« Je promets d’être sage », film français de Ronan Le Page.
« Je promets d’être sage », film français de Ronan Le Page. APOLLO FILMS

LA LISTE DE LA MATINALE

Le titre ne sonne pas très estival, mais ce film vient s’ajouter à un été riche du côté des animations japonaises : Le Mystère des pingouins est le premier long-métrage d’un jeune animateur, Hiroyasu Ishida, qui assume sa poésie surréaliste. Restons encore un peu du côté des premiers longs-métrages avec la comédie de Ronan Le Page, Je promets d’être sage, dans laquelle un Pio Marmaï en quête de vie rangée se retrouve confronté à Léa Drucker, au milieu des gisants et des pleurants du Musée des beaux-arts de Dijon. Pour lui, son neuvième film sonne comme un aboutissement : dans Once Upon a Time in Hollywood, Quentin Tarantino prouve qu’il est l’inventeur d’un art très particulier, d’un cinéma tout à la fois néopop, brechtien et sadique. Enfin, un documentaire, qui retrace l’émergence du mouvement #metoo et la chute de celui qui se croyait L’Intouchable, Harvey Weinstein.

« Once Upon a Time in… Hollywood » : Los Angeles, 1969

Le neuvième film réalisé par Quentin Tarantino constitue une forme d’aboutissement, comme la synthèse d’une œuvre commencée il y a vingt-sept ans et accédant enfin à la maturité. Un long-métrage qui contiendrait tous les précédents et qui en ferait, en même temps, la théorie.

Ce mélange d’émotion, d’ironie et de réflexion n’étonnera que ceux qui n’ont pas vu que l’auteur de Kill Bill est l’inventeur d’un art très particulier, d’un cinéma tout à la fois néopop, brechtien et sadique. Once Upon a Time inHollywood est une réminiscence fantasmatique et régressive, un retour, pour le cinéaste, à une petite enfance et à la ville qui fut l’espace de celle-ci, le Los Angeles de la fin des années 1960, company town dont les habitants ont, pour la plupart, quelque chose à voir avec le cinéma, la principale industrie du lieu.

Elle est le théâtre des déambulations automobiles des deux protagonistes principaux, l’acteur de télévision Rick Dalton (Leonardo DiCaprio) et son ami et cascadeur Cliff Booth (Brad Pitt). Leonardo DiCaprio fait du personnage de Dalton un homme resté un enfant narcissique, naïf et capricieux, un comédien meurtri à la modeste gloire passée, sujet à d’infantiles crises d’ego et tirant un profit égoïste du dévouement de son acolyte fidèle.

La nostalgie de l’enfance n’a qu’un objet, et qui rend les autres inutiles. En ramenant symboliquement l’émotion du spectateur à celle-ci, le film débouche sur le sentiment que tout est déjà trop tard au moment où son récit se situe. Jean-François Rauger

« Once Upon a Time in… Hollywood », film américain de Quentin Tarantino. Avec Leonardi DiCaprio, Brad Pitt, Margot Robbie (2 h 41)

« L’intouchable » : témoignages sur l’affaire Weinstein

Dans un monde idéal, Ursula Macfarlane n’aurait pas adopté la forme ordinaire du documentaire américain, avec sa musique pesante, ses plans censés montrer les sujets dans leur vie quotidienne qui ne font que souligner l’artifice de la situation de l’interview. Elle aurait trouvé la forme originale et nécessaire pour donner à entendre la parole des victimes d’Harvey Weinstein.

Ce n’est pas le cas, et L’Intouchable Harvey Weinstein ressemble à tant d’autres films qu’on ne perçoit pas immédiatement son importance, surtout si l’on a suivi de près la publication des enquêtes du New York Times et du New Yorker et leurs répercussions, qui ont entraîné non seulement la chute du fondateur de Miramax, le grand studio indépendant des années 1990, mais aussi l’émergence de #metoo.

Cette histoire, la documentariste la raconte consciencieusement, à travers des images d’archives et des entretiens avec les journalistes concernés, Jodi Kantor et Megan Twohey, du Times, Ronan Farrow, du New Yorker. Très tôt dans le film, d’autres voix se font entendre et ce sont elles qui en font le prix.

