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au Burkina Faso, des élections sous la menace terroriste

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File d’attente devant un bureau de vote de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, à l’occasion des élections présidentielle et législatives le 22 novembre 2020.

Rahanatou Bouda s’est levée à l’aube, impatiente d’aller voter « pour le changement » ce dimanche 22 novembre au Burkina Faso, où quelque 6,5 millions d’électeurs étaient appelés aux urnes pour un double scrutin présidentiel et législatif. « Tout ce que je souhaite, c’est que la paix revienne enfin dans notre pays », souffle cette jeune femme de 25 ans, les cheveux couverts d’un long voile à fleurs, tandis qu’une file d’une vingtaine de personnes patiente devant un bureau de vote de l’école primaire de Pissy, à Ouagadougou.

Elle accomplit son devoir de citoyenne avec plus d’amertume qu’il y a cinq ans, le cœur serré à la pensée de ses deux frères militaires, de 20 et 25 ans, tués en mission l’année dernière. « Je veux que notre président soit à la hauteur de la crise sécuritaire », insiste cette enseignante, qui préfère taire le nom du candidat de son choix. Pour beaucoup d’électeurs, les attentes sont immenses. En cinq ans, les attaques terroristes ont fait plus de 1 600 morts et un million de déplacés ont été contraints de fuir leur foyer à cause des violences.

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Le scrutin pourrait être serré. Le président sortant, Roch Marc Christian Kaboré, élu en 2015 et qui brigue un second mandat, fait face à douze adversaires, dont plusieurs poids lourds de l’ancien régime. Le bilan du chef de l’Etat est très critiqué. En patientant dans la file d’attente, Théophile Dabiré énumère les maux qui gangrènent le pays. « Insécurité, chômage, grèves… » Ce juriste de 29 ans a décidé de voter pour « la rupture ». « Le pays va mal, Roch a manqué de courage, il nous faut un président fort qui puisse prendre des décision fermes », s’attriste ce Ouagalais, masque au menton.

« Sûr d’un coup KO »

La tonalité est plus bienveillante à l’école primaire de la Patte-d’oie, le quartier où réside le président Kaboré. « Ici on vote papa Roch ! », clame fièrement Issouf Naissa, un vendeur de téléphone ambulant, qui est « sûr d’un coup KO » dès le premier tour. Tout sourire, il montre le doigt tâché d’encre avec lequel il vient de voter. Ici plusieurs électeurs veulent « donner une seconde chance » au président. « C’est vrai qu’il n’a pas tout réalisé mais il a fait son maximum et a su rester résilient. Ces attaques, ce n’est pas de sa faute », défend Daouda Sorgho, un chauffeur de 42 ans, qui prône la « continuité ». « Puisqu’on s’est déjà lancé avec lui, mieux vaut continuer à avancer que reculer avec un nouveau », abonde un électricien de 22 ans, qui vote cette année pour la première fois.

Dans le quartier de Zogona, le ton monte entre deux clients d’une petite buvette de rue. On y parle d’Eddie Komboïgo, le candidat du parti de l’ex-président Blaise Compaoré, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), qui espère faire son grand retour après son exclusion en 2015. « Le CDP a appris de ses erreurs ! », clame Salif Kouanda, un couturier de 42 ans, devant son mug de café à l’effigie du « beau Blaise ». « On a marché contre eux en 2014, ce n’est pas pour leur rendre pouvoir aujourd’hui ! », s’énerve son voisin de table.

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Au Burkina Faso, la question de la réconciliation nationale et du retour de l’ancien président, exilé depuis six ans en Côte d’Ivoire, est l’autre sujet sensible. Derrière le comptoir, Salif Déné, le propriétaire tente de calmer le jeu. « Le plus important c’est qu’on sorte en paix de ces élections, la main dans la main, il faut à tout prix que l’on évite de se déchirer », s’inquiète-t-il, en s’agitant derrière ses fourneaux.

Le scrutin se déroulait dimanche dans un contexte sécuritaire particulièrement tendu au Burkina Faso. A cause de la menace des groupes armés, certains affiliés à Al Qaïda, d’autres à l’organisation Etat islamique (EI), près d’un cinquième du pays est classé en zone rouge par la Commission électorale indépendante (CENI) et exclu de facto du vote. Le 11 novembre, en pleine campagne électorale, quatorze militaires ont été tués dans l’attaque de leur convoi, revendiquée par l’EI, sur la route de Tin-Akoff, dans la région du Sahel.

