Suivez-nous

Afrique

Au Ghana aussi, on s’affole au Capitole

Publié

sur


Des militaires ghanéens interviennent dans la nuit du 6 au 7 janvier au sein du Parlement, à Accra, pour réprimer un affrontement entre les élus des principaux partis politiques du pays.

Les trumpistes ne sont pas les seuls mauvais perdants de ce monde. Dans la nuit du mercredi 6 au jeudi 7 janvier, peu après l’envahissement du Capitole par des partisans du 45e président américain en furie, le Parlement ghanéen a sombré à son tour dans le chaos. A quelques heures de l’investiture du président réélu Nana Akufo-Addo, chef de file du Nouveau Parti patriotique (NPP), les députés se réunissaient pour inaugurer le 8e Parlement et élire le président de l’Assemblée à bulletin secret.

Lire aussi Election présidentielle au Ghana : l’opposant John Mahama conteste la victoire de Nana Akufo-Addo

Or, le vote a rapidement tourné au pugilat. Au milieu de la nuit, deux députés du Congrès national démocratique (NDC), la principale formation d’opposition, s’en sont violemment pris aux isoloirs, qu’ils ont renversés avec tout leur contenu, provoquant une empoignade entre les élus. En représailles, Carlos Ahenkorah, député du parti présidentiel s’est emparé des bulletins de vote et a tenté de s’enfuir en courant du Parlement, pourchassé par des parlementaires de l’opposition. Il a, finalement, été ramené de force dans l’hémicycle.

On a pu assister à d’autres moments incongrus aux petites heures du matin. Une députée du NPP, Ursula Owusu, s’est ainsi assise sur les genoux de son homologue du NDC, Kwabena Akandoh, qui, selon elle, « occupait son siège ». Les deux députés ont été photographiés ainsi empilés l’un sur l’autre, chacun refusant de céder sa place. Après plusieurs interruptions du vote, l’armée a été envoyée dans l’hémicycle, qu’elle a occupé un petit quart d’heure pour maintenir le calme avant d’évacuer les lieux.

Fragile équilibre

Ce grand désordre s’inscrit dans le sillage des élections générales de décembre, qui ont laissé un goût amer chez les deux partis. Car, si Nana Akufo-Addo a remporté de justesse la magistrature suprême, le parti présidentiel a subi un sérieux revers lors du scrutin législatif. Le nouveau Parlement est donc désormais divisé à égalité entre les députés du NPP et ceux du NDC, qui ont chacun décroché 137 sièges. A ce fragile équilibre s’ajoute un seul élu indépendant, Andrew Amoako. C’est donc à ce faiseur de roi, ancien membre du NPP, qu’aurait dû en théorie revenir le choix de la présidence du Parlement.

Mais un coup de théâtre a changé la donne mercredi : une décision de justice a suspendu le député de l’opposition James Quayson, accusé de posséder une double nationalité. M. Quayson avait, de fait, renoncé à sa nationalité canadienne en novembre, quelques semaines après avoir déposé sa candidature à l’élection législative. Mais cette formalité administrative pourrait suffire à invalider son élection. Le parti présidentiel partait donc gagnant pour ce nouveau match au Parlement, le nombre de députés de l’opposition étant retombé à 136.

Or, contre toute attente, c’est finalement un membre du NDC, Alban Bagbin, qui a été nommé président de l’Assemblée jeudi 7 janvier au matin, avec deux voix d’avance sur son rival du NPP. M. Bagbin aurait donc vraisemblablement été élu grâce au soutien d’un député du NPP, qui aurait voté contre son propre camp. L’annonce de sa victoire a provoqué de nouvelles empoignades. Les députés du NDC accusent le NPP d’avoir tenté de voler la majorité en invalidant le siège de James Quayson, tandis que les députés du NPP se déchirent, désormais, pour identifier le « traître » au sein du parti.

Paysage politique plus divisé que jamais

Ces scènes de chaos éraflent le statut de modèle démocratique, dont jouissait jusque-là le Ghana en Afrique de l’Ouest. Un titre déjà bien écorné par les violences post-électorales qui ont coûté la vie à cinq personnes après le scrutin du 7 décembre. Depuis, le NDC n’a pas cessé de dénoncer des élections « volées » et « truquées ». Fin décembre, le candidat de l’opposition John Mahama a saisi la Cour suprême pour contester la victoire de Nana Akufo-Addo. L’affaire devrait être jugée dans les prochains mois.

