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Dakar, l’étoile montante du design

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Birsel+Seck | Design and Innovation

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Publié aujourd’hui à 10h30

Ils s’appellent Selly Raby Kane et Bibi Seck, sont designers sénégalais et se font tirer le portrait dans le premier numéro de Skewed Conversations, magazine tendance lancé par Marcus Engman, ancien chef du design d’Ikea. Une preuve parmi d’autres que la bouillonnante Dakar attire les regards des créatifs. En 2019, c’est côte à côte que les deux créateurs ont collaboré avec l’enseigne suédoise justement, le temps d’une mini-collection remarquée : Bibi Seck a produit un fauteuil à bascule et un tabouret en métal avec des assises tissées de couleurs douces influencées par son enfance à Dakar. Selly Raby Kane a imaginé, elle, un panier tout en finesse inspiré du rituel de tressage de cheveux.

Chez Shop Bi, on trouve la collection de mugs « Les Sapeuses » dessinée à Dakar par Faty Ly et confectionnée ensuite à Limoges et qui reprend au féminin la tradition des « sapeurs », princes africains du style.

Des créations originales, certes destinées à la grande distribution, mais illustrant bien le développement actuel du design dakarois, mélange d’innovation poussée appuyée par une tradition artisanale très riche. Mais Bibi Seck nuance aussitôt : « Il y a encore beaucoup de travail à faire ici, notamment sur la perception du design au sein de la population. Aux Etats-Unis, les gens savent que les objets sont dessinés, designés ; en Afrique et donc au Sénégal, ce n’est pas le cas. Et pourtant, à Dakar, il est très facile de trouver des ateliers d’artisans pour concevoir une chaise en à peine deux jours à partir d’un simple croquis. Cette rapidité de fabrication rare est très stimulante pour un designer. Pour Ikea, par exemple, c’est à Dakar que j’ai réalisé mon premier prototype », confie celui qui partage son temps entre le Sénégal et New York, travaillant notamment pour l’éditeur américain de meubles Herman Miller.

Lampe du designer Ousmane MBaye, tubes en cuivre et douille en porcelaine (2015).

Le designer Ousmane MBaye pointe, lui, un autre paradoxe du secteur : « 95 % de ce que nous consommons ici, à Dakar, vient de l’étranger… » Le créateur autodidacte, qui connaît depuis plusieurs années un succès à l’international avec ses meubles en fer et cuivre pimentés de couleurs fortes, a ainsi tenu à développer une clientèle locale en ouvrant à l’entrée de la médina de Dakar d’abord un showroom, puis un concept store design nommé Shop Bi. « A présent, 40 % de ma clientèle est africaine », précise-t-il.

Chez Shop Bi, on trouve par exemple la collection très graphique « Les Sapeuses » dessinée à Dakar par la designer céramiste Faty Ly et confectionnée ensuite à Limoges : des mugs en porcelaine qui reprennent au féminin la tradition des « sapeurs », princes africains du style. Formée à l’école Central Saint Martins de Londres, la créatrice entend ainsi « diffuser un récit positif sur l’Afrique et ancrer une mémoire collective » à travers son art de la table.

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En Mauritanie, un maraîcher transforme le désert en jardin

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Fatimatou Mint Deya et Mohamed Mokhtar, deux élèves de la ferme pédagogique El Jenna, à la sortie de Nouakchott, en septembre 2020.

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De la maison de Carlos Gil Casado, on ne ressort jamais les mains vides. A l’entrée de sa villa de Nouakchott, sur de grands plateaux, des semis de différentes variétés de tomates jouxtent des plants d’artémisia ou de persil. Il y a deux mois, il a acheté des figues sèches chez un épicier et en a fait germer les graines. « Voilà le résultat », dit-il pointant quelques dizaines de pousses.