Des bureaux de vote menacés

Selon les chiffres de la CENI, environ 50 000 membres des forces de sécurité devaient être déployés dimanche pour sécuriser le scrutin. Malgré tout, des centaines de bureaux de vote n’ont pas pu ouvrir, principalement dans le nord et l’est du pays. « Il y a des bureaux où nous projetions d’aller et où la situation s’est dégradée, les forces de sécurité nous ont déconseillé de nous y rendre », explique Ahmed Newton Barry, le président de la CENI, « peiné » de la situation.

Selon nos informations, plusieurs bureaux de vote ont été directement menacés et ont préféré fermer leurs portes après avoir brièvement ouvert dans la région de l’Est. « Des hommes armés sont passés pour dire qu’il n’y aurait pas d’élections ici », rapporte un habitant, par téléphone. « Certains ont peur d’aller voter, avec l’encre sur leur doigt, ils sont exposés et ils craignent des représailles des terroristes », s’attriste Aboubacar Dicko, candidat du mouvement SENS aux législatives dans la commune de Djibo (Sahel).

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Dans ce contexte délétère, l’opposition est montée au créneau samedi et a dénoncé « une grande opération de fraudes massives (…) orchestrée par le pouvoir en place pour légitimer un certain coup KO », a déclaré Zéphirin Diabré, principal opposant et candidat de l’Union pour le progrès et le changement (UPC), qui a déposé plainte contre X auprès du procureur du Faso. Les résultats sont attendus lundi 23 novembre, selon les prévisions de la CENI.



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une loi en discussion pour venir en aide aux 13 millions de personnes handicapées du pays

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Mafiki Mboyo dans la cour de son atelier, à Kinshasa, en novembre 2020.

Mafiki Mboyo farfouille entre les piles de roues de vélos, d’outils, de vieilles chaises et de tuyaux en métal. Dans la cour de son atelier, une moto attend d’être transformée en tricycle motorisé et la structure d’un vélo se fait désosser par deux ouvriers en bleu de travail. Ici, à la fondation Mboyo, une petite trentaine de personnes fabrique et répare du matériel pour personnes vivant avec handicap.

Mafiki est originaire de l’ancienne province de l’Equateur, au nord-ouest de la République démocratique du Congo (RDC). Victime d’un accident de la route à l’âge de 10 ans, il est envoyé à Kinshasa pour vivre avec de la famille. L’hôpital lui demande 2 500 dollars (2 100 euros) pour opérer sa jambe. Une somme impossible à réunir. Mafiki Mboyo comprend qu’il restera handicapé. Et constate un « grand vide » dans la prise en charge de l’Etat : il n’a aucune structure vers laquelle se tourner.

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Pourtant, son histoire est loin d’être anecdotique : 13 millions de Congolais vivent avec un handicap, selon la Fédération nationale des associations de personnes vivant avec handicap (Fenaphaco), soit 16 % de la population. Dans les rues des grandes villes, ils sont nombreux à mendier, aveugles ou handicapés moteurs, rampant parfois le long des axes principaux. Beaucoup ont perdu l’usage d’un membre à la suite de maladies, comme la poliomyélite, ou des conflits qui meurtrissent le pays depuis 1996.

Les droits des personnes vivant avec un handicap sont inscrits dans la Constitution congolaise, et le pays a ratifié la convention des Nations unies sur le sujet en 2015, mais aucun texte ne les protège actuellement. Les choses pourraient changer cette année : une loi Protection et promotion est en débat au Parlement.

« Nous sommes totalement laissés à l’abandon »

Préparée par la députée Eve Bazaiba avec l’aide d’associations, elle prévoit de faciliter l’accès des personnes handicapées dans tous les domaines de la vie grâce à des fonds spécifiques. Les études, la santé, les loisirs et le travail sont concernés, notamment grâce à la mise en place de quotas dans les administrations publiques. La pénalisation des discriminations liées au handicap est aussi prévue.

