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Au Soudan, des producteurs de cacahuètes rejoignent la lutte contre la malnutrition

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Le fermier d’arachide soudanais Khair Daoud, 31 ans, dans son champ dans le village d’Ardashiva, dans l’Etat d’Al-Jazirah, au centre-est du Soudan, le 8 août 2020.

A Dar-es-Salam, dans l’est du Darfour, la cacahuète, c’est une très vieille histoire. Ici, personne ne saurait dire depuis combien de décennies on cultive l’oléagineux. Ce que tout le monde sait, en revanche, c’est que l’arrivée de l’usine de transformation d’arachides en Plumpy Nut – une pâte ultrariche administrée pour lutter contre la sous-nutrition – a décuplé l’intérêt pour le fruit à coque. « Grâce à ce travail, nous avons pu développer nos activités, scolariser les enfants, acheter un âne parfois, ou agrandir nos maisons », résume Ibrahim Rahma, un des paysans du coin.

Présentation de notre série L’Afrique veut manger à sa faim

Une amélioration globale qui ne l’empêche pas de se battre cette année, au nom de l’association de producteurs, pour une revalorisation des prix de leurs produits après une saison calamiteuse. Le Soudan connaît actuellement une inflation galopante qui mange le pouvoir d’achat des ménages, renforce l’insécurité alimentaire et oblige les Soudanais à dépenser une part exorbitante de leurs revenus pour se nourrir.

« Le Soudan est assez agricole pour être autosuffisant, et la production de ces doses de nourriture thérapeutique est un exemple à suivre », selon Rasha Al-Ardhi, nutritionniste à l’Unicef

Comme une bonne partie de la population, Ibrahim Rahma aussi souffre. D’un côté, il est heureux que sa matière première sauve des enfants, mais il a besoin lui aussi de vivre décemment, surtout en cette année de pandémie et de sécheresse. Il croit dans son combat, comme il croit à l’avenir des aliments thérapeutiques prêts à l’emploi (ATPE), qu’il contribue à produire. Pour lui et les autres, le Plumpy Nut, c’est une vraie innovation.

Au Soudan, où tous les voyants économiques sont au rouge, l’aventure des ATPE commence en 2012 avec la constitution d’un réseau de 2 000 cultivateurs formés à produire de l’arachide de bonne qualité. L’initiative est alors lancée par une entreprise locale, Samil, liée au groupe français Nutriset, un des spécialistes mondiaux de l’ATPE depuis les années 1990.

Matière première irréprochable

Pour fabriquer cet aliment hypercalorique et vitaminé que les ONG distribuent en cas de sous-nutrition, Samil a besoin d’une matière première irréprochable. L’entreprise l’achète auprès des paysans, qui trouvent ainsi le moyen d’écouler leur récolte, plutôt que de laisser les coques pourrir, comme c’était le cas avant, faute de stockage et de débouchés pérennes. Par ailleurs, tous les acteurs cherchent à faire avancer le pays vers un meilleur développement en aidant cette filière essentielle à se structurer. « Le Soudan est assez agricole pour être autosuffisant, et la production de ces doses de nourriture thérapeutique est un exemple à suivre », explique Rasha Al-Ardhi, nutritionniste à l’Unicef, pour qui « il est nécessaire de se concentrer sur les productions locales ».

Les Nations unies classent le Soudan au cinquième rang du marché mondial de l’arachide avec un produit qui, en 2019, a rapporté au pays 205,7 millions de dollars (175 millions d’euros), selon la Banque centrale soudanaise. Pour poser les premiers jalons d’une filière intérieure cette fois, Samil a d’abord ouvert une première usine, dans le quartier de Bahri, au nord de Khartoum, la capitale. Là, des tonnes de cacahuètes sont débarquées par camions, brassées dans de grandes cuves en acier, puis mélangées à du sucre, de l’huile, de la poudre de lait et des vitamines, avant d’être chauffées et compactées en une pâte hypernutritive. Ensuite, le Plumpy Nut est mis en sachets prêts à consommer sans cuisson, préparation ni adjonction. Une autre usine, plus grande encore que celle de Bahri, a ouvert ses portes au Darfour, où Ibrahim Rahma et ses voisins livrent leur arachide.

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« Nous devons produire cette pâte au plus près des zones de culture des cacahuètes et de distribution des ATPE », raconte Imane Abdelkarim, une des responsables de la Samil Industrial Company. Or le Darfour coche les deux cases en présentant à la fois un visage agricole et une population très démunie. « Après des années de guerre au Darfour, l’économie locale était en ruine, assure Mme Abdelkarim, au point que certains fermiers possédant 50 hectares de terre n’étaient pas capables d’en exploiter un cinquième. On les a accompagnés dans leurs démarches pour obtenir des prêts et du matériel, pour passer d’une agriculture de subsistance à une culture vraiment rentable. Parce que l’amélioration de leur situation profite à tout le monde. » De quoi aider les populations les plus fragiles de ces vastes terres ravagées par des années de conflit.

