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En Ethiopie, l’inquiétude des Tigréens d’Addis-Abeba

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Des Ethiopiens marchent le long d’une rue du quartier Piazza, à Addis-Abeba, le 13 novembre.

Les soirées de novembre sont réputées fraîches sur les hauts plateaux éthiopiens où se trouve Addis-Abeba. Pourtant ce n’est pas du bois que Gebremehdin (le nom a été modifié) fait brûler dans sa cour. Les flammes consument des factures et des documents d’identité. Un autodafé destiné à faire disparaître ce qui l’inquiète ces derniers jours : ses origines tigréennes.

Gebremehdin avoue « ne plus faire confiance à personne » depuis deux semaines et le début des affrontements entre le gouvernement fédéral du premier ministre et Prix Nobel de la paix Abiy Ahmed et le parti dissident du Front de libération du peuple du Tigré (FPLT), qualifié de « junte » et de « mafia » par Addis-Abeba.

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Il ne quitte que rarement son domicile depuis le 4 novembre, date de l’ouverture des hostilités au Tigré. A chaque sortie, la même paranoïa et les mêmes précautions lors de ses rendez-vous, systématiquement organisés « dans des endroits discrets ». Dehors, Gebremehdin fait attention à ne plus parler sa langue maternelle, le tigrigna, et se cantonne à l’amharique « pour ne pas attirer l’attention ».

A Addis-Abeba pourtant, le gouvernement se défend de tout ostracisme envers les populations tigréennes, demandant même aux Ethiopiens de « se muer en gardiens pour s’assurer que nos frères tigréens soient protégés de toute pression négative », comme l’écrit le premier ministre sur son compte Twitter. Il assure ne faire aucun amalgame entre le FPLT et le reste des Tigréens qui représentent environ 6 % de la population éthiopienne. « Les Ethiopiens doivent s’engager fermement à ne pas mélanger les deux », ajoute son attachée de presse, Billene Seyoum.

Officiers arrêtés

Malgré ces appels au calme, Gebremehdin ne peut s’empêcher de se sentir ciblé. Une crainte renforcée par « les nombreuses arrestations de Tigréens » dont il a entendu parler. A commencer par dix-sept officiers de l’armée fédérale accusés de sabotage et de trahison pour avoir coupé les systèmes de communication entre le Tigré et Addis-Abeba. La police a publié un mandat d’arrêt contre 140 membres du FPLT et des officiers des forces de sécurité. L’un d’eux, un général tigréen chargé de la sécurité de l’Union africaine, a été renvoyé par l’organisation sur demande du ministère de la défense éthiopien.

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Une source diplomatique précise que d’autres officiers tigréens basés dans la capitale et en Somalie ont reçu l’ordre de ne pas se présenter à leurs postes. La consigne circule également dans les ministères, où les fonctionnaires tigréens sont confinés à leur domicile depuis début novembre. Le Monde a pu consulter une circulaire sommant les employés tigréens d’une entreprise de construction de prendre des congés forcés, sans préciser le motif.

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En Ethiopie, le pouvoir central ordonne l’offensive finale contre les autorités du Tigré

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Le premier ministre éthiopien Abiy Ahmed à Addis-Ababa, le 17 novembre 2020. o

Le premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a ordonné à l’armée, jeudi 26 novembre, de lancer l’offensive finale contre les autorités dissidentes du Tigré à Mekele, capitale de cette région du nord de l’Ethiopie.

L’armée a reçu l’ordre de « mener la (…) dernière phase » de l’opération lancée le 4 novembre contre les dirigeants du Front populaire de libération du Tigré (TPLF), a indiqué M. Abiy sur son compte Facebook, promettant que « tout serait mis en œuvre pour que la ville de Mekele (…) ne subisse pas de graves dégâts » et « pour protéger les civils ».

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« La dernière porte de sortie pacifique de la junte du TPLF a été refermée par l’arrogance de la junte », a expliqué M. Abiy, à l’expiration d’un ultimatum de soixante-douze heures donné aux autorités tigréennes et aux membres de leurs forces pour se rendre.

« Si la clique criminelle du TPLF avait choisi de se rendre pacifiquement, la campagne (militaire) aurait pris fin avec le minimum de dégâts », a-t-il souligné, rappelant avoir donné aux dirigeants du Tigré « de multiples opportunités de se rendre pacifiquement ces dernières semaines ».

