Suivez-nous

Afrique

au Maroc, les hôpitaux craignent d’être submergés par la deuxième vague

Publié

sur


Dans un hôpital militaire installé à Nouaceur, au sud de Casablanca, pour faire face à la pandémie liée au coronavirus, le 18 avril 2020.

Dans le service de réanimation de l’hôpital Ibn Rochd, à Casablanca, la ligne rouge qui serpente au sol trace une frontière entre la vie et la mort. Jour et nuit, une armée de soignants couverts de la tête aux pieds la traversent pour rejoindre les patients intubés ou sous respirateur artificiel derrière les portes vitrées qui les isolent du monde extérieur.

La plupart sont plongés dans un sommeil profond. Un homme de 70 ans, qui a émergé du coma artificiel mais se trouve toujours en détresse respiratoire, jette des regards implorants. « Ceux qui survivent sont transférés dans les hôpitaux régionaux, où sont admis les patients Covid-19 dans un état moins grave, en attendant d’aller mieux et de rentrer chez eux. Les autres ne survivent pas », soupire Lahoucine Barrou, le chef de service.

Lire aussi Covid-19: le Maroc aussi veut son vaccin

Sur les plus de 300 000 cas de Covid-19 enregistrés par le Maroc, 18 % se trouvent dans la région de Casablanca-Settat, malgré les mesures de confinement mises en place en septembre pour enrayer l’épidémie. Si le pays a été relativement épargné lors de la première vague, les chiffres n’ont cessé de grimper depuis la rentrée, atteignant des records de contamination avec plus de 5 000 nouveaux cas quotidiens – même si le taux de létalité reste en dessous de 1,7 %.

« Nous nous préparons au pire »

« Nous sommes en plein dans la deuxième vague, nous nous préparons au pire, confie M. Barrou. Pour l’instant, nous arrivons à avoir de la place en réanimation, mais demain nous serons dépassés. » Déjà fragilisés par une pathologie comme un diabète, une insuffisance rénale ou la maladie d’Alzheimer, tous les patients arrivent dans un état critique. « Je les appelle les victimes du Covid-19 car ils ne l’ont pas cherché : ça leur est tombé dessus », regrette le réanimateur.

A 90 ans, la doyenne du service de réanimation n’avait pas mis le nez dehors depuis le début de l’épidémie. Elle a pourtant été contaminée. « Visiblement, les gens continuent de rendre visite aux personnes âgées, de façon totalement inconsciente ! Et nous avons aussi des patients très jeunes », s’indigne M. Barrou en désignant une chambre individuelle. Là, derrière la ligne rouge, gît, inconscient, un homme de 32 ans atteint de trisomie 21. Son père, lui aussi contaminé, est décédé la veille mais il ne le sait pas encore. « Maintenant, qui va s’occuper de lui ? », souffle le médecin.

Episode 11 Au Maroc, un « trou d’air » nommé coronavirus dans le secteur aéronautique

Rattaché au centre hospitalier universitaire (CHU) de Casablanca, l’hôpital Ibn Rochd, le plus grand du royaume avec ses 45 hectares, dispose de 65 lits en réanimation. Depuis la crise sanitaire, quatre services de réanimation comprenant 70 lits supplémentaires ont été créés et équipés pour accueillir les malades du coronavirus. Chaque semaine, une cinquantaine de patients y sont admis. « Nous avons déplacé tout un service de chirurgie pour créer une réanimation. Nous ne prenons que les cas sévères, car nous avons les machines permettant d’utiliser différentes techniques d’oxygénothérapie », explique le réanimateur.

Dans le reste du Maroc, les hôpitaux ont doublé leur capacité d’accueil en soins intensifs et en réanimation et se sont équipés de respirateurs artificiels. « Mais ce ne sont pas les machines qui posent problème. Le matériel, ça s’achète. L’humain, ça ne s’achète pas », tranche le médecin.

