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Emery Mwazulu Diyabanza, apôtre de la restitution directe

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Emery Mwazulu Diyabanza, au tribunal pour contester l’interdiction de quitter le territoire français émise par la justice après l’action du Quai Branly, le 24 juin 2020.

Les braqueurs professionnels opèrent habituellement masqués, armés, et en un éclair. C’est à visage découvert, de jour, et en prenant leur temps que quatre hommes et une femme ont tenté d’emporter une sculpture du Congo à l’Afrika Museum de Berg en Dal, aux Pays-Bas, le 10 septembre. Dans une vidéo de vingt-trois minutes postée en direct sur Facebook, leur meneur congolais, Emery Mwazulu Diyabanza, explique reprendre « ce qui nous appartient, ce qu’ils nous ont pris pendant des siècles de colonisation ». Arrêté par la police, le groupe de militants a été relâché après une garde à vue de huit heures, mais leurs téléphones et véhicule ont été confisqués.

L’homme de 42 ans n’en est pas à sa première action. Le 12 juin, il avait été interpellé avec ses compagnons au Musée du Quai Branly alors qu’il tentait d’emporter un poteau funéraire Bari du XIXe siècle, provenant du Tchad, après l’avoir détaché de son socle. Il a été assigné à comparaître le 30 septembre devant le tribunal correctionnel de Paris pour « tentative de vol en réunion d’un objet mobile classé ». Annoncée sur son site « panafricain », l’audience s’annonce comme un happening. Il encourt jusqu’à 150 000 euros d’amende et dix ans d’emprisonnement.

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Biographie invérifiable

Qu’importe. Le 30 juin, Emery Mwazulu Diyabanza a déposé plainte pour « vol et recel » contre l’État français. Le 30 juillet, il est arrêté à Marseille, après avoir tenté d’emporter un objet en ivoire du Musée des arts ­africains, océaniens et amérindiens. Les lieux changent, mais la « récupération » est argumentée avec le même ton professoral : « Ces biens nous ont été volés sous la colonisation… Ça nous a été pris sans notre consentement, donc je rentre avec à la maison. Les présidents africains sont incapables de venir récupérer ces biens. Les Africains doivent aller récupérer leur dû dans les musées européens. On ne demande pas au voleur l’autorisation pour reprendre ce qu’il a volé. »

Qui est donc ce serial agitateur ? Sa biographie, invérifiable, déclinée sur son site, cultive la légende. Fondateur du collectif Unité, dignité, courage, Emery Mwazulu Diyabanza se déclare descendant d’une lignée royale. Son prénom, qu’il a en commun avec Patrice Lumumba, leader de l’indépendance congolaise, aurait décidé de sa vocation. À l’en croire, son combat « pour la démocratie et le progrès social » et une candidature en 2011 à l’élection présidentielle ­l’auraient conduit dans les geôles congolaises, où il aurait échappé de peu à la peine de mort.

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En Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo rompt dix ans de silence à la veille de la présidentielle

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Une banderole de l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo, président du Front populaire ivoirien (FPI), à Abidjan, le 31 août 2020.

Il est le grand absent de la présidentielle en Côte d’Ivoire, une ombre qui plane au-dessus du pays et dont la parole était suspendue depuis près de dix ans et son arrestation par les forces qui combattaient pour Alassane Ouattara avec l’appui de la France et des Nations unies.

Laurent Gbagbo a rompu le silence jeudi 29 octobre dans un entretien accordé à TV5 Monde. Exilé à Bruxelles depuis que la Cour pénale internationale (CPI) l’a acquitté en première instance, l’ancien président ivoirien, 75 ans, a dissipé une partie du mystère autour de ses intentions et de sa situation, deux jours avant une élection où les positions ne cessent de se durcir.