Sur la table depuis 2008, la loi a enfin été votée à l’Assemblée nationale le 10 novembre, et la société civile comme la ministre pressent le Sénat de faire de même pour qu’elle soit adoptée. « Je suis optimiste et convaincu que la loi pourra améliorer la vie des personnes vivant avec handicap car, pour l’instant, nous sommes totalement laissés à l’abandon », affirme Patrick Pindu, à la tête de la Fenaphaco.

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Mafiki Mboyo, lui, n’attend rien des autorités. Cela fait vingt-cinq ans qu’il se débrouille seul. En 1994, il commence par proposer des réparations au bord d’une avenue du centre-ville de Kinshasa. Puis, ce passionné de bricolage a l’idée de fabriquer des tricycles pour personnes handicapées. Il soude ensemble quelques tuyaux en métal, des planches de bois et ajoute des roues de vélos de chaque côté.

« Les personnes venaient de toute la ville pour me les acheter, se souvient-il. Il y avait un réel besoin. » Désormais, Mafiki occupe un petit espace à l’arrière de l’Institut national pour aveugles et s’est diversifié : cannes, lits d’hôpitaux, béquilles.

Des structures spécialisées en déliquescence

François, l’un des clients du jour, est assis en tailleur sur une chaise en plastique. Le quinquagénaire menu a perdu l’usage de ses deux jambes à 5 ans des suites de la poliomyélite. Comme la majorité des personnes vivant avec handicap, il n’a pas pu payer de sa poche les 400 dollars nécessaires à l’achat d’un tricycle et c’est l’Eglise catholique qui le lui a procuré il y a douze ans.

Ce jour-là, il vient faire réparer le pédalier. Car le matériel s’abîme vite sur les artères cabossées et dépourvues de trottoirs de la capitale congolaise. Mais Mafiki l’assure avec un grand sourire : tout ce qu’il vend est « garanti à vie ». Il fait l’entretien pour des sommes symboliques : 2 000 ou 3 000 francs congolais, soit environ un euro.

François, handicapé depuis l’âge de 5 ans, attend que les ouvriers réparent son tricycle dans l’atelier de Mafiki Mboyo, à Kinshasa, en novembre 2020.

Ce bricoleur optimiste a aussi mis un point d’honneur à favoriser l’insertion économique des personnes vivant avec un handicap. Dans son atelier, il emploie vingt-cinq personnes handicapées, sur un total de trente et un ouvriers. Le problème d’intégration commence dès l’enfance : dans la plupart des foyers, les enfants vivant avec handicap ne sont pas scolarisés. Et une fois adultes, ils peinent à trouver un travail. Selon la Fenaphaco, ils seraient 93 % à être analphabètes.

Les structures de formation spécialisées, pour enfants ou adultes, mises en place à l’époque du maréchal Mobutu sont aujourd’hui en déliquescence. A l’Institut national pour les aveugles (INAV), le directeur général Pius Mbwess déroule la liste de doléances. Les murs sont là, mais « on ne nous verse pas de frais de fonctionnement. Donc il n’y a pas de supports de cours en braille, et pour les élèves en internat, pas de nourriture ». Le directeur général, lassé des plaidoyers auprès des autorités qui n’aboutissent pas, lorgne désormais vers les ONG et partenaires internationaux pour chercher du soutien.

La nomination pour la première fois en 2019 d’une ministre déléguée au handicap, elle-même en situation de handicap, a été vue comme un premier signal encourageant. Les changements, depuis, se font attendre, mais Irène la ministre Esambo Diata demande du temps.

« Tout est à faire en termes de politiques publiques et on veut construire quelque chose de solide, qui ne soit pas de l’assistanat, mais qui autonomise les personnes. Des travaux de réhabilitation ont déjà commencé dans des structures spécialisées de Kinshasa », promet-elle. La ministre mise surtout sur la loi Protection et promotion, son projet phare pour garantir les droits des personnes handicapées.

Mafiki Mboyo termine sa journée de travail et grimpe dans sa voiture, qu’il a adaptée lui-même pour pouvoir conduire. Pour lui, l’intégration est la clé pour mieux vivre son handicap : « J’aime mon travail et c’est quand je ne travaille pas que je commence à avoir mal à la jambe. »



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Mourir de faim dans le sud de Madagascar

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Les personnes âgées sont parmi les premières victimes de la crise alimentaire, dans le sud de Madagascar, en novembre 2020.

