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des milliers de Zimbabwéens affluent en Afrique du Sud pour fuir le confinement

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Au poste-frontière de Beitbridge, entre le Zimbabwe et l’Afrique du Sud, le 8 janvier 2021.

Venu du Zimbabwe, le chauffeur de poids lourds Wallace Muzondiwa attend depuis quatre jours dans son camion pour entrer en Afrique du Sud, où des milliers de personnes ont afflué à la frontière pour fuir les nouvelles restrictions liées au Covid-19 dans son pays. L’afflux de personnes voulant quitter le Zimbabwe a pris de court les responsables de l’immigration au poste-frontière de Beitbridge, le deuxième plus important d’Afrique du Sud, où des foules en colère sont bloquées dans des embouteillages.

« La situation est très très très chaotique », résume Wallace Muzondiwa, qui s’apprête à reprendre la route après que les autorités ont finalement accepté son test négatif au coronavirus et des papiers supplémentaires requis en rapport avec la pandémie. « La queue avance très lentement et le soleil tape très fort », se plaint-il.

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Harare a ordonné, samedi 2 janvier, un nouveau confinement sur l’ensemble du territoire en raison d’une recrudescence des cas de contamination au Covid-19. Au Zimbabwe, le nombre de cas a plus que doublé depuis novembre, atteignant 18 000. Le pays, en proie depuis le début des années 2000 à une très grave crise économique qui a provoqué l’effondrement de son système de santé, avait déjà décrété un premier confinement en mars 2020, mais ces mesures avaient été progressivement assouplies à partir de mai.

Au poste-frontière, des voyageurs à l’air perdu se pressent avec leurs bagages, s’engouffrent dans des taxis garés le long de stands vendant des ailes de poulet grillé à emporter. Le coronavirus a compliqué le passage, déjà laborieux, de la frontière, où des poids lourds peuvent parfois attendre des jours pour régler les formalités douanières. « Ce sont les papiers qui provoquent des retards aux frontières », juge Sinki Tshangise, un chauffeur sud-africain de 44 ans qui franchit les frontières du Botswana, du Malawi, de la Zambie et du Zimbabwe depuis presque dix ans.

Longues files d’attente

Les certificats de test négatif au coronavirus ont souvent expiré avant l’arrivée au poste-frontière, contraignant les chauffeurs à se faire de nouveau tester sur la route, ajoute M. Tshangise : « Je ne pense pas pouvoir me permettre de payer de nouveaux tests à chaque fois que je dois passer une frontière. » Au poste-frontière de Beitbridge, les chauffeurs de poids lourds ont été rejoints par des foules de voyageurs faisant la queue pour des tests PCR fournis par le gouvernement sud-africain. Selon les membres du personnel soignant, qui pratiquent les tests sous une tente, l’afflux de personnes provenant du Zimbabwe depuis le début du deuxième confinement est difficile à gérer.

Certains Zimbabwéens ont en outre attrapé le virus en prenant la route pour l’Afrique du Sud, selon l’infirmier Country Musekwa. De longues files d’attente se sont formées sur le seul pont qui surplombe le fleuve Limpopo, frontière naturelle entre les deux pays. « Des gens qui disent qu’ils ont été testés négatifs au Zimbabwe sont testés positifs ici parce qu’ils ont été sur le pont pendant plus de quatre jours », dit-il.

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Des responsables de Beitbridge ont indiqué avoir détecté plus de 100 cas de contamination au Covid-19 en seulement quatre jours, suscitant l’inquiétude sur l’impact sanitaire des bouchons à la frontière. Des responsables de la province sud-africaine du Limpopo ont décrit ces embouteillages comme un « potentiel super-propagateur » du virus et appelé ceux qui arrivent à se mettre en quarantaine. « Nous ne pouvons pas contrôler tout le monde », a commenté le porte-parole du gouvernement provincial, Thilivhali Muavha, soulignant que les autorités ne pouvaient pas obliger les voyageurs à s’isoler. « Il en va maintenant de leur responsabilité », a-t-il ajouté.

L’Afrique du Sud a enregistré jusqu’à présent plus de 1,2 million de cas de contamination, dont 33 000 décès. C’est le pays d’Afrique le plus touché par la pandémie.

Le Monde avec AFP



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les 22 recommandations du rapport Stora

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Photo non datée de l'avocat algérien Ali Boumendjel, assassiné en 1957, et de sa femme Malika.

