Suivez-nous

Afrique

En Mauritanie, un maraîcher transforme le désert en jardin

Publié

sur


Fatimatou Mint Deya et Mohamed Mokhtar, deux élèves de la ferme pédagogique El Jenna, à la sortie de Nouakchott, en septembre 2020.

Pour ne rien manquer de l’actualité africaine, inscrivez-vous à la newsletter du « Monde Afrique » depuis ce lien. Chaque samedi à 6 heures, retrouvez une semaine d’actualité et de débats traitée par la rédaction du « Monde Afrique ».

De la maison de Carlos Gil Casado, on ne ressort jamais les mains vides. A l’entrée de sa villa de Nouakchott, sur de grands plateaux, des semis de différentes variétés de tomates jouxtent des plants d’artémisia ou de persil. Il y a deux mois, il a acheté des figues sèches chez un épicier et en a fait germer les graines. « Voilà le résultat », dit-il pointant quelques dizaines de pousses.

« Si, dans quelques années, on pouvait distribuer cinq figues par jour à tous les enfants de Mauritanie, on aurait réussi un défi fabuleux ! », lance-t-il. En Mauritanie, 43,9 % de la population active a souffert d’un retard de croissance pendant l’enfance, selon l’ONU.

« Si tu veux nourrir quelqu’un, donne-lui des tomates. Si tu veux le sauver, apprends-lui à les cultiver. » Carlos Gil Casado pourrait faire sien cet adage traditionnel revu et corrigé. En ce début septembre, l’Espagnol installé depuis dix ans en Mauritanie a terminé il y a quelques semaines la formation au maraîchage qu’il dispense. Une activité pour laquelle il réserve sa patience, lui qui, en route dans sa vieille guimbarde pour récupérer du fumier de cheval dans un centre équestre, s’impatiente dans les embouteillages de Nouakchott.

Lire aussi En Mauritanie, Nouakchott a les pieds dans l’eau à la suite de pluies diluviennes

En grande banlieue de la capitale du pays, il a transformé un petit coin de désert en un jardin vert rebaptisé El Jenna (« le paradis »). Et ce matin de septembre, des caisses de tomates s’y empilent en bout d’allées, prêtes à partir pour le marché où « elles seront vendues en vingt minutes », assure Mohamed Mokhtar, ingénieur en agriculture venu faire un stage.

A 17 kilomètres au sud de la ville, l’Espagnol a transformé un hectare désertique en une zone de maraîchage où poussent désormais des tomates, des aubergines, des gombos, des concombres, des feuilles de bissap. Et même « du piment pour mettre dans le yassa ou le thiéboudienne » se félicite Mohamed Mokhtar.

Une ferme pédagogique

De janvier à juillet, la ferme pédagogique de Carlos Gil Casado a formé trente élèves. Pendant sept mois, ils ont suivi une heure quotidienne de cours théorique puis des ateliers pratiques. Au début de sa formation, chaque élève a reçu une parcelle d’environ 10 m2. « Le but est que chacun puisse créer son propre jardin en fonction d’un projet intégrant la nature des plantations, la surface cultivable et le prix des légumes à la vente », explique Mohamed Mokhtar.

Lire aussi La Grande Muraille verte, mirage sahélien

Chaque bénéficiaire à commencer par monter son propre business plan. C’est le sens du projet global de Carlos Gil Casado, financé par l’Union européenne et mis en œuvre par Agri Sahel et le Groupe de recherches et de réalisation pour le développement rural (GRDR).

Avant de suivre sa formation, Fatimatou Mint Deya, 62 ans, était cuisinière et ignorait « comment poussaient des légumes », et même « qu’il fallait de l’eau et du soleil ». Aujourd’hui, elle garde une partie de sa production pour sa famille et vend l’autre pour « une source de revenus supérieure à celle d’autrefois ».

Du maraîchage sur un sol très aride

Comme elle, les autres stagiaires ont apprécié et la plupart se sont regroupés en coopérative au terme de leur apprentissage. « Ils se sont installés autour de nous ce qui nous permet de rester en contact et de continuer à suivre leur projet », assure Carlos Gil Casado.

