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Greenpeace accusent des navires chinois de pêche illicite au large du Sénégal

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Pêche traditionnelle sénégalaise à Joal, en juin 2020.

Depuis un abri construit sur la plage de Kayar, ville de pêcheurs à 50 kilomètres de Dakar, Assane Sarry regarde les pirogues parties pêcher au loin. « Les poissons se raréfient de plus en plus. Pageots, espadons, yaboy… On ne les voit quasiment plus », commente l’homme qui part en mer depuis trente-deux ans.

Président de la commission de gestion des ressources du conseil local de la pêche artisanale de Kayar, il partage un verre de thé avec d’autres pêcheurs aussi las que lui de cette diminution des ressources dans les eaux sénégalaises. « C’est [la faute de] la pêche industrielle ! », s’exclame Mor Mbengue, membre de la Plate-forme des acteurs de la pêche artisanale du Sénégal (Papas).

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« Depuis 2012, les licences de pêche sont gelées par le gouvernement pour faire face à la raréfaction des ressources halieutiques. Pourtant, des bateaux industriels, souvent chinois, continuent d’en obtenir et nous les voyons amasser des tonnes de poissons dans les eaux sénégalaises », constate, furieux, le militant pour l’environnement qui dénonce un manque de transparence.

Le Gaipes (Groupement des armateurs et industriels de la pêche au Sénégal) déplore pour sa part « l’introduction illégale de dizaines de navires dans la flotte sénégalaise. » Rassemblés au sein de la coalition nationale contre l’octroi des licences illégales, tous ont adressé en mai une lettre ouverte au président de la République, Macky Sall, pour dénoncer les demandes de licence de cinquante-deux navires étrangers qui « ciblent des ressources pleinement exploitées et surexploitées comme les espèces pélagiques côtières ou les espèces de fonds comme le merlu. »

Des « sociétés-écrans sénégalaises »

Le nombre de requêtes atteint « un chiffre record », selon Greenpeace, qui vient de publier un rapport intitulé « Mal de mer : pendant que l’Afrique de l’Ouest est verrouillée par le Covid-19, ses eaux restent ouvertes au pillage », que Le Monde Afrique a pu consulter en exclusivité. L’ONG internationale y confirme que des licences de pêches ont bien été attribuées le 17 avril à quatre bateaux nommés Fu Yuan Yu, « en dépit des affirmations du ministère de la pêche selon lesquelles aucune nouvelle licence n’avait été octroyée ».

Les autorités avaient en effet annoncé le 6 juin avoir refusé la demande de licence aux cinquante-deux navires et accepté uniquement le renouvellement des papiers des navires sénégalais. Pourtant, l’un des quatre bateaux qui a reçu sa licence – le chinois Fu Yuan Yu 9889 – fait partie de cette même liste des cinquante-deux. Il a « obtenu sa licence deux semaines après avoir reçu son acte de nationalité le 3 avril, acte indispensable faute d’accord de pêche entre la Chine et le Sénégal. Il ne peut donc pas s’agir d’un renouvellement », argumente Fatou Niang, membre du Gaipes.

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Autorisation signée ou non, pour le pêcheur Mor Mbengue, le problème demeure : des bateaux industriels étrangers continuent de puiser dans les fonds marins sénégalais sans que l’on sache s’ils détiennent une licence valide. Selon Aliou Ba, conseiller politique de Greenpeace Africa, les quatre navires épinglés par l’ONG ne sont pas tous passés devant la Commission consultative d’attribution des licences de pêche (CCAL), une étape pourtant obligatoire.

Le militant dénonce également les navires étrangers qui utilisent des « sociétés-écrans sénégalaises » ou des « prête-noms » à faible capital pour « sénégaliser » leurs navires, en l’enregistrer sous pavillon local afin d’obtenir la licence de pêche. « Ce processus est anormal, manque de transparence. Donc cette pêche est illégale », commente au Monde Afrique M. Ba.

