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« Je reviendrai au Mali  »

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La dernière otage française encore détenue dans le monde, Sophie Pétronin, ainsi que Soumaïla Cissé, haute personnalité malienne, présumés aux mains des djihadistes jusqu’alors, ont été libérés jeudi 8 octobre. L’humanitaire est arrivée en France vendredi en fin de matinée.

Elle était détenue depuis quatre ans. SoumaÏla Cissé, lui, avait été enlevé en mars lors de la campagne des législatives.

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un nouveau mort lors de manifestations

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Carcasse d’un bus incendié par des manifestants qui protestaient contre la décision du président Alassane Ouattara de se présenter pour un troisième mandat, à Abidjan, le 19 octobre 2020.

Une personne est morte et plusieurs ont été blessées lors de manifestations de l’opposition à deux semaines de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire, où une mission diplomatique ouest-africaine a appelé pouvoir et opposants à faire des « efforts considérables ».

« Il y a eu un mort (…) et une dizaine de blessés graves » à Bounoua (60 km à l’est d’Abidjan), ancien fief de l’ex-première dame Simone Gbagbo, a affirmé à l’AFP Jean-Paul Améthier, maire (opposition) de cette ville, accusant les forces de l’ordre d’en être responsable.

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Les manifestants, jeunes pour la plupart, avaient bloqué la route qui relie Abidjan au Ghana pour « respecter le mot d’ordre de boycott » de l’opposition, a poursuivi le maire. Ils ont été dispersés par les forces de l’ordre. « La situation est revenue au calme en début d’après-midi », selon le maire.

A Abidjan, des échauffourées ont eu lieu dans la matinée entre les forces de l’ordre et des étudiants en grève qui manifestaient à l’appel de la puissante Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (Fesci), proche de l’opposition, pour protester contre des frais scolaires et universitaires, a constaté un journaliste de l’AFP. Les étudiants ont incendié un bus et deux voitures dans le quartier de Riviera 2. Des incidents ont aussi eu lieu à Dabou (50 km d’Abidjan), Divo (200 km d’Abidjan) et à Yamoussoukro, selon des témoins et une source sécuritaire.

Boycott de l’opposition

Ces nouvelles violences surviennent après qu’au moins deux personnes sont mortes ce week-end dans des affrontements intercommunautaires liés à la situation politique à Bongouanou (200 km au nord d’Abidjan), fief d’un des candidats de l’opposition, Pascal Affi N’Guessan, ancien premier ministre de Laurent Gbagbo.

L’opposition a appelé le 15 octobre ses militants à boycotter les opérations électorales et la campagne, en affirmant ne pas être « concernée » par le « processus électoral ». L’opposition n’a toutefois pas encore retiré formellement ses candidats pour le scrutin présidentiel du 31 octobre.

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Laissant planer le doute sur un boycott de l’élection depuis des semaines, elle demande une réforme du Conseil constitutionnel et de la Commission électorale indépendante, « inféodés » au pouvoir selon elle.

Une mission diplomatique de la Communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao), qui a rencontré dimanche et lundi le pouvoir et l’opposition, « a exhorté candidats et les partis politiques à faire des efforts considérables pour parvenir à un accord concernant l’élection ».

Une quinzaine de morts depuis août

Dirigée par la ministre ghanéenne des affaires étrangères Shirley Botchway, la délégation de la Cédéao, en mission à Abidjan pour la deuxième fois en une semaine, a aussi « exhorté les candidats [d’opposition] à reconsidérer sérieusement leur décision de boycotter l’élection et l’appel à leurs partisans à se lancer dans la désobéissance civile pour protester contre le processus électoral ».

L’opposition estime que le président Alassane Ouattara n’a pas le droit de se présenter à un troisième mandat et conteste le rejet des candidatures de poids lourds de la politique ivoirienne, notamment celles de l’ancien président Laurent Gbagbo et de l’ancien chef rebelle et ex-premier ministre Guillaume Soro.

