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International

Eric Fassin : « Faire honte, c’est discréditer des valeurs pour en accréditer d’autres, plus démocratiques »

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Entretien. Dans la campagne contre la cancel culture, ou « culture de l’annulation », il y a comme un air de déjà-vu. En 1990, un article du New York Times lançait l’offensive contre « l’hégémonie montante du politiquement correct ». Les médias recensaient alors des anecdotes alarmantes, souvent exagérées, parfois inventées, sur l’intolérance d’une gauche prompte à dénoncer le sexisme, l’homophobie et le racisme. Après la chute du mur de Berlin, la nouvelle menace « illibérale », c’était le radicalisme universitaire !

La polémique contre la cancel culture répète celle contre le « politiquement correct » et la met au goût du jour : de la discrimination positive, on est passé aux violences policières racistes avec Black Lives Matter ; des codes de conduite de la sexual correctness au hashtag (ou mot-dièse) #metoo. Mais c’est bien la même complainte sur la « tyrannie des minorités » et le « maccarthysme de gauche », sur la persécution des hommes blancs hétérosexuels. Bref, « on ne peut plus rien dire » !

« Fascisme d’extrême gauche »

De même qu’il y a trente ans, la polémique se répand comme une traînée de poudre aux Etats-Unis, mais aussi en France et ailleurs. Le 4 juillet 2020, à quatre mois de l’élection, Donald Trump s’en prend à la cancel culture : un « fascisme d’extrême gauche ». Trois jours plus tard, une lettre sur « la justice et la liberté de débattre » est publiée sur le site du magazine Harper’s. Signée par « plus de 150 écrivains, artistes et journalistes de divers horizons politiques » (dont certains s’engageaient contre le politiquement correct trois décennies plus tôt), elle est aussitôt traduite par Le Monde (et dans d’autres pays).

Article réservé à nos abonnés Lire aussi La « cancel culture » en accusation aux Etats-Unis

Les différences entre les deux polémiques ne sont pourtant pas moins intéressantes que leurs ressemblances. La querelle du politiquement correct visait le monde universitaire : le campus était présenté comme « un îlot de répression dans un océan de liberté » (dans le magazine Commentary, en 1989). Trente ans plus tard, la polémique contre la cancel culture porte sur la société tout entière. C’est l’effet des réseaux sociaux, qui font entendre dans l’espace public ce qui, mais aussi celles et ceux qui, jusqu’alors, y restaient inaudibles. Comme l’écrit l’essayiste et historienne Laure Murat, le 1er août, dans une tribune au Monde, c’est la protestation « d’une population exaspérée, marginalisée et sans autre voix ni pouvoir que l’Internet ».

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Rentrée littéraire : la sélection du « Monde Afrique »

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Des fictions de Sindiwe Magona, Gauz ou Saber Mansouri, un roman graphique sur Frantz Fanon, une pièce de théâtre d’Eva Doumbia… Le point sur les parutions de septembre.



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Afrique

Emery Mwazulu Diyabanza, apôtre de la restitution directe

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Emery Mwazulu Diyabanza, au tribunal pour contester l’interdiction de quitter le territoire français émise par la justice après l’action du Quai Branly, le 24 juin 2020.

Les braqueurs professionnels opèrent habituellement masqués, armés, et en un éclair. C’est à visage découvert, de jour, et en prenant leur temps que quatre hommes et une femme ont tenté d’emporter une sculpture du Congo à l’Afrika Museum de Berg en Dal, aux Pays-Bas, le 10 septembre. Dans une vidéo de vingt-trois minutes postée en direct sur Facebook, leur meneur congolais, Emery Mwazulu Diyabanza, explique reprendre « ce qui nous appartient, ce qu’ils nous ont pris pendant des siècles de colonisation ». Arrêté par la police, le groupe de militants a été relâché après une garde à vue de huit heures, mais leurs téléphones et véhicule ont été confisqués.

L’homme de 42 ans n’en est pas à sa première action. Le 12 juin, il avait été interpellé avec ses compagnons au Musée du Quai Branly alors qu’il tentait d’emporter un poteau funéraire Bari du XIXe siècle, provenant du Tchad, après l’avoir détaché de son socle. Il a été assigné à comparaître le 30 septembre devant le tribunal correctionnel de Paris pour « tentative de vol en réunion d’un objet mobile classé ». Annoncée sur son site « panafricain », l’audience s’annonce comme un happening. Il encourt jusqu’à 150 000 euros d’amende et dix ans d’emprisonnement.