Des navires qui dissimulent leur position

Contacté par Greenpeace, l’exploitant des quatre navires assure que tous « remplissaient les conditions d’attribution des licences après étude et approbation par les services techniques du ministère de la pêche ». Les autorités sénégalaises, elles, n’ont pas répondu à l’ONG qui réclamait la liste officielle des navires étant autorisés à pêcher dans les eaux sénégalaises de 2011 à 2020, ainsi que le type de licence attribué.

Grâce au système d’identification automatique (AIS) utilisé pour les navires dans le monde entier, Greenpeace a également observé de mars à fin juillet que quatre bateaux de pêche industrielle – tous portant le nom Fu Yuan Yu – affichaient des « activités suggérant qu’ils pêchaient dans la Zone économique exclusive (ZEE) sénégalaise, alors qu’il était impossible de vérifier si leur licence avait été obtenue dans le respect des règles et procédures. »

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Encore plus inquiétant : l’ONG assure pouvoir prouver que ces mêmes bateaux « semblent faire usage d’une astuce courante destinée à dissimuler leur position réelle en modifiant leurs données AIS ».

« En novembre et décembre 2019, les signaux du Fu Yuan Yu 9889 ont été captés, et ce de manière physiquement impossible, à travers l’Antarctique. Ces signaux ont disparu puis ont réapparu trois jours plus tard près du Mexique, une distance impossible à parcourir dans ce laps de temps », détaille le rapport.

Jusqu’en juillet 2020, les signaux AIS indiquaient que le navire menait « des activités semblables à de la pêche au large des côtes du Mexique. » Greenpeace assure pourtant avoir trouvé « des preuves indiquant que sa position réelle se serait plutôt située dans les eaux sénégalaises. » Trois autres navires suivraient ce schéma. D’après l’entreprise les exploitant, « l’apparition de certains navires au Mexique pourrait résulter d’une défaillance du système AIS ».

Sur le terrain, les attributions non transparentes de licences et la pêche industrielle dissimulée inquiètent. « Depuis 2006, j’ai perdu plus de la moitié de mes revenus car les fonds marins se vident », se désole Assane Sarry, le pêcheur de Kayar. Les conséquences se reportent sur toute la filière qui emploie plus de 600 000 personnes à travers le pays.

Les Sénégalaises qui transforment les poissons manquent de petits pélagiques comme les sardines, les maquereaux ou les anchois pour gagner leur vie. « Nous devons respecter le repos biologique, laisser le poisson se reproduire et surtout, demander un audit de la flotte sénégalaise au ministère », revendique Maty Ndao, présidente des femmes transformatrices de Kayar, dépitée devant les dizaines de tables de découpage et de préparation de poissons, grises et vides, qui font face à l’océan.



Via LeMonde Afrique

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En Côte d’Ivoire, « nous ne pouvons pas reconnaître Ouattara s’il se proclame élu »

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Pascal Affi N'Guessan, président du Front populaire ivoirien (FPI), à Abidjan, le 14 octobre 2020.

En Côte d’Ivoire, alors qu’approche l’élection présidentielle du 31 octobre à laquelle se présente à nouveau l’actuel président Alassane Ouattara, l’opposition maintient ses appels à la « désobéissance civile » et au « boycott du scrutin ». L’atmosphère est tendue.

Si des violences entre communautés ont déjà éclaté en plusieurs points du pays, l’opposition, regroupée notamment autour de l’ancien président Henri Konan Bédié, de l’ex-président de l’Assemblée nationale Guillaume Soro et du Front populaire ivoirien, le parti fondé par Laurent Gbagbo, estime que « la répression sanglante » du régime a déjà fait 70 morts et 211 blessés.

L’ancien premier ministre de Laurent Gbgabo, Pascal Affi N’Guessan, aujourd’hui en froid avec son mentor, est le porte-parole de cette coalition. Entretien.

Quel bilan faites-vous de votre appel à la désobéissance civile ?

