement citoyen Le Temps ; Djarma Acheikh Attidjani, politologue ; Christian Mandekor Koumtog, coordinateur du mouvement Ras-le-bol citoyen ; Djonabaye Mbaidanem, du mouvement Ras-le-bol citoyen et Charfadine Galmaye Salimi, membre de l’opposition politique tchadienne en France.

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la sélection musicale du « Monde Afrique » #20

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Chaque mercredi, Le Monde Afrique vous présente trois nouveautés musicales issues ou inspirées du continent. Cette semaine, nous vous proposons une plongée dans les archives sonores sénégalaises, santoméennes et éthiopiennes avec la réédition d’albums d’Orchestra Baobab, de Pedro Lima et du groupe Admas.

« Specialist in All Styles », d’Orchestra Baobab

Pour célébrer les 50 ans du groupe sénégalais Orchestra Baobab, le label britannique World Circuit Records réédite pour la première fois en vinyle, vendredi 25 septembre, son album Specialist in All Styles, paru en 2002. Enregistré à Londres, cet opus est un jalon de la musique afro-latine où se mélangent influences cubaines, pop internationale et traditions griotiques. Fin juillet, le label a exhumé le clip de Dee Moo Woor, qui dormait dans ses archives depuis dix-huit ans. Le titre, qui signifie « Seule la mort est certaine » en wolof, a pris un écho particulier avec le décès, quelques jours plus tard, d’un pilier du groupe, Balla Sidibé.

« Maguidala », de Pedro Lima

A Sao Tomé-et-Principe, il était surnommé « la voix du peuple ». Né en 1944, Pedro Lima était une icône de l’archipel, célèbre non seulement pour ses chansons mais aussi pour ses prises de position sur la politique du pays, notamment lors de sa déclaration d’indépendance vis-à-vis du Portugal, en 1975. Soutien du président d’alors, Manuel Pinto da Costa, il ne se privait pourtant pas de critiquer le pouvoir. Mi-juillet, le label suisse Bongo Joe a réédité Maguidala, un opus de quatre longs morceaux (entre sept et dix minutes chacun) sorti en 1985 et où résonnent la douce énergie et l’irrésistible mélancolie du chanteur disparu en 2019.

« Sons of Ethiopia », d’Admas

Ils n’étaient pas des partisans du régime dictatorial en place en Ethiopie de 1974 à 1987 – le Derg –, et c’est la raison pour laquelle les musiciens d’Admas vivaient en exil aux Etats-Unis, fuyant la « terreur rouge » et la propagande d’Etat. A Washington, le groupe en a profité pour s’enrichir d’influences mondiales, ouvrant les mélodies traditionnelles de son pays à des sonorités plus électriques (synthétiseurs, boîtes à rythmes, guitares). Une musique fusion nourrie de liberté, de modernité, de nostalgie et d’espoir à (re) découvrir dans l’album Sons of Ethiopia, réédité fin juillet par le label new-yorkais Frederiksberg Records.

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Au Cameroun, des marches de l’opposition réprimées par les forces de l’ordre

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Des militants de l’opposition camerounaise ont aussi manifesté à Paris le 22 septembre 2020.

D’un côté, des gendarmes et des policiers anti-émeutes, lourdement armés. De l’autre, des dizaines d’hommes et de femmes, brandissant pour certains des drapeaux vert-rouge-jaune, les couleurs nationales, et qui marchent en chantant : « Libérez ! libérez le Cameroun ! » Ce mardi 22 septembre, au lieu-dit Ancien-Chococam, à Douala, la scène ne dure qu’une poignée de minutes avant que les forces de l’ordre ne dispersent la foule à coups de gaz lacrymogène et de canons à eau. Les manifestants sont molestés et embarqués de force à bord des pick-up de la police et de la gendarmerie. Sur un véhicule, certains sont rappelés à l’ordre à coups de matraques.

Au carrefour Ndokoti ou au quartier Grand-Moulin, toujours à Douala, des journalistes et des témoins ont rapporté les mêmes scènes. Des dizaines de manifestants, parfois des centaines, ont scandé des refrains appelant au départ du président Paul Biya, au pouvoir depuis 1982. Ces hommes et femmes sont venus participer à des « marches pacifiques », répondant à l’appel lancé par sept partis d’opposition, dont le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), de Maurice Kamto, principal opposant au régime. D’après Joseph Ateba, secrétaire national à la communication du MRC, des centaines de personnes, dont le porte-parole de Maurice Kamto, ont été interpellées à travers le pays. Certaines ont été blessées et « au moins une personne est morte », affirme-t-il : « Pour l’instant, nous faisons encore des recoupements. »