« Si, dans quelques années, on pouvait distribuer cinq figues par jour à tous les enfants de Mauritanie, on aurait réussi un défi fabuleux ! », lance-t-il. En Mauritanie, 43,9 % de la population active a souffert d’un retard de croissance pendant l’enfance, selon l’ONU.

« Si tu veux nourrir quelqu’un, donne-lui des tomates. Si tu veux le sauver, apprends-lui à les cultiver. » Carlos Gil Casado pourrait faire sien cet adage traditionnel revu et corrigé. En ce début septembre, l’Espagnol installé depuis dix ans en Mauritanie a terminé il y a quelques semaines la formation au maraîchage qu’il dispense. Une activité pour laquelle il réserve sa patience, lui qui, en route dans sa vieille guimbarde pour récupérer du fumier de cheval dans un centre équestre, s’impatiente dans les embouteillages de Nouakchott.

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En grande banlieue de la capitale du pays, il a transformé un petit coin de désert en un jardin vert rebaptisé El Jenna (« le paradis »). Et ce matin de septembre, des caisses de tomates s’y empilent en bout d’allées, prêtes à partir pour le marché où « elles seront vendues en vingt minutes », assure Mohamed Mokhtar, ingénieur en agriculture venu faire un stage.

A 17 kilomètres au sud de la ville, l’Espagnol a transformé un hectare désertique en une zone de maraîchage où poussent désormais des tomates, des aubergines, des gombos, des concombres, des feuilles de bissap. Et même « du piment pour mettre dans le yassa ou le thiéboudienne » se félicite Mohamed Mokhtar.

Une ferme pédagogique

De janvier à juillet, la ferme pédagogique de Carlos Gil Casado a formé trente élèves. Pendant sept mois, ils ont suivi une heure quotidienne de cours théorique puis des ateliers pratiques. Au début de sa formation, chaque élève a reçu une parcelle d’environ 10 m2. « Le but est que chacun puisse créer son propre jardin en fonction d’un projet intégrant la nature des plantations, la surface cultivable et le prix des légumes à la vente », explique Mohamed Mokhtar.

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Chaque bénéficiaire à commencer par monter son propre business plan. C’est le sens du projet global de Carlos Gil Casado, financé par l’Union européenne et mis en œuvre par Agri Sahel et le Groupe de recherches et de réalisation pour le développement rural (GRDR).

Avant de suivre sa formation, Fatimatou Mint Deya, 62 ans, était cuisinière et ignorait « comment poussaient des légumes », et même « qu’il fallait de l’eau et du soleil ». Aujourd’hui, elle garde une partie de sa production pour sa famille et vend l’autre pour « une source de revenus supérieure à celle d’autrefois ».

Du maraîchage sur un sol très aride

Comme elle, les autres stagiaires ont apprécié et la plupart se sont regroupés en coopérative au terme de leur apprentissage. « Ils se sont installés autour de nous ce qui nous permet de rester en contact et de continuer à suivre leur projet », assure Carlos Gil Casado.

Lorsqu’on lui demande comment il est possible de cultiver sur un sol aussi aride composé de coquillages concassés, l’agriculteur-enseignant rappelle que son « modèle est simple : il faut de l’engrais naturel, du sable, un goutte-à-goutte bien réglé et une plante brise-vent. » Pour cette dernière, il utilise du malafalfa, une herbe qu’il a découverte lorsqu’il faisait sa coopération au Nicaragua et « qui est parfaitement adaptée aux conditions sahéliennes puisque des amis en ont fait pousser au Niger, au Sénégal et au Mali ».

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A El Jenna, où un deuxième hectare a été acheté pour développer des plantes fourragères (malafalfa et moringa), il faut juste éviter de planter des légumes dont les racines se développent en profondeur dans le sol, comme les navets ou les carottes. Mais tout le reste serait envisageable.

