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En RDC, l’activité tourne au ralenti et la pauvreté gagne du terrain à Kinshasa

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Camille Bosedi devant son moulin électrique à Kinkole, une commune de Kinshasa, en octobre 2020.

Camille Bosedi se tourne les pouces, les yeux rivés sur son moulin désormais recouvert d’une épaisse couche de poussière. L’activité du vieil homme, qui moud manioc et maïs pour les gens du voisinage, tourne au ralenti depuis des mois. Camille a beau vivre en lointaine périphérie de Kinshasa, ses problèmes ont commencé avec le confinement de La Gombe, centre des affaires et du pouvoir de la capitale congolaise.

En mars, en pleine pandémie de coronavirus, la mise en quarantaine de cet îlot de prospérité a privé de revenus des dizaines de milliers de vendeurs ambulants, journaliers ou agents de change qui franchissent quotidiennement la frontière invisible séparant le quartier de La Gombe du reste de la ville.

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Ces travailleurs vivant au jour le jour constituent la majorité des clients de Camille : « Il n’y avait plus aucun argent qui circulait », soupire le meunier. Voilà plus de quatre mois que le confinement du centre-ville de Kinshasa est terminé, mais les effets se font encore sentir.

Selon Emmanuel Bofoe du bureau congolais de l’organisation non gouvernementale Caritas, l’activité économique ne tourne qu’à 30 % de son rythme habituel dans la mégapole de République démocratique du Congo (RDC). De nombreuses sociétés n’ont pas rouvert, les stocks de marchandises restent bloqués en douane et les arrivées de voyageurs se font au compte-gouttes.

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Pendant ce temps, Camille attend désespérément le chaland. Les bons jours avant l’arrivée du virus, ce veuf parvenait à gagner de quoi nourrir ses six enfants et deux petits-enfants. Depuis, ses revenus ont été divisés par deux. Camille a donc dû renoncer. A ses médicaments pour l’hypertension, qui coûtent 9 000 francs congolais la boîte (quelque 4 euros). A la viande, au sel. La famille ne mange plus qu’une seule fois par jour. Sa sœur Louise, qui vend de l’eau en sachet, approuve d’un ton las : « On a essayé de faire pousser des légumes sur la parcelle, mais c’est la saison sèche, donc ça ne prend pas. »

Effondrement

Nova Mambo Kimanga, lui, a peur de ne pas pouvoir envoyer ses enfants à l’école cette année. Handicapé par une malformation à la hanche, ce voisin de Camille vivote grâce à la vente de cigarettes et d’alcool local. Avec des revenus passés de 10 000 francs congolais à 4 000 francs congolais (1,74 euro) par jour avec la crise sanitaire et économique, il s’approche désormais du seuil de pauvreté fixé par la Banque mondiale à 1,90 dollar (1,62 euro). « Jusqu’ici, j’ai toujours réussi à acheter les fournitures pour tout le monde. Là, je ne vois pas comment je vais faire », précise-t-il. Quasiment plus personne ne vient lui acheter de boisson.

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D’autant moins que la baisse d’activité est venue se doubler d’une baisse du pouvoir d’achat provoquée par l’effondrement de la monnaie nationale face au dollar américain. Alors qu’il s’échangeait contre 1 650 francs congolais en janvier, le billet vert est passé à 2 000 francs congolais en août. Or la majorité des Congolais sont payés en francs… et doivent ensuite régler leur loyer en dollars.

La vie quotidienne est devenue encore plus difficile. Les prix sur les marchés locaux ont augmenté, car la majorité des produits alimentaires sont importés et donc payés en dollars. Les vendeuses ont dû débourser plus pour acheter la même quantité de produits à revendre. Si la baisse du franc congolais avait commencé avant la pandémie, le Covid-19 est venu précipiter sa dégringolade. « La fermeture des frontières a fait baisser les importations et les recettes de l’Etat, car les taxes douanières représentent 30 % à 40 % de ses recettes. Cela a causé une forte dépréciation de la monnaie », explique Albert Tcheta-Bampa, économiste.

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Face à l’urgence, les acteurs humanitaires ont réajusté leurs stratégies de lutte anti-Covid pour ne pas se cantonner au volet sanitaire. Le bureau Caritas au Congo a identifié dans plusieurs communes de la capitale une centaine de ménages particulièrement vulnérables et éligibles à un soutien financier de 165 dollars. Mais l’organisation n’a pas réussi à retrouver plusieurs de ces familles. « Elles ont été chassées, car elles ne payaient plus leur loyer », soupire Emmanuel Bofoe, de Caritas.

En RDC, 72 % des 95,8 millions d’habitants vivent déjà sous le seuil de pauvreté. Avec la pandémie, la Banque africaine de développement (BAD) estime que 2,7 millions à 3,4 millions de personnes pourraient venir grossir ce contingent.

Sommaire de la série « L’économie africaine face au Covid-19 »



Via LeMonde Afrique

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L’ONU obtient de l’Ethiopie un accès humanitaire illimité au Tigré

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Depuis plus d’un mois, un conflit oppose le gouvernement éthiopien et les dissidents de la région du Tigré.

