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Côte d’Ivoire / Insécurité : le phénomène des microbes, un mal grandissant

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Le premier souci des populations de nos jours, dans la société est de rester en sécurité une fois sortie de leurs domiciles pour vaquer à leurs activités ou une fois rentrés à leurs domiciles après une journée chargée et meublée par de nombreuses tâches. Sur les bords la lagune Ebrié, un phénomène assez atypique qui a vu le jour depuis maintenant plusieurs années ne fait que troubler la quiétude des populations.

Le phénomène des enfants microbes, prend de l’ampleur chaque jour qui passe. Constitués en groupe, des enfants dont l’âge varie 12 à 15 ans voire 18 ans se munissent de machettes et bien d’autres armes blanches pour agresser et commettre tous genres d’exactions sur les populations dans les rues ou parfois dans les domiciles.

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Appelés “Enfants en conflit avec la loi”, ces jeunes qui ne reculent devant rien sont organisés en bande et commettent des agressions sanglantes sur les populations avec des machettes et bien d’autres armes blanches. C’est après la crise postélectorale de 2010 que le phénomène a connu ses premiers pas. selon des chercheurs c’est dans la commune peuplée d’Abobo que le phénomène des microbes s’est bien implanté et structuré avant de se répandre progressivement dans les autres communes de la ville d’Abidjan, capitale économique de la Côte d’Ivoire.

A l’image de la délinquance existante dans les favelas brésiliennes, ces jeunes estiment qu’ils trouveront leur salue grâce à cette forme de pratique jugée abjecte et ignominieuse par des critiques.

Mr Francis Akindès sociologue, professeur à l’université Alassane Ouattara de Bouaké, lors d’une interview accordée au confrère le monde a indiqué que “ce phénomène a un terreau très précis, dans la commune populaire d’Abobo, au nord d’Abidjan : des niches de pauvreté devant lesquelles la puissance de l’Etat semble s’être arrêtée”.

 Plusieurs personnes dont des corps habillés ont perdu la vie face aux “microbes”. De nombreux faits mettent en lumière le degré obscur qui habite ces jeunes en âge de prendre le chemin de l’école. Dans plusieurs vidéos postées sur les réseaux sociaux en 2018, l’on a peu assister à un affrontement dans la commune de Koumassi, entre corps habillés et les enfants dit “en conflit avec la loi”. Lors de ces affrontements un corps habillé a perdu la vie car sérieusement blessé à coups de machette.

Une chose plus étonnante encore est que ce phénomène n’est pas seulement pratiqué par des garçons, des jeunes filles dans la même tranche d’âge que les jeunes gens sont impliquées dans ce phénomène. En juillet dernier, lors d’une patrouille, les forces de l’ordre ont appréhendé un gang de microbe, composé uniquement de filles, dans un fumoir, à Abobo.

La forces de l’ordre ont saisi de nombreuses boissons frelatées, des mèches de cannabis, des couteaux, des ciseaux et de la cigarette en leur possession.

Tout récemment, lors des manifestations de l’opposition ivoirienne, l’on a assisté à des scènes hors du commun. Pendant les manifestations, plusieurs jeunes armés de machettes, de couteaux et d’armes blanches de tous genres, transportés dans un mini car communément appelé “Gbaka”, attaquaient les manifestants. Comme les images et vidéo le montrent jusqu’à ce jour, plusieurs personnes ont été blessés. Les cas sont légion !

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Dans son interview avec le Monde, donnant les causes de ses agissements, Francis Akindès, a indiqué ceci : ” au premier rang de ceux-ci, la fragilité de leur cellule familiale. Ils sont souvent issus de familles polygamiques, monoparentales ou décomposées, de foyers où il y a eu une inversion des rôles, les enfants étant devenus les pourvoyeurs de revenus face à des parents qui soit ne gagnent pas assez pour tous, soit sont absents, malades ou morts. Ces enfants sont rapidement pris en charge par la rue, où ils vont développer toutes sortes de compétences, dont la violence et le vol, pour gagner de l’argent. Ils ont aussi une haine des autorités et de ceux qui ne leur donnent pas ce à quoi ils estiment avoir droit en tant que citoyens. D’ailleurs, lorsqu’ils volent quelque chose, ils appellent cela un « encaissement »…

Malgré les stratégies mises sur pied par différents responsables de l’administration ivoirienne, le phénomène des microbes reste toujours débout et semble bien structuré par les jeunes adolescents au fil des temps.