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« J’attendais d’être de retour dans mon pays avant de parler mais, aujourd’hui, la date du 31 octobre approche. (…) Je vois que les querelles nous amènent dans un gouffre et en tant qu’ancien président, ancien prisonnier de la CPI, si je me tais ce n’est pas responsable », précise-t-il pour justifier sa prise de parole. Plus d’une demi-heure d’entretien où s’expriment son désir inassouvi de rentrer en Côte d’Ivoire, sa volonté de demeurer dans le jeu politique et son inimitié à l’égard d’Alassane Ouattara, candidat à un troisième mandat que l’opposition juge contraire à la Constitution.

« Je suis résolument dans l’opposition », prévient Laurent Gbagbo à l’endroit de ceux qui pouvaient en douter. La colère exprimée par une partie de la population ? « Je la comprends et je la partage. Je pense que l’un des problèmes politiques en Afrique, c’est que l’on écrit des textes sans y croire. On écrit dans la Constitution que le nombre de mandats est limité à deux. (…) Si on écrit une chose et on en fait une autre, on assiste à ce qui arrive en Côte d’Ivoire aujourd’hui. »

Le seul à pouvoir soulever la rue ivoirienne

Les violences qui ont éclaté après l’annonce le 6 août de la candidature d’Alassane Ouattara et se sont accentuées avec l’appel à la « désobéissance civile » des opposants ont déjà fait une trentaine de morts selon les autorités, le double selon l’opposition. « Ce qui nous attend, c’est la catastrophe » si le chef de l’Etat sortant consacre sa victoire, prévoit Laurent Gbagbo, tout en prenant soin de ne jamais appeler ses nombreux militants à manifester et empêcher la tenue du scrutin.

Au sein de l’opposition, l’ancien chef de l’Etat est le seul à pouvoir d’un seul mot d’ordre soulever la rue ivoirienne. La procureure de la CPI, Fatou Bensouda, a par ailleurs lancé un premier avertissement aux acteurs politiques, signalant que les actes posés ces derniers jours « pourraient constituer des crimes relevant de la compétence de la CPI ».

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Le remède préconisé par Laurent Gbagbo est, dit-il, le même que celui qu’il proposait dès sa première candidature contre Félix Houphouët-Boigny en 1990 : « Je n’ai jamais cessé de dire : asseyons-nous et discutons. Avec la négociation, on règle beaucoup de problèmes. » Un viatique qu’il ne cesse de marteler tout au long de l’entretien. « Il est toujours temps de se parler », dit-il.

S’il entend renouer le dialogue, il ne se prive pas de lancer quelques flèches sur celui qui l’a fait tomber de ce fauteuil présidentiel qu’il ne voulait pas quitter en 2010, malgré sa défaite certifiée internationalement. « J’ai été candidat [à l’élection de ce 31 octobre]. Nous étions 44. On a rejeté 40 candidatures. Je trouve ça un peu enfantin. Je pense que tous ceux qui veulent être candidat doivent être candidat. On ne doit pas multiplier les obstacles sur la route des candidatures. »

Selon son constat, quarante ans après l’avènement du multipartisme, « on a fait beaucoup de progrès. Mais, depuis dix ans, tous les progrès en matière de démocratie sont en train de s’écrouler ». Une lecture de l’histoire qui a aussi le mérite d’oublier certaines pages sombres de sa présidence.

« Alassane Ouattara manque d’élégance »

Autre point de tension avec le chef de l’Etat en exercice qui s’est engagé à le faire revenir sous condition après l’élection et après la clôture de la procédure d’appel devant la CPI : son passeport toujours en attente trois mois après en avoir fait la demande. « C’est une mauvaise manière. Ça fait partie des règles non respectées. (…) Tant que je ne suis pas rentré, cet acquittement a un goût d’inachevé. Voir l’ex-président aller dans l’ambassade de Côte d’Ivoire demander un passeport, c’est un peu honteux. Alassane Ouattara manque d’élégance, mais on ne refait pas un homme », cingle Laurent Gbagbo.