Lorsqu’on lui demande comment il est possible de cultiver sur un sol aussi aride composé de coquillages concassés, l’agriculteur-enseignant rappelle que son « modèle est simple : il faut de l’engrais naturel, du sable, un goutte-à-goutte bien réglé et une plante brise-vent. » Pour cette dernière, il utilise du malafalfa, une herbe qu’il a découverte lorsqu’il faisait sa coopération au Nicaragua et « qui est parfaitement adaptée aux conditions sahéliennes puisque des amis en ont fait pousser au Niger, au Sénégal et au Mali ».

Lire aussi Mauritanie : le président nomme un nouveau gouvernement

A El Jenna, où un deuxième hectare a été acheté pour développer des plantes fourragères (malafalfa et moringa), il faut juste éviter de planter des légumes dont les racines se développent en profondeur dans le sol, comme les navets ou les carottes. Mais tout le reste serait envisageable.

Plus globalement, la ferme pédagogique prouve pour l’instant qu’il est possible de faire du maraîchage à quelques kilomètres de la capitale mauritanienne et pas uniquement le long du fleuve Sénégal où la terre est très fertile. Autour du site, des centaines de producteurs, inspirés par la réussite de la ferme agricole et un vaste projet gouvernemental de zone agricole périurbaine, ont commencé à planter en suivant le modèle impulsé par l’Espagnol.

« Je suis heureux d’être copié, mais je le serai encore plus lorsque les Mauritaniens mangeront tous leurs propres tomates », espère Carlos Gil Casado. Il suffit d’un peu de patience.



Via LeMonde Afrique

Annonce
Cliquez pour commenter

Laisser une Réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Afrique

En Algérie, le Hirak en quête d’un nouveau souffle

Publié

sur


Une femme passe devant une affiche annonçant le référendum de dimanche 1er novembre en Algérie, le 27 octobre à Alger.

Yosra [le prénom a été changé] rit souvent, yeux marron malicieux et conviction inébranlable. Agée de 25 ans, l’étudiante ne renonce pas malgré l’étau policier qui se resserre implacablement autour des fidèles du Hirak, le mouvement de protestation dont l’Algérie a été le théâtre au fil de l’année 2019. « On est passé à un stade supérieur de répression », grince-t-elle. Membre du Collectif étudiant de Constantine (CEC), elle est intarissable sur les mille et une vexations que son groupe essuie de la part des autorités. Il est bien loin le temps où ses amis s’activaient librement à la fac autour d’idéaux exaltant une Algérie à reconstruire.

« On nous a complément fermé l’auditorium, se désole-t-elle. Il y a aussi des étudiants infiltrés, et on retrouve les flics de partout, même dans les rassemblements. Au sein de la fac, c’est infesté ! » Yosra a trouvé une parade pour tromper la vigilance de la police. Elle ajuste différemment au gré des circonstances le foulard qui lui recouvre des mèches brunes, le portant parfois en turban, petite ruse lui permettant de déjouer la surveillance.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi En Algérie, un référendum pour neutraliser le Hirak

A la veille du référendum sur la révision de la Constitution auquel les Algériens sont conviés dimanche 1er novembre à l’appel d’un régime impatient de reprendre la main, le Hirak donne toutes les apparences – mais les apparences seulement – de la démobilisation. L’heure n’est plus où des centaines de milliers de protestataires, parfois des millions, envahissaient chaque vendredi les villes d’Algérie pour réclamer le « départ du système ». Le Covid-19 a eu raison de cette ferveur populaire sans précédent depuis l’indépendance de 1962, les consignes de précaution sanitaires prises par les manifestants eux-mêmes ayant été mises à profit par le régime pour arrêter ou censurer les noyaux les plus actifs. « Le pouvoir a profité de la pandémie du Covid-19 pour casser le Hirak, casser l’opposition et faire taire toutes voix discordantes », déplore Zoubida Assoul, avocate et présidente du parti d’opposition Union pour le changement et le progrès (UCP).

Génération d’irréductibles

« Cassé » peut-être dans ses manifestations les plus visibles, le Hirak survit néanmoins, relayé par une minorité endurcie par les épreuves. Abdenour, étudiant à l’université de Bab Ezzouar (banlieue Est d’Alger), est le prototype de cette génération émergente d’irréductibles. Visage fin piqué d’une barbe clairsemée, casquette kaki sur le crâne, le jeune homme âgé de 21 ans est un membre actif du Rassemblement estudiantin pour le changement (REC), l’une des coordinations qui avaient éclos au printemps 2019 dans les universités. Il est de tous les rassemblements de soutien aux détenus – l’Algérie compte aujourd’hui environ 80 prisonniers d’opinion – devant les prisons ou les tribunaux. C’est lui qui donne le ton dans les chants repris lors des sit-in de soutien au journaliste Khaled Drareni, directeur du site d’informations Casbah Tribune, condamné en septembre à deux ans de prison ferme et devenu une figure emblématique du Hirak réprimé.