Notons que ce phénomène des microbes que l’on vit est identique à la délinquance juvénile existante au Brésil à travers les favelas, et les autres grandes villes du monde. Le film “La Cité de Dieu2, sorti en 2002 a mis exergue les méthodes et bagarres entre jeunes de la rue appliqué par les jeunes adolescents en vue de conquérir un territoire bien défini. Mais cette violence juvénile remonte depuis les années 50. Cette violence des jeunes a connu une accélération dès 1970, selon les chercheurs.

Via Afrikmag

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l’OMS encourage la recherche sur les médecines naturelles

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Une scientifique de CapeBio Technologies travaille sur un kit de test pour les malades atteints du Covid-19 dans un laboratoire de Centurion, en Afrique du Sud, le 23 juin 2020.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré samedi 19 septembre qu’elle encourageait en Afrique la recherche sur les médecines naturelles face au Covid-19 et d’autres épidémies.

Des experts de l’OMS et deux autres organisations ont « approuvé un protocole pour des essais cliniques de phase 3 de phytothérapie pour le Covid-19 », a précisé l’OMS dans un communiqué daté de Brazzaville, son siège régional sur le continent.

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« Les essais cliniques de phase 3 sont essentiels pour évaluer pleinement la sécurité et l’efficacité d’un nouveau produit médical », a rappelé l’OMS. « Si un produit de médecine traditionnelle s’avère sûr, efficace et de qualité assurée, l’OMS recommandera une fabrication locale à grande échelle et rapide », a précisé un responsable de l’OMS Afrique, le docteur Prosper Tumusiime, cité dans le communiqué.

« Respect des processus scientifiques »

Les deux partenaires de l’OMS sont le Centre africain pour le contrôle et la prévention des maladies et la commission des affaires sociales de l’Union africaine. Ils sont regroupés au sein d’un comité d’experts régionaux sur les médecines traditionnelles pour le Covid-19. L’épidémie a relancé le débat sur les médecines traditionnelles en Afrique.

Madagascar a livré dans plusieurs pays africains des lots d’un breuvage à base d’artémisia, une plante à l’effet thérapeutique reconnu contre le paludisme, présenté par son président Andry Rajoelina comme efficace contre le Covid-19.

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« Nos gouvernements [africains] se sont engagés en 2000 (…) à traiter les remèdes traditionnels comme les autres médicaments en les soumettant à des essais », avait alors déclaré en mai la responsable régionale de l’OMS, le docteur Matshidiso Moeti. « Je recommande que ces résolutions (…) soient suivies, a-t-elle ajouté. Nous vivons des temps difficiles, je peux comprendre la nécessité de trouver des solutions, mais j’encourage le respect des processus scientifiques sur lesquels nos gouvernements se sont engagés ».

Le Monde avec AFP



Via LeMonde Afrique

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L’imam Mahmoud Dicko, faiseur et tombeur de rois au Mali

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L’imam Mahmoud Dicko lors d’une cérémonie organisée par son organisation, la Coordination des mouvements, le 28 août, à Bamako.

Un homme travaillant au bonheur de ses concitoyens, n’aspirant qu’à retourner conduire la prière dans sa mosquée située, comme par une facétie de l’histoire, rue Gamal Abdel Nasser, le dirigeant égyptien qui tenta d’empêcher l’entrée de l’islam dans le jeu politique. C’est ainsi que Mahmoud Dicko se présente au monde.

Dans les faits, l’imam du quartier de Badalabougou, à Bamako, est aujourd’hui au centre de la vie politique malienne. Un faiseur et tombeur de rois comme l’ancien président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), son « ami », son « frère », en a fait la douce puis amère expérience.

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En 2013, le militant de l’Internationale socialiste, amateur de champagne et de littérature française, avait notamment bénéficié, pour se faire élire, de l’appui ouvert de ce salafiste quiétiste alors à la tête du Haut Conseil islamique. Sept ans plus tard, le 18 août, l’armée est venue, sans verser une goutte de sang, donner le coup de grâce à son régime. Mais rien n’aurait été possible sans l’agitation préalable de la rue. Et pour cela, Mahmoud Dicko est un mobilisateur hors pair.