Puis d’ajouter « qu’il me donne ou pas mon passeport, ce n’est pas grave. Si je veux rentrer au pays, ce n’est pas compliqué, quelqu’un peut me donner un passeport d’un autre pays [comme celui que lui a proposé le président bissau-guinéen]. Mais je ne veux pas provoquer des palabres, des tensions, des antagonismes. C’est pourquoi, je ne suis pas rentré. »

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Si les jeunes sont « ses potes », il n’en demeure pas moins qu’après quarante années sur le ring politique, Laurent Gbagbo ne semble pas prêt à raccrocher les gants pour céder la place à une nouvelle génération. « J’entends souvent dire il faut que les trois là [lui-même, Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié], il faut qu’ils partent, que d’autres viennent. (…) La jeunesse ne dit rien du tout. Ce sont les autres qui parlent pour la jeunesse. La vie peut continuer sans nous, mais poser les problèmes en ces termes-là, c’est tromper les Ivoiriens », objecte-t-il en faisant référence à la longévité politique de Charles de Gaulle ou de François Mitterrand.

Parfait connaisseur de la vie politique française, francophile frustré, l’historien, toujours très politique, s’interroge sur les crises qui touchent en premier lieu les pays d’Afrique francophone. « Peut-être à cause de notre relation particulière avec la France ou bien à cause de la forme qu’a prise notre décolonisation et beaucoup de la faute des hommes politiques qui sont tous mi-Français, mi-Africains », analyse-t-il, sans absoudre la première responsabilité qui revient aux dirigeants africains.

En Côte d’Ivoire, pour Laurent Gbgabo, le premier responsable de la crise actuelle est Alassane Ouattara. « La faute majeure, dit-il, c’est lui et il faut le dire clairement. » Même dans le rôle de vieux sage dans lequel il souhaite apparaître, Laurent Gbagbo demeure un animal politique indomptable.



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En Tunisie, intellectuels et politiques s’interrogent sur la liberté d’expression et la critique de l’islam

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Manifestation contre la défense par le président Emmanuel Macron de caricatures représentant le prophète Mahomet, devant l’ambassade de France à Tunis, le 29 octobre.

Emboîtant le pas à d’autres pays musulmans, la Tunisie a « profondément condamné » les caricatures de Mahomet érigées par les autorités françaises comme un symbole de la liberté d’expression, mais considérées comme sacrilège dans la tradition musulmane iconoclaste.

Le ministère tunisien des affaires étrangères a exprimé, mercredi 29 octobre, « son profond mécontentement face à la campagne menée par certains partis au nom de la liberté d’expression », ajoutant que de tels actes « nourrissent l’extrémisme et le terrorisme ». La France, destinataire supposée de ces critiques, n’est pas nommée. Cette réaction intervient moins de deux semaines après l’assassinat de Samuel Paty, professeur décapité dans un attentat islamiste, le 16 octobre, pour avoir montré une caricature à ses élèves.

Ce communiqué flou a suscité des réactions diverses au sein de la population tunisienne. Sur la Toile, certains internautes ont regretté que la France ne soit pas clairement mentionnée. D’autres ont au contraire regretté que la condamnation ne porte pas sur l’acte terroriste, quand bien même le chef du gouvernement, Hichem Mechichi, a exprimé à son homologue français, Jean Castex, les « condoléances » du peuple tunisien dès le lendemain de l’attentat. M. Mechichi avait souligné que son pays rejetait « toute forme d’extrémisme et de terrorisme, qui n’ont rien à voir avec l’islam ».

Atteinte aux symboles sacrés de l’islam

Les propos d’Emmanuel Macron lors de l’hommage à Samuel Paty, mercredi 21 octobre, ont déclenché un flot de critiques dans le monde musulman après que le président a notamment promis que la France ne renoncerait pas à ces dessins.

L’appel au boycott des produits français, lancé par plusieurs organisations au Moyen-Orient, n’a pas eu vraiment d’écho en Tunisie. Une manifestation de quelques dizaines de personnes s’est tenue à Tataouine, dans le sud du pays, sans faire d’émules.