Le rapport de Benjamin Stora remis mercredi 20 janvier à Emmanuel Macron recommande la mise en place d’une commission « Mémoire et Vérité » chargée d’impulser des initiatives mémorielles communes entre la France et l’Algérie. L’historien propose que cette commission soit composée de « différentes personnalités engagées dans le dialogue franco-algérien », comme Fadila Khattabi, présidente du groupe d’amitié France-Algérie de l’Assemblée nationale, Karim Amellal, ambassadeur, délégué interministériel à la Méditerranée, des intellectuels, médecins, chercheurs, chefs d’entreprise, animateurs d’associations…

Cette commission pourrait formuler des recommandations sur les 22 points suivants :

Commémorations. Poursuivre les commémorations, comme celle du 19 mars 1962 demandée par plusieurs associations d’anciens combattants à propos des accords d’Evian, premier pas vers la fin de la guerre d’Algérie. D’autres initiatives de commémorations importantes pourraient être organisées autour de la participation des Européens d’Algérie à la seconde guerre mondiale ; du 25 septembre, journée d’hommage aux harkis et autres membres de formations supplétives dans la guerre d’Algérie ; du 17 octobre 1961, à propos de la répression des travailleurs algériens en France. A tous ces moments de commémoration pourraient être invités les représentants des groupes de mémoires concernés par cette histoire.

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Témoignages. Organiser le recueil par cette commission de la parole des témoins frappés douloureusement par cette guerre pour établir plus de vérités et parvenir à la réconciliation des mémoires.

Emir Abdelkader. Construire une stèle à l’effigie de l’émir Abdelkader, qui lutta contre la conquête de l’Algérie par la France au milieu du XIXe siècle, à Amboise (Indre-et-Loire), où il vécut en exil entre 1848 et 1852. Le monument pourrait être érigé à l’occasion du 60e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, en 2022.

Ali Boumendjel. Reconnaissance par la France de l’assassinat de l’avocat Ali Boumendjel, ami de René Capitant et dirigeant politique du nationalisme algérien, tué pendant la bataille d’Alger, en 1957. Ce geste ferait suite à la déclaration du président Emmanuel Macron concernant Maurice Audin en septembre 2018.

Disparus. Œuvrer à la publication d’un « guide des disparus » (algériens et européens) de la guerre d’Algérie, sur la base des recherches du « groupe de travail » créé à la suite de la déclaration d’amitié signée lors de la visite du président François Hollande à Alger en 2012. Ce groupe avait été mis en place pour permettre la localisation des sépultures des disparus algériens et français de la guerre d’indépendance. Il devra poursuivre son travail.

Essais nucléaires et mines. Poursuivre le travail conjoint concernant les lieux des essais nucléaires français en Algérie, réalisés entre 1960 et 1966, et leurs conséquences, ainsi que la pose des mines aux frontières.

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Restes humains. Poursuivre l’activité du comité mixte d’experts scientifiques algériens et français chargés d’étudier les restes humains de combattants algériens du XIXe siècle conservés au Muséum national d’histoire naturelle.

Harkis. Voir avec les autorités algériennes la possibilité de faciliter les déplacements des harkis et de leurs enfants entre la France et l’Algérie.

Oran, juillet 1962. Mettre en place une commission mixte d’historiens français et algériens pour faire la lumière sur les enlèvements et assassinats d’Européens à Oran en juillet 1962 ; entendre la parole des témoins de cette tragédie.

Cimetières européens et juifs. Encourager la préservation des cimetières européens en Algérie (travaux, entretiens, réhabilitations des tombes), ainsi que des cimetières juifs (comme ceux de Constantine et de Tlemcen).

Noms de rues. A l’instar de la mesure instaurée par le président de la République visant à donner à des rues de communes françaises des noms de personnes issues de l’immigration et de l’outre-mer, inscrire des noms de Français d’origine européenne particulièrement méritants, en particulier médecins, artistes, enseignants, issus de territoires antérieurement placés sous la souveraineté de la France.

Archives. Activer le groupe de travail conjoint sur les archives, constitué en 2013 à la suite de la visite du président Hollande en 2012. Le groupe s’est réuni à six reprises, jusqu’au 31 mars 2016. Ce groupe de travail sur les archives devra faire le point sur l’inventaire des archives emmenées par la France et laissées par la France en Algérie. Sur la base de ce travail d’inventaire, certaines archives (originaux) seraient récupérées par l’Algérie. Celles laissées en Algérie pourront être consultées par les chercheurs français et algériens. Le « comité de pilotage » pourrait proposer la constitution d’un premier fond d’archives commun aux deux pays, librement accessible.

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Visas de chercheurs. La coopération universitaire pourrait, avant le règlement de la domiciliation des archives, trouver un moyen pour chacune des parties de montrer la volonté de transparence du passé commun. La France proposerait ainsi de donner chaque année à dix chercheurs, inscrits en thèse sur l’histoire de l’Algérie coloniale et la guerre d’indépendance dans un établissement universitaire algérien, la possibilité d’effectuer des recherches dans les fonds d’archive en France.