A l’issue de quatre semaines de conflit armé, l’ONU s’est vu octroyer, par le gouvernement éthiopien, un accès illimité à la région du Tigré après de nombreuses demandes, selon un document consulté, mercredi 2 décembre, par l’Agence France-Presse (AFP).

Ce document, un accord signé par l’ONU et le ministre éthiopien de la paix, autorise « un accès sans restriction, continu et sécurisé du personnel et des services humanitaires aux populations vulnérables dans les régions gérées (par le gouvernement) au Tigré et dans les zones frontalières des régions Amhara et Afar » voisines.

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Un haut responsable onusien ayant requis l’anonymat a expliqué à l’AFP que cet accord permettrait aux Nations unies et à ses partenaires humanitaires de délivrer de l’aide « partout où des gens en ont besoin ». De premières évaluations en matière d’aide sur place commenceront « dès que nos équipes de sécurité nous donneront le feu vert ».

Une région coupée du monde

Le Tigré, région septentrionale frontalière avec l’Erythrée, est privé de tout approvisionnement depuis le 4 novembre, lorsque le premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, a envoyé l’armée fédérale à l’assaut des forces du Front de libération du peuple du Tigré, organisation qui dirige la région et défiait son autorité depuis des mois. L’ONU mettait en garde depuis plusieurs semaines contre une possible catastrophe au Tigré, quasiment coupé du monde depuis, en raison d’un black-out sur les communications et des restrictions d’accès.

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Avant le conflit, environ 600 000 personnes – dont 96 000 réfugiés érythréens vivant dans quatre camps – dépendaient totalement de l’aide alimentaire pour se nourrir au Tigré, et un million d’autres bénéficiaient d’un « filet de sécurité » alimentaire, selon le Bureau onusien de coordination humanitaire.

Quatre semaines de combats ont poussé quelque 45 500 personnes à fuir au Soudan voisin et ont déplacé un nombre indéterminé d’hommes, de femmes et d’enfants à l’intérieur du Tigré. M. Abiy a clamé victoire samedi, après la prise annoncée de la capitale régionale, Mekele, par les troupes gouvernementales et dit contrôler la quasi-totalité du Tigré. Mais le président de la région, Debretsion Gebremichael, a promis de poursuivre le combat contre « les envahisseurs ».

Le Monde avec AFP



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Amnesty dénonce une « frénésie d’exécutions » avec 57 mises à mort depuis octobre

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Amnesty International a dénoncé, mercredi 2 décembre, une « frénésie d’exécutions » en Egypte avec la mise à mort d’au moins 57 personnes ces deux derniers mois, traduisant une « crise profonde des droits humains » dans le pays.

« Les autorités égyptiennes se sont lancées dans une horrible frénésie d’exécutions ces derniers mois, mettant une multitude (de prisonniers) à mort », a estimé Philip Luther, responsable de l’organisation non gouvernementale (ONG) pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, cité dans un communiqué mercredi.

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Selon Amnesty, rien qu’« en octobre et novembre, les autorités égyptiennes ont exécuté au moins 57 hommes et femmes » et ces chiffres représentent « probablement une sous-estimation » du nombre réel. Pour toute l’année 2019, 32 personnes avaient été exécutées, selon l’ONG.

L’organisation, qui dénonce des condamnations obtenues après des « confessions entachées de torture », regrette également que les autorités ciblent aussi les « courageux défenseurs des droits humains » qui documentent ces violations.

Amnesty évoque ainsi les arrestations en novembre par les autorités égyptiennes de trois membres de l’Initiative égyptienne pour les droits personnels (EIPR), pour les interroger sur leur travail de documentation sur la justice criminelle.

« Représailles »

Selon Amnesty, la « frénésie d’exécution » a commencé après un incident violent en septembre au cours duquel quatre prisonniers et quatre gardiens de prison ont été tués. Les exécutions sont des « représailles apparentes » à cet incident, juge Amnesty.

L’organisation précise qu’en plus des 57 exécutions qu’elle a pu vérifier, « les médias pro-gouvernement ont rapporté que 31 autres hommes et femmes ont été exécutés en octobre et novembre ». Informations qui n’ont pas pu être vérifiées par l’ONG des droits humains.

De son coté, Human Rights Watch (HRW) avait affirmé le 22 octobre que 49 exécutions avaient eu lieu en dix jours en octobre. Comme Amnesty dans son communiqué mercredi, HRW avait demandé « l’arrêt immédiat » des mises à mort.

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Par ailleurs, Amnesty regrette qu’en raison du « manque de transparence des autorités, le nombre de prisonniers actuellement menacés d’exécution est inconnu ».

L’ONG cite le cas du moine copte Wael Tawadros, condamné en avril 2019 pour le meurtre d’un évêque, qui a subi un « traitement discriminatoire et punitif » comprenant une absence de correspondances avec sa famille ou d’accès à un prêtre.

Depuis la destitution par l’armée en 2013 du président islamiste Mohamed Morsi et l’arrivée au pouvoir l’année suivante d’Abdel Fattah Al-Sissi, une répression croissante s’est abattue sur toute forme d’opposition, islamiste ou libérale en Egypte.

