Des indigènes défilent à Quito, contre la décision du gouvernement d’augmenter les prix de l’essence, le 9 octobre en Equateur.
Des indigènes défilent à Quito, contre la décision du gouvernement d’augmenter les prix de l’essence, le 9 octobre en Equateur. Carlos Noreiga / AP

La contestation contre le président équatorien Lenin Moreno, qui a brutalement augmenté le prix de l’essence, se poursuit à Quito. Plusieurs milliers d’indigènes et de paysans équatoriens ont commencé à défiler mercredi 9 octobre dans les rues de la capitale, quadrillée par les forces de l’ordre, lors d’une grande manifestation contre la hausse du prix décidée par le gouvernement.

Les manifestants, qui se rassemblent dans la capitale depuis lundi, se dirigeaient vers le centre historique, théâtre de violents affrontements les jours précédents. Mardi, le Parlement avait brièvement été envahi. Alors que le cortège principal progressait, femmes indigènes armées de bâtons en tête, un groupe d’étudiants et d’ouvriers a affronté la police à coups de pierres, et celle-ci a riposté en faisant usage de gaz lacrymogène.

Depuis plusieurs jours, les indigènes, acteurs-clés de ce conflit, affluent vers la capitale depuis les provinces du pays, à pied ou à bord de pick-up, poncho en laine sur les épaules, chapeau traditionnel en feutre sur la tête et bâton en main. Les syndicats et les organisations étudiantes devaient se joindre à cette marche, dans une capitale où les cours ont été suspendus depuis plusieurs jours et où les transports publics se faisaient rares.

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En janvier 2000, de violentes manifestations indigènes, auxquelles avaient participé les organisations indigènes dans un contexte de crise économique, avaient fait chuter le président Jamil Mahuad. Dans un passé récent, l’Equateur a déjà connu une période d’instabilité, trois présidents ayant été renversés entre 1997 et 2005 à la suite de mouvements populaires.

Tentative de rapprochement

Les incidents ont mis sous pression le gouvernement du président Lenin Moreno, un libéral de 66 ans arrivé au pouvoir sous la bannière socialiste. Il a ordonné mardi un couvre-feu nocturne autour des lieux de pouvoir.

M. Moreno, qui avait déplacé lundi le siège du gouvernement vers la capitale économique du pays, Guayaquil (sud-ouest), avait déjà proclamé l’état d’urgence pendant soixante jours afin que les forces armées puissent rétablir l’ordre. Le couvre-feu aura la même durée.

Pour tenter de désamorcer la situation, le chef de l’Etat a ouvert, mardi, la porte à une médiation des Nations unies et de l’Eglise catholique. « Il y a eu des rapprochements et nous avons parlé avec certains dirigeants » des manifestants, a déclaré, mardi, Lenin Moreno.

En face, la Confédération des nationalités indigènes de l’Equateur (Conaie), principal organe représentatif des peuples autochtones du pays, a « décidé de poursuivre la mobilisation nationale contre les mesures économiques », selon le communiqué qu’elle a publié, et qui ne mentionne pas de contacts avec le gouvernement.

Un manifestant lors d’un affrontement avec les forces de l’ordre equatorienne, le 9 octobre 2019.
Un manifestant lors d’un affrontement avec les forces de l’ordre equatorienne, le 9 octobre 2019. MARTIN BERNETTI / AFP

L’adversaire Correa prêt à revenir

Le petit pays andin est secoué depuis début octobre par un mouvement social inédit depuis 2007, marqué par des blocages de routes et de puits pétroliers en Amazonie, des manifestations parfois violentes et des grèves. Les pertes de production de l’entreprise d’Etat Petroamazonas s’élevaient, mardi, à 165 000 barils par jour, soit 31 % des chiffres habituels, selon le ministère de l’énergie.

L’Equateur, qui a annoncé la semaine dernière son retrait de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), a extrait quelque 531 000 barils par jour de pétrole brut entre janvier et juillet 2019.

La décision du président Moreno de supprimer des subventions à des carburants d’un montant total de 1,3 milliard de dollars (l’économie équatorienne est dollarisée) est entrée en vigueur jeudi 3 octobre. En échange, l’Equateur peut accéder à des crédits du Fonds monétaire international (FMI) d’un montant de 4,2 milliards de dollars. Cela a entraîné des hausses des prix des carburants allant jusqu’à 123 %. Le litre est ainsi passé en moyenne de 0,48 à 0,63 dollar, selon le site globlapetrolprices.com.

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Lenin Moreno a accusé son prédécesseur, Rafael Correa (2007-2017), ex-allié devenu son adversaire politique, d’avoir « activé » un « plan de déstabilisation » avec l’aide du président vénézuélien, Nicolas Maduro. « S’il est nécessaire que je sois candidat, je le serai », a déclaré M. Correa à la presse à Bruxelles, où il vit depuis qu’il a quitté le pouvoir en 2017 à l’issue de son troisième mandat.

L’ex-dirigeant socialiste ne pouvant se présenter à un quatrième mandat présidentiel depuis une récente réforme, il a dit envisager une candidature de vice-président.

L’ancien président équatorien, réclamé par la justice de son pays, a estimé que le gouvernement de Lenin Moreno tenterait « d’empêcher (sa) participation ». « Que vont-ils inventer ? Que je dois aller en prison. »

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