Parmi les actrices qui s’expriment, deux seulement ont fait carrière, Paz de la Huerta et Rosanna Arquette. La première raconte comment, après avoir été violée par Harvey Weinstein, elle a multiplié les sessions photographiques et les tournages (on l’a vue chez Jim Jarmusch ou Gaspar Noe) pour retrouver un peu d’estime d’elle-même. La seconde explique le péril qu’il y avait à résister à cet homme qui avait fini par se convaincre de sa toute-puissance, non sans raison. Thomas Sotinel

« L’intouchable », documentaire américain d’Ursula Macfarlane (1 h 38).

« Je promets d’être sage » : mon musée va craquer

Il devrait avoir un César du meilleur espoir des décors. Les débuts au cinéma du Musée des beaux-arts de Dijon dans Je promets d’être sage sont à la fois spectaculaires et salutaires.

La seule idée d’avoir inséré les tribulations romantiques et amoureuses de Franck (Pio Marmaï) et Sibylle (Léa Drucker) entre gisants et pleurants, parmi les silhouettes tourmentées et grotesques de cette collection médiévale donne au premier long-métrage de Ronan Le Page une longueur d’avance sur la plupart des comédies françaises, puisqu’il s’agit bien d’une comédie. Bien sûr, toutes les idées qui sont passées par la tête du metteur en scène et scénariste ne sont pas aussi fructueuses, et ce foisonnement désordonné ralentit parfois le film, qui aspire de toute évidence à la frénésie des comédies américaines de l’âge d’or.

Quand on rencontre Franck, il vit ses derniers moments d’artiste. Metteur en scène de théâtre, il propose à un public hébété par tant d’agressivité une création qui met en péril les tenues des premiers rangs de spectateurs. Exaspéré par la timidité de sa troupe, le jeune homme s’engage lui-même sur scène jusqu’au désastre. De ce big bang sort un nouveau Franck, décidé à rentrer dans le rang, celui – en l’occurrence – des gardiens du Musée des beaux-arts de Dijon.

Malgré le scepticisme de ses proches, l’artiste défroqué se plie aux règles de l’administration et de la précarité (il est en CDD), arborant la physionomie doucement illuminée d’une novice entrant au carmel (ce que Pio Marmaï fait à merveille). Mais, dans cet éden de l’ordinaire, fait de conflits et de joies aussi minuscules les uns que les autres, vit un serpent. T. S.

« Je promets d’être sage », film français de Ronan Le Page. Avec Léa Drucker, Pio Marmaï, Gilles Privat, Mélodie Richard (1 h 32).

« Le Mystère des pingouins » : enquête poétique pour jeune public

Dans un été riche en animation japonaise (quatre films sortis depuis six semaines), Le Mystère des pingouins ajoute une nouvelle pièce, remarquable, au panorama qui se dessine de la création actuelle, largement défriché en amont par la dernière édition du Festival d’Annecy.

Le film est l’œuvre d’un jeune animateur, Hiroyasu Ishida, né en 1988, qui s’est précocement fait connaître en publiant sur sa page YouTube, sous le pseudonyme « Tete », toute une série de courts-métrages originaux et poétiques, dont la drôlissime Confession de Fumiko (2009), qui lui a valu de récolter, à l’âge de 21 ans seulement, et alors qu’il était encore étudiant à l’université Kyoto Seika, un beau bouquet de récompenses.

Son premier long-métrage, le premier également produit par le Studio Colorido, est l’adaptation du roman de science-fiction Penguin Highway (2010), de Tomihiko Morimi, d’où il tire son univers à la fois quotidien et farfelu, ici clairement rééquilibré à destination d’un public enfantin.

Dans une petite ville comme beaucoup d’autres, une invasion de pingouins inexpliquée suscite l’étonnement de la population et pique la curiosité de l’élève Aoyama, enfant surdoué et plongé dans l’étude des sciences, qui décide d’enquêter sur cet étrange phénomène. Avec l’aide de deux amis de sa classe, il découvre que les animaux suivent un même sentier à travers la forêt, les menant vers une prairie isolée où gît en lévitation une étrange sphère aqueuse, qui semble réagir à la présence humaine.

Le Mystère des pingouins pratique un réjouissant mélange des genres, entre chronique enfantine à l’environnement très familier – ces territoires déjà bien balisés que sont les petites villes, la classe, la maison familiale –, un récit d’investigation geek agitant des notions scientifiques et, enfin, sa poésie surréaliste qui s’assume comme telle, sans en recourir à l’argument massue du merveilleux. Mathieu Macheret

« Le Mystère des pingouins », film d’animation japonais d’Hiroyasu Ishida (1 h 48).

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