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Au Mali, crispations autour de la formation du Conseil national de transition

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Le vice-président de la transition, Assimi Goïta, lors des funérailles de l’ex-président Amadou Toumani Touré, à Bamako, le 17 novembre 2020.

Trois mois après un putsch salué par une large frange de la population malienne, l’état de grâce est-il terminé pour ses principaux meneurs ? L’espoir d’un nouveau départ insufflé par les militaires du Comité national pour le salut du peuple (CNSP) quand ils ont renversé l’ex-président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) est vite retombé face aux réalités d’une société exaspérée par des années de gouvernance erratique.

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« Les gens déchantent », souligne Housseini Amion Guindo, président de la formation naissante Espérance nouvelle et du parti Convergence pour le développement du Mali (Codem). Preuve de ce mécontentement qui recommence à poindre, les différents syndicats de fonctionnaires appellent leurs adhérents à faire grève. Si le CNSP s’était félicité, début septembre, d’avoir mis un terme à la crise scolaire qui persistait depuis décembre 2019, ce sont désormais les agents de santé, les administrateurs territoriaux ou encore les professeurs du supérieur qui réclament des droits que les gouvernements passés leur avaient concédés sans jamais tenir leurs promesses.

Chacun espérait sa part du gâteau

A ce début de crise sociale s’ajoutent de sérieuses crispations politiques. Après la désignation d’un président, d’un premier ministre et d’un gouvernement de transition entre fin septembre et début octobre, c’est la formation du Conseil national de la transition (CNT, l’organe législatif) qui a réveillé les tensions. Chacun espérait sa part du gâteau, à commencer par le Mouvement du 5 juin-Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP), fer de lance de la contestation sociale qui a précédé la chute d’IBK. Celui-ci réclamait un quart des 121 sièges prévus. Finalement, selon les décrets publiés le 10 novembre, seuls huit sièges lui sont accordés. Onze reviennent aux représentants des partis et regroupements politiques, 22 aux forces de défense et de sécurité et le reste à différentes composantes de la société civile.

« Ils veulent enterrer la démocratie malienne. Vous pouvez me dire où se trouve la représentativité ici ? », tempête Housseini Amion Guindo, dont la formation comprend seize partis et des dizaines d’associations. Les principales forces politiques craignent que le pouvoir leur glisse entre les doigts au profit de la junte, qui a déjà placé ses principaux membres à la tête des ministères et autres postes clés. « D’autant que les membres du CNT sont désignés par le vice-président, Assimi Goïta [l’homme fort de la junte], normalement chargé des questions de sécurité, et que les principaux partis n’ont bénéficié que de quarante-huit heures pour choisir leurs candidats », continue cet ancien ministre, qui n’est pas le seul à mal digérer la nouvelle. Par la voix du président de son comité stratégique, Choguel Kokalla Maïga, le M5-RFP a fait savoir qu’il avait « unanimement décidé de ne pas participer au CNT dans le format proposé » : « Par conséquent, le M5-RFP dénie à quiconque d’y participer en son nom », peut-on lire dans un communiqué.

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Cette ligne est de plus en plus suivie. Alors que chacun essayait de placer ses pions au lendemain du coup d’Etat, « les positions deviennent beaucoup plus rationnelles », observe Boubacar Haïdara, chercheur associé au laboratoire Les Afriques dans le monde de Sciences Po Bordeaux : « Et on assiste à la création d’un front commun contre le CNSP, composé des principaux regroupements politiques du Mali. » Qu’il s’agisse du Front pour la sauvegarde de la démocratie (FSD), composé des plus fervents opposants à l’ancien régime, de la formation Ensemble pour le Mali (EMP), qui représente la majorité déchue, ou encore du parti Yéléma, de l’ancien premier ministre Moussa Mara, tous ont appelé au boycott du CNT.

Une quarantaine de candidatures validées

« Le problème aujourd’hui, c’est qu’on n’arrive pas à avancer avec le CNSP et que les choses ne marchent pas comme nous l’avions souhaité », regrette Soungalo Traoré, cadre de l’Union pour la république et la démocratie (URD), principal parti d’opposition qui s’était dit prêt à accompagner la transition. Affirmant vouloir former un gouvernement apolitique, les membres de la junte ont évincé le groupe pour choisir les heureux élus au cas par cas.

