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John Magufuli, le président « bulldozer », candidat à sa réélection

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Le président John Magufuli en campagne électorale à Dodoma, la capitale tanzanienne, le 29 août 2020.

Depuis des semaines, John Pombe Magufuli laboure la Tanzanie en vue de l’élection présidentielle de ce mercredi 28 octobre. Vêtu d’une chemise verte aux couleurs de son parti, le Chama cha Mapinduzi (« Parti de la révolution »), « le bulldozer » a fait campagne sans relâche pour obtenir un deuxième et dernier mandat.

Son surnom, acquis avant même son arrivée à la tête de l’Etat tanzanien, aura finalement reflété les différentes facettes de sa politique pendant cinq ans : sa lutte acharnée et très médiatisée contre la corruption, sa politique de grands travaux et un terrassement en règle de toute voix critique.

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Depuis son élection en 2015, John Magufuli a lancé la construction d’un immense projet hydroélectrique controversé censé doubler la production d’électricité du pays, inauguré de nombreuses routes et ponts et développé la compagnie aérienne nationale. « Son image préférée, c’est celle d’un chantier de construction. Il aime tous les signes visibles du développement », assure Dan Paget, chercheur à l’université d’Aberdeen et spécialiste de la politique tanzanienne.

Entre-temps, la Tanzanie a quitté la catégorie des pays à faible revenu pour passer dans celle de pays à revenu intermédiaire selon la Banque mondiale, tandis que le pays enregistrait en moyenne 6 % de croissance économique par an.

Virage autoritaire

Mais au cours de la même période, le pays a également dégringolé de cinquante-trois places dans le classement de la liberté de la presse de Reporters sans frontières, « la plus grosse dégradation enregistrée dans le monde ces dernières années » selon RSF. Avec la suspension de la publication de nombreux journaux, les poursuites de journalistes et d’opposants, le contrôle des statistiques et la restriction de la liberté d’association et de réunion, le « Parti de la révolution » a rapidement confirmé son virage autoritaire.

Rien ne préparait pourtant John Magufuli à devenir l’homme fort de la Tanzanie. Né en 1959 dans une famille modeste du nord-ouest du pays, il obtient un diplôme de chimie à l’université de Dar es-Salaam avant de faire son entrée en politique dans les années 2000 et d’occuper plusieurs postes de ministre. Il fut longtemps proche de la tête du Chama cha Mapinduzi (CCM), sans pour autant être pressenti comme candidat à l’investiture de ce parti qui détient le record de longévité au pouvoir en Afrique subsaharienne.

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« Lorsqu’il devient ministre des travaux publics en 2010, il se taille une réputation d’homme sérieux, travailleur, intolérant face à la corruption. On l’a vu congédier des contractants si les projets n’étaient pas finis à temps », se souvient un journaliste tanzanien qui préfère rester anonyme.

Cinq ans plus tard, alors que le parti est miné par des tensions internes, son profil attire pourtant l’attention. « Il a été choisi à un moment où le CCM, qui faisait face à de nombreuses accusations de corruption, était sous la pression de l’opposition. Ils se sont donc tournés vers une figure populaire auprès de la population et avec un bilan positif dans ce domaine », poursuit le journaliste.

« Dirigiste et protectionniste »

Une fois à la tête de l’Etat, « Tinga Tinga » reste fidèle à sa réputation. Dès les premiers mois de son mandat, il annule les événements prévus pour la fête nationale et invite à la place ses concitoyens à nettoyer les espaces publics de leurs villes. Il supprime les indemnités de séance des députés, appelle à la réduction des frais de déplacements des hauts fonctionnaires.

Rien ne semble arrêter le président tanzanien qui s’attaque ensuite aux multinationales du secteur minier. « Il est arrivé au pouvoir avec l’idée que les grandes entreprises occidentales volaient le pays, et qu’il devait protéger les intérêts tanzaniens », explique Thabit Jacob, chercheur tanzanien à l’Institut danois pour les études internationales, qui décrit la politique économique de John Magufuli comme « dirigiste et résolument protectionniste ».

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En témoignent des mesures inédites sur le continent, qui ont fait plusieurs fois grincer des dents au sein du secteur privé : des freins à l’importation de certains produits ou encore un bras de fer avec l’entreprise Acacia Mining, filiale du groupe Barrick, géant canadien de l’extraction aurifère.