Les urgences sont débordées

Car le personnel soignant manque cruellement. Ces derniers mois, des médecins et infirmiers d’autres services ont été appelés en renfort et le CHU a recruté plusieurs diplômés de l’école d’infirmiers pour prêter main-forte aux réanimateurs. Mais les effectifs restent insuffisants à l’échelle nationale. Avec 12 000 médecins dans le secteur public pour 36,5 millions d’habitants, le système tout entier est sous tension. « Ça devient dur. La fatigue se fait de plus en plus sentir », confie Kamal Marhoum El Filali, chef de service des maladies infectieuses, dont la moitié du service a été réquisitionnée pour participer à l’essai clinique du vaccin développé par le laboratoire chinois Sinopharm.

Reportage « On n’a plus rien à vendre » : au Maroc, la crise sanitaire met un coup d’arrêt à la contrebande

Au CHU, les médecins reconnaissent que les erreurs commises lors de la première vague ont permis de mieux connaître la maladie. Mieux équipées, plus alertes, les unités de soins intensifs et de réanimation font mieux face au virus. Mais tous regrettent les comportements « irresponsables » de la population et un « relâchement généralisé » face à la gravité de la situation. « Les patients qui arrivent ici sont déjà dans un état sérieux. Soit parce qu’ils ne croyaient pas au Covid-19, soit parce qu’ils ont préféré s’automédiquer », regrette M. Barrou. Des malades ont même fait installer des salles de réanimation à domicile, munies d’extracteur d’oxygène, pour éviter de se rendre à l’hôpital. « C’est très dangereux. Les patients en insuffisance respiratoire doivent être surveillés de près. Malheureusement, beaucoup décèdent à l’arrivée aux urgences parce que c’est déjà trop tard. »

Le retard de diagnostic aggrave aussi le risque de complications mortelles. Avant d’arriver à l’hôpital, les patients qui présentent des symptômes vivent un véritable parcours du combattant. « Le circuit est long avant d’arriver à la bonne structure. Parfois les généralistes ne détectent pas la maladie et les choses s’aggravent », reconnaît M. Barrou. Depuis quelques semaines, les hôpitaux régionaux et les centres de santé sont pris d’assaut. Les urgences, particulièrement débordées, ne parviennent plus à faire face au flux de patients. « Même pour aller chercher le traitement à l’hôpital, c’est la guerre ! », se lamente Moncef Chaouki, dont le père vient d’être testé positif : « On ne sait plus où aller ni à qui s’adresser. Le CHU ne prend que les patients quasiment mourants et pour les autres, il n’y a de la place nulle part. »



Via LeMonde Afrique

Annonce
Cliquez pour commenter

Laisser une Réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Afrique

Les Etats-Unis proposent au Mozambique de l’aider à lutter contre le djihadisme

Publié

sur


Contrôle d’identité par la police militaire à Quelimane, dans la province de Zambezia, dans le nord du Mozambique, le 19 novembre 2020.

Les Etats-Unis ont promis, jeudi 3 décembre, d’aider le Mozambique à lutter contre l’insurrection islamiste qui menace la province riche en ressources de Cabo Delgado, dans le nord du pays.

Lire aussi Des dizaines de villageois tués par des islamistes dans le nord du Mozambique

Le coordinateur de la lutte contre le terrorisme au département d’Etat, Nathan Sales, a rencontré le président Filipe Nyusi à Maputo. « Les Etats-Unis souhaitent approfondir leur amitié avec le Mozambique au moment où nous sommes tous les deux confrontés au défi du terrorisme », a déclaré le responsable américain dans un communiqué.

Sanglante insurrection

Nathan Sales a souligné la nécessité d’une coopération internationale pour mettre fin au conflit dans le nord du Mozambique, qui dure depuis trois ans et a causé la mort de plus de 2 000 personnes, provoquant le déplacement forcé de 500 000 autres.

Un groupe désigné localement sous le nom d’Al-Chabab (« les jeunes » en arabe) a lancé une sanglante insurrection en 2017 dans la province de Cabo Delgado et fait en 2019 allégeance à l’Etat islamique.

Lire aussi Le Mozambique, entre gaz et djihad

Le conflit se déroule dans une région stratégique pour l’exploitation d’immenses réserves de gaz naturel liquéfié, sur lesquelles compte ce pays pauvre d’Afrique australe pour augmenter ses revenus et devenir l’un des principaux exportateurs mondiaux.