Il vous reste 53.2% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.



Via LeMonde Afrique

Continuer La Lecture

Afrique

Le Sénégal nie le bilan de 140 morts du naufrage d’un bateau de migrants

Publié

sur


Le gouvernement sénégalais a mis en doute, vendredi 30 octobre, le bilan fourni par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) à la suite d’un naufrage qui aurait entraîné la mort de 140 personnes en début de semaine.

« Les services compétents de l’Etat ont récupéré six corps sans vie repêchés par un navire de pêche privé », précise le ministère de l’intérieur dans son communiqué, qui rappelle par ailleurs que « les services de secours ont sauvé respectivement 51 et 40 personnes » lors « d’accidents en mer intervenus le 22 octobre et dans la nuit du 25 au 26 octobre ».

Cette déclaration contredit des informations fournies jeudi par l’OIM qui, se basant sur des propos recueillis auprès de communautés locales, estime que 140 personnes ont perdu la vie, sur un nombre total de 200 personnes à bord. Une information « infondée » rétorque le ministère, qui assure qu’« aucun décès à ces incidents n’a été, pour l’instant, établi ». Les bureaux de l’OIM en Afrique centrale et de l’ouest n’étaient pas immédiatement disponibles pour réagir.

Lire aussi Sénégal : « au moins 140 morts » dans le naufrage d’un bateau de migrants

Recrudescence des tentatives d’émigration

Un peu plus tôt dans la semaine, le porte-parole du gouvernement sénégalais, Ndeye Ticke Ndiaye Diop, avait admis une hausse des départs de bateaux de migrants depuis le pays.

Un certain nombre de migrants ouest-africains, qui tentent de rejoindre à tout prix l’Europe, ont choisi ces dernières années de tenter la traversée vers l’archipel espagnol des Canaries, situé à plus d’une centaine de kilomètres de la côte africaine au plus proche, un voyage dangereux.

Entre le 1er janvier et le 17 septembre, au moins 251 personnes ont péri en mer en tentant la traversée, selon l’OIM, alors que 210 migrants y avaient perdu la vie sur l’ensemble de l’année 2019.

Lire aussi Après un naufrage, le Sénégal s’inquiète de la « recrudescence » des tentatives d’émigration

Le Monde avec AFP



Via LeMonde Afrique

Continuer La Lecture

Afrique

« Le coronavirus s’est perdu dans la liste des malheurs de l’Afrique »

Publié

sur


Pour ne rien manquer de l’actualité africaine, inscrivez-vous à la newsletter du « Monde Afrique » depuis ce lien. Chaque samedi à 6 heures, retrouvez une semaine d’actualité et de débats traitée par la rédaction du « Monde Afrique ».

Dans l’unité de soins intensifs Covid-19 de l’hôpital de niveau 5 de Machakos, au Kenya, le 28 octobre 2020.

Pour Thierry Vircoulon, chercheur associé au Centre Afrique subsaharienne de l’Institut français des relations internationales (IFRI), la pandémie de Covid-19 sur le continent n’a fait qu’amplifier des problèmes qui existaient déjà avant l’arrivée du virus.

Les Etats africains, décrit-il, se sont retrouvés cantonnés à un rôle de gestionnaire de l’aide internationale, distribuée dans un contexte de compétition accrue entre Washington et Pékin. In fine, estime Thierry Vircoulon, cette crise a d’ores et déjà permis à la Chine de « conforter ses positions » en Afrique.

La pandémie a-t-elle bousculé les équilibres politiques et économiques en Afrique ?

Je ne pense pas. Même s’il faut prendre avec prudence les statistiques qui viennent du continent et éviter de comparer les pays qui dépistent massivement avec ceux qui ne dépistent pas ou peu, la crise sanitaire que l’on craignait n’a pas eu lieu. La structure démographique des pays africains a joué en leur faveur et la maladie s’est trouvée diluée dans les autres problèmes de santé qui touchent les populations. Il y a bien eu un choc économique avec l’arrêt des liaisons aériennes mais, passé l’onde de panique initiale, les pays se rouvrent.

