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Dans le nord du Rwanda, une « opération commando » pour renforcer la résilience face au climat

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Publié aujourd’hui à 12h00

Une énorme crevasse a troué la colline, engloutissant les plants de patates douces et les clôtures soigneusement dressées. Depuis 2017, le petit village de Rwasama, en contrebas de la ville de Gicumbi, est coupé en deux. Et la situation s’aggrave un peu plus chaque année. « Ça a commencé après la construction de la nouvelle route et avec le développement de la ville. Plus il y a de bâtiments là-haut, plus l’eau ruisselle jusqu’ici », explique Marie-Louise Mukazitoni, qui vit maintenant au rythme des coulées de boue. La trentenaire doit escalader des amas de terre rouge pour atteindre sa maison, construite à flanc de colline 50 mètres plus haut. « C’est une véritable opération commando ! », lâche-t-elle, rieuse et fière de montrer ses talents de grimpeuse. Mais son sourire s’efface vite quand elle évoque les pluies torrentielles qui ont emporté un de ses murs : « Quand il pleut, je ne ferme pas l’œil de la nuit. J’ai déjà échappé à la mort deux fois. Et je ne rêve que d’une chose, c’est de quitter cet endroit maudit », assure-t-elle.

Le mur d’une maison du village de Rusambya le 27 décembre 2020, dans le district de Gicumbi, province du nord du Rwanda, détruit par un glissement de terrain la semaine précédente. A droite, Régine Uwingabiye, 12 ans, à côté de sa maison fissurée.

A Gicumbi, la dégradation de l’environnement n’est pas un concept, mais une réalité tragique. Dans cette région très montagneuse du nord du Rwanda, les vestiges boueux des glissements de terrain, causés par la déforestation et la surexploitation des terres, sont visibles partout le long des routes : murs détruits, cultures balayées, ponts brisés et souches à moitié sorties de terre. Le brun-rouge domine peu à peu le vert profond des champs de thé et de haricots.

En 2019, vingt personnes y ont perdu la vie dans des inondations et des glissements de terrain. Ce triste bilan a fait de ce district la cible du gouvernement rwandais pour son premier projet directement financé par le Fonds vert pour le climat, un mécanisme d’aide piloté par les Nations unies : le Green Gicumbi Project. Doté d’un budget de 33 millions de dollars (26,8 millions d’euros), il prévoit une transformation radicale du paysage et des modes de vie de la région, jusqu’aux types d’habitat et aux modes de cuisson – des fours améliorés vont notamment être distribués à 125 000 habitants de la région. « Nous avons opté pour une approche complètement intégrée, explique Jean-Marie Kagenza, le chef de projet. Nous voulons nous attaquer au problème de dégradation du bassin hydraulique, aux enjeux d’utilisation de la terre et de régénération des sols, aux pratiques agricoles, à la déforestation, tout en augmentant la résilience, la productivité et les salaires des fermiers, qui représentent la quasi-totalité de la population. »

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en Ethiopie, le Tigré au bord du désastre humanitaire

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Une jeune fille garde un troupeau de vaches à Korem, dans la région du Tigré, le 12 décembre 2020.

Depuis le début des affrontements en Ethiopie entre les troupes du gouvernement fédéral et celles de la province dissidente du Tigré, il y a dix semaines, les organisations humanitaires éprouvent toujours des difficultés à venir en aide aux déplacés et aux blessés. La région de 6 millions d’habitants, où la guerre conventionnelle de novembre a progressivement laissé place à une guérilla dans les campagnes, est dévastée par les combats et par la faim.

Médecins sans frontières (MSF), l’une des rares ONG à pouvoir rejoindre le centre du Tigré, estime à environ 4 millions le nombre d’individus n’ayant pas accès aux soins. Soit les deux tiers des Tigréens. Les quelques convois qui ont pu atteindre la région, à l’instar de ceux de la Croix-Rouge et du Programme alimentaire mondial (PAM), sont plutôt l’exception que la règle.

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« La situation empire de jour en jour. Le conflit a commencé il y a deux mois et demi et la majorité des habitants attendent encore l’aide humanitaire », s’alarme Saviano Abreu, porte-parole du Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA). La faim est au centre des préoccupations : elle gagne du terrain dans une région déjà partiellement ravagée par l’invasion de criquet pèlerins à l’automne et où la guerre a éclaté à quelques jours des moissons.