Le Monde avec AFP



Via LeMonde Afrique

Continuer La Lecture

Afrique

« la Côte d’Ivoire et le Ghana à l’offensive contre les multinationales Hershey et Mars »

Publié

sur


Une plantation de cacaoyers, près de Sinfra, en Côte d’Ivoire, en octobre 2019.

Matière première. Les planteurs de cacao africains vont-ils croire encore au Père Noël ? Pourtant, en cette saison festive, les confiseries au chocolat dégoulinent en rayons dorés dans les magasins. Prêtes à séduire le client gourmand désireux de s’offrir un petit plaisir sucré. Mais cette brillante vitrine cache une arrière-boutique plus sombre. En coulisse, les relations entre pays producteurs de fèves, négociants et fabricants de chocolat sont souvent tendues, voire opaques.

Cette année, brusquement, le rideau est tombé. Et la lumière crue des projecteurs médiatiques s’est braquée sur une bataille placée désormais sur la scène publique. Titre de la pièce : « Cacophonie au pays du cacao ». L’offensive a été lancée lundi 30 novembre, conjointement par la Côte d’Ivoire et le Ghana. Deux pays qui, à eux seuls, produisent près des deux tiers des fèves mondiales. Avec la volonté de créer un « OPEP du cacao », sur le modèle de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, ils ont décidé, cette année, d’aligner le prix payé aux planteurs.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi « Plus de beurre pour le cacao »

De plus, ils ont incité les multinationales du chocolat à s’asseoir autour de la table et à contribuer à une aide tarifaire. Les industriels se sont engagés à verser, à partir du 1er octobre 2020, un « différentiel de revenu décent » de 400 dollars (328,70 euros) la tonne, venant s’ajouter au cours de la matière première cotée à Londres. Un peu de beurre pour les producteurs de cacao.

La moitié des planteurs vit sous le seuil de pauvreté

Or, la Côte d’Ivoire et le Ghana accusent ouvertement les groupes américains Hershey et Mars de ne pas jouer le jeu. Hershey se serait tourné vers le marché à terme de New York pour faire ses emplettes, afin d’éviter la prime. Des achats qui ont fait bouillir le cours du cacao sur cette place de cotation. Le confiseur a vu, en représailles, ses programmes de certification de production de cacao durable suspendus par les autorités. Les deux entreprises visées ont répliqué en niant le bien-fondé de ces accusations et en protestant de leur bonne foi.

Vendredi 4 décembre, l’organisme public qui gère la filière cacao en Côte d’Ivoire a finalement levé ses sanctions, selon une lettre adressée à Hershey. « Cette levée de suspension fait suite à votre engagement définitif à payer le DRD » (différentiel de revenu décent), écrit le directeur général Yves Koné au géant chocolatier américain.

Le sujet est sensible quand, selon la Banque mondiale, la moitié des planteurs africains vit sous le seuil de pauvreté. Et que ces derniers devaient bénéficier d’une hausse de 20 %, avec un prix fixé à 1 000 francs CFA (1,52 euro) par kilo de fèves brunes. Une promesse faite alors que le président de la Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara, vient de décrocher sa réélection sur fond de fortes tensions et que son homologue ghanéen, Nana Akufo-Addo, brigue, lui, le 7 décembre, un nouveau mandat. Les planteurs ne veulent pas de médaille en chocolat…



Via LeMonde Afrique

Continuer La Lecture

Afrique

En Afrique de l’Ouest, la faim avance avec le djihadisme et ses violences

Publié

sur


Des personnes déplacées du nord du Burkina Faso, à Kaya, le 2 février 2020.

Au Sahel et en Afrique de l’Ouest, la faim avance avec le djihadisme et ses violences. Si rien n’est fait, le nombre d’affamés devrait atteindre un niveau record au printemps prochain, avertissent les experts chargés de coordonner la sécurité alimentaire de dix-sept pays de la zone.

Depuis octobre, 16,7 millions de personnes souffrent de la faim dans les pays étudiés par le Réseau de prévention des crises alimentaires (RPCA) qui s’est réuni jeudi 3 décembre autour des représentants des pays concernés et des bailleurs de fonds internationaux (agences de développement, Union européenne, Banque mondiale, ONU, ONG).