Episode 1 Kenya : à Kibera, « nous ne sommes pas morts du Covid-19 mais nous risquons de mourir de famine »

En un sens, le Covid s’est perdu dans la liste des malheurs de l’Afrique. Sur le plan économique, l’épidémie a aiguisé des problèmes qui préexistaient. Des pays producteurs de pétrole comme le Nigeria ou l’Angola étaient déjà en crise budgétaire et le sont encore plus aujourd’hui. L’insécurité alimentaire, aussi, s’est creusée du fait des ruptures d’approvisionnement et de la perturbation de certains marchés.

Ce que la crise a changé, c’est l’ordre des priorités à l’échelle internationale. Le surendettement de certains pays comme le Soudan, le Mozambique ou la Zambie, par exemple, n’est plus un problème. Cela reste une réalité bien sûr, mais comme tout le monde emprunte pour relancer la croissance, les Etats du nord sont bien moins enclins qu’il y a un an à dénoncer le surendettement.

Episode 2 « On n’a plus rien à vendre » : au Maroc, la crise sanitaire met un coup d’arrêt à la contrebande

Pas plus qu’ils ne montent au créneau pour défendre la fragile démocratisation du continent. Les troisièmes mandats qui se profilent en Côte d’Ivoire et en Guinée, par exemple, n’ont pas vraiment fait l’objet de débat. Dans une crise sanitaire, la seule chose qui compte, au fond, c’est l’efficacité ; la démocratie devient secondaire.

Dans un rapport publié le 22 octobre, le FMI met tout de même en garde contre l’explosion de la dette dans les pays d’Afrique subsaharienne. Faut-il craindre des défauts ou peut-on espérer des allègements massifs ?

Oui, on peut s’attendre à de nouveaux défauts : certains Etats étaient déjà en grandes difficultés avant la crise – Congo-Brazzaville, Mozambique – et la Zambie a ouvert le bal en octobre. Depuis le début de la pandémie, les pays africains bénéficient de moratoires et de financements d’urgence. L’initiative de suspension du service de la dette appuyée par le G20 leur offre un répit, mais cela ne sera pas suffisant. Comme on le constate en Zambie, les discussions sur la restructuration de la dette sont compliquées par l’opacité de la dette chinoise et vont dépendre de la politique adoptée par Pékin.

Des modèles politiques de gestion de la crise ont-ils émergé sur le continent ?

L’épidémie a surtout mis en évidence l’aplatissement des Etats africains. A l’exception de l’Afrique du Sud, la plupart n’ont pas eu les capacités sanitaires de faire face et le confinement n’était pas une option tenable. Sans possibilité d’action publique et de transferts financiers de l’Etat à la population et aux entreprises, les gouvernements se sont retrouvés réduits à un rôle de gestionnaire de l’aide internationale que les bailleurs ont décaissée en urgence.

Episode 3 « C’est un choc terrible » : en Mauritanie, le secteur de la pêche pris dans les mailles du coronavirus

Rôle d’autant plus mal assumé que la corruption systémique est en train d’engloutir une partie des fonds. Les détournements de fonds publics dédiés à cette crise sont déjà manifestes dans de nombreux pays – Afrique du Sud, Cameroun, etc. – et on parle de plus en plus en Afrique de « coronabusiness ».

La crise a-t-elle renforcé l’influence de la Chine en Afrique ?

L’aide s’inscrit aujourd’hui dans une compétition internationale de plus en plus aiguë. Côté chinois, il y a eu des initiatives comme celle du milliardaire Jack Ma qui a fait parvenir des centaines de milliers de kits de tests à plusieurs pays du continent. Mais l’offensive diplomatique de Pékin a pâti des mauvais traitements infligés aux Africains en Chine. Les images des Nigérians de Canton expulsés de chez eux ont énormément circulé sur les réseaux sociaux. Elles ont suscité une vague de réprobation parmi les Africains que leurs gouvernements n’ont pas pu ignorer cette fois. Cela a en partie saboté la « diplomatie des masques ».

Episode 4 Burkina : à Ouagadougou, la vie « au jour le jour » des petits commerçants du marché Rood Woko

Sur le terrain, néanmoins, la Chine a conforté ses positions. Comme après la crise de 2008, ses entreprises achètent. En RDC, par exemple, le secteur minier est désormais en grande partie sous leur contrôle. On attend de voir quelles contreparties les Chinois vont demander aux pays qui ne pourront rembourser les dettes contractées. Les tensions relatives à cette question sont déjà manifestes.