Scrutin « illégitime »

Le premier ministre appelle « les habitants de Mekele et de ses environs à déposer les armes, à se tenir à l’écart des cibles militaires et à prendre toutes les précautions nécessaires ».

« Tout sera fait pour éviter de cibler les vestiges historiques, les lieux de culte, les institutions publiques et de développement, les domiciles privés », a-t-il assuré.

Fer de lance durant quinze ans de la lutte armée contre le régime militaro-marxiste du Derg, finalement renversé en 1991, le TPLF a ensuite contrôlé l’appareil politique et sécuritaire de l’Ethiopie durant presque trente ans.

Devenu premier ministre en 2018, sur fond de violente contestation antigouvernementale, M. Abiy a progressivement écarté le TPLF du pouvoir à Addis-Abeba.

Les tensions n’ont cessé ensuite de croître entre le TPLF, retranché dans son fief du Tigré, et le gouvernement fédéral, jusqu’à l’organisation au Tigré d’un scrutin qualifié « d’illégitime » par Addis-Abeba.

M. Abiy a justifié l’envoi de l’armée au Tigré en accusant le TPLF d’avoir attaqué deux bases de l’armée fédérale dans la région, ce que nient les autorités tigréennes.

Le Monde avec AFP et Reuters



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Roch Marc Christian Kaboré en tête des résultats partiels

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Des urnes stockées dans un centre local de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) à Ouagadougou le 24 novembre 2020.

Le président du Burkina Faso, Roch Marc Christian Kaboré, qui brigue un second mandat, devançait mercredi 25 novembre ses adversaires, selon les résultats partiels de la présidentielle du 22 novembre annoncés au compte-gouttes par la Commission électorale nationale indépendante (CENI).

Selon les résultats provisoires de 196 communes, ambassades et consulats généraux (sur 368), égrenés par la CENI, M. Kaboré a recueilli 58,14 % des voix, contre 14,25 % pour le chef de file de l’opposition, Zéphirin Diabré, et 13,62 % pour Eddie Komboïgo, le président de l’ancien parti au pouvoir.

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Le président Kaboré, souvent taxé « d’immobilisme » face aux attaques djihadistes, vise comme en 2015 une victoire au premier tour de ce scrutin considéré comme le plus ouvert de l’histoire du Burkina Faso, pays pauvre d’Afrique de l’Ouest qui a connu de multiples coups d’Etat depuis son indépendance. Une victoire dès le premier tour lui permettrait d’éviter un second tour contre un candidat soutenu par l’ensemble de l’opposition.

Sous haute tension sécuritaire

Le double scrutin présidentiel et législatif s’est déroulé dimanche sous haute tension sécuritaire, le pays vivant ses heures les plus sombres depuis l’indépendance, miné par des attaques de groupes djihadistes qui ont fait au moins 1 200 morts en cinq ans.

Le représentant spécial du secrétaire général de l’ONU pour l’Afrique de l’Ouest et du Sahel, Mohamed Ibn Chambas, s’est félicité mercredi du « déroulement pacifique du processus électoral », après une entrevue avec le président Kaboré. Il a aussi évoqué les protestations de l’opposition qui ont menacé de ne pas reconnaître les résultats.

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« Le processus n’est pas encore achevé. Les Nations unies s’associent aux efforts de la Cédéao [Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest], de l’Union africaine [UA] et de l’OIF [Organisation internationale de la francophonie] pour encourager vivement les acteurs politiques à permettre la poursuite du processus électoral dans les meilleures conditions et à recourir aux voies constitutionnelles et légales existantes pour régler les contentieux éventuels », a-t-il précisé.

Une mission tripartite de la Cédéao, de l’ONU et de l’UA, présente au Burkina Faso pour observer le scrutin, a de son côté rencontré des membres de l’opposition et de la majorité pour une « diplomatie préventive », selon un membre de la mission.

Des « fraudes » selon l’opposition

L’opposition burkinabée a estimé lundi que le scrutin était « émaillé de fraudes » et a menacé de « ne pas accepter des résultats entachés d’irrégularités ». Elle avait déjà affirmé, à la veille du scrutin, qu’une « fraude massive » était en préparation.

Parmi les griefs cités par l’opposition figurent la non-ouverture ou l’ouverture tardive de bureaux de vote, le transport non sécurisé des urnes, le manque de matériels ou de personnels ou encore la modification arbitraire de la cartographie des bureaux de vote.

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Les partis de la majorité présidentielle ont appelé mardi au « respect des résultats » du scrutin, considérant que « les insuffisances relevées, bien que regrettables, ne sont pas d’une ampleur susceptible d’impacter de manière significative le résultat du scrutin ».