Le bilan est positif sur le plan de la mobilisation et de la détermination de nos compatriotes. Il y a une prise de conscience que la situation est inacceptable et qu’il faut tout faire pour la changer. Nous n’avons pas encore réussi à faire céder M. Ouattara mais nous progressons. L’élection est déjà dénaturée et chacun est conscient qu’une élection digne de ce nom n’est pas possible dans le contexte actuel.

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Nous avons réussi à discréditer le processus électoral et à nous donner les moyens de ne pas reconnaître M. Ouattara comme président de la République de Côte d’Ivoire après le 31 octobre. C’est un acquis important. Il faut désormais intensifier les actions pour qu’il recule, accepte de reporter l’élection et d’ouvrir des négociations pour que nous trouvions des solutions afin de garantir un scrutin transparent et équitable.

Quoi qu’il arrive, vous ne reconnaîtrez pas Alassane Ouattara comme chef de l’Etat si sa victoire est proclamée après l’élection ?

Nous ne reconnaissons pas l’élection, alors nous ne pouvons pas reconnaître quelqu’un qui se proclame élu à l’issue de celle-ci.

Mais le pays n’est pas totalement bloqué comme vous l’entendiez ?

Il n’y a peut être pas de violences, mais vous voyez par exemple qu’Abidjan n’est pas apaisée. Les gens prennent des dispositions. Dans les supermarchés, les gens s’approvisionnent. Ils savent bien que quelque chose va se passer, que la situation n’est pas normale.

Maintenez-vous votre appel à empêcher le vote ?

Evidemment et cela a déjà commencé avec le blocage de la distribution des cartes d’électeurs, de certains bureaux de la Commission électorale indépendante [CEI]. Dans beaucoup de régions, il n’y aura pas d’élection car les bureaux ne seront pas ouverts.

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Ouattara n’a pas assez de militaires pour les déployer dans tous les bureaux de vote. Dans au moins deux tiers des localités, il n’y aura pas de bureaux ouverts le samedi 31 octobre. Les chiffres qui pourront être annoncés ne traduiront aucune réalité politique.

Ne risquez-vous pas d’être condamnés internationalement pour avoir bloqué le vote ?

L’important est de triompher à la fin. La communauté internationale sait que lorsqu’un peuple est dans son droit, il utilise les moyens à sa disposition. Combattre cette dictature, ce n’est pas combattre la loi.

Craignez-vous d’être arrêté ?

Pas du tout. Ouattara peut le faire mais ça ne fera qu’aggraver son cas.

N’est-il pas paradoxal de votre part et de celle d’Henri Konan Bédié d’appeler au boycott tout en maintenant vos candidatures ?

Etre candidat c’est une chose, et réclamer de meilleures conditions électorales c’est une autre chose. Nous n’avons pas besoin de lier les deux. Se retirer serait abandonner le pays au dictateur. Nous combattons la dictature pour défendre nos candidatures et avoir une chance de concourir dans la transparence. Nous ne voulons pas démissionner.

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Un gouvernement d’union nationale est-il envisageable après l’élection ?

C’est maintenant qu’il faut faire un gouvernement de transition, pas après l’élection, les morts.

Comment justifiez-vous votre alliance avec ceux que vous avez combattus comme MM. Konan Bédié et Soro ?

Souvenez-vous de la résistance contre l’occupation nazie, ce n’était pas seulement des gens de droite ou de gauche. C’est la cause nationale qui amène un peuple à se rapprocher au-delà de ses divergences. Aujourd’hui Ouattara, c’est notre Hitler.

Alassane Ouattara a dit qu’il entendait permettre le retour de Laurent Gbagbo après l’élection. C’est une bonne chose pour vous ?

On lui demande d’organiser une élection transparente et de retirer sa candidature. Il avait le temps de ne pas envoyer Gbagbo à la Cour pénale internationale. Il fait de fausses promesses parce qu’il est acculé. On sait ce que valent ses promesses. Il avait promis de ne pas être candidat et le voilà candidat. Sa parole ne vaut pas un clou en Côte d’Ivoire.