Lire aussi Le Ghana réélit son président au terme d’un scrutin très disputé

Dans un paysage politique plus divisé que jamais, le président réélu Nana Akufo-Addo a tenté de redresser le cap jeudi matin. Investi en grande pompe en face du Parlement, un lieu inhabituel pour cette cérémonie, il a tenu à féliciter chaleureusement Alban Bagbin pour sa victoire. « Je suis convaincu que nous serons tous deux guidés dans nos relations par l’intérêt suprême de notre peuple, a-t-il déclaré, afin d’assurer une bonne gouvernance dans l’organisation des affaires de l’Etat. » La tâche s’annonce difficile. C’est la première fois, en soixante ans d’histoire républicaine, qu’un député de l’opposition est élu président du Parlement ghanéen.



Via LeMonde Afrique

Annonce
Cliquez pour commenter

Laisser une Réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Afrique

Une Guinéenne nouvelle émissaire de l’ONU en RDC

Publié

sur


Bintou Keïta (à gauche) aux côtés d’Angelina Jolie, à New York, en mars 2019.

Bintou Keïta, Guinéenne, a été nommée émissaire de l’ONU en République démocratique du Congo (RDC), pour gérer l’une des plus importantes et difficiles opérations de casques bleus menées par l’Organisation dans le monde, ont annoncé jeudi 14 janvier les Nations unies.

Née en 1958, Bintou Keïta était jusqu’à présent sous-secrétaire générale de l’ONU pour l’Afrique, après avoir été adjointe aux opérations de maintien de la paix (2017). Elle a rejoint les Nations unies en 1989 et a notamment occupé des fonctions au Darfour (2015) et au Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef).

Article réservé à nos abonnés Lire aussi En RDC, les mille et une guerres des provinces orientales

Elle succédera en février à l’Algérienne Leila Zerrougui qui aura été en mission pendant trois ans en RDC. Selon des diplomates, la fonction d’émissaire dans ce pays est particulièrement exigeante et éprouvante.

La Mission de l’Organisation des Nations unies en RDC (Monusco) compte environ 15 000 casques bleus, avec un budget annuel atteignant plus d’un milliard de dollars. Son mandat a été renouvelé en décembre 2020 par le Conseil de sécurité de l’ONU pour un an, avec une amorce prudente de désengagement étalé sur plusieurs années, sans échéance de fin établie.

Lire aussi « La RDC ne devrait pas récompenser ceux qui ont pris les armes contre elle »

Le Monde avec AFP



Via LeMonde Afrique

Continuer La Lecture

Afrique

La lutte pour l’ouverture des archives sur le Rwanda entre dans une phase décisive

Publié

sur


Le 1er juillet 1994, les commandos de marine interviennent sur Butare, au Rwanda.

Au printemps 1994, le génocide commis contre les Tutsi au Rwanda a fait près de 800 000 morts. Pour avoir formé militairement le régime hutu et l’avoir soutenu politiquement, le rôle de la France demeure un sujet de contentieux brûlant depuis vingt-six ans. Il se noue autour d’une question : les acteurs politiques et militaires français peuvent-ils être accusés de complicité dans ce génocide ? Au fil du temps, les dispositifs de justification et de déni de ces responsables se sont craquelés, tandis que le travail historiographique avançait, inexorablement.

En juin 2020, après cinq années de procédures, le Conseil d’Etat a autorisé un chercheur, François Graner, à consulter les documents déposés par le président alors en fonctions, François Mitterrand, aux Archives nationales. Sa demande a été acceptée en vue de la publication d’un ouvrage sur la politique de l’ex-chef de l’Etat en Afrique centrale. Les cartons étaient en principe couverts par un protocole ne permettant leur ouverture au public que soixante ans après la fin de son second septennat. « La protection des secrets de l’Etat doit être mise en balance avec l’intérêt d’informer le public sur ces événements historiques », a estimé la plus haute juridiction administrative, annulant deux précédentes décisions du ministère de la culture.

Dans les cartons, dont une partie du contenu avait déjà fuité, se trouvent des télégrammes diplomatiques, des notes destinées au président, des synthèses sur la situation au Rwanda, des annotations manuscrites de conseillers à l’Elysée, des résumés de propos tenus en conseil de défense restreint… Ces archives révèlent aussi des idées personnelles du président, du premier ministre et de hauts fonctionnaires. Il ne s’agit pas là de sources exhaustives, loin de là, mais de documents présentant un intérêt public évident, plus de vingt-six ans après le génocide. Au cours de l’été 2020 et sous certaines conditions – il est, par exemple, impossible d’emporter des documents ou de les photographier –, François Graner a pu s’y plonger, avant de transmettre au Monde une première synthèse.