Plus globalement, la ferme pédagogique prouve pour l’instant qu’il est possible de faire du maraîchage à quelques kilomètres de la capitale mauritanienne et pas uniquement le long du fleuve Sénégal où la terre est très fertile. Autour du site, des centaines de producteurs, inspirés par la réussite de la ferme agricole et un vaste projet gouvernemental de zone agricole périurbaine, ont commencé à planter en suivant le modèle impulsé par l’Espagnol.

« Je suis heureux d’être copié, mais je le serai encore plus lorsque les Mauritaniens mangeront tous leurs propres tomates », espère Carlos Gil Casado. Il suffit d’un peu de patience.



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un ex-officier arrêté et incarcéré en France

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Un ex-responsable de la garde du président centrafricain déchu François Bozizé (2003-2013) a été mis en examen vendredi 18 septembre au soir à Paris, notamment pour « complicité de crimes contre l’humanité » et « complicité de crimes de guerre », puis écroué.

Arrêté mardi dans l’est de la France, Eric Danboy Bagale, un Centrafricain de 41 ans, a également été mis en examen pour « actes de torture » et « association de malfaiteurs en vue de la préparation de crime de guerre », pour des faits commis entre 2007 et 2014 « en tant que responsable de la garde présidentielle (…) puis en tant que responsable de milices anti-balaka », précise le Parquet national antiterroriste (PNAT) dans un communiqué.

Eric Danboy Bagale a été interpellé et placé en garde à vue mardi 15 septembre, par l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité, les génocides et les crimes de guerre (OCLCHGCG) et la section de recherches de gendarmerie de Besançon. « Il s’agit de la première mise en examen dans une procédure diligentée par le PNAT concernant des faits commis en République centrafricaine », selon le communiqué.

L’arrestation a été ordonnée dans le cadre d’une enquête ouverte en mai 2017 et désormais confiée à des juges d’instructions spécialisés du tribunal de Paris. La justice française s’est saisie de ce dossier en vertu d’une compétence universelle, qui l’autorise à poursuivre des suspects de crimes de guerre ou crimes contre l’humanité s’ils passent ou résident sur le territoire français.

Haut responsable au sein des milices anti-balaka

Le nom d’Eric Danboy Bagale est apparu parmi les « Libérateurs », nom donné aux compagnons d’armes du général Bozizé qui l’ont porté au pouvoir en 2003, en renversant le président Ange-Félix Patassé. Membre de l’ethnie Gbaya, comme M. Bozizé, l’officier était devenu un haut responsable au sein des milices anti-balaka. Ces groupes armés ont été formés pour combattre les milices de la Séléka, une alliance de rebelles issus du nord du pays à majorité musulmane, qui ont chassé le président Bozizé du pouvoir en 2013.

Les nombreux massacres perpétrés par les deux camps ont plongé ce pays parmi les plus pauvres d’Afrique dans la troisième guerre civile de son histoire. Selon l’Organisation des Nations unies, qui a accusé les deux coalitions de crimes de guerre, entre 3 000 et 6 000 personnes ont péri, essentiellement des civils, entre 2013 et 2015.

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Le Monde avec AFP



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il était une fois Aoua Keïta, sage-femme, militante anticoloniale et féministe

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Pagne produit par l’Association pour le progrès et la défense des droits des femmes (APDF) à l’occasion de la Journée de la femme africaine du 31 juillet 2006.

Qui se souvient, dans le Mali d’aujourd’hui, des combats menés par la sage-femme Aoua Keïta (1912-1980), militante politique et syndicale au temps des décolonisations ? A l’heure où le pays fête le 60e anniversaire de son accession à l’indépendance et traverse une crise politique profonde, la trajectoire de cette femme exceptionnelle nous rappelle le rôle des Africaines dans l’effervescence des luttes politiques de ces décennies d’émancipation du joug colonial.