Depuis 2009, il a fait lever des foules contre une réforme du code de la famille qui donnait davantage de droits aux femmes, contre les massacres qui ensanglantent le centre du pays, contre les forces françaises et de l’ONU ou bien encore contre des manuels scolaires faisant « la promotion de l’homosexualité ».

Personnalité essentielle

Ces derniers mois, après la proclamation des résultats des législatives, que le pouvoir a partiellement inversés à son profit, l’imam s’était vu attribuer le titre d’autorité morale du Mouvement du 5 juin, une coalition on ne peut plus hétérogène faite de vieux routiers de la politique sans lien idéologique et de militants d’une société civile éclatée.

Il en était surtout la seule voix à même de faire sortir des milliers de manifestants dans un Mali où, moins de trente ans après l’avènement de la démocratie en 1991, le terme « politiki » est associé au mensonge et à la corruption.

Un mois après la chute d’un pouvoir civil à bout de souffle et l’entrée en scène de « jeunes soldats qui ont la volonté de bien faire mais ont besoin d’être encadrés », le religieux à la barbe blanche se désolerait presque de son plus haut fait d’arme. « Je ne voulais pas en arriver là. Je voulais juste un changement de gouvernance car la corruption était devenue le système. C’est l’entêtement d’IBK qui a provoqué cette situation », affirme-t-il, installé dans son petit salon où tout Bamako se presse pour le rencontrer.

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Le chef de l’Etat démissionnaire est parti se faire soigner à Abou Dhabi ; son premier ministre, Boubou Cissé, et plusieurs généraux, sont toujours détenus au camp militaire Soundiata-Keïta de Kati ; le bruit de la rue s’est tu, mais Mahmoud Dicko demeure une personnalité essentielle du scénario qui se joue en coulisses.

Selon l’un de ses proches, il a intégré le collège chargé de désigner les futurs président et premier ministre de transition et maintient un contact régulier avec l’aussi discret qu’insondable colonel Assimi Goïta, le chef de cette junte qui refuse de s’assumer comme telle. « Il a clairement dit qu’il fallait installer des civils », sous peine de voir la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédeao) durcir ses sanctions contre le Mali, relate la même source.

« Candidat à rien »

Pour les officiers du Conseil national pour le salut du peuple, l’ancien professeur d’arabe, né il y a 66 ans dans un village du cercle de Goundam, près de Tombouctou, est une personnalité hautement sensible, toujours à même de relancer la contestation.

Que feront dans ce cas les soldats ? Ne rien faire déstabiliserait leur autorité naissante. Réprimer les discréditerait à jamais. Avec sa suavité habituelle, l’imam Dicko assure n’avoir « pour seul mérite que de dénoncer publiquement. Même si l’on me donnait tout le Mali, je ne me tairais pas », poursuit-il même.

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Mais que cherche-t-il alors ? « Ouvrir la voie à un Etat islamique… Un crime impardonnable », comme l’avait dénoncé IBK lors d’un sommet de la Cédeao, trois semaines avant d’être renversé ? A cela, celui qui, depuis plusieurs années, défend sans succès l’ouverture de négociations directes avec « les djihadistes maliens car à la fin il faudra bien se parler », rétorque que « les gens ont le droit de ne pas me croire mais je ne suis candidat à rien. Je veux rester dans ma mosquée qui est le baromètre de notre société, le lieu où s’expriment ses maux ».

« Aujourd’hui, c’est dans l’espace religieux que se joue réellement la politique et Dicko incarne désormais la société civile », Gilles Holder, anthropologue

« A force de le répéter, il en a convaincu les gens et a peut-être raté son rendez-vous avec l’histoire », ironise un chercheur qui, comme toutes les voix critiques, préfère garder l’anonymat. Au sein de la Coordination des mouvements, associations et sympathisants de l’imam Dicko, formée après son départ du Haut Conseil islamique, tous n’ont pas la même distance avec les rendez-vous électoraux et plaident pour une transformation rapide en parti politique.