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A Bafang (ouest), entre 200 et 300 marcheurs munis d’arbres de la paix ont investi les rues, d’après le décompte de Bernard Ngako, un responsable local du MRC. Gazés comme à Douala, des dizaines d’habitants ont été interpellés. Par solidarité, les autres se sont rués au commissariat pour exiger – avec succès – leur libération. « Nous manifestons pacifiquement, insiste Bernard Ngako. Nous ne luttons pas pour nous mais pour tout le Cameroun, pour le peuple. Nous n’avons pas peur et nous sommes prêts à recommencer. »

Des menaces gouvernementales à peine voilées

Cependant, dans certaines villes et dans certains quartiers de Douala et Yaoundé, le fort dispositif sécuritaire et les menaces gouvernementales à peine voilées semblent avoir découragé la mobilisation. Depuis l’annonce de ces marches, les autorités ont multiplié les communiqués. Le porte-parole du gouvernement, René Emmanuel Sadi, a ainsi exhorté les Camerounais à « rester sourds aux appels à l’insurrection, irréfléchis et insensés, à faire échec, comme de coutume, aux manœuvres déstabilisatrices d’où qu’elles viennent ». Et Paul Atanga Nji, le ministre de l’administration territoriale, a averti : « Aucun écart de comportement ne sera toléré de quelque parti que ce soit et de qui que ce soit. »

Déjà, vendredi, quatre membres de Stand up for Cameroon, une plateforme de partis d’opposition et de la société civile qui organise depuis 2016 les « vendredis en noir » pour protester contre la mauvaise gouvernance et exiger le départ de Paul Biya, ont été arrêtés « dans la rue », à la grande surprise des responsables. Cinq jours plus tôt, Edith Kah Walla, initiatrice de la plateforme et présidente du Cameroon People’s Party (CPP), avait rencontré Maurice Kamto. Les photos de la rencontre avaient été abondamment partagées sur les réseaux sociaux.

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Ces militants ont été « brutalement interpellés, entendus à la gendarmerie et inculpés au tribunal militaire sans assistance de leur conseil », pour des infractions « fantaisistes de révolution, insurrection, tentative de conspiration », s’étrangle Thierry Njifen, l’un de leurs avocats, pour qui l’objectif est d’« intimider tous les citoyens ». Les quatre membres de Stand up for Cameroon ont été placés sous mandat de détention provisoire à la prison centrale de New Bell, à Douala, selon l’avocat.

Les journalistes particulièrement ciblés

Dans ce climat de tensions, la bouillante capitale économique avait mardi des allures de ville morte : Douala est restée figée tout le jour. De nombreuses rues étaient vides et des boutiques sont restées fermées. « J’aimerais bien descendre dans la rue car je souffre. Je ne parviens pas à manger à ma faim ni à prendre soin de ma famille. Mais il y a des risques d’être arrêté, torturé et même tué. Ça dissuade et j’ai peur », avoue Bertrand, un conducteur de moto-taxi.

Des journalistes qui ont couvert les manifestations ont été particulièrement ciblés. Au moins cinq d’entre eux ont été interpellés. Polycarpe Essomba, le correspondant de Radio France internationale (RFI) à Yaoundé, « a reçu plusieurs coups de matraque, plusieurs coups de pied et a été emmené dans un commissariat, où il a été retenu pendant plus de deux heures avant d’être relâché », s’est insurgé le média dans un communiqué. Rodrigue Ngassi, le cameraman de la télévision privée Equinoxe, a été lourdement maltraité et a dû se rendre à l’hôpital pour des soins, selon son employeur. Le journaliste Jarvis Tah Mai et son cameraman Christian Tebong, employés de Media Prime TV, ont été arrêtés alors qu’ils couvraient la manifestation à Douala et sont toujours détenus. Tout comme Lindovi Ndjio, journaliste à La Nouvelle Expression, l’un des principaux quotidiens privés du pays : conduit au commissariat central de Yaoundé, il n’a toujours pas été libéré, selon son avocat.

Les organisateurs annoncent de nombreuses marches et actions jusqu’au 6 décembre, date fixée pour la tenue des premières élections régionales du Cameroun, et au-delà. Mardi, Maurice Kamto n’a pas été aperçu dans la rue. D’après Joseph Ateba, son domicile est « en état de siège », entouré de « chars » et des forces de sécurité.



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le musicien Sidiki Diabaté accusé de violences sur une ancienne compagne

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Sidiki Diabaté (à droite) en compagnie de son père Toumani Diabaté (au centre), lors du festival Acoustik de Bamako, le 27 janvier 2016.