Le Monde avec AFP



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Les Berbères d’Afrique du Nord, une population autochtone qui réclame plus de droits

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De jeunes femmes berbères lors du festival annuel Engagement Moussem dans les montagnes du Haut-Atlas, au Maroc, en septembre 2019.

Outre la petite communauté de Siwa, dans l’extrême ouest de l’Egypte, les Berbères se retrouvent dans leur écrasante majorité au Maghreb – Maroc, Algérie, Tunisie et Libye –, où ces populations autochtones revendiquent une plus large reconnaissance identitaire et culturelle.

Les Berbères, dont la présence est antérieure à l’arabisation et à l’islamisation, se nomment eux-mêmes « Imazighen », pluriel d’« Amazigh », qui signifie « homme libre » dans leur langue, le tamazight. Voici un tour d’horizon.

Maroc

Au Maroc, pays du Maghreb qui compte le plus de Berbères, de nombreuses voix réclament davantage de droits, comme rendre férié le Nouvel An amazigh (Yennayer), chaque 13 janvier. D’après un recensement de 2014, plus d’un quart (26,7 %) des 35 millions de Marocains utilisent l’un des trois principaux dialectes berbères du pays (le tarifit, le tamazight et le tachelit).

Aussi, pour plaider leur cause, les militants s’appuient sur la reconnaissance par la Constitution de 2011 de leur langue comme idiome officiel au côté de l’arabe. Il aura toutefois fallu attendre 2019 pour que la loi organique soit adoptée. D’après ce texte, elle sera utilisée dans les documents administratifs et son enseignement progressivement généralisé d’ici à quinze ans.

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En attendant, l’une des conséquences les plus notables a été l’apparition de l’alphabet tifinagh sur les bâtiments publics, en plus de l’arabe et du français. Depuis 2010, une chaîne de la télévision publique marocaine, Tamazight TV, est en outre consacrée à la promotion de la culture amazighe.

L’administration continue en revanche de refuser sporadiquement d’inscrire des prénoms berbères dans les registres de l’Etat civil. Le drapeau amazigh constitue un marqueur fort lors des manifestations dans les régions berbérophones, comme le Rif (nord).

Algérie

Le pays compte quelque 10 millions de berbérophones, soit environ un quart de la population. Majoritairement concentrés en Kabylie (est d’Alger), les Berbères sont aussi présents dans le centre, l’est et le grand sud. Comme au Maroc voisin, ils luttent de longue date sur des revendications identitaires, longtemps niées par l’Etat qui s’est construit autour de l’arabité.

Lire le focus : L’Algérie fête officiellement le Nouvel An berbère pour la première fois

Après quelques avancées – reconnaissance du tamazight comme deuxième langue officielle en 2016, Nouvel An berbère décrété jour férié en 2018 –, ils ont été en 2019 l’une des cibles de la répression contre le mouvement antirégime Hirak. Plusieurs dizaines de manifestants ont été condamnés à de la prison pour avoir brandi le drapeau amazigh, banni des cortèges par l’armée.

Libye

Persécutés sous Mouammar Kadhafi qui niait leur existence, les Amazighs réclament le « droit » à l’officialisation de leur langue, au même titre que l’arabe, et à une représentation équitable au Parlement. Ils représentent environ 10 % de la population et vivent notamment dans les montagnes à l’ouest de Tripoli ou dans le sud désertique.

Depuis la chute de Kadhafi en 2011, leurs revendications sont de plus en plus pressantes. Le drapeau amazigh flotte sur les bâtiments publics au côté du drapeau libyen, et souvent seul dans leurs régions d’origine.

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Des manuels scolaires en langue amazighe ont vu le jour, même s’ils ne sont pas homologués par le ministère de l’éducation du GNA gouvernement internationalement reconnu).

Dans un projet de Constitution entériné au Parlement mais resté sans suite à ce jour, les langues parlées par les différentes communautés, le tamazight notamment, sont reconnues comme faisant partie du patrimoine libyen. Mais l’arabe reste seule langue officielle.

Tunisie

En Tunisie, le poids démographique des Amazighs est méconnu, les statistiques par ethnie ou langue étant interdites. Outre les zones du sud, la majorité réside à Tunis. Les Berbères dénoncent un déni de leurs spécificités culturelles de la part d’un Etat qui s’identifie dans sa Constitution comme étant de langue arabe et de religion musulmane.

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Selon le président de l’Association tunisienne de la culture amazigh (ATCA), Jalloul Ghaki, si 50 % des Tunisiens ont une origine berbère, moins d’un pour cent parle le dialecte (chelha). La majorité des militants souhaitent « des réformes à petits pas », afin que « le peuple tunisien reconnaisse la culture amazighe comme une part de l’identité tunisienne ».

Depuis la révolution de 2011, les médias et la société civile se montrent plus ouverts. Le ministre des droits de l’homme avait marqué Yennayer en 2017 en souhaitant une bonne année à ses concitoyens berbères.

Le Monde avec AFP



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