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Ce qui est en jeu dans notre combat, c’est le retour de tous les exilés politiques. Nous ne demandons pas cela pour les beaux yeux de l’un ou de l’autre, mais pour la paix et la stabilité du pays. On ne peut pas obtenir la réconciliation si certains leaders sont condamnés à l’exil et leurs partisans traumatisés par cette situation.

Laurent Gbagbo est-il légitime à redevenir président du Front populaire ivoirien ?

Tous les militants sont légitimes à l’être. C’est la démocratie qui prévaut dans un parti politique et je suis persuadé que si le président Gbagbo est candidat, il a toutes les chances de le devenir.

Le soutiendrez-vous s’il est candidat ?

S’il insiste, je ne le combattrai pas.



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En Centrafrique, le coronavirus fait perdre au diamant de son éclat

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Dans le sud de Boda, région diamantifère de Centrafrique en 2015.

Ngoto est loin de tout, mais ici aussi le coronavirus « a tout gâté », disent ses habitants. Ce village reculé de la Lobaye, région du sud-ouest de la Centrafrique riche en or et en diamants, ne déplore aucun cas. Seule une affiche posée à l’entrée de l’église rappelle la menace sanitaire, mais les croyants ne s’en méfient plus depuis longtemps. Les masques sont inexistants, la distanciation est un concept entendu à la radio. Ici, l’impact est économique.

A la sortie de la messe, Yvon Koli, l’un des principaux artisans miniers de Ngoto plaisante volontiers avec ses voisins. Pourtant, dans la fraîcheur de sa maison, qu’il a payée grâce à l’argent des diamants, son visage s’assombrit. La balance de précision, la loupe, la calculatrice, trinité des diamantaires, restent abandonnées sur la table. Depuis mars, il ne vend plus. « Une pierre qui valait 150 euros en début d’année, se négocie 70 euros aujourd’hui », estime-t-il. Le père de famille préfère pour le moment stocker, mais craint de devoir brader pour payer la rentrée de ses enfants.

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L’économie centrafricaine a payé un lourd tribut à la pandémie de Covid-19 et devrait enregistrer une croissance nulle en 2020 selon le Fonds monétaire international (FMI). Le secteur minier figure parmi les plus touchés. Le diamant a été doublement touché. D’une part, le brut s’est effondré sur le marché d’Anvers, en Belgique, capitale du diamant. D’autre part, l’arrêt des vols a bloqué les exportations.

Activité de survie

Le Bureau d’évaluation et de contrôle de diamant et d’or (Becdor) est la porte de sortie officielle de chaque minerai exporté de Centrafrique. Son expert évaluateur principal, Jean-Baptiste Pissinga, fait les comptes. « Le choc a frappé pendant la saison sèche, au plus fort de l’activité minière. On prévoyait d’exporter 100 000 carats de diamants en 2020. On en est seulement à 13 000 carats. » Dans les bureaux d’achat, on confirme : « D’habitude, on exporte une fois par mois, développe Mahamat Oumarou, PDG de Sud Azur. Cette année, on a vendu une fois en dix mois, 15 % à 20 % en dessous du prix d’avant la crise. »

En Centrafrique, le secteur du diamant, développé au sortir de l’indépendance, est encore artisanal, tourné vers l’export de pierres brutes. En théorie, quelque 200 000 artisans extraient le minerai en payant des ouvriers ; ils vendent à des collecteurs qui écument les régions ; ces derniers les monnaient à la quinzaine de bureaux d’achat autorisés à exporter. Dans la pratique, les rôles sont moins déterminés. A Ngoto, tout le monde vend ou achète le diamant. Les cailloux passent entre les mains d’une myriade d’intermédiaires et de « débrouillards », selon des relations aussi bien commerciales que sociales, difficiles à cerner pour les non-initiés.

