Le cadavre de Nevith Condes, 42 ans, a été découvert samedi près de la ville de Tejupilco. C’est le dixième journaliste tué en 2019, soit davantage que sur l’ensemble de l’année dernière.

Par Publié aujourd’hui à 18h13, mis à jour à 18h15

Temps de Lecture 3 min.

Quelques manifestants se sont rendus devant le ministère de l’intérieur à Mexico, le 21 août 2019, pour dénoncer les crimes commis à l’encontre des journalistes dans le pays.
Quelques manifestants se sont rendus devant le ministère de l’intérieur à Mexico, le 21 août 2019, pour dénoncer les crimes commis à l’encontre des journalistes dans le pays. Rebecca Blackwell / AP

Les crimes de presse battent de nouveaux records au Mexique, où un quatrième journaliste a été assassiné en moins d’un mois. Le cadavre de Nevith Condes, 42 ans, a été découvert samedi 24 août près de la ville de Tejupilco, dans le centre du pays. Le directeur du portail d’information local, Observatorio del Sur, est le dixième journaliste tué en 2019, soit davantage que sur l’ensemble de l’année dernière.

Le corps de M. Condes, qui a été trouvé dans une zone montagneuse du sud de l’Etat de Mexico, présentait plusieurs blessures à l’arme blanche selon le parquet de cette région, voisine de la capitale. Le journaliste couvrait l’actualité locale dans cette zone rurale, meurtrie par les cartels de la drogue. Leur guerre sanguinaire entre eux et contre le gouvernement a fait 33 500 morts en 2018 au niveau national, un record depuis plus de vingt ans. Depuis, l’hécatombe ne cesse de croître avec 20 135 homicides de janvier à juillet 2019.

Lire aussi Une journaliste assassinée au Mexique, la sixième depuis le début de l’année

La quasi-totalité des crimes restent impunis

Les professionnels de la presse sont en première ligne. Trois autres journalistes avaient déjà été assassinés plus tôt en août dans les Etats de Veracruz (est) et de Guerrero (ouest). Ce chiffre portait à neuf le nombre de crimes de presse depuis le début de l’année, soit autant qu’en 2018. Selon Reporters sans frontières (RSF), le Mexique est le pays le plus meurtrier au monde pour les professionnels de la presse, après l’Afghanistan et la Syrie, avec plus d’une centaine de journalistes tués depuis 2000. D’après l’organisation de défense de la presse Article XIX, 99 % de ces crimes restent impunis.

L’enquête est en cours pour déterminer si le meurtre de M. Condes est lié à ses activités journalistiques à Tejupilco, municipalité de 70 000 habitants. La piste du crime organisé n’est pas écartée, selon les autorités. Mais la presse locale rappelle aussi que des articles publiés par M. Condes sur la corruption policière avaient provoqué des tensions avec le gouvernement local. Au Mexique, un journaliste est agressé toutes les 16 heures par la délinquance organisée mais aussi par des représentants des autorités, selon Article XIX.

En juin, M. Condes avait été l’un des premiers à couvrir la chute d’un hélicoptère, après des échanges de coups de feu entre des policiers et des délinquants. Dans la foulée, il avait reçu des menaces de mort, selon certains de ses collègues interviewés par la presse locale. M. Condes avait alors sollicité la protection du gouvernement fédéral. D’après RSF, l’intéressé avait finalement refusé les mesures de sécurité proposées par l’organisme public dédié, en raison de la procédure bureaucratique que nécessite leur obtention.

Un programme de protection critiqué

Créé en 2012, le Mécanisme de protection des journalistes et des défenseurs des droits de l’homme gère les cas de plus de 900 personnes menacées, dont un tiers de journalistes. Ces derniers sont parfois déplacés dans d’autres régions du pays, certains protégés par des gardes du corps ou des « boutons d’urgence » reliés aux services de police. Mais l’efficacité du programme est fortement critiquée. Un rapport publié le 22 août par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les droits de l’homme (ONU-DH) dénonce « son manque de ressources économiques et matérielles pour garantir son fonctionnement adéquat ». Le tout alors que le nouveau président de centre gauche, Andres Manuel Lopez Obrador, mène une sévère cure d’austérité au sein des services publics.

Selon le rapport, le mécanisme aura besoin pour fonctionner de 325 millions de pesos (14,5 millions d’euros) en 2019. « Pourtant, son budget n’est que de 207,6 millions de pesos (9,2 millions d’euros), moins qu’en 2018 et 2017 », alerte ONU-DH. Le rapport déplore aussi le manque de personnel avec seulement 36 salariés, qui gèrent en moyenne les cas de 155 personnes menacées.

Pour redresser la barre, le ministère de l’intérieur a sollicité, en avril, une rallonge budgétaire de 150 millions de pesos (6,7 millions d’euros). « Mais les fonds n’ont toujours pas été alloués », dénonce ONU-DH. Aucune personne menacée n’a pu sortir du programme en 2018 en raison des risques encourus. Pis, sept journalistes ont été assassinés, depuis 2012, alors qu’ils bénéficiaient de mesures de protection du mécanisme. Samedi, la Commission mexicaine des droits de l’homme (CNDH) a déploré, dans un communiqué, que la violence contre les journalistes soit « l’un des principaux obstacles qui empêchent que notre pays se renforce en tant que démocratie ».

LeMonde.fr

Auteur

Laisser un commentaire