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Elu en 2010 et réélu en 2015, Ouattara avait annoncé en mars qu’il renonçait à briguer un troisième mandat, avant de changer d’avis en août, après le décès de son dauphin désigné, le premier ministre Amadou Gon Coulibaly.

La loi fondamentale ivoirienne prévoit un maximum de deux mandats, mais le Conseil constitutionnel a estimé qu’avec la nouvelle Constitution adoptée en 2016, le compteur des mandats de M. Ouattara a été remis à zéro.

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Une quinzaine de personnes sont mortes en août dans des violences survenues dans le sillage de l’annonce de sa candidature et des échauffourées ont eu lieu dans plusieurs localités après l’annonce par le Conseil constitutionnel de la liste des candidats retenus pour le scrutin.

Les craintes de violences sont grandes pour la présidentielle du 31 octobre, dix ans après la crise post-électorale de 2010-2011, née du refus du président Laurent Gbagbo de reconnaître sa défaite électorale face à Alassane Ouattara, qui avait fait quelque 3 000 morts et qui était survenue après une décennie de tensions.

Le Monde avec AFP



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à dix jours de l’élection, Abidjan retient son souffle

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Manifestation de l’opposition, à l’arrivée d’une délégation de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Oueste, à Abidjan, le 18 octobre.

Les bouts de bois et le sol noircis fument encore. Le 19 octobre, dans plusieurs localités de Côte d’Ivoire, de jeunes hommes ont érigé et enflammé des barrages de bric et de broc pour manifester leur colère contre la tenue de l’élection présidentielle prévue le 31 octobre et dont l’opposition appelle au boycott.

« C’est la goutte de trop », souffle Mamadou Habib, laveur de voitures dans le quartier d’Anono, à Abidjan, juste en face du lieu des affrontements avec la police qui a éparpillé les manifestants à l’aide de gaz lacrymogène. « Cette semaine, je gagne encore un peu d’argent, je fais mes provisions et je me mets en route », prévoit-il. Cap sur la capitale administrative Yamoussoukro, où il s’estime en sécurité auprès de sa famille.

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Comme lui, de nombreux Abidjanais ont prévu de faire leurs valises et de retourner au village, persuadés que la capitale économique ivoirienne connaîtra de nouveaux affrontements et des pillages. Ces derniers jours, la situation s’est envenimée. Les violences interethniques sur fond d’opposition politique, semblables à celles observées en août qui avaient coûté la vie à une quinzaine de personnes, ont repris dès le début de la campagne électorale, le 15 octobre, faisant au moins quatre morts et de nombreux dégâts matériels.

Les militants de l’opposition ont aussi répondu au mot d’ordre du « boycott actif » lancé par Henri Konan Bédié (Parti démocratique de Côte d’Ivoire, PDCI) et Pascal Affi N’Guessan (Front populaire ivoirien, FPI), en détruisant officiellement seize centres de retrait des cartes d’électeur, plutôt « des dizaines et des dizaines », selon un observateur étranger. A cela se sont ajoutées les revendications de syndicats étudiants entraînant des échauffourées dans les écoles du pays le 19 octobre, et des violences le lendemain sur le campus de l’université Félix-Houphouët-Boigny, à Abidjan.

« En un soir tout peut basculer »

Un contexte préélectoral tendu qui rappelle de mauvais souvenirs à Diane Kacou. La jeune femme de 29 ans, qui réside à Yopougon, le bastion de l’ancien président Laurent Gbagbo [il vit à Bruxelles dans l’attente d’un possible appel de la Cour pénale internationale (CPI)] évoque son « traumatisme » et des « séquelles morales » quand elle repense aux violences post-électorales de 2010-2011 qui ont secoué son quartier et la Côte d’Ivoire causant la mort d’environ 3 000 personnes.

