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de l’euphorie à la désillusion, le bilan mitigé de Kaboré

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A Ouagadougou, le 6 novembre.

Dans les rues de Ouagadougou, la capitale burkinabée, les portraits géants des candidats et leurs slogans de campagne en disent long sur le désarroi qui règne dans le pays à la veille des élections présidentielle et législatives du dimanche 22 novembre. « Ensemble, sauvons le Faso ! », « Retrouvez le Burkina d’avant », proclament les affiches.

Presque rien ne subsiste de l’euphorie qui avait accompagné, le 1er décembre 2015, l’élection au premier tour de Roch Marc Christian Kaboré avec 53,49 % des voix. Après vingt-sept ans de règne sans partage de Blaise Compaoré, le président déchu en 2014 à la suite d’une insurrection populaire, « Roch », l’ancien dauphin de « Blaise », devenait le premier chef d’Etat démocratiquement élu depuis 1978 au Burkina Faso.

Mais les espoirs de changement de milliers de Burkinabés ont vite cédé à la désillusion. En janvier 2016, deux semaines après l’investiture du président, 30 personnes – la plupart expatriées – étaient tuées dans l’attaque, revendiquée par Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), du restaurant Cappuccino, au cœur de la capitale. Cet attentat, le premier de cette envergure sur le sol burkinabé, a marqué le début d’une longue série sanglante. Depuis, les violences djihadistes ont fait dans le pays plus de 1 600 morts et un million de déplacés.

Dans ce contexte délétère, M. Kaboré brigue un second mandat sous les couleurs du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP). S’il promet un « coup K.-O. » dès le premier tour, il va lui falloir affronter douze autres candidats, dont plusieurs poids lourds de l’ancien régime, et défendre un bilan mitigé. Selon un sondage d’opinion du Centre pour la gouvernance démocratique (CGD) réalisé en juin, 63 % des Burkinabés se disent déçus du mandat de Kaboré, invoquant sa « gestion de la crise sécuritaire » et ses promesses « non tenues ». D’après le CGD, seulement 25 engagements sur 85 ont été réalisés.

Si des efforts ont été faits sur le plan des infrastructures, de l’accès aux soins et des acquis démocratiques, l’inventaire du quinquennat reste marqué par l’émergence d’une série de crises – sécuritaire, humanitaire, économique, sociale –, le tout amplifié par la pandémie de Covid-19. Dans ce petit pays enclavé du Sahel, près de 2 millions de Burkinabés souffrent de la faim – soit un habitant sur dix – et 40 % de la population vit sous le seuil de pauvreté.

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le Burkina Faso attend des résultats déjà critiqués par l’opposition

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Dépouillement dans un bureau de vote après les élections présidentielle et législatives à Ouagadougou, au Burkina Faso, le 22 novembre 2020.

L’opposition burkinabée a une nouvelle fois accusé lundi 23 novembre le pouvoir du président Roch Marc Christian Kaboré, favori du scrutin, de « fraudes » lors de la présidentielle de dimanche, alors que la Commission électorale nationale indépendante (CENI) a à peine commencé à donner les premiers résultats. En fin de journée, la CENI, qui dispose d’une semaine pour annoncer le résultat, n’avait divulgué les résultats que d’une quinzaine de communes sur 366.

Dimanche soir, son président Newton Ahmed Barry avait reconnu que « autour de 300 000 à 350 000 » personnes sur les 6,5 millions d’électeurs n’avaient pas pu voter en raison des menaces sécuritaires, notamment dans l’est et dans le nord du pays.

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Pays sahélien parmi les plus pauvres du monde, le Burkina Faso vit ses heures les plus sombres depuis son indépendance de la France en 1960, s’enfonçant depuis cinq ans dans une spirale de violences djihadistes et intercommunautaires, associées à une répression souvent violente des forces de sécurité.

Les attaques des groupes djihadistes – certains affiliés à Al-Qaida, d’autres à l’organisation Etat islamique – ont fait au moins 1 200 morts et chassé de leurs foyers un million de personnes, qui s’agglutinent dans les grandes villes.

