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en « zone rouge », une campagne sous le signe de la menace terroriste

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Des policiers contrôlent des partisans de Zéphirin Diabré, candidat à l’élection présidentielle, lors d’un meeting à Ouagadougou, le 15 novembre 2020.

Sur la route cabossée qui mène à Djibo, à chaque fois qu’Aboubacar Dicko aborde le dernier tronçon à partir du village de Namsiguia, son cœur se serre. C’est ici, sur ce bout de piste en terre rouge du nord du Burkina Faso, que son père, le député-maire de Djibo, a été tué dans une embuscade il y a un an. Là aussi que le grand imam de la ville a été enlevé par des individus armés puis retrouvé mort, en août. Cette route, les Burkinabés l’ont surnommée « l’axe de la mort ». Il y a quelques mois encore, des groupes armés y imposaient un blocus, contrôlant les pièces d’identité et tuant les fonctionnaires.

Pourtant, malgré la menace terroriste et la peur, Aboubacar Dicko, étudiant de 24 ans et candidat indépendant aux législatives du dimanche 22 novembre, a décidé de battre campagne sur le terrain. Pour « continuer le combat » de son père, souffle-t-il : « Il était l’un des derniers élus locaux à être restés à Djibo, je ne peux pas abandonner. Si tout le monde fuit, autant rayer la province du Soum de la carte… »

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A quelques jours des élections, les candidats multiplient les meetings à travers le pays, dont un tiers du territoire se trouve en état d’urgence. Voies minées, risque d’enlèvement ou d’attaque ciblée… Certains secteurs restent inaccessibles aux autorités. Le 8 novembre, le chauffeur d’un candidat aux législatives a été tué sur la route de Gorom-Gorom (nord). « Quand vous vous déplacez d’une zone à une autre, vous vous retrouvez dans un no man’s land et si vous ne prévenez pas à l’avance les autorités, ce qui s’est passé pourrait se reproduire », a prévenu Ahmed Newton Barry, le président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), après l’attaque.

Dans la région administrative du Sahel, classée « zone rouge », les déplacements sur le terrain se sont réduits à peau de chagrin. Sur une carte, Aboubacar Dicko montre du doigt la « limite » à ne pas franchir dans sa circonscription. Ne subsiste qu’un petit rayon de quelques kilomètres représentant la commune de Djibo. « Impossible d’en sortir, regrette-t-il. On ne peut pas aller dans les villages, c’est trop dangereux. » Dans le Soum (une des quatre provinces du Sahel), les opérateurs de la CENI n’ont pu se rendre que dans trois des neuf communes pour enrôler les nouveaux électeurs. A l’échelle nationale, sur les 860 villages où les élections n’auront pas lieu, 55 % se trouvent dans la région du Sahel, d’après la CENI.

« L’ennemi est invisible »

En août, les députés ont adopté une loi permettant de valider les résultats de l’élection même si elle ne se déroule pas dans l’ensemble du pays. Le Conseil constitutionnel a constaté l’existence de cas de « force majeure » sur 17,7 % du territoire, à cause de la « présence de groupes terroristes dans les localités, l’absence de l’administration dans les zones affectées, l’abandon par les populations de leurs sites d’habitation ». Plus d’un million de déplacés ont été contraints de fuir les violences au Burkina, où les attaques djihadistes ont fait plus de 1 600 morts en cinq ans. Le 11 novembre, quatorze militaires ont été tués dans l’attaque de leur convoi, revendiquée par l’organisation Etat islamique (EI), sur la route de Tin-Akoff, dans la zone dite des « trois frontières » (avec le Mali et le Niger). Le lendemain, plusieurs candidats ont décidé de suspendre temporairement leur campagne « en signe de deuil et en hommage ». Un drame qui a rappelé à tous, ici, l’ampleur des risques sur le terrain.