Se rappelant « qu’en un soir tout peut basculer », Diane Kacou préfère partir « avant que les choses sérieuses ne commencent », explique-t-elle. Elle s’en va rejoindre son père, Ahoussou Kacou, qui a pris la décision de quitter Abidjan pour leur village natal d’Adiaké, à 90 kilomètres d’Abidjan « dès que Ouattara a annoncé qu’il serait finalement candidat [le 6 août] ». Loin d’Abidjan et de leur bureau de vote, ni le père, ni la fille n’iront mettre un bulletin dans l’urne le jour du scrutin.

Lire aussi Côte d’Ivoire : la candidature d’Alassane Ouattara, « cas de force majeure » ou « combat de trop » ?

Un « crève-cœur » pour Florentine Djiro, qui, elle non plus, n’ira pas voter. Pourtant, des mois durant, elle a encouragé son entourage à s’inscrire sur les listes électorales, qui comptent aujourd’hui 7,5 millions d’électeurs. Mais pour cette responsable d’ONG, les derniers développements l’ont poussé à fuir Abidjan, « le cœur du pouvoir », dit-elle, pour rejoindre San Pedro, la deuxième ville économique du pays, où aucun incident n’a été signalé jusqu’à présent. « Quand j’ai vu l’opposition lancer la phase active de la désobéissance civile et du boycott, je me suis dit que ça pourrait exploser à n’importe quel moment », confie-t-elle.

Le jour de son départ, à la mi-octobre, la gare routière d’Adjamé, l’une des plus importantes de la capitale économique ivoirienne d’où partent jour et nuit des bus vers l’intérieur du pays, était « bondée » se souvient-elle, « il y avait l’affluence d’un jour de fête ».

Un bus incendié devant une affiche de campagne du président Alassane Ouattara, à Abidjan, le 19 octobre.

La méthode du « wait and see »

Lucien (le prénom a été changé), lui, n’a pas eu cette chance. Cet électeur déçu de Ouattara qu’il avait choisi en 2010 « parce qu’il avait promis l’école et l’accouchement gratuits », s’est dévoué pour garder la maison familiale dans le quartier de Yopougon Gesco, par peur des incendies et des pillages, dénominateur commun à chaque flambée de violences dans le pays. Par prudence, sa femme et ses cinq enfants, pourtant scolarisés à deux pas de la petite maison, sont partis au village un mois avant l’élection.

Pour sa sécurité, Lucien n’a pas les moyens de certains Abidjanais des quartiers plus huppés, qui rehaussent les murs et achètent des barbelés pour éviter les intrusions et se protéger des balles perdues. Pas de provisions non plus : il vivra comme d’habitude, au jour le jour.

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Des stocks, Tania Diallo en a prévus pour son mari qui ne pourra pas l’accompagner en France. Tout au long de l’année, celle qui est responsable digitale d’un grand groupe de communication ivoirien a adopté la méthode du « wait and see » : « Tant qu’il n’y a pas d’alertes, il n’y a pas de raison de s’inquiéter », se disait-elle.

Et si la jeune femme avait jugé le début de l’année plutôt rassurant, avec l’annonce du président Ouattara de passer le relais à une nouvelle génération, le décès soudain en juillet de son successeur désigné Amadou Gon Coulibaly a entamé l’optimisme de la jeune femme, et l’a poussée à envisager un départ. « C’est avant tout pour mes deux bébés que je pars, confie-t-elle, je n’ai pas envie de connaître de pénurie d’eau ou d’électricité dans un Abidjan sous tension. » Et le contexte sanitaire difficile en France ne l’impressionne guère, elle y restera « au moins quelques semaines » en attendant que la situation revienne à la normale en Côte d’Ivoire.

« J’ai le sentiment de quitter le navire »

Marquées par les crises politiques ivoiriennes du début des années 2000 où de nombreux expatriés avaient dû être hélitreuillés puis rapatriés d’urgence, plusieurs entreprises étrangères ont préféré rappeler leurs employés quelques jours avant le scrutin.