Après avoir imposé une amende record de 190 milliards de dollars à l’entreprise – plus du triple du produit intérieur brut (PIB) tanzanien – et interdit toutes les exportations de minerais bruts en 2017, le gouvernement fera finalement machine arrière. « Magufuli s’est rendu compte que le pays n’avait pas les moyens de faire de l’extraction tout seul », conclut Thabit Jacob.

Mainmise du Parti de la révolution

Qu’à cela ne tienne. John Magufuli construit, développe, modernise et présente ses grands projets comme l’aboutissement de la politique de Julius Nyerere, fondateur du parti Chama cha Mapinduzi, et « père de la nation » tanzanienne, dont il aime à se présenter comme l’héritier. La comparaison fait pourtant sourire les fins connaisseurs du pays. « Julius Nyerere était un socialiste et voulait combattre l’exploitation de l’homme par l’homme, alors que Magufuli envisage un futur capitaliste », lâche Dan Paget.

Fondateur du mouvement des non-alignés, panafricaniste, partisan de la cause palestinienne, Julius Nyerere était de toutes les causes internationales de son temps. John Magufuli semble, de son côté, avoir tourné le dos à la politique étrangère. En cinq ans de présidence, il n’a visité qu’une poignée de pays africains et n’a jamais quitté le continent.

Aujourd’hui, les électeurs tanzaniens ont donc le choix entre un bulletin confirmant la mainmise du Parti de la révolution, au pouvoir sous un nom ou un autre depuis l’indépendance en 1962, et une voix pour une opposition malmenée depuis cinq ans.

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Pour ce scrutin, « le bulldozer » fait face à quatorze candidats, dont Tundu Lissu, principal opposant et leader du parti Chadema. Malgré une tentative d’assassinat en 2017 qu’il assure politiquement motivée, de nombreuses arrestations et une suspension temporaire de sa campagne, il a réussi à rallier les foules dans ses meetings. « Mais John Magufuli et le CCM sont déterminés à garder le pouvoir, assure l’analyse Dan Paget. Ils feront en sorte de gagner par une large majorité, par tous les moyens. »

Le grand absent du scrutin restera le coronavirus. Cet été, John Magufuli a déclaré dans une église de la capitale Dodoma que « le virus a été totalement éliminé par Dieu grâce aux prières des Tanzaniens ».



Via LeMonde Afrique

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Roch Marc Christian Kaboré réélu au premier tour

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Roch Marc Christian Kaboré a été réélu pour un second mandat.

Le président sortant Roch Marc Christian Kaboré a été réélu dès le premier tour avec 57,87 % des suffrages à la tête du Burkina Faso pour un second mandat, selon des résultats préliminaires communiqués jeudi 26 novembre par la Commission électorale. Les résultats doivent encore être validés par le Conseil constitutionnel après examen d’éventuels recours.

« M. Kaboré, Roch Christian Marc, avec 57,87 % des suffrages, est déclaré élu provisoirement dès le premier tour comme président du Faso », a affirmé le président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), Newton Ahmed Barry.

Eddie Komboïgo, candidat du parti de l’ex-président Blaise Compaoré, arrive deuxième avec 15,48 % des voix, devant Zéphirin Diabré (12,46 %), considéré comme le chef de l’opposition jusque-là.

Certains observateurs de la vie politique burkinabée anticipaient un scrutin plus serré, le premier mandat de Roch Kaboré ayant été marqué par la résurgence des violences ethniques et par la propagation d’insurrections islamistes qui concernent désormais une grande partie de l’Afrique de l’Ouest.

Le double scrutin présidentiel et législatif s’était déroulé dimanche sous haute tension sécuritaire, le Burkina Faso vivant ses heures les plus sombres depuis l’indépendance, miné par des attaques de groupes djihadistes qui ont fait au moins 1 200 morts en cinq ans.

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L’opposition menaçait de ne pas reconnaître les résultats

L’opposition burkinabée avait estimé lundi que le scrutin était « émaillé de fraudes » et avait menacé de « ne pas accepter des résultats entachés d’irrégularités ». Elle avait déjà affirmé, à la veille du scrutin, qu’une « fraude massive » était en préparation.