Populations vulnérables

Selon l’Unicef, 2,7 millions d’enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition dans le pays, dont plus de 500 000 sont sévèrement touchés, notamment dans le sud du Kordofan, au Darfour, mais aussi dans la région orientale où affluent désormais les réfugiés éthiopiens.

Or les populations d’exilés ou de déplacés internes sont les plus vulnérables. « Et lorsqu’on est confronté à des crises successives d’une telle ampleur, c’est une opportunité d’avoir des stocks d’ATPE produits localement, constate la docteure Rasha Al-Ardhi. Aujourd’hui, plus de deux tiers des sachets thérapeutiques que nous distribuons ici sont produits au Soudan », poursuit-elle, fière que le pays tienne entre ses mains une part de la solution.

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Les principaux clients de l’entreprise sont de grandes organisations internationales comme le Programme alimentaire mondial (PAM), l’Unicef ou Médecins sans frontières (MSF). Fut un temps où les sachets étaient exportés vers l’Ouganda, le Yémen ou le Tchad, mais aujourd’hui l’entreprise se concentre sur les besoins nationaux. « 50 % de nos stocks vont au Darfour, mais on approvisionne aussi largement les camps de réfugiés, les banlieues de Khartoum. On continue de grandir, on produit désormais 14 000 m3 d’ATPE par an », précise Imane Abdelkarim. Une montée en puissance qui a permis à l’entreprise la prise en charge de 2 millions d’enfants en 2020, contre 100 000 six ans plus tôt.

Au fond d’un dispensaire du camp de réfugiés de Hashaba, un jeune Soudanais désigne un gros carton à bande rouge, le regard fier. « C’est un produit de chez nous », lâche-t-il dans un demi-sourire. Une équipe du PAM a livré un stock de Plumpy Nut. Les petits sachets individuels seront distribués aux enfants de moins de 6 ans en malnutrition sévère.

Sommaire de notre série « L’Afrique veut manger à sa faim »

Relativement épargnée par la pandémie, l’Afrique a enregistré en 2020 sa première récession depuis vingt-cinq ans. Un ralentissement qui fait craindre pour la sécurité alimentaire de 250 millions d’Africains qui souffrent déjà de la faim à cause de conflits persistants et de la récurrence d’événements climatiques extrêmes. Auxquels se sont ajoutées, cette année, des inondations records dans la bande sahélienne et des invasions massives de criquets pèlerins en Afrique de l’Est.

Le Monde Afrique propose une série de reportages et de décryptages sur les moyens mis en œuvre pour remédier à la faim sur le continent.

Présentation de notre série Pour lutter contre la faim, l’Afrique s’invente de nouvelles solutions
Episode 1 Au Soudan, des producteurs de cacahuètes rejoignent la lutte contre la malnutrition



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« Une assistance technique et financière doit être mise en place sans délai pour renforcer les capacités hospitalières en Afrique »

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Tribune. Bien qu’il soit plutôt difficile de généraliser compte tenu de la diversité des contextes sur le continent africain, comparativement aux pays d’Europe de l’Ouest, aux Etats-Unis ou au Brésil, une grande partie des Etats africains a été plutôt épargnée par le Covid-19 lors des précédentes vagues de l’épidémie, à l’exception de l’Afrique du Sud et du Nigeria. Les raisons qui peuvent expliquer que certains pays aient plus rapidement réagi que d’autres ? Leur relative bonne préparation face aux pandémies (Ebola, tuberculose, sida…), comparés aux pays d’Europe de l’Ouest, doublée d’une grande réactivité dans les mesures prises. Cependant, depuis décembre, l’épidémie semble hors de contrôle dans certains pays d’Afrique de l’Ouest. Au Nigeria, fin décembre 2020, le nombre de cas s’élevait à 92 000, 54 000 au Ghana, 7 000 au Mali, et ces chiffres sont probablement bien en deçà de la réalité, les capacités en dépistage étant particulièrement limitées.

Dans les pays d’Europe de l’Ouest, pourtant dotés de systèmes de santé très performants, seuls des confinements stricts ont permis aux systèmes de santé de faire diminuer le taux de reproduction du virus pour permettre d’éviter l’implosion des systèmes de santé ; et même avec ces mesures drastiques, les systèmes de santé ont souvent été dépassés et des tris de patients ont parfois été nécessaires. Des patients touchés par d’autres pathologies ont quant à eux été pris en charge avec beaucoup de retard, faisant exploser les pertes de chance.

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Les pays d’Afrique à bas revenus comptent parmi les systèmes de santé les plus fragiles et les plus pauvres au monde. Dès lors, à un taux de reproduction du virus dans certains de ces pays similaire à celui connu en Europe au pic des deux premières vagues, les conséquences pourraient être absolument dramatiques, dans la mesure où les services de réanimation sont immédiatement saturés par à peine quelques malades.

« Bien commun »

Ainsi, en dépit d’une première vague globalement plutôt bien contenue, de nombreux Etats africains se trouvent aujourd’hui face à une potentielle crise majeure : devoir tenter de contenir cette nouvelle vague, avec des infrastructures hospitalières et des services de réanimation fragiles et sous-dotés en moyens humains, en lits et en équipements. Fin décembre 2020, des témoignages recueillis à l’hôpital du Mali, à Bamako, montraient par exemple que les services de réanimation se trouvaient dans une situation catastrophique, et ce alors que le pic de la vague au Mali n’a pas encore été atteint.