Qui siégera au CNT ? Selon plusieurs sources interrogées, les militaires ont commencé par prospecter avant de publier l’appel à candidatures. Clément Dembélé, président de la Plateforme contre la corruption et le chômage (PCC) et membre fondateur du M5-RFP, a par exemple été approché. Comme « beaucoup de gens hors des partis, affirme-t-il, pour que le CNT ne soit pas un organe purement politique mais plus représentatif du peuple malien ». Lui a décidé de ne pas y participer, mais il constate que d’autres ont fait le choix de ne pas respecter le mot d’ordre de leur famille politique pour entrer dans les rangs de la transition. Une quarantaine de candidatures ont déjà été validées.



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comment la recherche tente de décrypter nos perceptions

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En juin, Emmanuel Macron accusait en bloc « le monde universitaire », « coupable » selon lui d’« encourage[r] l’ethnicisation de la question sociale », et de conduire au séparatisme. Ce qu’a repris à son compte, le 25 octobre, le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer. Pour l’historien Pap Ndiaye, auteur en 2008 de La Condition noire. Essai sur une minorité française (Calmann-Levy, disponible en poche), « les positions de recherche se trouvent caricaturées, jusqu’à emprunter au vocabulaire de l’extrême droite, comme l’islamo-gauchisme. On n’est plus dans le débat, mais dans l’anathème », estime-t-il. Mais que se passe-t-il vraiment dans l’université ?

Episode 1 François Gemenne : « L’universalisme français a perdu sa dimension universelle et cosmopolite »

Des intellectuels, des chercheurs ou des psychanalystes reprochent au recours à la « race » d’occulter les luttes sociales traditionnelles et d’essentialiser les communautés, comme cela a pu être le cas de certains militants radicaux telle Houria Bouteldja, auteure du très controversé Les Blancs, les Juifs et nous (La Fabrique, 2016). La majorité des travaux sur la race restent toutefois prudents et aussi paradoxal que cela puisse paraître, renvoient non pas à une réalité biologique sur laquelle tout le monde s’accorde pour dire qu’elle n’existe pas, mais bien à une catégorie sociale.

« Désigner la position sociale »

« Quand on utilise les expressions personnes non blanches ou personnes blanches », écrit dans Race (Anamosa, 2020) Sarah Mazouz, sociologue chargée de recherches au CNRS, on ne cherche pas à caractériser la couleur de peau, mais à désigner la position sociale que les unes et les autres occupent en fonction de la manière dont les processus de racialisation opèrent dans un contexte particulier. Travailler sur la racialisation permet ainsi de voir par exemple que, selon les contextes, toutes les personnes qui ont la peau blanche ne sont pas catégorisées comme telles et ne bénéficient pas des privilèges qui reviennent à celles et ceux définis comme blanc.he.s. » Raison pour laquelle ces travaux ne parlent pas « des » Noirs ou « des » Blancs, mais de la condition noire ou de la condition blanche. Aux Etats-Unis, par exemple, les Irlandais ou les Italiens ont longtemps été exclus des Blancs, ainsi que le détaille dans son Histoire des Blancs l’historienne Nell Irvin Painter (Max Milo, 2019). Car être « blanc », signifiait être en position de domination.

Episode 2 Lilian Thuram : « Pour ne pas avoir conscience qu’il y a un privilège blanc, il faut être blanc »

Dans l’ouvrage De quelle couleur sont les Blancs dirigé par Sylvie Laurent et Thierry Leclère (La découverte, 2013), quand on demande à l’historien Gérard Noiriel « qu’est-ce qu’être blanc ? », il répond que cette question « n’a rien de scientifique ». Et à ses yeux, « la racialisation du discours public contribue à l’enfermement identitaire de la fraction déshéritée de la jeunesse populaire. Privés de toute possibilité de diversifier leurs appartenances et leurs affiliations, ces jeunes intériorisent un vocabulaire racial qu’ils n’ont pas inventé, mais dans lequel ils se reconnaissent, ce qui explique qu’ils puissent se représenter le monde social de manière binaire et ethnicisée ». Ce qui signifierait donc bien une ethnicisation de la question sociale, celle-là même que le chef de l’Etat dénonçait en juin et à laquelle, selon Gérard Noiriel et Stéphane Beaud dans une tribune publiée dans Le Monde, il aurait lui-même contribué en employant à plusieurs reprises l’expression de « mâle blanc ». Reste qu’à partir des mêmes contenus, l’analyse peut aussi différer…

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la sélection musicale du « Monde Afrique » #30

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Chaque mercredi, Le Monde Afrique vous présente trois nouveautés musicales issues ou inspirées du continent. Cette semaine, place au cosmopolitisme avec le duo franco-camerounais Bafang, le groupe suisse Sirens of Lesbos et la formation afro-colombienne Nkumba System.