Alice (le prénom a été changé) travaille pour un grand groupe français à Abidjan et savait qu’elle devrait « potentiellement » partir quelques jours. Mais le 20 septembre, lorsque l’opposant Henri Konan Bédié appelle à la « désobéissance civile », son entreprise décide de précipiter son départ. « Blasée », la jeune française est alors contrainte de quitter Abidjan pour Accra, la capitale ghanéenne, laissant tous ses collègues ivoiriens sur place. « J’ai le sentiment de quitter le navire et de les laisser à leur propre sort sans rien pouvoir y faire », lâche-t-elle, amère.

Lire aussi Côte d’Ivoire : Henri Konan Bédié, le « sphinx » qui veut renaître de ses cendres

Du côté de certains fleurons de l’économie ivoirienne, pas question de tout arrêter, bien au contraire. Charlotte (le prénom a été changé), cadre française dans un grand groupe de BTP ouest-africain n’a pas vraiment eu le loisir d’envisager un départ : « Ma boîte refuse que je prenne des congés pour rentrer en France car ce serait mal vu. Il faut montrer que le pays est stable. » Et sauver les apparences.



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Au Sénégal, miser sur l’agroécologie pour un développement plus durable

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Pape Dione a pu acheter une nouvelle parcelle grâce à la vente de ses piments, abondants grâce aux pratiques agroécologiques comme la pépinière sur pilotis.

Diatta Diouf remonte son seau du puits. D’un geste précis, le père de famille arrose ses plants de piment, soucieux que chaque pied en reçoive suffisamment pour que le fruit grossisse. L’agriculteur aime cette juste mesure autant que l’harmonie qu’il a créée avec sa terre depuis qu’il n’utilise plus aucun engrais ou pesticide chimiques.

Son voisin, Pape Dione, 53 ans, a, lui aussi, complètement changé les modes de culture. Sous un arbre au milieu de son champ d’un demi-hectare, il a installé une pépinière sur pilotis pour faciliter la levée des semences de piment vert et réduire son taux de perte. En moins de deux ans, ses rendements ont suffisamment augmenté pour lui permettre d’acheter un nouveau terrain. Et pour poursuivre sur sa lancée, il a même posé les bases d’un poulailler, qui lui permettra bientôt de diversifier ses revenus.

Augmentation de 190 % des revenus

Déjà, le père de famille est fier de pouvoir payer les fournitures scolaires de ses enfants et les frais médicaux pour son épouse, malade, explique celui qui a même employé un ouvrier pour l’épauler dans son développement. Chez Diatta Diouf aussi, la pauvreté s’éloigne doucement et la famille mange plus sainement, plus copieusement car l’argent qui allait aux engrais et autres intrants est dépensé autrement, et les rendements des cultures permettent de nourrir sainement les quatorze enfants. Dans le village de Ngouloul, à 12 km de Fatick, ils sont nombreux à relever la tête et sortir des années où la période de soudure (avant les premières récoltes) laissait les assiettes vides. Avec la conversion de la commune à l’agroécologie, le revenu des 52 petites exploitations agricoles familiales a augmenté de 190 % entre 2017 et 2019. Bien sûr, cette révolution ne s’est pas faite en un jour, ni sans efforts. Il a fallu apprendre et écouter les conseils de l’organisation Agrisud Internationale qui les accompagne depuis trois ans. Cette ONG de terrain fait le pari d’une agriculture durable en phase avec les territoires, et aide les petites entreprises familiales à rompre le cercle de la pauvreté en travaillant autrement.

Méthodes locales

Quand, en longeant une rangée de piments, Pape Dione remarque des petites fleurs blanches au sol, il cherche immédiatement conseil auprès de Khassime Mbodj pour comprendre comment éradiquer les insectes qui attaquent les plants. Après avoir observé les dégâts, le conseiller technique d’Agrisud avance sa réponse. « Les feuilles de neem peuvent éliminer les prédateurs, explique-t-il. Seulement s’il en reste après ce traitement naturel, il faudra cette fois utiliser des produits chimiques ». Le neem, ou margousier, est un arbrisseau dont les graines produisent une molécule aux propriétés insecticides et aux vertus thérapeutiques, notamment contre le paludisme.