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S’il n’est ni le leader religieux ayant le plus de fidèles, ni celui qui a la plus haute autorité spirituelle, l’imam, qui a fait ses classes en Mauritanie puis à Médine en Arabie saoudite, est « un salafiste républicain. Son objectif est de moraliser la société, de rectifier les pratiques de gouvernance selon une éthique islamique. Aujourd’hui, c’est dans l’espace religieux que se joue réellement la politique et Dicko incarne désormais la société civile », décrit l’anthropologue Gilles Holder du laboratoire Mali cohésion territoire à Bamako.

Cauchemar des dirigeants français

Depuis une décennie, Mahmoud Dicko plaide pour une transformation du pays sur la base « des valeurs sociétales du Mali qui est à 98 % musulman ». « Notre problème est que nos élites veulent ressembler aux Occidentaux et nos religieux aux Arabes. Je suis d’abord Malien et j’en suis fier », assène-t-il. « Les gens veulent entendre que je veux imposer la charia mais si les lois s’appliquent bien, c’est une forme de charia. Les amputations, les lapidations sont des règles dissuasives qui ne s’appliquent pas et que l’islam n’a fait que récupérer », ajoute-t-il, soucieux de gommer l’image d’islamiste radical qui lui colle à la peau.

« Dicko n’est pas un religieux. Peut-être qu’il n’est pas même un musulman. C’est un politique. Il peut dire une chose à une personne et l’exact contraire à une autre cinq minutes après », grince pourtant un diplomate africain.

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Cauchemar des dirigeants français qui l’ont un temps dépeint comme la cinquième colonne des groupes djihadistes, l’imam espère lever « les incompréhensions » :

« Je communique avec l’extérieur en français. Il y a une partie de la France qui est en moi mais son erreur est d’avoir une politique destinée à l’élite et que le peuple ne le sent pas. En 2018, le président français a félicité IBK pour sa réélection avant que la Cour constitutionnelle donne le résultat. Ça, ça me révolte. »

Il y a en revanche des hommes que l’imam Dicko « adore ». « Il y a très longtemps j’ai passé toute une nuit à pleurer après avoir vu un documentaire sur ce qu’avait fait Raoul Follereau pour soulager les lépreux. J’aime cette bonté, comme celle de Martin Luther King », se souvient-il en prenant soin d’insister que ces modèles ne sont pas musulmans. Une larme semble se dessiner au coin de l’œil. Un acteur politique au sens plein du terme.



Via LeMonde Afrique

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« L’e-gouvernance peut aider les Etats africains à relever leurs défis économiques et sociaux »

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Tribune. Comme le disait un proverbe ottoman, « sans Etat, pas d’impôts, sans impôts, pas d’administration, sans administration, pas de citoyens, sans citoyens, pas d’Etat ». Aujourd’hui encore, trop de pays du Sud sont victimes de ce cercle vicieux, en particulier en Afrique subsaharienne. Beaucoup d’Etats impécunieux ne répondent pas aux attentes de leurs citoyens, qu’il s’agisse des fonctions régaliennes ou de l’Etat-providence, les rendant méfiants à l’égard d’autorités perçues comme lointaines, peu transparentes, voire déficientes. La pandémie liée au coronavirus vient exacerber cette situation, les Etats étant plus que jamais confrontés au double défi de mobiliser des ressources dans un contexte économique, voire sécuritaire, dégradé, tout en faisant face à des demandes sociales (santé, subventions aux produits de base, appui au tissu économique) en forte hausse.

Si elle n’est pas une solution miracle, l’e-gouvernance peut aider les Etats africains à relever ce double défi, comme en témoignent nombre d’expériences réussies, en Afrique même. L’e-gouvernement permet tout d’abord d’accroître les ressources des Etats et d’apporter de la transparence. L’établissement d’assiettes précises, la systématisation des paiements, la lutte contre la fraude sont autant d’avantages induits par la numérisation des processus.