Les réserves de nourriture manquent cruellement et les 18 camions du PAM ne représentent qu’une goutte d’eau dans un océan de pénuries. « Lors de nos missions d’évaluation, nous avons remarqué une augmentation de la malnutrition chez les enfants de moins de 5 ans », s’inquiète Saviano Abreu. Une crainte qu’a exprimée sans détour l’administrateur provisoire de la zone centre du Tigré, Berhane Gebretsadik : « Les gens meurent de faim. A Adoua, ils en meurent même dans leur sommeil. »

L’UE évoque de « possibles crimes de guerre »

Face à cette urgence, la communauté internationale opère un changement de ton. Le but : obtenir le plus rapidement possible un accès absolument indépendant au Tigré, pour l’heure refusé par les autorités éthiopiennes. L’Union européenne (UE), après avoir suspendu le versement d’une partie de son aide financière à l’Ethiopie, évoque désormais de « possibles crimes de guerre » dans la province. Le haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères, Josep Borrell, écrit que « la situation va bien au-delà d’une opération de maintien de l’ordre », comme l’avait initialement décrite le premier ministre Abiy Ahmed.

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Au-delà du chiffre alarmant de 2 millions de déplacés internes, Josep Borrell se penche sur les violations des droits humains : « Nous recevons continuellement des informations concernant des violences à caractère ethnique, des massacres, des pillages à grande échelle, des viols ainsi que le retour forcé de certains réfugiés» Une fresque bouleversante, témoignage de l’intensité des violences qui traversent la province. L’organisation belge Europe External Programme with Africa (EEPA) fait état d’un massacre dans l’église Sainte-Marie-de-Sion, à Aksoum, qui aurait coûté la vie à environ 750 personnes, ce qu’un témoin a confirmé au Monde Afrique.

Des sources humanitaires de retour du Tigré et qui souhaitent témoigner de façon anonyme abondent également dans ce sens. Des milliers de femmes seraient victimes d’abus sexuels. Plus surprenant, une forte augmentation des comportements suicidaires a été observée, notamment chez les individus pris au milieu des violences et contraints de fuir leur village et leurs proches. D’autres sources décrivent des hôpitaux pillés et des populations privées de tout matériel médical, livrées à elles-mêmes jusqu’à l’arrivée des humanitaires.

Des camps de réfugiés inaccessibles

L’autre grande inconnue, c’est le sort réservé à bon nombre d’Erythréens, historiquement réfugiés dans des camps du Tigré habituellement administrés par le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Sur ces quatre camps, seuls deux sont accessibles. Les deux autres, Hitsats et Shimelba, sont bloqués par les forces éthiopiennes et érythréennes déployées au Tigré. Un blocus en règle que déplore le patron du HCR, Filippo Grandi, qui s’inquiète de « l’insécurité persistante et des allégations de violations graves des droits humains, notamment des meurtres, des enlèvements ciblés et le retour forcé de réfugiés en Erythrée ». Pour lui, « ce sont là des indications précises de violations majeures du droit international ».

Si le HCR a pu mener une mission de reconnaissance début janvier, l’aide tarde à se matérialiser. Une autre organisation, le Norwegian Refugee Council, rencontre aussi bon nombre de difficultés pour se rendre au Tigré, où elle emploie pourtant cent travailleurs locaux. « Ce qui est fait aujourd’hui en termes d’aide humanitaire, c’est tout simplement trop peu et trop tard », assure son directeur, Jan Egeland, qui se dit « extrêmement déçu par la lenteur des processus administratifs ».

En effet, pour pouvoir atteindre la province, les ONG doivent demander l’aval du ministère éthiopien de la paix, qui est chargé de la coordination de l’aide humanitaire. Un responsable d’ONG qui veut rester anonyme se plaint des délais de validation des missions, « qui sont censés durer quarante-huit heures et qui prennent parfois dix jours ». Contacté par Le Monde Afrique, le ministère de la paix n’a pas donné suite à nos demandes d’interview. Si l’ONU se plaint des « retards bureaucratiques », Jan Egeland est frustré par le manque de coopération des autorités : « En novembre, nous étions tout simplement ignorés. Aujourd’hui, il y a un dialogue mais toujours pas de permissions»



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« L’ONU a entériné la solution de large autonomie proposée par le Maroc »

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Des soldats du Front Polisario à l’entrée de la localité de Bir Lahlou, au Sahara occidental, en septembre 2016.

Tribune. Depuis l’adhésion de la présidence américaine au plan d’autonomie proposé par le Maroc sur le Sahara, plusieurs défenseurs du droit à l’autodétermination des populations sahraouies ont fait part, dans la presse, de leurs inquiétudes. Des points de vue souvent nourris de contrevérités et fondés sur une méconnaissance manifeste de l’histoire du problème du Sahara.

A titre de rappel, depuis son accession à l’indépendance, le Maroc a demandé la récupération des parties occupées de son territoire, soit par la France, soit par l’Espagne, soit sous statut international comme Tanger.