Devenir une « sage-femme communiste » en contexte colonial

Née en 1912 à Bamako, la capitale du Soudan français (actuel Mali), qui fait alors partie de l’Afrique occidentale française (AOF), Aoua Keïta grandit dans une famille polygame. C’est à l’initiative de son père, un ancien tirailleur, qu’elle est scolarisée en 1923 au Foyer des métisses, qui accueille des élèves noires et métisses que l’administration française veut éduquer. Elle appartient alors à la petite minorité de femmes de l’AOF qui sont scolarisées, au grand désarroi de sa mère, qui considère qu’une fille qui est allée à l’école est perdue pour le mariage et lui déclare amèrement : « Va-t-en t’occuper de tes papiers et de tes crayons, c’est ce que tu donneras à manger à l’homme malheureux qui acceptera de te prendre. »

Mais Aoua Keïta est brillante. Elle réussit en 1928 le concours de l’Ecole de médecine de l’AOF (qui a ouvert à Dakar en 1918) et obtient son diplôme de sage-femme trois ans plus tard, en 1931. Elle est alors affectée à Gao, une ville située dans l’extrême nord du Mali, dans une région dont elle ne connaît pas la langue (le songhai, alors qu’elle parle le bambara). Du fait de son métier, elle devient pourtant rapidement populaire et tisse avec les femmes locales des liens de confiance qui vont servir de terreau à son activité politique.

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Celle-ci commence aux côtés de son mari médecin, Daouda Diawara, qu’elle a épousé en 1935. L’invasion de l’Ethiopie par Mussolini attise sa révolte contre le colonialisme. Elle s’inscrit au Syndicat des médecins, vétérinaires, pharmaciens et sages-femmes, puis à l’Union soudanaise-Rassemblement démocratique africain (US-RDA), la section soudanaise du parti anticolonial fédéral créé en octobre 1946 à Bamako et affilié dans un premier temps au Parti communiste français. Aoua Keïta en devient rapidement une militante très active. Elle prend en charge la propagande dans les localités où elle est affectée, est une des rares Africaines à pouvoir voter aux élections de 1946 en tant que citoyenne « indigène » et organise clandestinement des réunions de femmes dans sa maternité… pour éviter tant les foudres des maris que de l’administration coloniale.

En 1949, Aoua Keïta, ne parvenant pas à avoir d’enfant et rejetant l’idée d’avoir une coépouse, divorce. Elle se consacre alors pleinement à ses activités professionnelles et politiques. Identifiée par l’administration coloniale comme une militante « communiste » au lendemain de la victoire de l’US-RDA à Gao aux élections de 1951, elle est mutée au Sénégal. Malgré la répression, elle devient une figure d’envergure de son parti. Elle est nommée commissaire à l’organisation des femmes en 1958 et, à ce titre, devient la seule femme membre du bureau politique de l’US-RDA. L’année suivante, elle est élue députée de la Fédération du Mali à Sikasso, devenant la première Africaine de l’ex-AOF à accéder à un tel poste.

Bamako, épicentre du panafricanisme au féminin

Pour Aoua Keïta, le combat contre les injustices coloniales est indissociable de l’organisation des femmes et de la défense de leurs droits. En collaboration avec l’institutrice Aïssata Sow Coulibaly, elle fonde un syndicat des femmes travailleuses à Bamako en 1956. Deux ans plus tard, elle participe à la création de l’Union des femmes du Soudan (UFS), qui a pour objectif de défendre les droits des femmes et de servir de base à la création d’une organisation panafricaine : l’Union des femmes de l’ouest africain (UFOA). Celle-ci est fondée à Bamako en juillet 1959, par des femmes du Soudan français, de Guinée, du Sénégal et du Dahomey.

L’organisation affiche un programme ambitieux : elle condamne les abandons de domicile conjugal et les répudiations, réclame l’abolition de certaines coutumes jugées néfastes, l’institution du mariage civil et le consentement obligatoire des époux, la suppression du mariage précoce et de la polygamie. Sa création obéit à plusieurs préoccupations : consolider les liens entre les pays de l’AOF au moment où l’autonomie de chaque territoire s’affirme de plus en plus ; constituer une organisation susceptible de rendre plus visibles les Africaines à l’échelle internationale, notamment par rapport à leurs « sœurs » des colonies britanniques ; promouvoir des réformes tant dans le domaine familial qu’en matière de reconnaissance de la place des femmes dans l’espace public.