« Des résultats entachés d’irrégularités »

Cela ne devrait toutefois pas empêcher la validation des résultats, l’Assemblée nationale ayant adopté en août une modification du code électoral afin que les élections soient valables, même si elles ne peuvent pas avoir lieu sur l’ensemble du territoire.

Le nouveau code précise qu’« en cas de force majeure ou de circonstance exceptionnelle (…) entraînant l’impossibilité d’organiser les élections sur une partie du territoire national, l’élection est validée sur la base de la partie non affectée par la force majeure ».

Elu en 2015, le président Roch Marc Christian Kaboré, qui brigue un second mandat, est favori face à douze adversaires, dont Zéphirin Diabré, chef de file de l’opposition, et Eddie Komboïgo, candidat du parti de l’ancien président Blaise Compaoré, dont le régime tombé il y a six ans fait l’objet d’une nostalgie croissante.

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Après ses accusations de samedi, l’opposition a une nouvelle fois estimé lundi que le double scrutin présidentiel et législatif était « émaillé de fraudes », réitérant sa menace de ne pas accepter des « résultats entachés d’irrégularités ».

L’opposition « émet de très fortes réserves sur la sincérité et la crédibilité des résultats », a déclaré au nom de l’opposition Tahirou Barry, l’un des candidats à la présidentielle, lors d’une conférence de presse à Ouagadougou.

Une victoire dès le premier tour ?

« En tout état de cause, les signataires de l’accord politique [de l’opposition] n’accepteront pas des résultats entachés d’irrégularités et qui ne reflètent pas la volonté du peuple burkinabé », a ajouté M. Barry, qui s’exprimait aux côtés de cinq autres candidats à la présidentielle dont MM. Diabré et Komboïgo.

Le clan présidentiel a promis, comme en 2015, une victoire au premier tour de ce scrutin considéré comme le plus ouvert de l’histoire du Burkina qui a connu de multiples coups d’Etat depuis son indépendance.

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Sans exhiber de preuves, l’opposition burkinabée avait déjà affirmé samedi qu’une « fraude massive » était en préparation, menaçant dans les mêmes termes de ne pas reconnaître « des résultats entachés d’irrégularité ». « Il est absolument inconcevable après avoir parcouru tout le Burkina Faso de penser avoir un parti gagnant dès le premier tour », avait notamment indiqué M. Diabré.

Une victoire dès le premier tour permettrait à Roch Kaboré d’éviter un second tour contre un candidat soutenu par l’ensemble de l’opposition.

Dimanche, les Burkinabés faisaient, eux, surtout état de leur inquiétude quant à la situation sécuritaire : « On attend beaucoup de la sécurité. On sait que ce n’est pas facile, mais on aimerait qu’il y ait la paix, qu’il y ait le pardon entre les Burkinabés et que l’on puisse vivre ensemble tranquille », disait ainsi Abdoulaye Koula, électeur à Ouagadougou.

Le Monde avec AFP



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En Ethiopie, le gouvernement prédit la « phase finale » de l’offensive sur le Tigré

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Un membre des forces spéciales d’Amhara, le 22 novembre à Humera.

L’offensive militaire menée par le gouvernement éthiopien dans la région dissidente du Tigré approcherait-elle de son dénouement ? Voilà désormais trois semaines qu’Addis-Abeba a commencé son « opération de maintien de l’ordre » dans cette province du nord du pays. L’armée nationale progresse en direction de Mekele, la capitale du Tigré et bastion du Front populaire de libération du Tigré (FPLT), que le premier ministre, Abiy Ahmed, dit vouloir remplacer par des « autorités légitimes ».

Les forces du gouvernement fédéral s’approchent sur trois fronts à une centaine de kilomètres de la ville, et même « à moins de 60 kilomètres » si l’on en croit le ministre adjoint des affaires étrangères, Redwan Hussein, sans que ces informations puissent être vérifiées à cause de la coupure complète des télécommunications dans la région.