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En Tanzanie, l’E-Government Authority permet aux entreprises de régler leurs impôts en ligne. De nombreux pays (Bénin, République démocratique du Congo) ont mis en place des guichets uniques portuaires numériques en concession, afin de mieux contrôler les flux internationaux (y compris la douane portuaire, source de revenus conséquents dans nombre de pays), d’apporter de la transparence et de maîtriser les coûts. Le Rwanda affiche de grandes ambitions, une administration 2.0 étant lancée à travers Irembo, une plateforme en ligne permettant un accès direct des citoyens aux administrations, tant sur les questions fiscales que de formalités telles que les certificats de naissance et de décès, le permis de conduire, le cadastre, etc. Au niveau macroéconomique, la numérisation permet également aux Etats de mieux calibrer – voire d’augmenter – le recours à la dette, grâce à un calcul plus précis de leur PIB réel. Par exemple, en 2013, une nouvelle méthode de calcul a quasiment doublé le PIB du Nigeria, à 510 milliards de dollars.

L’e-gouvernance est également un outil essentiel pour mettre en place des politiques publiques efficaces, et pas seulement à destination d’une petite frange de la population qui ne serait pas dans l’économie informelle. Le ciblage des populations fragiles peut ainsi être facilité par la compilation de données socio-économiques en ligne, tandis que le versement et le suivi des aides peuvent être optimisés via une plateforme numérique. Au Kenya et au Nigeria, à travers la start-up Cellulant, des e-vouchers publics aident les petits agriculteurs à avoir accès aux intrants. Et nombre d’Etats d’Afrique souhaitent s’inspirer de l’Inde, où le système d’identification biométrique Aadhaar, étendu à l’ensemble de la population, soit 1,2 milliard d’habitants, facilite l’octroi d’aides sociales aux plus vulnérables.

Une nouvelle industrie à part entière

La diversité de ces réussites continentales et internationales donne un aperçu de quatre prérequis pour développer l’e-gouvernance.

Premièrement, avoir une volonté politique forte et des plans d’actions précis. Grâce à une stratégie de long terme, Maurice est passé du 93e rang du classement mondial de l’ONU sur l’e-gouvernance en 2012 au 63e rang en 2020. Cette progression est notamment le résultat d’une coopération entre Maurice et l’Estonie, pays européen pionnier en la matière.

Deuxièmement, disposer d’une institution dédiée et de ressources financières adéquates, pouvant être partiellement apportées par des acteurs privés, sous forme de partenariats public-privé, et par des grandes institutions internationales. La Tunisie a ainsi obtenu 100 millions de dollars de la Banque mondiale pour développer son e-gouvernance.

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Troisièmement, investir dans la formation et le développement des ressources humaines. L’e-gouvernance a le potentiel de devenir une nouvelle industrie à part entière, créant des emplois pour les talents nationaux (codeurs, ingénieurs informatiques, chefs de projet), à l’image d’Atos Sénégal, qui emploie localement plus de 200 diplômés du secteur des technologies de l’information et du numérique sur des postes à valeur ajoutée.

Enfin, disposer d’infrastructures fiables et sécurisées, qu’elles soient légales ou physiques (réseau électrique, data centers, fibre, etc.). Le Maroc, pionnier en la matière, voit fleurir nombre de data centers « souverains » sur son territoire depuis 2017, le dernier (le Benguerir Data Center) venant d’être annoncé par l’Office chérifien des phosphates (OCP). Le fonds français STOA a récemment investi dans l’opérateur de centres de données Etix, qui compte notamment des data centers au Ghana, et dans un opérateur de fibre optique en Afrique du Sud, conformément à son objectif de développer les infrastructures essentielles en Afrique.

A l’image de ce qu’elle a fait dans les secteurs de la téléphonie et des fintechs, l’Afrique est aujourd’hui en mesure de réaliser un mouvement de « leapfrog » (saut de grenouille) décisif en matière d’e-gouvernance. Les premiers succès nationaux existent. L’intérêt d’une telle mutation est double : pour les citoyens, une meilleure qualité de services publics, des aides plus pertinentes ; pour les Etats, une efficacité démultipliée et une confiance renouée avec des citoyens de plus en plus exigeants envers leurs gouvernants.

Amaury de Féligonde est cofondateur d’Okan Partners, Gagan Gupta est PDG d’Arise et directeur Afrique d’Olam.



Via LeMonde Afrique

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