Parmi les griefs cités par l’opposition figurent la non-ouverture ou l’ouverture tardive de bureaux de vote, le transport non sécurisé des urnes, le manque de matériels ou de personnels ou encore la modification arbitraire de la cartographie des bureaux de vote.

Les partis de la majorité présidentielle ont appelé mardi au « respect des résultats » du scrutin, considérant que « les insuffisances relevées, bien que regrettables, ne sont pas d’une ampleur susceptible d’impacter de manière significative le résultat du scrutin ».

Les élections n’ont pas pu se dérouler sur au moins un cinquième du territoire, privant entre 300 000 et 350 000 personnes de vote, selon la Commission électorale.

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Le Monde avec AFP



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Ancien premier ministre du Soudan, Sadeq Al-Mahdi est mort

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L’ancien premier ministre du Soudan, Sadeq Al-Mahdi , le 1er mai 2019, à Omdourman.

Sera-t-il le dernier imam du mahdisme ? Sadeq Al-Mahdi, qui fut premier ministre du Soudan à deux reprises et chef politico-spirituel du mouvement mahdiste, est décédé jeudi 26 novembre aux Emirats arabes unis. Il était hospitalisé à Abou Dhabi depuis quelques jours après avoir contracté le coronavirus.

Cet homme de 84 ans, né en 1935, était le dernier dirigeant de la classe politique soudanaise à incarner la génération de l’indépendance du pays, acquise en 1956. Arrière-petit-fils de Mohammed Ahmed, le chef religieux et Mahdi (le Bien-Guidé) autoproclamé qui avait pris la tête d’une révolte fondatrice dans l’histoire du Soudan contemporain en chassant les occupants égyptiens et britanniques du pays en 1885, petit-fils d’Abdel Rahman Al-Mahdi, fondateur du parti Oumma, qui incarne l’héritage politique du mahdisme, Sadeq Al-Mahdi arborait la barbe rousse des pieux, à la manière du Prophète. Parallèlement à ses fonctions à la tête du parti Oumma, Sadeq Al-Mahdi exerçait la charge d’imam des Ansar (les partisans), la confrérie qui suit la voie du Mahdi, dont les membres se reconnaissent à leur jibba (tunique de coton) aux empiècements multicolores.

Des centaines de milliers d’Ansar se sont rassemblés jeudi dès l’aube, à peine connue la nouvelle de la mort de Sadeq Al-Mahdi, à Oumderman, là où se trouve le mausolée du Mahdi. Le gouvernement soudanais a décrété trois jours de deuil national, une mesure exceptionnelle qui révèle l’importance du personnage dans la vie religieuse, sociale et politique au Soudan.

Une éducation moderne

Mais, parallèlement à ses fonctions traditionnelles, Sadeq Al-Mahdi a reçu une éducation tout ce qu’il y a de plus moderne. Formé en droit à l’université d’Oxford, il rentre dans son pays un peu après la mort de son grand-père, Abdel Rahman, en 1959. En conflit avec son oncle Al-Hadi, qui avait pris la tête du parti, Sadeq, qui incarne une ligne plus moderniste et urbaine, opère une scission en 1965. L’année suivante, il devient premier ministre, à 31 ans seulement, mais est renversé dès 1967 par des manœuvres d’appareil au Parlement.

Après le coup d’Etat du général Nimeiry, qui met fin à la vie démocratique, en 1969, Sadeq Al-Mahdi est emprisonné, tandis que son oncle est tué dans des combats en 1970, ainsi que plusieurs milliers de ses partisans sur l’île d’Aba, berceau du mahdisme sur le Nil Blanc. Libéré en 1974, Sadeq Al-Mahdi part en exil dans la Libye du colonel Kadhafi. Il rentre au Soudan en 1977 à l’invitation de Jaafar Nimeiry, qui tente un rapprochement avec l’opposition. Mais l’orientation de plus en plus islamiste du régime, sous l’influence d’Hassan Al-Tourabi, chef des Frères musulmans locaux, le convainc d’entrer à nouveau en opposition. Il est une nouvelle fois incarcéré. Lorsque Nimeiry est renversé en 1985 par un soulèvement populaire, Sadeq Al-Mahdi sort grand gagnant de sa traversée du désert.