La deuxième plus grande ville du Tigré, Adigrat, échappe maintenant au contrôle du FPLT. A l’ouest, les cités de Aksoum et Adwa sont également tombées, tout comme la localité de Korem au sud. Les combats se déroulant loin des regards des observateurs, il est difficile d’établir avec certitude la cartographie militaire. Une chose est sûre cependant : le Tigré est sous blocus militaire et toutes ses routes d’approvisionnement sont coupées.

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Mise en demeure

Cette avancée des soldats fédéraux vers Mekele est le moment qu’a choisi Abiy Ahmed, au pouvoir depuis 2018 et lauréat l’an dernier du prix Nobel de la paix, pour lancer un ultimatum de soixante-douze heures aux autorités tigréennes, le deuxième depuis le début du conflit. L’ordre est ainsi donné à toutes les forces fidèles au FPLT « de se rendre de façon pacifique pour éviter de nouveaux massacres et de nouvelles destructions de villes ainsi que pour éviter d’être condamnés à jamais dans les livres d’histoire ».

Cette mise en demeure a d’ores et déjà été rejetée par le leader du FPLT, Debretsion Gebremichael, qui a rétorqué que le premier ministre ne savait pas à qui il s’adressait. « Nous [Tigréens] sommes des personnes de principe, prêtes à mourir pour défendre notre droit à administrer cette région », a-t-il réagi lundi auprès de l’Agence France-Presse (AFP).

Abiy Ahmed, lui-même lieutenant-colonel dans l’armée et ancien membre des services de renseignement, affirme pourtant que l’offensive est entrée dans sa « troisième et dernière phase ». Pour atteindre Mekele, l’armée ne lésine pas sur les moyens, a aussi fait valoir son porte-parole, le colonel Dejene Tsegaye, à la chaîne publique éthiopienne ETV. « La prochaine bataille consiste à encercler Mekele avec des chars », annonçait-il en uniforme depuis le Tigré, évoquant la possibilité de bombardements pour renverser le parti tigréen. « Sauvez-vous », a-t-il intimé au demi-million d’habitants de la ville. « Des directives vous ont été communiquées pour vous dissocier de la junte, après il n’y aura aucune pitié. »

Des raids aériens ont déjà eu lieu sur Mekele et notamment sur son université, faisant de nombreux blessés selon le parti tigréen, qui a répliqué en tirant des roquettes sur les aéroports de Gondar et Bahir Dar, respectivement situés à 100 et 220 kilomètres de la ligne de front, ainsi que sur la capitale de l’Erythrée, Asmara. A Addis-Abeba, on assure que les frappes aériennes visent uniquement les cibles militaires et que les précautions à l’égard des civils expliquent le retard pris dans cette campagne militaire.

Aucun signe de résignation

Selon le gouvernement fédéral, la fin du conflit ne serait désormais plus qu’une question de jours. Plusieurs éléments incitent pourtant à la prudence, notamment le terrain montagneux aux abords de Mekele qui pourrait ralentir la progression des troupes fédérales. L’autre inconnue est ce qu’il reste de la force de frappe du FPLT, considéré par beaucoup comme étant capable de lever une armée de 250 000 hommes mais qui semble avoir enchaîné les défaites ces derniers jours au point de perdre la majorité de son territoire.

Tout porte à croire que même si Mekele passait sous contrôle gouvernemental, le conflit ne s’arrêterait pas immédiatement. D’abord car le FPLT ne montre aucun signe de résignation. Debretsion Gebremichael promet des combats acharnés qui « ne cesseront pas tant que la force d’occupation sera au Tigré ». Ensuite parce que la guérilla est intimement liée à l’histoire de ce parti dont le chef fut un ancien officier de renseignement dans la guerre de bush qui opposa le FPLT à la dictature communiste du Derg dans les années 1970 et 1980.

L’inflexibilité des deux parties et l’imminence d’un assaut sur Mekele inquiètent la communauté internationale. La crainte de bombardements sur les civils a poussé l’ancienne conseillère de Barack Obama, Susan Rice, à comparer les propos du porte-parole de l’armée à « des crimes de guerre ». De son côté, Amnesty International a rappelé aux deux camps « qu’attaquer délibérément des populations civiles est contraire au droit international ».