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La déclaration d’Emmanuel Macron a toutefois rapproché les nationalistes arabes du Harakat Al-Chaab et les conservateurs islamistes de la coalition Al-Karama. Politiquement aux antipodes, les deux camps ont appelé la présidence du Parlement à condamner les propos du chef de l’Etat français au prétexte qu’ils porteraient atteinte aux symboles sacrés de l’islam.

Au lendemain de l’assassinat de Samuel Paty, le député tunisien Rached Khiari – indépendant mais élu sous la bannière d’Al-Karama −, avait justifié la décapitation de l’enseignant, qualifiant l’atteinte au prophète musulman de « plus grand des crimes ». Ces propos ont été unanimement condamnés par la classe politique tunisienne. Une quarantaine d’intellectuels ont lancé une pétition appelant à juger l’élu et la police a ouvert une enquête préliminaire.

« Tragédie instrumentalisée »

La figure sécularisée du Prophète est l’un des facteurs de l’unité arabe pour les uns et le socle de l’idéologie religieuse des autres, souligne le philosophe tunisien Youssef Seddik. Connu pour son approche progressiste de l’islam, il estime que le mélange entre islamisme et islam pose un problème d’objectivité et de neutralité par rapport à ce que commande la laïcité à la française. « On a l’impression que c’est un combat contre une partie des citoyens français, les musulmans », affirme-t-il. « Sont lésés tous ceux qui n’ont pas fait d’acte terroriste, ou n’ont pas poussé à ce que l’acte ait lieu » et qui s’apparentent à la communauté musulmane.

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Zied Krichen, éditorialiste de Mosaïque FM, la radio la plus écoutée en Tunisie, abonde dans ce sens, estimant qu’Emmanuel Macron « confond l’islam politique, l’islam radical, l’islamisme, ou encore l’islam comme religion ou communauté de ceux qui s’y apparentent ». Dire, pour paraphraser le président français dans son discours du 2 octobre sur le séparatisme que « l’islam est en crise » et prendre la Tunisie comme un exemple de pays « qui vivait bien sa “musulmanité” il y a trente ans alors qu’elle connaîtrait des difficultés depuis l’arrivée de l’islam politique au pouvoir » peut également être perçu comme un éloge de l’ancien régime autoritaire de Zine El-Abidine Ben Ali, estime l’éditorialiste.

A gauche du spectre politique, la position de la France pose problème pour d’autres raisons. S’il condamne fermement l’assassinat absolument « injustifiable » de Samuel Paty, Ghassen Ben Khelifa, fondateur du média alternatif de gauche Inhiyez, pense ainsi qu’Emmanuel Macron « a instrumentalisé cette tragédie pour gagner en popularité auprès de l’extrême droite ». Selon lui, « le fait de clouer au pilori l’autre, souvent arabe et/ou musulman, est une manière de faire oublier les luttes sociales et de transformer les termes du débat en une confrontation ethnique, culturaliste ou religieuse ». Enfin, les conditions d’application de la liberté d’expression en France « sont à géométrie variable », ajoute Ghassen Ben Khelifa, déplorant notamment que l’appel au boycott d’Israël soit illégal.



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En RDC, l’activité tourne au ralenti et la pauvreté gagne du terrain à Kinshasa

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Camille Bosedi devant son moulin électrique à Kinkole, une commune de Kinshasa, en octobre 2020.

Camille Bosedi se tourne les pouces, les yeux rivés sur son moulin désormais recouvert d’une épaisse couche de poussière. L’activité du vieil homme, qui moud manioc et maïs pour les gens du voisinage, tourne au ralenti depuis des mois. Camille a beau vivre en lointaine périphérie de Kinshasa, ses problèmes ont commencé avec le confinement de La Gombe, centre des affaires et du pouvoir de la capitale congolaise.

En mars, en pleine pandémie de coronavirus, la mise en quarantaine de cet îlot de prospérité a privé de revenus des dizaines de milliers de vendeurs ambulants, journaliers ou agents de change qui franchissent quotidiennement la frontière invisible séparant le quartier de La Gombe du reste de la ville.

