DVD : « La Vallée de la peur », un western noir aux accents freudiens

    Réalisé en 1946, le film de Raoul Walsh avec Robert Mitchum sort en DVD et Blu-ray, accompagné du livre de Michael Wilson consacré au cinéaste américain.

    Par Publié aujourd’hui à 07h30

    Temps de Lecture 3 min.

    Teresa Wright et Robert Mitchum dans « La Vallée de la peur », de Raoul Walsh.
    Teresa Wright et Robert Mitchum dans « La Vallée de la peur », de Raoul Walsh. COLLECTION PARTICULIÈRE

    Pour son édition en DVD/Blu-ray de La Vallée de la peur, de Raoul Walsh, l’éditeur Sidonis a mis les petits plats dans les grands. Le film est en effet accompagné de la réédition complète de l’ouvrage, paru en 2001 et écrit par Michael Wilson, consacré à ce géant d’Hollywood que fut le réalisateur du film. On trouvera aussi une intervention, en bonus, de Bertrand Tavernier et de l’historien du cinéma Patrick Brion. Ce n’est que justice. Réalisé en 1946, ce western dépasse en complexité et niveau de lecture la plupart des productions contemporaines du même genre. Il s’agit tout autant d’un drame freudien que d’une tragédie antique déplacée au Nouveau-Mexique à la fin du XIXe siècle.

    A l’origine du projet, il y a l’auteur du scénario, le shakespearien Niven Busch, journaliste et romancier. Il avait été l’auteur du script de L’Incendie de Chicago, de Henry King, en 1938, du Cavalier du désert, de William Wyler, en 1940, et, surtout, du flamboyant Duel au soleil, de King Vidor, en 1946. Pour donner une existence filmique à son récit, Bush s’associe avec le producteur Milton Sperling et le réalisateur Raoul Walsh. Le film est une production indépendante qui sera distribuée par la Warner. Busch tire son inspiration d’un authentique récit de l’Ouest. Après avoir exterminé toute une famille au cours d’une action vengeresse, un clan a adopté l’un des enfants survivants de la famille massacrée. C’est toute une interrogation sur le devenir de celui-ci qui a motivé le scénariste.

    Une violence enfouie

    Robert Mitchum incarne Jeb Rand, un homme dont la famille a été tuée sous ses yeux, alors qu’il était enfant. Le traumatisme initial a été refoulé par le jeune garçon qui n’en saisit que des bribes confuses pendant ses cauchemars et qui a été adopté par une femme (Judith Anderson), membre du clan massacreur, les Callum. Celle-ci l’élève avec ses deux enfants. Le frère (incarné par Dean Jagger en inquiétant manchot machiavélien) de cette mère adoptive, a juré l’élimination totale de la famille Rand et fera tout pour tuer ou faire tuer celui qui fut un enfant survivant et qui, quelques années plus tard, va tomber amoureux de sa sœur d’adoption.

    L’interprétation de Robert Mitchum est cruciale et confère à son personnage l’innocence opaque d’un homme qui est le jouet de forces plus grandes que lui

    Si le cinéma américain se distingue par une exaltation de l’action comme la mesure de toute existence et de toute morale, on peut dire qu’à bien des égards, La Vallée de la peur ne remplit pas exactement ce programme. Jeb Rand est l’objet de forces obscures. Il est tout à la fois démuni et mu par une violence enfouie, resurgissant par éclairs et dont il ne parvient pas à trouver l’origine. Tout autant qu’un western le film est une sorte de film noir, genre qui éclôt dans l’immédiat après-guerre et qui se nourrit des névroses engendrées par la violence de l’histoire et une manière de réprimer un passé trop douloureux. L’interprétation de Robert Mitchum est cruciale et confère à son personnage l’innocence opaque d’un homme qui est le jouet de forces plus grandes que lui.

    Mais au-delà du simple récit freudien, on peut voir dans La Vallée de la peur le modèle d’une tragédie où les hommes sont la proie de forces métaphysiques qui les broient. Le choix des décors naturels du Nouveau-Mexique, falaises rocheuses vertigineuses et désert aride, les partis pris de mise en scène de Walsh, filmant de très loin des cavaliers perdus au milieu d’une nature loin de toute échelle humaine, accentuent cette impression. La photographie de James Wong Howe, inspiré par les leçons de l’expressionnisme, construisant une lumière et des contrastes par moment détachés de tout réalisme, contribue à une stylisation qui plonge le spectateur au cœur d’un univers intérieur et abstrait. La dimension « adulte », et même scandaleuse du film (on effleure l’inceste dans l’histoire d’amour entre Jeb Rand et Thor Callum, incarnée par Teresa Wright) valut au film quelques ennuis avec la censure dans certains Etats qui en interdirent la projection.

    La Vallée de la peur combo DVD/Blu-ray. Sidonis. Film américain de Raoul Walsh. Avec Robert Mitchum, Teresa Wright, Dean Jagger. sidoniscalysta.com

    Réagissez ou consultez l’ensemble des contributions

    LeMonde.fr

    • Show Comments (0)

    Laisser un commentaire

    Ads

    You May Also Like

    A Montpellier, les professeurs grévistes mettent en scène le rendu des copies du bac 2019

    Lundi matin, des professeurs de l’Hérault ont défilé en direction du rectorat pour remettre ...

    La guerre des monnaies, riposte de la Chine à Trump

    En laissant sciemment le yuan se dévaluer face au dollar, Pékin lance un nouvel ...

    Tourisme : les vacanciers français sauvent la saison estivale

    La baisse du nombre de touristes étrangers, notamment britanniques, a été compensée par les ...