Lire aussi Cartographier la famine en temps réel pour tenter de mieux la combattre

Les experts estiment que la situation va encore empirer : si des mesures rapides ne sont pas prises, près de 24 millions de personnes devraient souffrir de la faim en Afrique de l’Ouest d’ici à l’été, période tendue dite de « soudure » où les greniers sont vides en attendant les récoltes suivantes.

Cette année, alors que les récoltes se sont améliorées, la principale cause de la dégradation de la sécurité alimentaire vient de la violence, l’insécurité civile et les bandes armées qui se multiplient, surtout dans le nord-ouest du Nigeria, ont souligné à mots couverts les experts lors de cette réunion virtuelle entre Niamey, Ouagadougou, Dakar, Abuja, Bamako et les capitales occidentales, à laquelle l’AFP a assisté.

« Les attaques augmentent chaque jour »

Le massacre la semaine dernière dans le nord-est du Nigeria de soixante-seize ouvriers agricoles égorgés par le groupe Boko Haram, en pleine saison de récolte du riz, illustre la volonté de créer des pénuries, déstabiliser des filières d’approvisionnement pour que les organisations terroristes puissent prendre le contrôle de secteurs agricoles, a estimé récemment Yan Saint-Pierre, qui dirige le centre d’analyse en sécurité Modern Security Consulting Group.

« Le djihadisme a créé quatre millions de déplacés et cela ne fait qu’augmenter. Les zones d’attaques armées augmentent chaque jour, a résumé pour l’AFP Sy Martial Traoré, responsable de la sécurité alimentaire pour le Comité permanent inter-Etats de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (CILSS). Ils ont abandonné leurs terres qui ne produisent plus. »

Lire aussi Coronavirus : 50 millions de personnes menacées par la faim en Afrique de l’Ouest d’ici à quelques mois

Rien qu’au Nigeria, le nombre de personnes menacées par la faim l’été prochain pourrait ainsi représenter 12,9 millions de personnes selon les prévisions, contre 9,2 millions actuellement. Deuxième pays de la zone le plus touché, le Burkina Faso avec 2,7 millions de personnes potentiellement affectées par une faim aiguë l’été prochain contre 2 millions actuellement.

Pourtant, la région a plutôt bien réagi à deux autres périls qui la menaçaient : la pandémie de Covid-19 et l’invasion de criquets pèlerins sur les cultures, venue de Somalie et de l’est du continent.

Reconstituer les stocks de céréales

Grâce notamment à la mise à disposition des « dernières technologies en matière de surveillance aérienne » par l’Agence des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO), les « criquets ne sont pas arrivés en Afrique de l’Ouest », s’est réjoui Alain Sy Traoré, directeur agriculture et développement rural, chef de la division filières et marché à la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao).

Dans le domaine des ravageurs, le représentant de la FAO s’est gardé de pavoiser, soulignant notamment les risques pour les récoltes liés aux chenilles processionnaires et le besoin de maintenir la garde sur le front est de la lutte anti-acridien.

Lire aussi Près de 135 millions de personnes dans 55 pays étaient au bord de la famine en 2019

La pandémie de Covid-19 a, elle, occasionné des « perturbations des activités agricoles, des ruptures des chaînes d’approvisionnement local des marchés et la perte de nombreux emplois », a souligné le commissaire à l’agriculture de la Cédéao, Sékou Sangaré.

Mais l’appui à la production agricole, accéléré par les bailleurs de fonds via la distribution anticipée de milliers de tonnes d’engrais, de semences, d’aliments pour bétail et de semences fourragères, a permis à plusieurs pays de reconstituer leurs stocks de céréales cette année. « Moi, je dis bravo au Covid-19, à quelque chose malheur est bon », s’est réjoui Alain Sy Traoré.

Dernier sujet d’inquiétude, la flambée des prix mondiaux des produits alimentaires de base, céréales, huiles, sucre, produits laitiers et viande, annoncée jeudi par la FAO. Se souvenant des émeutes de la faim qui ont suivi la crise financière de 2007-2008, un participant a notamment dénoncé « la forte concurrence d’acteurs étrangers, chinois, turcs ou marocains qui achètent à plus de 300 francs CFA le kilo d’arachide presque dans les villages en dehors des marchés » pour constituer des stocks.

Le Monde avec AFP



Via LeMonde Afrique

Continuer La Lecture

Suggestion