« C’est un signal, bien sûr. L’objectif de ces groupes est de déstabiliser les élections. On se dit que ça peut être nous la prochaine fois, qu’à tout moment tout peut basculer », s’inquiète un cadre de parti. Au Burkina, la classe politique reste hantée par l’enlèvement par des groupes terroristes, au Mali voisin, du chef de l’opposition, Soumaïla Cissé, le 25 mars (il a été libéré le 8 octobre), en pleine campagne législative dans la région de Tombouctou. La menace est diffuse. Elle peut venir d’un amas de terre, dissimulant un engin explosif sur une piste, de guetteurs postés pour alerter les djihadistes du passage des convois, d’une arme blanche ou d’une bombe dissimulée lors d’un meeting… « C’est une guerre asymétrique, où l’ennemi est invisible. Il peut se fondre dans la foule et attaquer par surprise. C’est ça la difficulté, il faut se préparer à toute éventualité », explique le colonel-major à la retraite Assane Sawadogo, chargé de la sécurité de la campagne de l’Union pour le progrès et le changement (UPC, parti d’opposition).

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La CENI, en tandem avec le ministère de la défense nationale et de la sécurité, a mis au point un « plan de sécurisation exceptionnel ». Environ 50 000 membres des forces de sécurité doivent être mobilisés le jour du scrutin, selon ses chiffres. En plus de la garde rapprochée allouée à chacun des treize candidats à la présidentielle, des « bulles sécuritaires » ont été définies dans les provinces. Mais avec plus de 11 000 candidats en compétition aux législatives, difficile d’assurer la sécurité de tous. Le dispositif doit permettre de « battre campagne sans trop craindre », explique Ahmed Newton Barry : « Localement, ce sont les premiers responsables de la sécurité qui déterminent cet espace. » Renseignement, éclaireurs, patrouilles, quadrillage de la zone, convois… Les partis ont l’obligation de faire part à l’avance de tous leurs déplacements.

Certains préfèrent tout de même solliciter des moyens de sécurité supplémentaires, privés. Le coût exact de ces prestations, vraisemblablement élevé, n’est pas public. Et elles demeurent hors de portée des petits candidats. « On s’en remet au dispositif des autorités, sauf qu’il se limite aux chefs-lieux, et de nombreux villages restent inaccessibles », regrette Amadou Diemdioda Dicko, tête de liste de l’UPC dans la province de l’Oudalan (nord).

« On mise sur les réseaux sociaux »

Une campagne sous le signe de la frustration, qui se mène à certains endroits par procuration. « On mise sur les réseaux sociaux, on appelle les électeurs, on leur transmet des messages via des représentants qu’on fait venir. C’est important qu’ils ne se sentent pas abandonnés, même si certains ne pourront pas voter », reconnaît Aboubacar Dicko. Selon la cartographie de la CENI, environ 15 à 20 % du territoire a été classifié en orange, là où « la sécurité sera renforcée » le jour du scrutin, et 10 à 15 % en rouge, où « le vote n’aura pas lieu ». « La situation est volatile, on observe une résurgence des attaques ces dernières semaines. On pensait inclure Gorom-Gorom dans le vote par exemple, mais l’attaque [du 8 novembre] vient de la faire basculer en rouge », précise Ahmed Newton Barry, de la CENI.

Mal formées, manquant de moyens humains et matériels, les forces de l’ordre peinent à couvrir l’ensemble des 9 000 villages que compte le pays et sont même totalement absentes dans 30 % des communes, selon les chiffres du Centre pour la gouvernance du secteur de la sécurité (DCAF), à Genève. Pour faire face, le gouvernement burkinabé autorise le recrutement de « volontaires pour la défense de la patrie » (VDP), des civils armés et formés par les militaires pour aider à lutter contre le terrorisme depuis le début de l’année. Officiellement, si la CENI assure que « les VDP et les groupes d’autodéfense ne participeront pas » à la sécurisation des élections, le flou persiste sur le terrain. « En tant qu’auxiliaires de défense, bien sûr que nous allons aider ! », rétorque un VDP de la région du Centre-Nord, joint par téléphone.