Vainqueur des élections libres de 1986 à la tête du parti Oumma, il est proclamé premier ministre. Mais son mandat est entaché de rapides désillusions. Il est incapable de mettre fin à la guerre civile qui a repris avec le Sud, animiste et chrétien. Au contraire, il arme, pour suppléer l’armée, des milices tribales qui y commettent des exactions terribles.

Revirements

De même, il n’abolit pas la charia, se contentant de mettre fin aux exécutions et aux châtiments corporels. Sadeq Al-Mahdi est constamment tiraillé entre ses ambitions modernistes et son statut de leader religieux traditionnel. Au nom de leurs liens passés, Mouammar Kadhafi se croit autorisé à s’ingérer au Darfour, dont il exige le rattachement à la Libye, déstabilisant durablement cette immense région déshéritée. Enfin, les inondations de 1988 ruinent le pays.

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C’est donc un gouvernement épuisé et fragile qui est renversé le 30 juin 1989 par le coup d’Etat du général Omar Al-Bachir, ourdi en sous-main par l’islamiste Tourabi, pourtant gendre de Sadeq Al-Mahdi. A nouveau emprisonné puis en exil, Sadeq Al-Mahdi milite dès lors pour un retour à la démocratie au Soudan. Il alterne les périodes d’opposition radicale, en se rapprochant des groupes armés, puis de tentatives de conciliation avec le pouvoir. Ces revirements érodent sa base politique et favorisent les scissions du parti Oumma, de plus en plus fracturé et contesté.

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Dans la deuxième moitié des années 2010, Sadeq Al-Mahdi accepte de participer à un dialogue national avec le régime, qui promet une transition, mais ne cède rien sur le fond. La révolution du printemps 2019 prend le vieux chef de l’Oumma par surprise et le rejette dans le camp de ceux qui ont, sinon collaboré, du moins été tentés de transiger avec Omar Al-Bachir, renversé par son armée le 11 avril. Depuis, il n’a cessé de plaider pour un compromis entre civils et militaires dans la gestion du pays, s’attirant de vives critiques des jeunes activistes à l’origine de la révolution de 2019 et du Parti communiste.

Pour l’heure, nul ne sait qui lui succédera comme imam des Ansar, ni comme chef du parti Oumma.

Sadeq Al-Mahdi en quelques dates

25 décembre 1935 Naissance à Oumderman (Soudan)

1966-1967 Premier mandat de premier ministre

1969 Arrestation, puis départ en exil en 1974, avant un retour au pays en 1977

1986 Vainqueur d’élections libres, il est proclamé premier ministre

1989 Renversé par un putsch d’Omar Al-Bachir, emprisonné, puis en exil

26 novembre 2020 Mort à Abou Dhabi (Emirats arabes unis)



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Etrilabs, le labo qui a boosté l’innovation numérique pendant la crise du coronavirus

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Ayéfèmi Oro, directeur des relations publiques d’Etrilabs, à Cotonou, en novembre 2020.

Alerte, fausses informations ! « Ail + miel : recette miracle pour guérir du Covid-19 ». « Le vaccin contient du poison et les Occidentaux veulent anéantir l’Afrique. » « Les Noirs seraient immunisés contre le coronavirus. » Ces rumeurs infondées ont tourné de téléphone en téléphone en Afrique de l’Ouest au début de la pandémie.

Au Bénin, Etrilabs, un laboratoire d’innovation numérique basé à Cotonou, la capitale économique du pays, en a compilé et démonté des dizaines sur un site Web 100 % Covid-19, créé en mars. Sur la plate-forme, une étiquette rouge signale et décrypte les infox. Un onglet de couleur verte rassemble, au contraire, les bons conseils, vérifiés, que les autorités ouest-africaines ont prodigués aux citoyens au pic de la crise.

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« Il y a eu une désinformation totale sur le Covid-19 en Afrique de l’Ouest. Beaucoup de fake news ont circulé. Nous nous sommes vite rendu compte qu’elles étaient plus importantes que la maladie en elle-même, qui nous a très peu touchés », souligne Ayéfèmi Oro, directeur des relations publiques d’Etrilabs.