Les populations du sud de Madagascar sont-elles condamnées à avoir faim ? Le général Elak Olivier Andriakaja, directeur du Bureau national de gestion des risques et des catastrophes (BNGRC), est arrivé à Ampanihy, jeudi 19 novembre, à la tête d’un convoi de quatre camions remplis de vivres pour procéder à de nouvelles distributions d’urgence. Il y a un mois, la mort de six enfants dans un village situé non loin de ce chef-lieu de district de la région d’Atsimo-Andrefana avait choqué le pays, faisant brutalement remonter à la surface le spectre familier de la famine qu’ici on appelle « kéré ». « On fait le maximum mais la crise est généralisée, constate le militaire chargé de coordonner les opérations d’urgence. Des centres de réhabilitation nutritionnelle sont installés et la population est recensée pour évaluer précisément les besoins. »

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Les agences humanitaires décrivent aussi une situation d’une gravité inédite depuis longtemps. « C’est l’Ethiopie des années 1980, il y a des gens qui n’ont vraiment plus rien », énonce Moumini Ouedraogo, le directeur du Programme alimentaire mondial (PAM), conscient du poids de cette référence. De la ville de Tuléar à l’ouest à celle de Fort-Dauphin au sud-est, la pluie n’est par endroits pas tombée depuis le mois de janvier. Les maigres réserves ont été mangées, les derniers poulets ou ustensiles de cuisine ont été vendus au marché et la période de soudure, qui durera jusqu’en avril, ne fait que commencer. Pour se nourrir, les familles doivent se contenter de mangues encore vertes, de morceaux de cactus, de tamarins ou de racines sauvages qu’il faut faire cuire longtemps pour en ôter le goût amer. Trouver de l’eau impose de marcher des kilomètres. Aujourd’hui, 1,5 million de personnes ont besoin d’assistance, soit trois plus que ne l’anticipait encore le PAM en juillet.

Sécheresse et coronavirus

Que s’est-il passé ? Outre la sévérité de la sécheresse, plusieurs explications sont avancées : des villages très reculés sont passés à travers la surveillance d’un réseau d’alerte précoce décrit de manière presque unanime comme défaillant. L’épidémie de coronavirus a entraîné la fermeture des écoles, privant les enfants de leur repas quotidien le plus complet. Elle a aussi ralenti le fonctionnement des centres de santé dont dépendent des populations déjà plus durement frappées que dans d’autres régions par le paludisme, la diarrhée ou les infections respiratoires.

Cette dégradation de la situation était annoncée dès le mois de mai : « Les mesures restrictives et de distanciation sociale appliquée à la fin du mois de mars n’ont fait qu’empirer la situation sanitaire en général et celle de la malnutrition aiguë en particulier dans les zones analysées. Avec des conséquences néfastes sur le système alimentaire », concluait l’analyse de la sécurité alimentaire publiée par le BNGRC. Le nombre d’enfants risquant de se trouver en état de malnutrition aiguë d’ici à la fin de l’année y était estimé à près de 120 000. Il est à craindre que les nouvelles évaluations attendues dans les prochains jours fassent s’envoler ce chiffre. Le document pointait aussi la situation hautement critique du district d’Ambovombe, dans la région d’Androy, la plus touchée par la sécheresse.

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Sur la Grande Ile de l’océan Indien, les appels au don se sont multipliés. A l’étranger, la diaspora s’est mobilisée. Mais le PAM qui assure d’ordinaire 65 % des distributions alimentaires sait déjà que ses stocks lui permettront seulement de couvrir les deux mois à venir. « Nous avons 12 500 tonnes pour près de 900 000 bénéficiaires, calcule M. Ouedraogo en redoutant le moment où il faudra solliciter la générosité des habituels donateurs. La faim dans le sud de Madagascar est une vieille chanson usée. » L’agence de coopération américaine USAID supporte l’essentiel des opérations d’assistance alimentaire à travers le PAM et deux organisations non gouvernementales, Catholic Relief Services et Adventist Development and Relief Agency (ADRA). Jusqu’à présent, le gouvernement a préféré ne pas faire appel à une assistance internationale.