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Le diamant est une activité de survie. On va « au chantier », pelle et tamis à la main, comme d’autres vont au champ. Près de Ngoto, dans l’une de ces ruches où s’activent une centaine d’ouvriers, les enceintes crachent de la musique pour rendre la chaleur plus supportable. Les journées consistent à creuser des puits en rebouchant les précédents, puis à passer la terre rouge au tamis dans la rivière, 200 mètres plus bas. Fin octobre, le jour officiel de la rentrée des classes, finalement reportée à Ngoto, une dizaine d’enfants est venue aider les grands frères à porter les sacs de 25 kg.

Sans préfinancements, qui proviennent d’ordinaire de l’étranger, ce fragile écosystème risque l’effondrement. Chacun cherche des alternatives pour éviter de devoir tout arrêter. « J’utilise la vente des cabris et des champs pour continuer à payer les ouvriers », explique Yvon Koli, qui songe à réduire leur salaire à 12 000 francs environ par semaine (environ 18 euros). Mais la solution est loin d’être pérenne, d’autant que les rendements relèvent un peu de la loterie. Un chantier peut être un gouffre financier comme une moisson lucrative.

« Diamants du sang »

le coronavirus vient frapper une filière déjà en convalescence. Le pays exportait officiellement 350 000 carats en 2012, mais seulement 23 000 carats en 2019. La grave crise sécuritaire qui a suivi le coup d’Etat de l’ex-rébellion Séléka, en 2013, contre l’ancien président François Bozizé, a fait fuir les investisseurs étrangers, échaudés par le risque d’acheter des « diamants du sang ». Des diamantaires accusés de financer les milices, comme Badica, ont vu leurs avoirs gelés. Les circuits commerciaux se sont délités.

Pendant les troubles, les artisans miniers et collecteurs ont été forcés de choisir leur camp. Les anciens collaborateurs se sont affrontés, des collecteurs musulmans ont été chassés. Depuis deux ans, dans une ville comme Boda, cité commerçante située à 50 kilomètres de Ngoto, les mosquées se remplissent à nouveau, les communautés se réconcilient, le tissu socio-économique se reforme.

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La filière a commencé à se redresser timidement, même si des verrous légaux ont été mis en place, dans le cadre processus de Kimberley, interdisant l’exportation de tout diamant brut ayant servi à financer des groupes armés. Aujourd’hui, le pays est coupé en deux : l’est, dont les diamants sont plus purs, est encore sous la coupe des groupes, donc sous embargo. L’ouest s’ouvre peu à peu, à mesure que les armes se taisent.

Au début de l’année, la Lobaye a été la quatrième région à passer en zone verte et à pouvoir à nouveau exporter. Dans son bureau de Boda, Moussa Abbas ressasse sa frustration : « On a passé des mois à sensibiliser les artisans sur les groupes armés, la fraude, la traçabilité. On leur a payé des licences d’exploitation pour qu’ils soient en règle. Les affaires devaient repartir, et le coronavirus a tout stoppé. »

Le diamantaire est toujours resté sur place, y compris lors des tumultes passés. Il affirme ne pas avoir commercé pendant l’embargo. Difficile de le croire, car toute la région a continué à écouler les marchandises par les réseaux frauduleux, via le Cameroun, notamment.

Barème légal plus rémunérateur

La levée de l’embargo ouvrait la perspective de réseaux de financement plus efficaces et transparents, et d’un barème légal plus rémunérateur. Du moins avant la chute du marché. Le choc actuel pousse les artisans à se tourner à nouveau vers la fraude, un fléau alimenté à différentes échelles par les groupes armés, les débrouillards ou les sociétés installées. La tendance sera d’autant plus importante si le manque de liquidités dans la filière légale perdure. Une étude de l’Institut géologique des Etats-Unis réalisée en 2018 estimait que 82 % de la production de diamant sortait en contrebande, entraînant un gros manque à gagner pour les caisses de l’Etat.

