Nourris par des préoccupations communes et usant d’un langage sans euphémisme, les Sud-Américains participant au synode sur l’Amazonie se montrent bien décidés à obtenir de réelles ouvertures.

Par Publié hier à 16h15

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La pape François dit une prière durant l’ouverturedu synode consacré à l’Amazonie, au Vatican, le 8 octobre.
La pape François dit une prière durant l’ouverturedu synode consacré à l’Amazonie, au Vatican, le 8 octobre. Andrew Medichini / AP

La photo est inédite : sagement assis dans l’amphithéâtre du Vatican, les quelque 250 cardinaux et évêques sont simplement habillés de costumes noirs avec, pour tout signe distinctif, un col romain. Soutanes filetées et calottes rouges ou violettes ont été remisées mardi 8 octobre, au deuxième jour du synode (délégués des épiscopats réunis par le pape pour débattre d’un sujet donné) de l’Eglise catholique sur l’Amazonie, sur autorisation expresse du secrétaire général du synode, le cardinal Lorenzo Baldisseri.

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Anecdotique en soi, ce changement de tenue vestimentaire n’en traduit pas moins la réalité de la bourrasque amazonienne qui souffle à Rome depuis dimanche, jour de la messe d’ouverture du synode. Les participants, qui viennent en majorité de diocèses amazoniens, ne sont pas en représentation. Ils comptent bien aboutir à des ouvertures réelles qui leur permettent d’adapter leurs pratiques aux caractéristiques de cet immense territoire et à la situation de crise qu’affrontent ses habitants.

« Dites-moi : quelle différence y a-t-il entre porter des plumes sur la tête et le tricorne qu’utilisent certains officiels ? », le pape François

Les évêques, religieux et les experts venus d’Amérique du Sud disposent d’une grande communauté de références, d’expériences et de préoccupations communes. Nées d’un contexte géographique et politique précis, nourries de théologie latino-américaine, façonnées par l’habitude du partage d’expérience, elles s’expriment d’une manière qui bouscule l’habituel registre romain, fait de prudence, d’euphémisme et d’aversion au changement. Pour l’instant, la parole est aux partisans du mouvement.

François s’est chargé à sa façon de faire comprendre aux prélats non amazoniens que porter un regard condescendant sur les peuples autochtones, c’était n’avoir rien compris à sa démarche. « Certains parlent de civilisations de deuxième ordre, a-t-il dit dans son discours d’ouverture, lundi. Et puis il y a le mépris. » Il a rapporté aux évêques avoir entendu parmi eux « un commentaire moqueur » sur l’Amérindien qui, le matin même, lors d’une cérémonie à Saint-Pierre, lui avait remis des offrandes, portant une coiffe de plumes. « Dites-moi : quelle différence y a-t-il entre porter des plumes sur la tête et le tricorne qu’utilisent certains officiels » de la curie romaine, leur a-t-il lancé, cinglant.

Le rôle des femmes

Selon un témoin habitué des synodes, la tonalité des débats (qui ont lieu à huis clos) est également nouvelle. « L’ambiance est différente. Ils parlent en hommes de terrain, qui maîtrisent le sujet à fond, comme des militants. Ils sont très concrets, moins dans la doctrine, dans la théorie. » Il est vrai qu’au synode sur la famille (2014-2015) ou à celui sur les jeunes (2018), les prélats venus de tous les pays étaient issus de contextes si différents qu’ils rendaient difficiles des solutions communes. Cette fois, l’unité géographique rapproche les diagnostics et les propositions.

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