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Une Guinéenne nouvelle émissaire de l’ONU en RDC

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Bintou Keïta (à gauche) aux côtés d’Angelina Jolie, à New York, en mars 2019.

Bintou Keïta, Guinéenne, a été nommée émissaire de l’ONU en République démocratique du Congo (RDC), pour gérer l’une des plus importantes et difficiles opérations de casques bleus menées par l’Organisation dans le monde, ont annoncé jeudi 14 janvier les Nations unies.

Née en 1958, Bintou Keïta était jusqu’à présent sous-secrétaire générale de l’ONU pour l’Afrique, après avoir été adjointe aux opérations de maintien de la paix (2017). Elle a rejoint les Nations unies en 1989 et a notamment occupé des fonctions au Darfour (2015) et au Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef).

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Elle succédera en février à l’Algérienne Leila Zerrougui qui aura été en mission pendant trois ans en RDC. Selon des diplomates, la fonction d’émissaire dans ce pays est particulièrement exigeante et éprouvante.

La Mission de l’Organisation des Nations unies en RDC (Monusco) compte environ 15 000 casques bleus, avec un budget annuel atteignant plus d’un milliard de dollars. Son mandat a été renouvelé en décembre 2020 par le Conseil de sécurité de l’ONU pour un an, avec une amorce prudente de désengagement étalé sur plusieurs années, sans échéance de fin établie.

Lire aussi « La RDC ne devrait pas récompenser ceux qui ont pris les armes contre elle »

Le Monde avec AFP



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La lutte pour l’ouverture des archives sur le Rwanda entre dans une phase décisive

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Le 1er juillet 1994, les commandos de marine interviennent sur Butare, au Rwanda.

Au printemps 1994, le génocide commis contre les Tutsi au Rwanda a fait près de 800 000 morts. Pour avoir formé militairement le régime hutu et l’avoir soutenu politiquement, le rôle de la France demeure un sujet de contentieux brûlant depuis vingt-six ans. Il se noue autour d’une question : les acteurs politiques et militaires français peuvent-ils être accusés de complicité dans ce génocide ? Au fil du temps, les dispositifs de justification et de déni de ces responsables se sont craquelés, tandis que le travail historiographique avançait, inexorablement.

En juin 2020, après cinq années de procédures, le Conseil d’Etat a autorisé un chercheur, François Graner, à consulter les documents déposés par le président alors en fonctions, François Mitterrand, aux Archives nationales. Sa demande a été acceptée en vue de la publication d’un ouvrage sur la politique de l’ex-chef de l’Etat en Afrique centrale. Les cartons étaient en principe couverts par un protocole ne permettant leur ouverture au public que soixante ans après la fin de son second septennat. « La protection des secrets de l’Etat doit être mise en balance avec l’intérêt d’informer le public sur ces événements historiques », a estimé la plus haute juridiction administrative, annulant deux précédentes décisions du ministère de la culture.

Dans les cartons, dont une partie du contenu avait déjà fuité, se trouvent des télégrammes diplomatiques, des notes destinées au président, des synthèses sur la situation au Rwanda, des annotations manuscrites de conseillers à l’Elysée, des résumés de propos tenus en conseil de défense restreint… Ces archives révèlent aussi des idées personnelles du président, du premier ministre et de hauts fonctionnaires. Il ne s’agit pas là de sources exhaustives, loin de là, mais de documents présentant un intérêt public évident, plus de vingt-six ans après le génocide. Au cours de l’été 2020 et sous certaines conditions – il est, par exemple, impossible d’emporter des documents ou de les photographier –, François Graner a pu s’y plonger, avant de transmettre au Monde une première synthèse.

Feuilleton

Le sort des archives de l’Elysée sur le Rwanda constitue en soi un feuilleton. Il raconte l’opiniâtreté de quelques chercheurs et la résistance systématique des gardiens du temple mitterrandien, refusant d’exposer au grand jour tous les aspects de la politique de la France au Rwanda : son entêtement à soutenir le régime militaire hutu et la protection accordée à ses dirigeants, ses ambiguïtés autant que ses mensonges à compter de 1990 jusqu’au massacre de près de 800 000 Tutsi, entre avril et juillet 1994. « Je suis perplexe à la fois sur la question des archives sur le Rwanda, et sur celle de la protection générale des archives présidentielles et ministérielles, souligne Hubert Védrine, secrétaire général de l’Elysée entre 1991 et 1995. Sur le premier point, je rappelle que la France est le pays qui a le plus ouvert ses archives. Arrêtons cette focalisation. Il faudrait une commission internationale pour que cela soit aussi fait aux Etats-Unis, en Belgique ou en Israël. Sur le second point, la décision du Conseil d’Etat pose problème. Il existe un enjeu sur le plan des données personnelles et de la sécurité nationale. »

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