Pape Dione aime encore bénéficier de l’œil du technicien, même si l’agriculteur est devenu responsable de formation auprès de quinze producteurs de son village. Il leur enseigne désormais comment fabriquer des pesticides et des engrais naturels, substituts aux produits chimiques, avec des cocktails de cendre, de fumier brut, de paille et de neem, qu’il laisse macérer.

Grâce à son puits, Diatta Diouf arrose ses piments plantés dans des cuvettes de façon ciblée.

« La région est aride et les terres étaient usées par la culture intensive de l’arachide, nous avons donc voulu appuyer le développement de l’agroécologie, moins consommatrice d’eau que l’agriculture classique », explique Alexandra Naud, responsable du service international de la région Nouvelle-Aquitaine. Et même si Fatick est à quelques dizaines de milliers de kilomètres de la Nouvelle-Aquitaine, les pratiques qui y sont développées peuvent intéresser les agriculteurs du Bordelais en quête, eux aussi, de pratiques plus écologiques et moins gourmandes en eau.

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Ainsi, dans le cadre de sa politique de coopération décentralisée, la Nouvelle-Aquitaine a financé les deux tiers de l’accompagnement par Agrisud des six villages de six départements de Fatick et de Diourbel. Avec cette idée que les paysans développent leurs petits commerces.

Diversifier les sources de revenus

Dans le village de Mbamane, 43 femmes se sont associées en coopérative pour gérer un hectare et demi de terre. Une parcelle entourée par des anacardiers et acacias mellifères, qui protègent les cultures du vent et des animaux. « Au sein de cet hectare, l’espace a été divisé en 24 parcelles de 300 m2, toutes elles-mêmes protégées par des leucaena et des moringas, des petits arbres qui créent un microclimat », explique M. Mbodj, d’Agrisud. On y cultive tout ce qui est nécessaire pour nourrir les familles, et la production a progressé de 348 % entre 2017 et 2019, passant de 439 à 1 970 kg annuels de légumes variés. En plus de la diversification maraîchère, un séchoir moderne installé sur le bout du terrain va permettre de transformer les graines de mil en couscous. Et ce n’est qu’un début…

« Nous espérons bien développer ce volet transformation, afin d’améliorer encore la consommation de produits locaux et de diversifier nos sources de revenus », explique Marie Sène, la présidente de cette coopérative de femmes.

Les femmes de Mbamane, dans la région de Fatick, récoltent les piments.

Malgré toutes ces avancées, le problème de l’accès à l’eau reste récurrent. Non seulement peu d’eau de surface est accessible, mais elle a souvent un fort taux de salinité qui peut tuer les plantes. Alors, pour économiser l’eau non salée, les femmes de Mbamane utilisent un système de cuvette dans laquelle le plant est mis en terre, avec un apport localisé minimal en eau et paillent les plantations pour retenir l’humidité. Une technique qu’Agrisud développe ailleurs dans le monde car il faut « partager les bonnes pratiques », souligne Wagane Ndiaye, qui a cofondé le réseau des agroécologistes de la région de Fatick.

Et il compte le faire avec la jeunesse sénégalaise qu’il espère garder dans le pays comme force vive du développement du lieu. « Notre ambition est de lutter contre l’exil rural qui mène nos jeunes vers les grandes villes ou l’Europe », plaide-t-il, conscient du danger de ce mirage et du potentiel de la culture de la terre. Mais pour les garder, « il faut encore travailler de façon plus solidaire et en former un plus grand nombre à l’afroécologie », poursuit l’agriculteur militant, qui a construit dans sa ferme une pièce dédiée à la formation, équipée de bancs bleus et d’un tableau noir. Parce qu’à Fatick, depuis que la table est mieux garnie, on ose davantage regarder l’avenir en face.

Cet article fait partie d’un dossier réalisé en partenariat avec la région Nouvelle-Aquitaine.



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