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S’il bouleverse le secteur minier, le coronavirus fait malgré tout un gagnant : l’or. Avant même la crise économique et sanitaire, la Centrafrique connaissait une ruée vers le métal jaune, moins difficile à extraire, au détriment du diamant. « Le marché international du diamant brut ne se porte pas bien depuis un moment, les millennials n’en consomment plus, analyse Alexandre Jaillon, de l’International Peace Information Service (IPIS), un institut de recherche qui analyse les secteurs miniers africains. L’or reste une valeur refuge, la demande tire les prix à la hausse. Cela commence à toucher le marché centrafricain. » L’or a mieux encaissé le ralentissement. Sur les 500 kg d’exportations prévues par le Becdor, près des trois quarts ont été réalisées, malgré plusieurs mois d’arrêt.

Mais encore faut-il pouvoir se reconvertir. A Ngoto ou Boda, le sol n’offre que du diamant. Les artisans n’envisagent pas autre chose. « Je ne sais faire que cela », argue Yvon Koli, 32 ans, dont vingt-cinq ans dans le métier. La pierre précieuse exerce une fascination. Chacun imagine pouvoir un jour tomber sur le gros lot, le diamant pur à plusieurs millions, promesse d’ascension sociale. A condition qu’un jour, les affaires reprennent.

Sommaire de la série « L’économie africaine face au Covid-19 »



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l’Union européenne va soutenir la Nigériane Okonjo-Iweala

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La Nigériane Ngozi Okonjo-Iweala en lice pour le poste de directrice générale de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), ici à Genève, le 15 juillet 2020.

L’Union européenne va soutenir la Nigériane Ngozi Okonjo-Iweala pour le poste de directrice générale de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), ses Etats membres étant finalement arrivés lundi 26 octobre à un consensus sur cette candidature, a-t-on appris de sources européennes.

Ce soutien, qui donne un élan appréciable à la candidate africaine face à sa rivale sud-coréenne Yoo Myung-hee, sera annoncé à l’OMC mardi matin par l’ambassadeur de l’Union européenne (UE) à Genève, a précisé l’une de ces sources.

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Ancienne ministre des affaires étrangères et des finances du Nigeria, mais aussi ex-numéro deux de la Banque mondiale, Mme Okonjo-Iweala, 66 ans, pourrait devenir la première femme et la première Africaine à diriger l’organisation chargée de libéraliser le commerce mondial.

Les Etats membres ont cependant mis du temps à s’entendre sur son nom, malgré un échange sur le sujet entre les dirigeants de l’UE lors du dernier sommet européen mi-octobre à Bruxelles. Lundi matin, la Hongrie et la Lettonie refusaient encore de soutenir la Nigériane, avant de se rallier à la majorité dans la soirée, selon les sources européennes.

« Un signal clair à l’égard de l’Afrique »

Tout en acceptant le consensus européen, « sept délégations » ont par ailleurs « demandé que soit enregistrée leur préférence pour l’autre candidate », a précisé l’une de ces sources. Ce soutien est « un signal clair à l’égard de l’Afrique et un signe de confiance mutuelle » avec l’UE, a souligné une autre source.

Le troisième cycle de discussions, qui devra départager les deux prétendantes, a débuté le 19 octobre et s’achèvera mardi. Un consensus devra être trouvé pour la date butoir du 7 novembre.

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La candidate qui l’emportera succédera au Brésilien Roberto Azevedo, qui a quitté l’OMC fin août, un an plus que tôt que prévu. Ce départ, expliqué par des raisons familiales, est survenu en plein marasme économique mondial, laissant l’institution en crise.

Le prochain chef de l’institution devra affronter la crise économique mais aussi la crise de confiance dans le multilatéralisme et dans le bien-fondé de la libéralisation du commerce mondial, le tout sur fond de guerre commerciale entre les deux premières puissances économiques mondiales, la Chine et les Etats-Unis.

Le Monde avec AFP



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