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Selon nos informations, certains partis misent également sur des milices locales pour protéger leurs rassemblements. Le 5 novembre, au meeting du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP, au pouvoir) à Bobo-Dioulasso, des « dozos », ces chasseurs traditionnels implantés dans l’ouest burkinabé, ont ainsi été aperçus, grigris et fusils de chasse apparents. « Ils sont juste venus pour exprimer leur soutien », assure Etienne Bado, chargé de la sécurité de la campagne du MPP. « On nous a demandé de sécuriser l’événement contre rémunération. Nous étions plusieurs centaines, dans le stade et à l’extérieur, certains en tenue, d’autres en civil. A chaque fois que les partis ont besoin de nous, ils nous appellent », clame pourtant Ali Konaté, le président de l’Union nationale des dozos. « Il n’y a pas de gendarme ni de police dans mon village, c’est nous qui assurons la sécurité. Alors bien sûr qu’on va se mobiliser pour le vote, on attend les ordres », affirme un autre dozo de la région, qui assure avoir arrêté « une vingtaine de terroristes » depuis 2018.

Sauf qu’au Burkina Faso, l’essor de ces milices privées, créées en réponse à l’impuissance de l’Etat à sécuriser l’ensemble du territoire, inquiète les organisations de défense des droits humains. Des membres des « koglweogo », des « gardiens de la brousse » à majorité mossi, sont accusés de faire « régner la terreur » et de mener régulièrement des exactions contre la communauté peule. Quel rôle auront ces forces supplétives, intrinsèquement liées aux autorités traditionnelles de certains villages, dans le scrutin ? Plusieurs sources sécuritaires s’inquiètent d’une « ethnicisation » de ces milices et craignent des « tentatives d’instrumentalisation » en cette période électorale. « Si ces groupes sont effectivement mobilisés, ils pourraient exercer une forme d’intimidation ou de pression le jour du vote dans certaines localités », relève la chercheuse Ornella Moderan, cheffe du programme Sahel de l’Institut d’études de sécurité (ISS) : « Et en cas de contestation des résultats, ces civils armés ne risquent-ils pas d’être utilisés par un des partis ? »



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L’Afrique, l’autre continent de la bande dessinée

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L’affiche du festival de bande dessinée Bilili à Brazzaville, au Congo, conçue par l’artiste sénégalais Juni Ba.

Quand Joëlle Epée M., alias Eylon’s, lance en 2016 le festival de bande dessinée Bilili à Brazzaville, au Congo, elle rêve déjà d’« un hub de rencontres entre le public, les auteurs et les éditeurs ». Mais, prudente, elle s’en donne le temps. Avec près de 5 000 visiteurs en 2019, contre 300 la première année, la jeune autrice camerounaise tient son pari.

A l’occasion de la cinquième édition qui démarre mardi 1er décembre, la célèbre maison d’édition belge Dupuis dévoilera les noms des quinze auteurs africains qu’elle avait recrutés en 2019 sur Bilili (« Images » en lingala) pour le lancement de sa nouvelle Webtoon Africa. Et Joëlle Epée M. d’espérer que ce précédent donne de l’espoir aux auteurs africains, « qu’ils se disent qu’ils peuvent vivre de leur métier, être crédibles dans leur pays et que l’exode n’est pas l’issue ».

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L’éditeur congolais Dan Bomboko le martèle d’ailleurs : « La bande dessinée fait partie de notre culture générale. » Des générations de bambins d’une quarantaine de pays africains ont été biberonnées au magazine Kouakou qui, trente ans durant, a concilié divertissement et pédagogie « sans manichéisme ni misérabilisme », précise l’historien de la BD Christophe Cassiau-Haurie.