Ce hub technologique mêlant incubation de start-up, formations au numérique et solutions Web pour organisations, a monté en à peine une semaine sa plate-forme Web dédiée à la pandémie. « On a arrêté toutes nos activités pour se mettre en mode hackathon et apporter une réponse au Covid-19 », ajoute M. Oro.

Suivre en temps réel la crise sanitaire

En plus de démêler le vrai du faux, leur site a aussi rassemblé les statistiques permettant de suivre en temps réel la propagation du virus dans huit pays francophones d’Afrique de l’Ouest. Sur la cartographie évolutive d’Etrilabs, un clic sur le Bénin et les données s’affichent : au 25 novembre, 2 916 cas ont été déclarés positifs au nouveau coronavirus et 43 personnes en sont décédées.

Au niveau des huit pays de la zone étudiée, le laboratoire dénombre 72 473 cas et 1 100 décès. Bénin, Burkina Faso, Guinée, Mali, Mauritanie, Niger, Togo et Sénégal : là-bas, le Covid-19 a officiellement fait autant de morts en neuf mois qu’il y en a eu en France en à peine trois jours.

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En revanche, les économies ouest-africaines ont été frappées de plein fouet. Au Bénin, les mesures de restriction prises par les autorités pour lutter contre la propagation du coronavirus ont contraint des milliers de travailleurs à cesser leurs activités. « Les restaurateurs, les coiffeurs ou encore les chauffeurs se sont retrouvés du jour au lendemain au chômage. Derrière, ce sont des familles entières qui ont été privées de toutes ressources financières », explique M. Oro.

Pour soulager une partie de ces familles désœuvrées, Etrilabs a mis ses outils numériques et sa communauté sur le pont pour organiser une collecte de fonds en ligne. Au total, 2,9 millions de francs CFA (4 420 euros) ont été distribués à plus de 65 familles béninoises impactées par la pandémie.

« Par les Africains, pour les Africains »

« C’est du local, mais c’est du concret », souligne Senam Beheton, directeur d’Etrilabs. En 2009, las de voir son travail de consultant en stratégie numérique auprès de gouvernements ouest-africains ne produire que peu d’effets, l’économiste monte Etrilabs pour agir concrètement sur le terrain. Il imagine alors un laboratoire d’innovation « créé par les Africains, pour les Africains », dont la mission sera d’apporter, via le digital, des réponses concrètes aux problèmes qui se posent sur le continent.

Onze ans plus tard, son laboratoire est présent dans dix pays africains. A Cotonou, le QG est une grande villa à étages de 1 200 moù les murs sont soigneusement tagués de citations appelant les entrepreneurs à innover. Partout, les téléphones sonnent et les touches des claviers d’ordinateurs résonnent. Dans les couloirs, les jeunes dirigeants des cinq start-up incubées se croisent et échangent expériences et compétences. Le lieu fourmille. Encore plus, depuis la pandémie.

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Attablée à l’une des tables de conférence, Hadjara Idriss, patronne d’une jeune pousse et âgée de 26 ans, regarde les statistiques de sa plate-forme monter en flèche. Lancée en 2018, Sewema propose aux jeunes Africains des cursus de formation en ligne aux métiers du numérique.

« On est passés de 800 apprenants en février à plus de 11 000 en septembre. Et ça continue ! Avant, les gens ne comprenaient pas l’intérêt d’avoir des formations en ligne, mais depuis la crise sanitaire, tout a changé. Les gens comprennent que le numérique c’est l’avenir », sourit la jeune femme. En juin, elle et ses huit collaborateurs en ont profité pour lancer un nouveau service de formations dématérialisées à destination des entreprises. Sewema Business leur permet de disposer de leur propre plate-forme de formation 100 % digitale et personnalisable.

« Toute cette innovation numérique made in Africa, il faut la célébrer », s’enthousiasme M. Beheton, visiblement heureux de voir le continent s’être pour une fois extrait de ses clichés négatifs lors de la pandémie. « Tout le monde pensait que cette crise allait être une catastrophe en Afrique. Finalement, peu de choses se sont passées et, au contraire, l’innovation africaine s’est développée autour de cette pandémie. C’est formidable et il faut le dire. Pour une fois, l’Afrique était là où on ne l’attendait pas », conclut-il.



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