Le Conseil de sécurité de l’ONU tiendra, mardi à huis clos, sa première réunion sur la guerre au Tigré, à la demande de l’Afrique du Sud, du Niger, de la Tunisie et de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, a appris l’AFP.

Mais pour l’heure, Abiy Ahmed reste sourd à la pression internationale en faveur d’une désescalade et de la négociation. Le week-end dernier, il a décliné une offre de médiation de l’Union Africaine et de son président en exercice, le sud-africain Cyril Ramaphosa, qui a pourtant mis sur pied une équipe dont l’objectif est de mettre fin aux hostilités et de créer les conditions pour un dialogue national inclusif.

Les trois émissaires se rendront à Addis-Abeba dans les prochains jours mais rencontreront uniquement Abiy en tête-à-tête, assure-t-on dans l’entourage du premier ministre. « Toutes les options sont possibles hormis celle de se retrouver autour de la table des négociations avec le gang du FPLT », précise Redwan Hussein.

Dans l’hypothèse où Mekele résisterait au siège de l’armée fédérale, la question humanitaire se poserait de façon plus lancinante encore. Les organisations internationales réclament de pouvoir accéder totalement aux populations. Une requête à laquelle n’a toujours pas agréé le gouvernement après vingt et un jours de combats, et alors que l’Unicef affirme que 2,3 millions d’enfants ont besoin d’une assistance au Tigré.



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une loi en discussion pour venir en aide aux 13 millions de personnes handicapées du pays

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Mafiki Mboyo dans la cour de son atelier, à Kinshasa, en novembre 2020.

Mafiki Mboyo farfouille entre les piles de roues de vélos, d’outils, de vieilles chaises et de tuyaux en métal. Dans la cour de son atelier, une moto attend d’être transformée en tricycle motorisé et la structure d’un vélo se fait désosser par deux ouvriers en bleu de travail. Ici, à la fondation Mboyo, une petite trentaine de personnes fabrique et répare du matériel pour personnes vivant avec handicap.

Mafiki est originaire de l’ancienne province de l’Equateur, au nord-ouest de la République démocratique du Congo (RDC). Victime d’un accident de la route à l’âge de 10 ans, il est envoyé à Kinshasa pour vivre avec de la famille. L’hôpital lui demande 2 500 dollars (2 100 euros) pour opérer sa jambe. Une somme impossible à réunir. Mafiki Mboyo comprend qu’il restera handicapé. Et constate un « grand vide » dans la prise en charge de l’Etat : il n’a aucune structure vers laquelle se tourner.

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Pourtant, son histoire est loin d’être anecdotique : 13 millions de Congolais vivent avec un handicap, selon la Fédération nationale des associations de personnes vivant avec handicap (Fenaphaco), soit 16 % de la population. Dans les rues des grandes villes, ils sont nombreux à mendier, aveugles ou handicapés moteurs, rampant parfois le long des axes principaux. Beaucoup ont perdu l’usage d’un membre à la suite de maladies, comme la poliomyélite, ou des conflits qui meurtrissent le pays depuis 1996.

Les droits des personnes vivant avec un handicap sont inscrits dans la Constitution congolaise, et le pays a ratifié la convention des Nations unies sur le sujet en 2015, mais aucun texte ne les protège actuellement. Les choses pourraient changer cette année : une loi Protection et promotion est en débat au Parlement.

« Nous sommes totalement laissés à l’abandon »

Préparée par la députée Eve Bazaiba avec l’aide d’associations, elle prévoit de faciliter l’accès des personnes handicapées dans tous les domaines de la vie grâce à des fonds spécifiques. Les études, la santé, les loisirs et le travail sont concernés, notamment grâce à la mise en place de quotas dans les administrations publiques. La pénalisation des discriminations liées au handicap est aussi prévue.