Le visa de chercheur à entrées multiples serait d’une durée de six mois, pouvant être prolongé de trois mois, ce qui correspond à une année universitaire. Le chercheur pourrait ainsi effectuer des allers-retours en fonction des besoins de sa recherche. Ce visa pourrait être renouvelable.

Afin que ces recherches puissent effectuées dans de bonnes conditions matérielles, un accord serait passé avec le Centre national des œuvres universitaires (Cnous) pour mettre à disposition une chambre au sein d’une cité universitaire proche des lieux d’archive dans des modalités pratiques à approfondir. Enfin, ces étudiants pourraient bénéficier pendant leur séjour en France de la même bourse d’étude que les étudiants français inscrits en thèse, au prorata de la durée de séjour.

En parallèle, des étudiants français, dans un nombre qui reste à discuter avec les autorités algériennes, devraient pouvoir bénéficier d’un visa à entrées multiples et d’un accès facilité aux archives algériennes concernant la même période.

Edition. Favoriser la diffusion des travaux des historiens par la création d’une collection « franco-algérienne » dans une grande maison d’édition. L’objectif serait de poser des bases communes aux mémoires particulières, de définir un cadre acceptable par tous, des deux côtés de la Méditerranée.

Traductions. Créer un fonds permettant la traduction du français vers l’arabe et de l’arabe vers le français d’œuvres littéraires et à caractère historique. Ce fonds pourra également prendre en charge les écrits de langue berbère.

Programmes scolaires. Accorder dans les programmes scolaires plus de place à l’histoire de la France en Algérie. A côté d’une avancée récente – ne plus traiter de la guerre sans parler de la colonisation –, il convient de généraliser cet enseignement à l’ensemble des élèves (y compris dans les lycées professionnels).

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Jeunes créateurs. Aller vers la mise en place d’un office franco-algérien de la jeunesse, chargé principalement d’impulser les œuvres de jeunes créateurs (œuvres d’animation, courts-métrages de fiction, création de plate-forme numérique pour le son et l’image).

Musée. Réactiver le projet de musée de l’histoire de la France et de l’Algérie, prévu à Montpellier et abandonné en 2014.

Colloque. Organiser en 2021 un colloque international dédié au refus de la guerre d’Algérie par certaines grandes personnalités comme François Mauriac, Raymond Aron, Jean-Paul Sartre, André Mandouze et Paul Ricœur.

Exposition. Organiser en 2021 au Musée national de l’histoire de l’immigration une exposition ou un colloque sur les indépendances africaines.

Gisèle Halimi. Entrée au Panthéon de Gisèle Halimi, grande figure de l’opposition à la guerre d’Algérie.

Canon Baba Merzoug. Créer une commission franco-algérienne d’historiens chargée d’établir l’historique du canon « Baba Merzoug » ou « La Consulaire », ravi lors de la conquête d’Alger en 1830 et installé à l’arsenal de Brest, et de formuler des propositions partagées quant à son avenir, respectueuses de la charge mémorielle qu’il porte des deux côtés de la Méditerranée.

Le Monde



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Emmanuel Macron veut « convaincre » Joe Biden de la pertinence de la stratégie française de défense

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Emmanuel Macron passe les troupes en revue, à Brest, le 19 janvier 2021.

C’est par cinq mots à peine, lancés au détour d’un discours de quelque quarante-cinq minutes, que le président de la République Emmanuel Macron a finalement annoncé, mardi 19 janvier, son intention de revoir le déploiement des troupes françaises engagées dans l’opération « Barkhane » au Sahel depuis 2014. Les « bons résultats » obtenus ces derniers mois « vont nous permettre d’ajuster l’effort », a-t-il ainsi brièvement déclaré, à Brest, à l’occasion de ses vœux aux armées.

Le format de cette annonce qui ne s’assume pas complètement ne doit rien au hasard. Depuis plusieurs mois déjà, l’état-major des armées et le ministère de la défense faisaient œuvre commune pour défendre l’option d’un début de retrait français du Sahel, préparant ainsi l’arbitrage élyséen. Mais la mort de cinq militaires français au Mali entre Noël et début janvier – dont, pour la première fois, une femme – a retardé cette prise de parole présidentielle, tout en la rendant particulièrement délicate.

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Dans un monde idéal, l’annonce de M. Macron aurait dû intervenir dans un contexte moins amer pour les armées. Un an après l’envoi de 600 hommes supplémentaires dans l’opération « Barkhane » (sur un total de 5 100), l’Elysée espérait pouvoir afficher, en plus de ses succès strictement militaires, une solide montée en puissance des armées de la coalition du G5 Sahel (Niger, Mali, Burkina Faso, Tchad et Mauritanie). Le but : pouvoir se désengager progressivement sans risquer un effondrement politique de la zone. Il n’en est rien.