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Concernant le Sahara occidental, dès 1957, après son admission aux Nations unies, le Maroc a soulevé, devant la commission de tutelle de l’Assemblée générale, la question du rattachement au Maroc du territoire de « Rio de Oro », ancienne dénomination du Sahara dit occidental.

En 1960, le représentant marocain auprès des Nations unies a protesté contre l’inscription de l’affaire du Sahara sur la liste des territoires non autonomes, estimant que ce territoire relève de sa souveraineté, au même titre que les territoires de Tarfaya, Ifni et les présides.

Tergiversations

Le 16 décembre 1965, l’Assemblée générale des Nations unies, faisant écho aux demandes marocaines, a adopté la résolution 2072 où elle demande au gouvernement espagnol de prendre d’urgence des mesures propres à libérer les territoires d’Ifni et du Sahara et, à ce titre, d’« entamer des pourparlers relatifs à la souveraineté que posent ces régions ».

En associant le territoire du Sahara à celui d’Ifni, les Nations unies ont, de façon non équivoque, reconnu la souveraineté du Maroc sur ce territoire, sauf que l’Espagne a accepté d’entamer des négociations pour Ifni, ce qui a abouti à sa libération en 1969, et a tergiversé pour le Sahara.

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Ainsi, si l’Espagne avait appliqué les décisions des Nations unies, le Maroc aurait pu récupérer son Sahara, comme il l’a fait pour Ifni, et il n’y aurait pas eu, aujourd’hui, d’« affaire du Sahara occidental ». La réalité est que l’Espagne n’a jamais voulu quitter le Sahara et a cherché à perpétuer sa présence, avec la collaboration de certaines tribus.

Pressée par les Nations unies d’entamer des négociations au sujet d’Ifni et du Sahara, l’Espagne a poussé l’Assemblée générale à soulever, le 20 décembre 1966, pour la première fois, le principe de l’exercice par la population du Sahara occidental au droit à l’autodétermination par l’organisation d’un référendum, sous l’égide des Nations unies. C’était, pour elle, le meilleur moyen pour ne pas engager des négociations avec le Maroc.

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En Tunisie, la difficile conquête des droits des personnes LGBT

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Sihem Abed (à gauche), l’une des organisatrices du Mawjoudin Queer Film Festival, lors de la cérémonie d’ouverture de la deuxième édition, à Tunis, le 22 mars 2019.

L’arrestation puis la condamnation à deux ans de prison pour homosexualité de deux hommes de 26 ans par le tribunal de Kef, dans le nord-ouest de la Tunisie, en juin 2020, ont rappelé que les homosexuels avaient encore un long combat à mener pour faire reconnaître leurs droits.

En Tunisie, leur condition est d’abord fragilisée par la loi. Les relations homosexuelles ont été pénalisées pendant le protectorat français (1881-1956). Rédigé en 1913, l’article 230 du code pénal prévoit jusqu’à trois ans de prison pour des rapports entre adultes de même sexe consentants. Cet article de loi colonial a été maintenu après l’indépendance du pays. Ainsi, pour prouver une relation sexuelle entre deux hommes, les policiers peuvent demander à un médecin légiste de pratiquer un test anal. Une pratique dénoncée comme cruelle, inhumaine et dégradante par les défenseurs des droits humains.

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En 2019, le Collectif civil pour les libertés individuelles a dénombré 120 procès pour homosexualité. Une tendance à la baisse, estime Ali Bousselmi, cofondateur et directeur exécutif de l’association de défense des LGBT Mawjoudin (« nous existons ») : « Il y a eu moins d’arrestations et de recours à des tests anaux. Mais avec l’article 230, nous restons menacés. »

Des propositions de réforme laissées sans lendemain

En 2015, le ministre de la justice Mohamed Salah Ben Aïssa avait pris position contre cet article, qu’il jugeait « en contradiction avec la nouvelle Constitution ». Mais il avait laissé le soin à la société civile et aux législateurs de s’en saisir. En août 2017, le président Béji Caïd Essebsi (mort en juillet 2019) a bien confié à la Commission des libertés individuelles et de l’égalité (Colibe) le soin de mettre en conformité les lois du pays avec les principes d’égalité et de liberté inscrits dans la Constitution tunisienne adoptée en 2014, ainsi qu’avec les conventions internationales paraphées par la Tunisie.

En juin 2018, la Colibe a ainsi préconisé une série de réformes. Outre des mesures pour l’égalité entre les hommes et les femmes en matière d’héritage, elle a proposé l’abrogation de l’article 230 ou, à défaut, la substitution de la peine de prison par une amende. Cette proposition, même ambivalente, n’a pas abouti. Et le Parlement issu des législatives de 2019, considéré comme plus conservateur que le précédent, est moins réceptif à la question des libertés individuelles et collectives.

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