Une manifestation de l’opposition, initialement prévue mercredi matin devant le centre de compilation et de consolidation des résultats, a finalement été annulée. Les élections n’ont pas pu se dérouler sur au moins un cinquième du territoire, privant entre 300 000 et 350 000 personnes de vote, selon la commission électorale.

Le Monde avec AFP



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En Algérie, une peine de prison ramenée à un an pour un militant du Hirak accusé d’« offense à l’islam »

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Lecture du Coran à la mosquée Ennidal à Alger, en février 2015.

Accusé notamment d’« offense à l’islam », le militant algérien Yacine Mebarki s’était vu infliger une peine de dix ans de prison en première instance, en octobre. Jugé en appel, mercredi 25 novembre, il a vu sa peine fortement réduite. Il a été condamné à un an de prison par la cour d’appel de Khenchela et à une amende de 50 000 dinars (330 euros), a précisé son avocat, Hachem Saci, sur son compte Facebook.

Engagé localement dans le mouvement de protestation populaire du Hirak, le militant berbériste a été reconnu coupable d’« offense aux préceptes de la religion [musulmane], d’incitation à la discrimination et de possession sans autorisation de matériel de guerre », selon son avocat. En revanche, il a été relaxé des chefs d’inculpation plus graves de « profanation » du Coran, d’« incitation à convertir un musulman à une autre religion » et de « pression sur un musulman pour l’inciter à renoncer sa religion », a précisé Me Saci.

Le militant, qui avait été arrêté le 30 septembre après une perquisition à son domicile, devrait sortir de prison le 1er octobre 2021.

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Vague de répression

Le 10 octobre, Yacine Mebarki, 52 ans, avait été condamné à dix ans d’emprisonnement et à verser une lourde amende de 10 millions de dinars (66 000 euros) par le tribunal de Khenchela. En appel, le parquet avait requis la même peine de prison, la plus lourde ayant jamais visé un activiste du Hirak, selon le Comité national de libération des détenus (CNLD), association de soutien aux prisonniers d’opinion.

Cette condamnation s’inscrit dans une vague de répression, qui cible militants prodémocratie, opposants politiques, journalistes et blogueurs et vise à briser le mouvement de contestation et empêcher la reprise du Hirak, suspendu par la pandémie du Covid-19. Pas moins de 90 personnes sont actuellement emprisonnées pour des faits liés à la contestation en Algérie, la plupart pour des publications sur Facebook, selon le CNDL.

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Un autre partisan du Hirak, Walid Kechida, 25 ans, en détention depuis le 27 avril à Sétif (nord-est), est également poursuivi pour « offense aux préceptes de l’islam », en plus de deux autres chefs d’inculpation. Il lui est notamment reproché d’avoir publié sur les réseaux sociaux des mèmes – images virales comiques ou satiriques – touchant à la religion, a expliqué à l’Agence France-Presse (AFP) son avocat, Moumen Chadi.

En juin, la militante féministe Amira Bouraoui avait été reconnue coupable de six chefs d’accusation, dont « offense à l’islam », et condamnée à un an de prison ferme. Elle est en liberté provisoire depuis juillet et son procès en appel est prévu le 17 décembre.

Liberté de conscience ?

La loi punit de trois à cinq ans d’emprisonnement et d’une amende « quiconque offense le Prophète ou dénigre le dogme ou les préceptes de l’islam, que ce soit par voie d’écrit, de dessin, de déclaration ou tout autre moyen ». La profanation « volontaire et publique » du Livre sacré est quant à elle passible de cinq à dix ans de prison.

Les autorités « veulent gagner en crédibilité avec la force et la répression. Tu parles, tu vas en prison, tu penses, tu vas en prison ! », s’indigne Oussama Azizi, un ami de Yacine Merbaki.

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« La condamnation de M. Mebarki est extrêmement grave. Elle montre à quel point les autorités judiciaires sont en train de réprimer les activistes », avait réagi Amna Guellali, responsable d’Amnesty International pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, après la peine infligée en première instance.

La nouvelle Constitution, approuvée lors d’un référendum très largement ignoré par la population le 1er novembre, ne mentionne plus la liberté de conscience comme dans la précédente version. Pour Mme Guellali, cette suppression « consacre les limites de la liberté de conscience qui existent déjà dans la loi algérienne ».

Le Monde avec AFP



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