« Consolider la souveraineté de l’Irak »

Lors de ce discours prononcé sur les pavés trempés de la préfecture maritime de l’Atlantique, le chef de l’Etat s’est donc gardé de préciser le calendrier et le nombre de soldats qui pourraient rentrer en France. « Les décisions structurantes », a-t-il souligné, seront prises lors d’un sommet prévu en février à N’Djamena (Tchad), avec justement les forces armées du G5 Sahel, premières concernées par l’expansionnisme du terrorisme djihadiste. Une façon aussi d’ouvrir les tractations, alors que différents scénarios circulent déjà.

Ces scénarios devront tenir compte d’une éventuelle redéfinition de l’engagement américain en Afrique. Actuellement, les Etats-Unis sont indispensables à Barkhane, notamment en raison de leur soutien en matière de renseignement. Alors que les vœux du chef de l’Etat sont opportunément survenus la veille de la prise de fonctions du nouveau président Joe Biden, M. Macron a fait référence à cette collaboration, au Sahel comme sur d’autres théâtres, en insistant sur la nécessité de « convaincre [les Etats-Unis] de nos choix », « de leur pertinence », et ce « dans la durée ».

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France-Algérie : réconcilier les mémoires

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Editorial du « Monde ». Près de six décennies après son dénouement, la guerre d’Algérie continue d’empoisonner à la fois les relations de Paris avec son ancienne colonie et le vivre-ensemble, dans une France où cohabitent ses anciens protagonistes et leurs descendants. A l’amnésie et au refoulement français a succédé une profusion de témoignages oraux ou écrits. Mais, dans un pays dont 7 millions d’habitants (pieds-noirs, harkis, appelés, immigrés) sont liés personnellement ou familialement au drame de cette décolonisation, les mémoires cloisonnées n’ont cessé de se concurrencer, parfois de s’affronter. En Algérie, au contraire, le régime a saturé l’espace d’un récit guerrier glorieux propre à masquer les conflits entre Algériens, à asseoir un récit national et à légitimer son autoritarisme.

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Sortir enfin de ce conflit mémoriel est une nécessité à la fois diplomatique (il brouille le message de la France au Maghreb) et politique (il compromet la cohésion nationale, en particulier l’intégration des enfants d’immigrés et de harkis). Convaincus de l’importance de l’enjeu, Jacques Chirac puis Nicolas Sarkozy s’étaient déjà attelés à la tâche. A chaque fois, l’instrumentalisation des questions mémorielles et identitaires à des fins électorales, s’ajoutant aux soubresauts de la situation en Algérie, avait ruiné leurs tentatives.

Une commission « Mémoire et vérité »

Emmanuel Macron, premier chef d’Etat français à être né après l’indépendance de l’Algérie, a fait preuve en la matière d’un volontarisme de bon augure, en demandant à l’historien Benjamin Stora de lui proposer des gestes susceptibles de contribuer « à l’apaisement et à la sérénité de ceux que [la guerre d’Algérie] a meurtris (…) tant en France qu’en Algérie ». Le rapport que l’universitaire devait lui remettre mercredi 20 janvier est à la fois prudent et ambitieux.

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Prudent parce qu’il évacue comme une impasse la question de la « repentance », qui n’a cessé d’envenimer le débat, pour se focaliser sur la « reconnaissance » d’événements précis. Ambitieux parce qu’il propose de restituer à l’Algérie certaines archives, de faire la lumière sur les assassinats d’Européens à Oran en juillet 1962, d’identifier systématiquement les disparus de la guerre des deux côtés et de travailler avec les Algériens sur les contaminations consécutives aux essais nucléaires poursuivis par la France dans le Sahara jusqu’en 1966. Suggestion centrale, une commission « Mémoire et vérité » réunissant des responsables et des membres de la société civile des deux pays, impulserait des initiatives mémorielles communes.

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Le président de la République doit tout faire pour relayer l’impulsion donnée par les propositions Stora et les mettre en œuvre. Ainsi, faute de pression de sa part sur l’armée pour l’ouverture des archives, le rapport de l’historien risque de n’être qu’un ballon d’essai.

Certes, la tâche apparaît singulièrement ardue sur le plan diplomatique. Pour le régime algérien, toujours dominé par les militaires, la culpabilité coloniale et les conflits mémoriels alimentent une rente toujours utile et l’un des rares leviers à sa disposition dans ses relations avec Paris.

Reste l’enjeu franco-français. A un moment où les fractures sociales se multiplient, un discours et des orientations présidentielles claires pourraient aider à créer des ponts entre des mémoires blessées ou conflictuelles, à sortir des dénis et des mensonges, à admettre la complexité de la guerre d’Algérie. Et à permettre à la société française de reconnaître l’héritage fécond d’un passé enfin dépassé.

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