Tous ont également dévoré les aventures de Tintin et Lucky Luke, les mangas japonais comme les éditions Marvel importés sur le continent. Certains auteurs ont su tracer leur route en Europe, à l’instar de Barly Baruti, mentor de la scène congolaise publié chez Glénat, ou de la Franco-Ivoirienne Marguerite Abouet, dont la saga en six tomes d’Aya de Yopougon, réalisée avec le dessinateur Clément Oubrerie, s’est écoulée à 710 000 exemplaires par Gallimard.

Des registres variés

Dans leur sillage, une nouvelle génération de talents africains commence à prendre ses marques depuis dix ans. Leur style ? « Syncrétique », résume Pierre Lungheretti, directeur de la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image d’Angoulême, qui organisera en janvier 2021 une exposition sur le 9art en Afrique. « Ces auteurs ont digéré la ligne claire franco-belge, les mangas et les comics, en apportant leur propre singularité, notamment une exubérance dans le traitement des situations ou des couleurs », ajoute le spécialiste.

Ils se sont tout autant affranchis des récits de sensibilisation financés par les ONG et les gouvernements que de la veine caricaturiste en vogue dans les années 1990. Lorsque, en 2005, Marguerite Abouet s’attelle au premier tome d’Aya de Yopougon, elle a un objectif : « Sortir des images colportées par les médias d’une Afrique qui se meurt ou qui va mal. »

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Même aspiration pour Joëlle Epée M. qui, en 2013, a croqué avec humour la Vie d’Ebène Duta, jeune Camerounaise déracinée en Belgique, échappant aux clichés de « la femme africaine qui a des seins et des fesses » ou des migrants clandestins.

Variés, les registres s’étendent aujourd’hui du documentaire, à l’instar de Lucha, chronique d’une révolution sans armes au Congo de la Camerounaise Annick Kamgang, aux contes revisités et à l’afrofuturisme. Une kyrielle de nouveaux super ou antihéros a ainsi vu le jour, avec Scarf, en guerre contre la traite des enfants au Togo, ou le savoureux Delestron, personnage cagoulé qui coupe le courant dans les quartiers d’Abidjan.

Avec les moyens du bord

Plusieurs embûches contrarient toutefois cet élan. A commencer par les difficultés de circulation aussi bien des artistes que des livres. « Avec la poste, on a trois mois d’attente avant de recevoir les livres. Quant aux frais douaniers, ils sont différents selon les pays et parfois très élevés comme au Congo », détaille Dan Bomboko, qui a fondé la maison d’édition Elondja en 2004. Aussi, regrette-t-il, qu’« un livre qui sort à Dakar, mette du temps à être connu à Kinshasa ».

Les possibilités de rencontres sont aussi limitées. Il n’existe en Afrique qu’une dizaine de festivals au long cours comme Fibda à Alger ou Coco Bulles à Abidjan. Si l’édition connaît un vrai boom au Nigeria, à peine une dizaine d’éditeurs sont actifs en Afrique francophone, à l’image d’Elondja ou Ago au Togo. A Madagascar, une seule maison d’édition, Ngah, se maintient, « mais sa ligne éditoriale n’a pas bougé d’un poil en vingt ans », regrette le dessinateur malgache Dwa.

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Faute d’éditeurs, la majorité des auteurs font avec les moyens du bord. « Beaucoup s’autoéditent et ne se débrouillent pas si mal », constate Christophe Cassiau-Haurie. Et de préciser que « ce qui est alternatif en Europe est la norme en Afrique ». Pour publier le premier tome de la Vie d’Ebène Duta, Joëlle Epée a ainsi eu recours au financement participatif, qui lui a permis de lever 15 000 euros.

« Gagner les parents »

Dernier écueil : l’équation complexe entre la qualité, nécessaire pour obéir aux standards internationaux, et le prix bas de diffusion, indispensable pour s’ajuster au pouvoir d’achat en Afrique. « Mes livres sont trop chers pour le marché malgache, regrette Dwa. Je n’en vends pas énormément ici, d’autant que beaucoup associent la BD à un produit gratuit. » Alors pour s’assurer tout de même une diffusion sur le continent, la saga Aya de Yopougon y est distribuée en version souple moins coûteuse que le format cartonné.