Dans quels pays le problème est-il le plus aigu ?

Le problème du surendettement et des infrastructures sous contrôle chinois en Afrique se pose très concrètement. A cet égard, le Kenya est à la fois un exemple et un test. Depuis le début de la pandémie, les relations sino-kényanes se sont détériorées : expulsion de Chinois faisant illégalement du commerce, interdiction de l’exportation des peaux d’ânes en Chine, demandes d’explication du gouvernement chinois sur des détournements de son aide…

Episode 5 Evénements annulés, hôtels déserts : au Rwanda, le Covid-19 met à mal le tourisme de conférences

Mais le vrai sujet de discorde est le remboursement du prêt chinois de 3,2 milliards de dollars contracté pour la construction de la principale voie ferrée du pays. En fonction depuis 2017, cette voie ferrée a été bâtie et est gérée par la China Road and Bridge Corporation. Or les autorités kényanes ont cessé de rembourser le prêt et demandent la renégociation du contrat. En réponse, les Chinois évoquent la mise à l’arrêt de la voie ferrée.

Pour contrer l’influence de la Chine sur le continent, les Etats-Unis avaient lancé, bien avant l’épidémie, une initiative censée doper l’aide au développement. Ils ont fait pression sur des gouvernements africains jugés trop proches de Pékin. Mais ce ne sont pas de gros bailleurs et leurs leviers d’action portent davantage sur les questions sécuritaires.

Avant même la pandémie, le thème de la résilience semblait prendre de l’ampleur dans le discours sur l’Afrique. Pourquoi ? La crise a-t-elle encouragé des politiques allant dans ce sens ?

Officiellement, il s’agit d’orienter l’aide vers l’appui aux facteurs de résilience dans les pays africains. Sur le terrain, cela veut dire, dans le meilleur des cas, qu’on s’efforce de lutter contre l’insécurité alimentaire en soutenant agriculteurs et éleveurs. En réalité, ce sont des discours livrés en kit et les gouvernements concernés piochent dans ces formules. Il ne faut pas se méprendre : l’aide au développement pour lutter contre la pauvreté est un récit officiel.

Episode 6 En Centrafrique, le coronavirus fait perdre au diamant de son éclat

Dans les faits, il s’agit surtout d’un outil politique pour aider des régimes amis et construire une clientèle. A ce titre, les critiques occidentales sur l’aide bilatérale chinoise qui est ouvertement un instrument politique sont parfois hypocrites : on a le sentiment qu’on leur reproche de faire ce que nous avons fait, mais avec beaucoup plus d’argent que nous. De toute façon, la dynamique démographique du continent est telle que les milliards débloqués ne peuvent pas suffire.

Les instances panafricaines ont-elles joué un rôle pendant cette crise ?

Sur le plan sanitaire, on a observé une meilleure coordination au sein de l’Union africaine [UA] à travers les Centres africains de contrôle des maladies. Mais c’était une coordination essentiellement entre présidents et pas institutionnellement au sens large. L’UA ne s’est pas distinguée plus que cela.

Faut-il s’attendre, avec la crise économique, à une multiplication des mouvements sociaux comme cela semble s’esquisser au Nigeria ?

Au Soudan, au Liban, en Algérie, en Irak, les mouvements sociaux ont montré que les populations étaient en recherche d’une nouvelle forme de révolution. En Afrique subsaharienne, on ne cherche pas. Pour une raison très simple : l’Afrique est trop pauvre. A quelques exceptions près, on veut changer les têtes, mais il n’y a pas vraiment de demande de changement de gouvernance.

Episode 7 Côte d’Ivoire : à Abidjan, la bulle immobilière éclatée par le coronavirus

L’inefficacité sociale et économique des gouvernements élus nourrit le désenchantement démocratique et conduira probablement à de nouvelles émeutes de la faim dans certains pays, mais pas à la formulation d’une alternative politique. Le Nigeria est l’une des déclinaisons de ce modèle corrompu et clientéliste qui prévaut en Afrique de l’Ouest. C’est l’incapacité de ce modèle à résoudre les problèmes socio-économiques qui alimentent ce désenchantement.

Sommaire de la série « L’économie africaine face au Covid-19 »



Via LeMonde Afrique

Continuer La Lecture

Suggestion