Feuilleton

Le sort des archives de l’Elysée sur le Rwanda constitue en soi un feuilleton. Il raconte l’opiniâtreté de quelques chercheurs et la résistance systématique des gardiens du temple mitterrandien, refusant d’exposer au grand jour tous les aspects de la politique de la France au Rwanda : son entêtement à soutenir le régime militaire hutu et la protection accordée à ses dirigeants, ses ambiguïtés autant que ses mensonges à compter de 1990 jusqu’au massacre de près de 800 000 Tutsi, entre avril et juillet 1994. « Je suis perplexe à la fois sur la question des archives sur le Rwanda, et sur celle de la protection générale des archives présidentielles et ministérielles, souligne Hubert Védrine, secrétaire général de l’Elysée entre 1991 et 1995. Sur le premier point, je rappelle que la France est le pays qui a le plus ouvert ses archives. Arrêtons cette focalisation. Il faudrait une commission internationale pour que cela soit aussi fait aux Etats-Unis, en Belgique ou en Israël. Sur le second point, la décision du Conseil d’Etat pose problème. Il existe un enjeu sur le plan des données personnelles et de la sécurité nationale. »

Il vous reste 57.51% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.



Via LeMonde Afrique

Continuer La Lecture

Afrique

Dix ans après les printemps arabes, le chaos et l’espoir

Publié

sur


La place Tahrir, au Caire, le 10 janvier 2021. Ce lieu emblématique de la révolution égyptienne de 2011 est en train d’être réaménagé. Un obélisque a notamment été installé en son centre.

Les « printemps arabes » ont dix ans. Dix ans, ce n’est pas rien à l’échelle d’une vie, mais c’est peu à l’échelle de l’histoire, en particulier celle de la construction étatique arabe. La chronologie de cette incroyable réaction en chaîne est bien connue. Le 17 décembre 2010, le malheureux Mohamed Bouazizi, vendeur ambulant tunisien, s’immole devant le gouvernorat de Sidi Bouzid. Son geste désespéré, en réaction à la confiscation de sa charrette par la police, marque les trois coups d’un « big bang » géopolitique.

La rue tunisienne s’embrase et fait tomber le dictateur Zine El-Abidine Ben Ali, le 14 janvier 2011. Son audace inspire les Egyptiens, qui renversent le despote Hosni Moubarak le 11 février suivant. Par un effet domino sidérant, Yéménites, Libyens, Bahreïniens et Syriens se soulèvent à leur tour. Des rassemblements de protestation de plus petite envergure ont même lieu au Maroc, en Jordanie et en Arabie saoudite. L’espérance révolutionnaire, portée par les flashs d’information trépidants d’Al-Jazira, galvanise le monde arabe.

Le slogan « Le peuple veut la chute du régime », dérivé d’un vers d’Abou El-Kacem Chebbi, le « Voltaire tunisien », clamé en arabe classique des rives de l’océan Atlantique à celles du golfe Persique, devient le cri de ralliement de populations en quête de dignité. Ces mots cristallisent, mieux qu’un rapport d’experts de l’ONU, l’échec accablant des structures de gouvernance en place en Afrique du Nord et au Proche-Orient : des systèmes policiers et prédateurs, semblables à un régime d’occupation, devenus le principal obstacle à l’émancipation économique, sociale et culturelle de ces régions.

Un statu quo de moins en moins tenable

Le renouveau tant espéré n’a pas eu lieu. Sur les six pays à s’être lancés dans l’aventure en 2010-2011, seule la Tunisie a réussi, bon an mal an, sa transition vers la démocratie. Les autres ont sombré soit dans la guerre civile (Syrie, Libye, Yémen), soit dans la régression autoritaire (Egypte, Bahreïn), sur fond de poussée djihadiste. Mais en 2019, une seconde vague révolutionnaire a balayé la région, touchant quatre pays supplémentaires : le Soudan, l’Algérie, le Liban et l’Irak. Au total, en dix ans, près de la moitié des 22 pays arabes ont été le théâtre d’un soulèvement populaire de grande ampleur.

Ce nouveau « printemps » démontre que le processus d’autodétermination des peuples arabes est toujours en cours, n’en déplaise aux tenants d’un certain culturalisme, pressés de conclure que l’islam et la démocratie ne seraient pas compatibles. Après tout, ce mouvement est relativement jeune. La plupart des Etats arabes d’aujourd’hui ont émergé au début du XXe siècle, sur les ruines de l’Empire ottoman, voire plus tard. Après s’être libérés de la tutelle coloniale européenne dans la foulée de la seconde guerre mondiale, ils doivent s’affranchir aujourd’hui de la férule d’autocrates locaux.

Il vous reste 27.8% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.



Via LeMonde Afrique

Continuer La Lecture

Suggestion