Longtemps, Paulin Assem, fondateur de la maison Ago, proposait ses revues en noir et blanc à bas prix, autour d’un euro. Mais lorsqu’il a augmenté la qualité de ses publications, il a dû rehausser ses tarifs, non sans craindre de perdre ses lecteurs en cours de route.

« Les enfants ne pouvaient plus acheter, mais j’ai gagné leurs parents », sourit le jeune entrepreneur, qui ajoute que « la qualité a séduit une bonne partie de la classe moyenne togolaise qui a vu qu’on pouvait ranger les BD à côté d’autres livres dans les bibliothèques ». Quoique vendu à 15 euros, la Vie d’Ebène Duta s’écoule aujourd’hui à 40 % sur le continent.

Pour Dan Bomboko, dont 20 % du chiffre d’affaires s’effectue via les plates-formes numériques et les liseuses, un nouvel horizon se dessine aussi avec le digital. « Rien n’est simple, il faut être motivé et déborder d’idées, reconnaît le vétéran. Mais ça vaut le coup quand je vois la quantité de talents autour de moi. »

Bilili BD Festival, du 1er au 5 décembre, à Brazzaville.

Kubini, les bandes dessinées d’Afrique, du 27 janvier au 26 septembre 2021, Cité internationale de la bande dessinée et de l’image, www.citebd.org



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le président Kaboré devrait négocier pour former sa majorité

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Le président burkinabé Roch Marc Christian Kaboré face à ses partisans, à Ouadougou,  le 26 novembre.

Le parti du président Roch Marc Christian Kaboré, réélu pour un second mandat au Burkina Faso, n’a pas obtenu la majorité législative lors du double scrutin présidentiel et législatif du 22 novembre et devra négocier avec ses alliés et sans doute l’opposition pour obtenir une majorité à l’Assemblée.

Le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) est crédité de 56 sièges par la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), et n’atteint donc pas la majorité absolue qui est de 64 sièges, sur un total de 127.

Le parti de M. Kaboré, élu dès le premier tour de la présidentielle avec 57,87 % des suffrages, pourrait toutefois obtenir cette majorité avec l’aide de partis alliés. Il devrait ainsi faire appel au Nouveau temps pour la démocratie, le parti de l’actuel ministre des transports, Vincent Dabilgou, qui soutenait sa candidature et a obtenu 13 sièges. D’autres petits partis, comme l’Union pour la renaissance/Parti sankariste (Unir/PS) avec ses 5 sièges, le RPI (3 sièges) et le PDC (3 sièges) pourraient venir en renfort, mais sans certitudes.

Le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), l’ancien parti de l’ex-président Blaise Compaoré, chassé par la rue en octobre 2014 après 27 ans au pouvoir, représente la deuxième force politique avec 20 sièges. Son candidat, Eddie Komboïgo, était arrivé deuxième de la présidentielle, avec 15,48 % des suffrages. L’ex-parti au pouvoir devient ainsi la première formation de l’opposition, en lieu et place de l’Union pour le progrès et le changement (UPC), de Zéphirin Diabré, qui n’a recueilli que 12 sièges (contre 33 en 2015).

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Arriver à un consensus

Vendredi, le président Kaboré avait annoncé sur Twitter avoir reçu les félicitations des principaux chefs de l’opposition, dont Zéphirin Diabré. Considéré jusque-là comme le chef de l’opposition, M. Diabré est arrivé en troisième position derrière le président Kaboré et Eddie Komboïgo. Ce dernier n’avait pas reconnu le résultat vendredi soir.

La communauté internationale a rencontré des représentants de l’opposition et de la majorité pour arriver à un consensus dans ce pays fragilisé par les attaques djihadistes et une crise économique provoquée par l’insécurité mais aussi le coronavirus.