Sur la table depuis 2008, la loi a enfin été votée à l’Assemblée nationale le 10 novembre, et la société civile comme la ministre pressent le Sénat de faire de même pour qu’elle soit adoptée. « Je suis optimiste et convaincu que la loi pourra améliorer la vie des personnes vivant avec handicap car, pour l’instant, nous sommes totalement laissés à l’abandon », affirme Patrick Pindu, à la tête de la Fenaphaco.

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Mafiki Mboyo, lui, n’attend rien des autorités. Cela fait vingt-cinq ans qu’il se débrouille seul. En 1994, il commence par proposer des réparations au bord d’une avenue du centre-ville de Kinshasa. Puis, ce passionné de bricolage a l’idée de fabriquer des tricycles pour personnes handicapées. Il soude ensemble quelques tuyaux en métal, des planches de bois et ajoute des roues de vélos de chaque côté.

« Les personnes venaient de toute la ville pour me les acheter, se souvient-il. Il y avait un réel besoin. » Désormais, Mafiki occupe un petit espace à l’arrière de l’Institut national pour aveugles et s’est diversifié : cannes, lits d’hôpitaux, béquilles.

Des structures spécialisées en déliquescence

François, l’un des clients du jour, est assis en tailleur sur une chaise en plastique. Le quinquagénaire menu a perdu l’usage de ses deux jambes à 5 ans des suites de la poliomyélite. Comme la majorité des personnes vivant avec handicap, il n’a pas pu payer de sa poche les 400 dollars nécessaires à l’achat d’un tricycle et c’est l’Eglise catholique qui le lui a procuré il y a douze ans.

Ce jour-là, il vient faire réparer le pédalier. Car le matériel s’abîme vite sur les artères cabossées et dépourvues de trottoirs de la capitale congolaise. Mais Mafiki l’assure avec un grand sourire : tout ce qu’il vend est « garanti à vie ». Il fait l’entretien pour des sommes symboliques : 2 000 ou 3 000 francs congolais, soit environ un euro.

François, handicapé depuis l’âge de 5 ans, attend que les ouvriers réparent son tricycle dans l’atelier de Mafiki Mboyo, à Kinshasa, en novembre 2020.

Ce bricoleur optimiste a aussi mis un point d’honneur à favoriser l’insertion économique des personnes vivant avec un handicap. Dans son atelier, il emploie vingt-cinq personnes handicapées, sur un total de trente et un ouvriers. Le problème d’intégration commence dès l’enfance : dans la plupart des foyers, les enfants vivant avec handicap ne sont pas scolarisés. Et une fois adultes, ils peinent à trouver un travail. Selon la Fenaphaco, ils seraient 93 % à être analphabètes.

Les structures de formation spécialisées, pour enfants ou adultes, mises en place à l’époque du maréchal Mobutu sont aujourd’hui en déliquescence. A l’Institut national pour les aveugles (INAV), le directeur général Pius Mbwess déroule la liste de doléances. Les murs sont là, mais « on ne nous verse pas de frais de fonctionnement. Donc il n’y a pas de supports de cours en braille, et pour les élèves en internat, pas de nourriture ». Le directeur général, lassé des plaidoyers auprès des autorités qui n’aboutissent pas, lorgne désormais vers les ONG et partenaires internationaux pour chercher du soutien.

La nomination pour la première fois en 2019 d’une ministre déléguée au handicap, elle-même en situation de handicap, a été vue comme un premier signal encourageant. Les changements, depuis, se font attendre, mais Irène la ministre Esambo Diata demande du temps.

« Tout est à faire en termes de politiques publiques et on veut construire quelque chose de solide, qui ne soit pas de l’assistanat, mais qui autonomise les personnes. Des travaux de réhabilitation ont déjà commencé dans des structures spécialisées de Kinshasa », promet-elle. La ministre mise surtout sur la loi Protection et promotion, son projet phare pour garantir les droits des personnes handicapées.

Mafiki Mboyo termine sa journée de travail et grimpe dans sa voiture, qu’il a adaptée lui-même pour pouvoir conduire. Pour lui, l’intégration est la clé pour mieux vivre son handicap : « J’aime mon travail et c’est quand je ne travaille pas que je commence à avoir mal à la jambe. »



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