Quelque 3 500 supportrices devraient assister jeudi à Téhéran au match de qualification pour le Mondial 2022. Cette ouverture survient sous la pression de la FIFA, après la mort tragique d’une supportrice, qui s’était immolée par le feu.

Le Monde avec AFP Publié hier à 12h00, mis à jour hier à 12h42

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Sur cette photo datée du 16 octobre 2018, des femmes iraniennes applaudissent en agitant le drapeau de leur pays après que les autorités ont, dans un geste rare, permis à un groupe choisi de femmes d’entrer dans le stade Azadi pour regarder un match amical de football entre l’Iran et la Bolivie, à Téhéran.
Sur cette photo datée du 16 octobre 2018, des femmes iraniennes applaudissent en agitant le drapeau de leur pays après que les autorités ont, dans un geste rare, permis à un groupe choisi de femmes d’entrer dans le stade Azadi pour regarder un match amical de football entre l’Iran et la Bolivie, à Téhéran. VAHID SALEMI / AP

C’est une première en Iran depuis près de quarante ans. Quelque 3 500 supportrices devraient assister, jeudi 10 octobre à Téhéran, au match de qualification pour le Mondial 2022 face au Cambodge, après avoir pu acheter leur billet pour cette rencontre. Cette ouverture survient après la mort tragique d’une supportrice, Sahar Khodayari, qui s’est immolée par le feu à la mi-septembre après son arrestation pour avoir tenté d’entrer dans un stade. La FIFA avait alors accentué sa pression sur l’Iran, menaçant le pays de sanctions, pour permettre aux femmes d’assister aux matchs de football masculin.

Très vite après la révolution islamique, en 1979, les femmes iraniennes se sont vu refuser l’accès aux stades, officiellement pour les protéger de la grossièreté masculine. La FIFA fait pression depuis des années sur la République islamique pour qu’elle ouvre ses stades aux femmes. En 2001, une vingtaine d’Irlandaises avaient été les premières femmes à assister à un match de football masculin (Iran-Irlande) dans le pays depuis l’interdit postrévolutionnaire. Les Iraniennes, elles, avaient dû attendre 2005 : seules quelques dizaines d’entre elles avaient alors pu assister à une rencontre Iran-Bahreïn. Depuis, les autorisations ont été rares, et toujours en nombre limité.

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Des tribunes spécifiques pour les femmes

La mort de « la fille en bleue » (couleur de son équipe fétiche, le club Esteghlal de Téhéran) a suscité l’émoi sur les réseaux sociaux, où des appels de célébrités, footballeurs ou militants ont été lancés à la FIFA pour bannir l’Iran des compétitions internationales. Après la visite d’une délégation de la Fédération internationale à Téhéran, en septembre, les autorités iraniennes se sont résolues à autoriser la vente de billets à des femmes pour le match Iran-Cambodge.

Les places pour le stade Azadi (« Liberté », en persan) se sont vendues comme des petits pains et « la présence de 3 500 supportrices iraniennes […] est assurée », selon l’agence de presse officielle IRNA. Jugeant ce chiffre insuffisant, une campagne sur Twitter appelle à accorder davantage de sièges aux femmes avec ce mot-dièse : #WakeUpFifa (« FIFA réveille-toi »). « Je n’arrive toujours pas à croire que cela va arriver. Après toutes ces années […] à regarder tout à la télévision, je vais maintenant pouvoir vivre ça en personne », a raconté à l’Agence France-Presse (AFP) Raha Pourbakhsh, une journaliste sportive, en montrant fièrement son billet électronique sur son téléphone portable.

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Mais à l’inverse du théâtre ou du cinéma, où femmes et hommes peuvent être assis côte à côte, les supportrices devront remplir des tribunes réservées pour elles, et surveillées, selon l’agence de presse Fars, par quelque 150 policières. « J’aimerais que les femmes soient libres, comme les hommes, d’aller au stade et [qu’hommes et femmes] puissent s’asseoir côte à côte sans aucune restriction comme dans d’autres pays », a exprimé Hasti, une habitante de Téhéran.

Rohani favorable à l’ouverture des stades aux femmes

L’interdiction des femmes dans les stades est régulièrement critiquée au sein même du système politique iranien. Conservateur modéré, le président Hassan Rohani a dit à plusieurs reprises sa volonté d’y mettre un terme. Ce projet continue néanmoins de se heurter à l’opposition du clan ultraconservateur, à l’image du quotidien Kayhan, qui appelle le gouvernement à s’occuper des problèmes économiques des femmes plutôt que de les envoyer au stade.

En octobre 2018, après qu’une centaine de supportrices eurent été autorisées à assister à un match amical entre l’Iran et la Bolivie, le procureur général du pays avait jugé qu’exposer des femmes à la vue d’hommes « à demi-nus » risquait de mener « au péché ». Pour le journal économique Donya-yé Eqtessad, la décision d’autoriser la vente de tickets à des femmes pour la rencontre Iran-Cambodge est une « mesure visant à ébranler un tabou, mais aussi à libérer le football iranien de la menace de sanctions de la FIFA ». Sur Twitter, le porte-parole du gouvernement, Ali Rabii, a tenu à assurer que cette décision était le résultat d’une « exigence interne à la société et du soutien du gouvernement à cette exigence », et certainement pas de « la pression étrangère ».

Reste à savoir si l’action des autorités contentera la Fédération internationale. Téhéran n’a pour le moment pas annoncé que les femmes pourraient assister aux matchs du championnat iranien ou à d’autres rencontres internationales, alors que la FIFA demande que les femmes soient autorisées dans les stades de football « pour tous les matchs ». Dans son film Hors jeu (2006), le réalisateur iranien Jafar Panahi revient sur la situation des Iraniennes interdites de stades.

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