« Notre classe politique a le devoir de donner le bon exemple, pour le salut du Burkina Faso et des générations futures », avait lancé M. Kaboré lors d’une soirée festive au siège de campagne de son parti.

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Discours rassembleur

Dès l’annonce de sa victoire, le président Kaboré a tenu un discours rassembleur, lançant des appels du pied à l’opposition.

« Dans une élection, il y a un vainqueur et des gens qui ont perdu. Mais cela ne doit pas nous détourner du fait que nous sommes tous des Burkinabè aspirant à construire ensemble un Burkina Faso meilleur pour l’ensemble des populations », a-t-il dit, promettant une « concertation permanente » et « d’être le président de tous les Burkinabés, sans exception ».

Les éventuels recours doivent être déposés devant le Conseil constitutionnel ou le Conseil d’Etat dans les sept jours à compter de l’annonce des résultats. Ces deux institutions doivent proclamer les résultats définitifs dans les quinze jours qui suivent l’expiration du délai imparti pour les recours.

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Pays sahélien pauvre et enclavé de 20,3 millions d’habitants, le Burkina Faso est en proie depuis 2015 à des attaques djihadistes récurrentes qui ont fait au moins 1 200 morts et plus d’un million de déplacés internes. Des pans entiers du territoire échappent au contrôle de l’Etat. Ce sera le principal chantier du second mandat du président Kaboré, réputé consensuel mais qui a aussi été taxé d’immobilisme dans la lutte contre les groupes djihadistes.

Le Monde avec AFP



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au moins 43 agriculteurs tués par Boko Haram

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La ville de Maiduguri se trouve à une dizaine de kilomètres de la rizière où a eu lieu l'attaque de Boko Haram, le 28 novembre 2020.

Au moins 43 agriculteurs ont été tués, samedi 28 novembre, par des djihadistes présumés de Boko Haram dans un champ du nord-est du Nigeria, selon deux responsables d’une milice pro-gouvernement. « Nous avons retrouvé 43 corps sans vie, tous ont été égorgés, et six personnes gravement blessées », a déclaré Babakura Kolo le responsable de ce groupe d’auto-défense.

Cette attaque s’est produite dans une rizière située à moins de dix kilomètres de Maiduguri, la capitale de l’Etat du Borno, au moment où se déroulent samedi les premières élections locales organisées depuis le début de l’insurrection de Boko Haram dans cette région en 2009.

« C’est sans aucun doute l’œuvre de Boko Haram qui opère dans la région et attaque fréquemment les agriculteurs », a déclaré M. Kolo qui a participé à l’évacuation des victimes. « Soixante ouvriers agricoles ont été engagés pour récolter le riz dans ce champ. Quarante-trois ont été abattus, et six autres blessés », a confirmé à l’AFP un autre milicien, Ibrahim Liman.

22 agriculteurs tués en octobre

Huit agriculteurs sont portés disparus et présumés kidnappés par les djihadistes, a ajouté cette source. Les corps des victimes ont été transférés dans le village de Zabarmari, à deux kilomètres de la rizière. Ils seront enterrés dimanche, a déclaré à l’AFP un habitant, Mala Bunu, qui a pris part aux opérations de secours.

En octobre, les combattants de Boko Haram avaient égorgé 22 agriculteurs qui travaillaient dans des champs situés non loin de Maiduguri dans deux attaques séparées.

Les attaques attribuées à Boko Haram et à la faction dissidente rivale Etat islamique en Afrique de l’Ouest (Iswap) ciblent de plus en plus fréquemment des bûcherons, éleveurs et pêcheurs. Ils les accusent d’espionner et de transmettre des informations aux militaires et milices qui combattent les violences jihadistes dans la région.

Plus de 36 000 personnes ont été tuées dans des violences depuis le début de l’insurrection de Boko Haram en 2009 dans le nord-est du Nigeria, où plus de deux millions de personnes ne peuvent toujours pas regagner leur foyer.

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Le Monde avec AFP



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