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L’UFOA disparaît en 1960, mais les réseaux qu’elle a permis de tisser servent de base à une structure continentale quelques années plus tard : la Conférence des femmes africaines (future Panafricaine), créée à Dar es-Salaam (Tanzanie) en 1962 et dont le siège se situe à Bamako. La capitale malienne est un espace central du panafricanisme au temps des décolonisations. Elle accueille également, la même année, la première réunion sur le sol africain de la Fédération démocratique internationale des femmes.

Peu de temps après est voté le Code du mariage dans le Mali socialiste nouvellement indépendant. Si Aoua Keïta, seule femme à siéger à l’Assemblée nationale lors du vote, ne parvient pas à empêcher un amendement restreignant la monogamie, ce texte est considéré comme révolutionnaire en son temps. L’exclusivité du mariage civil sera abrogée en 2011, contre l’avis d’organisations féminines maliennes qui y voient une atteinte aux droits acquis au lendemain de l’indépendance.

Une Africaine dans le monde de la guerre froide

Ardente combattante de la cause anticoloniale, de l’unité africaine et des droits des femmes, Aoua Keïta contribue au renforcement des liens entre les militantes africaines et les organisations internationales. A ce titre, et à l’image de l’Ivoirienne Célestine Ouezzin Coulibaly, elle parcourt le monde et articule les luttes menées localement sur le continent aux combats internationaux anti-impérialistes. Elle effectue pour la première fois un voyage hors d’Afrique en 1957, comme déléguée au congrès de la Fédération syndicale mondiale (FSM) à Leipzig, en RDA. Alors âgée de 45 ans, elle y fait forte impression.

Au lendemain de l’accession du Mali à l’indépendance, le 22 septembre 1960, elle se rapproche des pays socialistes, voyage en Union soviétique et en Asie (Chine, Corée, Vietnam) et noue avec les organisations féminines de ces pays des liens de coopération tournés vers l’éducation des filles, la santé des mères et des enfants. La solidarité tissée avec les femmes du tiers-monde et les militantes communistes ne signifie pas pour autant qu’elle rompe les relations avec les femmes du « bloc de l’Ouest ». Dans le contexte de la guerre froide, le Mali socialiste a fait le choix du non-alignement et maintient une collaboration effective avec la France comme avec les Etats-Unis.

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La carrière politique d’Aoua Keïta s’arrête brutalement en 1967. Alors que le pays est traversé par une « révolution culturelle », elle est écartée du pouvoir, de même que les autres rares femmes à avoir obtenu des responsabilités politiques. Le coup d’Etat militaire qui renverse la Ire République de Modibo Keïta, l’année suivante, la pousse sur la route de l’exil. Vivant entre le Congo-Brazzaville et la France, elle se consacre à l’écriture de ses mémoires.

Ce témoignage exceptionnel publié en 1975 n’est sans doute pas pour rien dans le fait qu’elle incarne aujourd’hui la participation des femmes à la lutte pour l’indépendance du Mali et un modèle pour les associations féminines et féministes maliennes. Son effigie a été reproduite en 2006 sur des pagnes à l’occasion de la Journée de la femme africaine, fixée au 31 juillet. Son portrait orne également la vaste fresque murale située sur les hauteurs de Koulouba, la « colline du pouvoir » à Bamako, qui retrace cent cinquante ans d’histoire malienne.

Ophélie Rillon est chargée de recherche au CNRS, membre du laboratoire Les Afriques dans le monde (LAM) de l’université Bordeaux-Montaigne.

Pascale Barthélémy est maîtresse de conférences en histoire contemporaine à l’ENS Lyon.

Cet article a d’abord été publié sur le site The Conversation.



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