Ce regain d’activité militaire, en réponse à des exercices entre Séoul et Washington, semble hypothéquer un peu plus le processus diplomatique amorcé en 2018.

Le Monde avec AFP Publié aujourd’hui à 08h45

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La télévision sud-coréenne montre dans une gare de Séoul le lancement d’un missile nord-coréen, le 16 août 2019.
La télévision sud-coréenne montre dans une gare de Séoul le lancement d’un missile nord-coréen, le 16 août 2019. LEE JIN-MAN / AP

La Corée du Nord a tiré vendredi 16 août deux « projectiles non identifiés » qui se sont abattus en mer, a annoncé l’état-major interarmées de la Corée du Sud, un lancement qui est le sixième du genre en trois semaines.

L’état-major sud-coréen a rapporté que ces projectiles avaient été tirés depuis les environs de Tongchon, une ville de la province de Kangwon, située dans le sud-est de la Corée du Nord, et étaient tombés dans la mer de l’Est (mer du Japon). « L’armée observe la situation pour le cas où il y aurait d’autres lancements », a ajouté l’état-major sud-coréen.

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« Un avertissement solennel »

Il s’agit du sixième essai effectué par Pyongyang depuis le 25 juillet. Le dirigeant nord-coréen, Kim Jong-un a déclaré au début d’août que ces tirs constituaient « un avertissement solennel » adressé à la Corée du Sud et aux Etats-Unis en raison des manœuvres militaires conjointes menées par ces deux pays.

Pyongyang réprouve ces exercices conjoints réguliers. Le pouvoir nord-coréen les considère comme des manœuvres hostiles préfigurant une invasion de la Corée du Nord. Il avait prévenu que le démarrage de ces manœuvres annoncées serait de nature à empêcher la reprise des discussions entre Pyongyang et Washington sur l’arsenal nucléaire nord-coréen.

Vendredi, la Commission pour la réunification pacifique du pays, une institution du pouvoir nord-coréen, a annoncé vendredi dans un communiqué que Pyongyang rejetait les déclarations faites par le président sud-coréen, Moon Jae-in, sur le processus de paix dans la péninsule. Dans un allocution prononcée à l’occasion de l’anniversaire de la libération de la Corée de l’occupation japonaise (1910-1945), M. Moon avait déclaré que son objectif était d’« atteindre la paix et l’unification d’ici à 2045 », bien que le mandat présidentiel unique auquel il a été élu se termine en 2022.

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« Rien à discuter »

Mais la Commission nord-coréenne a accusé Séoul d’être responsable du gel actuel des discussions intercoréennes et de la non-application de « la déclaration historique de Panmunjom ». Cette déclaration avait été adoptée lors d’une rencontre impromptue de M. Kim avec le président des Etats-Unis Donald Trump à Panmunjom, dans la zone démilitarisée (DMZ) qui sépare les deux Corées. Les deux hommes avaient alors décidé la reprise prochaine des discussions sur l’arsenal nucléaire nord-coréen, mais cette annonce ne s’est pas concrétisée jusqu’à présent.

La Corée du Nord a exclu dans le communiqué publié vendredi une reprise prochaine des pourparlers avec la Corée du Sud. « Nous n’avons plus rien à discuter avec les autorités sud-coréennes et nous n’avons aucune intention de nous réunir de nouveau avec elles », déclare le document.

Pyongyang aurait par ailleurs refusé d’accepter 500 000 tonnes d’aide alimentaire proposées par Séoul. En 2018, selon les Nations unies, La Corée du Nord avait enregistré ses plus mauvaises récoltes depuis plus de dix ans.

Lettre d’« excuses »

Après le précédent essai de missiles nord-coréens, le cinquième, le président américain, Donald Trump, a fait savoir samedi 10 août dans un tweet que M. Kim lui avait présenté dans une lettre des « excuses » pour ces lancements.

Depuis le début de cette série d’essais, M. Trump en a minimisé l’importance, déclarant notamment qu’il s’agissait de missiles à courte portée dont le lancement ne constituait pas une violation de ce qui a été convenu depuis le début du dialogue entre M. Kim et le président américain.

M. Trump a même critiqué une nouvelle fois les manœuvres pourtant menées par sa propre armée avec les forces sud-coréennes, les qualifiant d’« exercices chers et ridicules ». Et le président américain a précisé que dans sa lettre M. Kim déclarait souhaiter reprendre les négociations sur le dossier nucléaire, et ce « dès que les exercices militaires conjoints menés par les Etats-Unis et la Corée du Sud seraient terminés ».

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