Avis de tempête sur la scène musicale malienne. Sidiki Diabaté, chanteur en vogue, fils du très grand joueur de kora Toumani Diabaté et petit-fils du légendaire musicien Sidiki Diabaté (1922-1996), surnommé le « roi de la kora », est accusé par une ancienne compagne de violences et de séquestration.

L’affaire a pris de l’ampleur avec la diffusion, sur les réseaux sociaux, d’images montrant les cuisses, les hanches et le dos tuméfiés d’une jeune femme identifiée comme Mariam Sow. Cette influenceuse guinéo-malienne de 23 ans, également connue sous le pseudonyme de Mamasita, a vécu une histoire avec l’artiste et a confirmé que c’était bien elle qui apparaissait sur les photos.

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Ces dernières, a-t-elle précisé, « datent d’il y a un an ». Mais « j’ai subi pire que ça, je me demandais s’il savait ce qu’il faisait », a confié Mariam Sow à la télévision guinéenne, évoquant les coups de « rallonge » que le chanteur lui a assénée et sa séquestration dans une maison pendant deux mois.

L’influenceuse aurait profité d’un moment d’inattention du « gars » qui la surveillait pour s’enfuir. Elle a depuis saisi la justice. Les faits s’étant déroulés au Mali, une plainte a été déposée vendredi 18 septembre devant le tribunal d’instance de la commune 3 de Bamako.

« C’est une survivante »

L’affaire fait écho aux accusations portées récemment contre le rappeur français Moha La Squale. Contacté par Le Monde Afrique alors qu’il se trouvait en compagnie de son avocat, Sidiki Diabaté s’est dit « serein », décrivant l’affaire comme « plus compliquée qu’il n’y paraît ». C’était avant sa convocation par la brigade d’investigation judiciaire malienne lundi 21 septembre. L’artiste aux millions de téléchargements a, depuis, été placé en garde à vue.

De son côté, Mariam Sow « ne cesse de recevoir des menaces (…), mais elle se porte bien. C’est une survivante, elle suit des examens médicaux », a fait savoir son avocate, MNadia Myriam Biouele. La jeune femme est prise en charge avec le concours du One Stop Center, un lieu d’accueil pour les victimes de « violences basées sur le genre », qui a traité 375 cas similaires entre 2017 et décembre 2019.

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Un chiffre « faible, très faible », selon Sadya Touré, militante féministe malienne et présidente de l’association Mali Musso, qui facilite l’insertion professionnelle des femmes. La décision de déposer plainte contre Sidiki Diabaté, estime-t-elle, « montre aux femmes qui sont dans le silence qu’elles peuvent être soutenues et qu’elles peuvent parler malgré les intimidations ».

Très vite, des hashtags – #JeSuisMamasita, #BoycottSidikiDiabaté et #ShameonSidiki – ont éclos sur Twitter. Des groupes de soutien se sont créés. L’un d’eux, sur Facebook, compte près de 3 000 membres. « Ne relâchons pas. Maintenons la pression pour que la justice fasse son travail », peut-on y lire.

Des nominations annulées

Cette vague d’indignation n’a pas été sans effet sur la participation de l’artiste aux différents événements musicaux du continent. Dans la journée du lundi après le dépôt de plainte, l’organisation des African Muzik Magazine Awards (Afrimma), une cérémonie qui récompense les meilleurs artistes africains depuis Dallas, a annoncé le « retrait de la nomination de l’artiste malien Sidiki Diabaté ». « Une étape nécessaire au regard des accusations à son encontre, précise le communiqué. Alors que le talent de Sidiki Diabaté est connu et reconnu, nous nous opposons à tous types de violences contre l’être humain et nous ne tolérons pas ce genre de comportement. »

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Même son de cloche le lendemain du Prix international des musiques urbaines et découpées (Primud) à Abidjan. « Le comité d’organisation décide de la suspension de l’artiste Sidiki Diabaté pour les Primud 2020 », a informé un communiqué, alors que le Malien de 28 ans était nommé dans la sélection des meilleurs artistes de l’Afrique de l’Ouest francophone.

Pour la féministe Sadya Touré, la notoriété du « petit prince » de la musique malienne ne doit pas monopoliser l’attention sur un sujet tristement banal. « Chaque cas est de trop et qu’importe la personnalité ou la posture de l’agresseur, si rien n’est fait, on assistera toujours au silence des victimes », explique-t-elle.

Profitant du renouveau politique que connaît le pays depuis le renversement du régime d’Ibrahim Boubacar Keïta (« IBK ») le 18 août, la militante a annoncé l’organisation d’une marche samedi 26 septembre « afin de proposer notre projet de loi anti-VBG [violences basées sur le genre] aux nouvelles autorités ».



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