Lire aussi Culture : jugés fin septembre pour avoir voulu « récupérer » une œuvre africaine au musée du Quai Branly

Biographie invérifiable

Qu’importe. Le 30 juin, Emery Mwazulu Diyabanza a déposé plainte pour « vol et recel » contre l’État français. Le 30 juillet, il est arrêté à Marseille, après avoir tenté d’emporter un objet en ivoire du Musée des arts ­africains, océaniens et amérindiens. Les lieux changent, mais la « récupération » est argumentée avec le même ton professoral : « Ces biens nous ont été volés sous la colonisation… Ça nous a été pris sans notre consentement, donc je rentre avec à la maison. Les présidents africains sont incapables de venir récupérer ces biens. Les Africains doivent aller récupérer leur dû dans les musées européens. On ne demande pas au voleur l’autorisation pour reprendre ce qu’il a volé. »

Qui est donc ce serial agitateur ? Sa biographie, invérifiable, déclinée sur son site, cultive la légende. Fondateur du collectif Unité, dignité, courage, Emery Mwazulu Diyabanza se déclare descendant d’une lignée royale. Son prénom, qu’il a en commun avec Patrice Lumumba, leader de l’indépendance congolaise, aurait décidé de sa vocation. À l’en croire, son combat « pour la démocratie et le progrès social » et une candidature en 2011 à l’élection présidentielle ­l’auraient conduit dans les geôles congolaises, où il aurait échappé de peu à la peine de mort.

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Les mauvais génies de Moscou à l’étranger

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Publié aujourd’hui à 13h52, mis à jour à 13h53

L’oligarque monarchiste de Moscou attiré par la lumière et l’ancien bandit pétersbourgeois prudent comme un chat. Konstantin Malofeev, démonstratif et flamboyant ; Evgueni Prigojine, quasi invisible et mystérieux… Ces deux milliardaires ont beau se distinguer de mille manières, chacun, par son parcours et ses ambitions, représente une face de la politique étrangère de la Russie poutinienne, un terrain où se mêlent idéologie et cynisme froid.

Alliés, Malofeev et Prigojine ? Rivaux ? Les deux sont en tout cas des acteurs de premier plan sur un même marché, fructueux et en pleine expansion, celui de la diplomatie privée, de l’action extérieure déléguée à des groupes non-étatiques. Autrement dit, des « entrepreneurs géopolitiques », selon l’expression de la politiste Tatiana Stanovaya, les mauvais génies de Moscou sur la scène internationale, prêts à s’infiltrer dans les espaces vacants laissés par les diplomates de métier ou à suppléer l’Etat pour des opérations sensibles ou secrètes.

L’idée peut paraître contre-intuitive s’agissant d’un pays dont le système politique est souvent assimilé à une « verticale » parfaite. Pourtant, si les grandes orientations en matière de politique étrangère émanent bel et bien du sommet, une multitude d’acteurs – et pas seulement étatiques – sont prêts à apporter leur contribution, en réponse à des ordres ou dans l’espoir d’une récompense future.

« Sans même parler de politique étrangère, les moyens de rendre service à l’Etat sont multiples : soutien aux pauvres, aux vétérans, financement d’un parti politique lié au pouvoir…, détaille Tatiana Stanovaya. Ces pratiques sont répandues dans le monde des affaires. Les intéressés peuvent certes espérer une rétribution, mais il s’agit avant tout d’obtenir des protections. Et sur le marché extérieur, Prigojine et Malofeev sont de loin les acteurs les plus importants. »

Crâne chauve et sourire avare

L’Afrique, au sujet de laquelle Moscou ne cache plus ses ambitions, est leur dernier terrain de jeu. Fin octobre 2019, les deux hommes étaient les vedettes du premier sommet Russie-Afrique organisé à Sotchi, sur les rives de la mer Noire. Chacun avec son style. M. Prigojine n’a pas quitté les coulisses – charge à ses lieutenants (l’activiste franco-béninois antisémite Kémi Séba, par exemple) de parler aux journalistes ou d’animer des tables rondes sur des thèmes tels que la souveraineté des Etats africains face à l’Occident ou la défense des « valeurs traditionnelles », pot-pourri de concepts tournant autour de la famille, déjà éprouvé pour séduire les conservateurs en Europe.

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