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Ces travailleurs vivant au jour le jour constituent la majorité des clients de Camille : « Il n’y avait plus aucun argent qui circulait », soupire le meunier. Voilà plus de quatre mois que le confinement du centre-ville de Kinshasa est terminé, mais les effets se font encore sentir.

Selon Emmanuel Bofoe du bureau congolais de l’organisation non gouvernementale Caritas, l’activité économique ne tourne qu’à 30 % de son rythme habituel dans la mégapole de République démocratique du Congo (RDC). De nombreuses sociétés n’ont pas rouvert, les stocks de marchandises restent bloqués en douane et les arrivées de voyageurs se font au compte-gouttes.

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Pendant ce temps, Camille attend désespérément le chaland. Les bons jours avant l’arrivée du virus, ce veuf parvenait à gagner de quoi nourrir ses six enfants et deux petits-enfants. Depuis, ses revenus ont été divisés par deux. Camille a donc dû renoncer. A ses médicaments pour l’hypertension, qui coûtent 9 000 francs congolais la boîte (quelque 4 euros). A la viande, au sel. La famille ne mange plus qu’une seule fois par jour. Sa sœur Louise, qui vend de l’eau en sachet, approuve d’un ton las : « On a essayé de faire pousser des légumes sur la parcelle, mais c’est la saison sèche, donc ça ne prend pas. »

Effondrement

Nova Mambo Kimanga, lui, a peur de ne pas pouvoir envoyer ses enfants à l’école cette année. Handicapé par une malformation à la hanche, ce voisin de Camille vivote grâce à la vente de cigarettes et d’alcool local. Avec des revenus passés de 10 000 francs congolais à 4 000 francs congolais (1,74 euro) par jour avec la crise sanitaire et économique, il s’approche désormais du seuil de pauvreté fixé par la Banque mondiale à 1,90 dollar (1,62 euro). « Jusqu’ici, j’ai toujours réussi à acheter les fournitures pour tout le monde. Là, je ne vois pas comment je vais faire », précise-t-il. Quasiment plus personne ne vient lui acheter de boisson.

Episode 5 Evénements annulés, hôtels déserts : au Rwanda, le Covid-19 met à mal le tourisme de conférences

D’autant moins que la baisse d’activité est venue se doubler d’une baisse du pouvoir d’achat provoquée par l’effondrement de la monnaie nationale face au dollar américain. Alors qu’il s’échangeait contre 1 650 francs congolais en janvier, le billet vert est passé à 2 000 francs congolais en août. Or la majorité des Congolais sont payés en francs… et doivent ensuite régler leur loyer en dollars.

La vie quotidienne est devenue encore plus difficile. Les prix sur les marchés locaux ont augmenté, car la majorité des produits alimentaires sont importés et donc payés en dollars. Les vendeuses ont dû débourser plus pour acheter la même quantité de produits à revendre. Si la baisse du franc congolais avait commencé avant la pandémie, le Covid-19 est venu précipiter sa dégringolade. « La fermeture des frontières a fait baisser les importations et les recettes de l’Etat, car les taxes douanières représentent 30 % à 40 % de ses recettes. Cela a causé une forte dépréciation de la monnaie », explique Albert Tcheta-Bampa, économiste.

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Face à l’urgence, les acteurs humanitaires ont réajusté leurs stratégies de lutte anti-Covid pour ne pas se cantonner au volet sanitaire. Le bureau Caritas au Congo a identifié dans plusieurs communes de la capitale une centaine de ménages particulièrement vulnérables et éligibles à un soutien financier de 165 dollars. Mais l’organisation n’a pas réussi à retrouver plusieurs de ces familles. « Elles ont été chassées, car elles ne payaient plus leur loyer », soupire Emmanuel Bofoe, de Caritas.

En RDC, 72 % des 95,8 millions d’habitants vivent déjà sous le seuil de pauvreté. Avec la pandémie, la Banque africaine de développement (BAD) estime que 2,7 millions à 3,4 millions de personnes pourraient venir grossir ce contingent.

Sommaire de la série « L’économie africaine face au Covid-19 »



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