« Ibabemba », de Bafang

Une mère française, un père camerounais, un modèle nommé Jimi Hendrix, des influences allant du blues de Tinariwen au makossa de Manu Dibango, une batterie, une guitare, quelques effets et deux voix… Tel est le cocktail survitaminé qui définit le duo afro-rock Bafang, basé en Normandie et composé des frères Lancelot et Enguerran Harre, dont le premier album, Elektrik Makossa, est paru vendredi 27 novembre. Bafang, c’est la ville d’origine de leur père, dans l’ouest du Cameroun, et l’une des dix-neuf localités citées dans le morceau Ibabemba, voyage psychédélique entre la France et l’Afrique.

« Like Some Dream », de Sirens of Lesbos (feat. JID)

Melting-pot. Le mot s’impose pour décrire le groupe Sirens of Lesbos et son album SOL, sorti le 6 novembre. Melting-pot d’horizons, puisque les cinq Suisses mêlent des origines helvétiques, britanniques et tchèques, mais aussi soudanaises et érythréennes à travers les chanteuses Jasmina et Nabyla Serag, filles de réfugiés politiques. Et melting-pot d’influences, celles-ci allant de la disco à la soul, comme sur le titre Like Some Dream, avec le rappeur américain JID. Les Bernois avaient connu un premier succès en 2014 avec le single Long Days, Hot Nights, taillé pour les boîtes de nuit.

« Paisano », de Nkumba System (feat. Mamani Keïta)

Le cosmopolitisme est aussi au rendez-vous chez Nkumba System. Fondé en 2018 à Bogota par le guitariste Guillo Cros et aujourd’hui basé à Marseille, le groupe est formé de musiciens français, colombiens, cubains et camerounais (avec le guitariste Simba Daniel Evousa et la chanteuse Cindy Pooch). Paru le 13 novembre, son premier album, Bailalo Duro, fait la jonction entre les musiques afro-colombiennes (cumbia, currulao…) et africaines (highlife ghanéen, makossa camerounais, rumba congolaise…). Sur le morceau Paisano, Nkumba System a également invité la chanteuse malienne Mamani Keïta.

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L’ONU obtient de l’Ethiopie un accès humanitaire illimité au Tigré

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Depuis plus d’un mois, un conflit oppose le gouvernement éthiopien et les dissidents de la région du Tigré.

A l’issue de quatre semaines de conflit armé, l’ONU s’est vu octroyer, par le gouvernement éthiopien, un accès illimité à la région du Tigré après de nombreuses demandes, selon un document consulté, mercredi 2 décembre, par l’Agence France-Presse (AFP).

Ce document, un accord signé par l’ONU et le ministre éthiopien de la paix, autorise « un accès sans restriction, continu et sécurisé du personnel et des services humanitaires aux populations vulnérables dans les régions gérées (par le gouvernement) au Tigré et dans les zones frontalières des régions Amhara et Afar » voisines.

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Un haut responsable onusien ayant requis l’anonymat a expliqué à l’AFP que cet accord permettrait aux Nations unies et à ses partenaires humanitaires de délivrer de l’aide « partout où des gens en ont besoin ». De premières évaluations en matière d’aide sur place commenceront « dès que nos équipes de sécurité nous donneront le feu vert ».

Une région coupée du monde

Le Tigré, région septentrionale frontalière avec l’Erythrée, est privé de tout approvisionnement depuis le 4 novembre, lorsque le premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, a envoyé l’armée fédérale à l’assaut des forces du Front de libération du peuple du Tigré, organisation qui dirige la région et défiait son autorité depuis des mois. L’ONU mettait en garde depuis plusieurs semaines contre une possible catastrophe au Tigré, quasiment coupé du monde depuis, en raison d’un black-out sur les communications et des restrictions d’accès.

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Avant le conflit, environ 600 000 personnes – dont 96 000 réfugiés érythréens vivant dans quatre camps – dépendaient totalement de l’aide alimentaire pour se nourrir au Tigré, et un million d’autres bénéficiaient d’un « filet de sécurité » alimentaire, selon le Bureau onusien de coordination humanitaire.

Quatre semaines de combats ont poussé quelque 45 500 personnes à fuir au Soudan voisin et ont déplacé un nombre indéterminé d’hommes, de femmes et d’enfants à l’intérieur du Tigré. M. Abiy a clamé victoire samedi, après la prise annoncée de la capitale régionale, Mekele, par les troupes gouvernementales et dit contrôler la quasi-totalité du Tigré. Mais le président de la région, Debretsion Gebremichael, a promis de poursuivre le combat contre « les envahisseurs ».

Le Monde avec AFP



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