Il y a longtemps que, dans cette région semi-aride, la faim n’est plus une urgence mais un mal chronique qui revient chaque année. Ou presque. Arrivé avec le grand kéré de 1993, ce médecin de santé communautaire, qui préfère taire son nom, a son explication : « Il y a d’abord et avant tout le climat. Mais il y a aussi l’abandon de l’Etat, des infrastructures de santé sans moyens et des promesses de développement qui n’ont jamais été tenues. » Madagascar figure parmi les pays les plus vulnérables au dérèglement climatique. Les scénarios du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) laissent entrevoir une hausse des températures moyennes de 6,5 °C dans le sud du pays d’ici à la fin du siècle, si la courbe mondiale des émissions de gaz à effet de serre n’est pas infléchie.

Arracher le Sud à son funeste sort

Des centaines de millions de dollars ont été dépensées pour financer des programmes de développement qui ont laissé peu de traces durables sur le terrain. D’autres sont restés dans les tiroirs en attendant que le pays sorte d’une de ces multiples crises politiques qui ont jalonné les dernières décennies. En 2011, une agence des Nations unies avait osé comparer le Sud à un « cimetière de projets ». En 2013, le retour à un ordre constitutionnel avec l’élection de Hery Rajaonarimampianina s’est traduit par le réengagement des bailleurs étrangers dont le pays dépend pour financer ses investissements. Une liste de 21 priorités a été arrêtée, composée de programmes de soutien à l’agriculture et de grands projets d’infrastructures destinés à désenclaver la région et à améliorer son approvisionnement en eau potable. La plupart sont restées sur le papier. Mais la réhabilitation d’un pipeline de quelque 200 km et d’une station d’épuration dans le district d’Ampotaka a pu être réalisée grâce à l’argent de l’agence de coopération japonaise. Celle-ci avait déjà financé le projet initial vingt ans plus tôt.

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Le successeur du président Rajaonarimampianina, Andry Rajoelina, a promis de gagner « la guerre contre la malnutrition ». Signe de son engagement, les visites d’un président sur le terrain n’ont jamais été aussi fréquentes. D’autres projets ont été annoncés : parmi eux, une usine de fabrication de compléments alimentaires, née d’un partenariat entre la Fondation Mérieux et la société Nutriset, devrait bientôt s’implanter près de Fort-Dauphin. Le lancement de grands travaux d’adduction d’eau est à nouveau d’actualité. Jeudi, le chef de l’Etat a rencontré les représentants des agences des Nations unies et des donateurs bilatéraux pour discuter des moyens d’urgence nécessaires pour faire face au kéré. Il a aussi été question de remettre sur les rails un grand plan d’action qui, pour de bon, arracherait le Sud à son funeste sort.



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Vives critiques en Algérie après des propos d’Emmanuel Macron, accusé « d’ingérence »

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Le président algérien Abdelmadjid Tebboune à Alger, le 21 janvier 2020.

L’engagement du président français Emmanuel Macron à « tout faire » pour aider son homologue Abdelmadjid Tebboune « afin que la transition réussisse en Algérie » a été vivement critiqué dans les rangs de l’opposition, qui l’a perçu comme une « ingérence » dans les affaires du pays.

M. « Macron se croit autorisé à distribuer des certificats de légitimité aux dirigeants des indigènes que nous sommes », a condamné le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), l’un des principaux partis de l’opposition laïque.

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Dans un entretien publié vendredi 20 novembre par l’hebdomadaire Jeune Afrique, M. Macron a salué le « courage » de M. Tebboune – hospitalisé en Allemagne après avoir contracté le nouveau coronavirus – et promis de « faire tout (son) possible pour l’aider » dans la « période de transition » que vit le pays.

« Dans le cas de l’Algérie, il s’autorise à délivrer une attestation de confiance au chef de l’Etat (…). Ceci n’est pas une simple ingérence, mais la révélation que la France est aux manettes d’une feuille de route pour notre pays », a accusé le RCD dans un communiqué publié dimanche, premier jour de la semaine à Alger.

Une presse vent debout

De son côté, Karim Tebbou, figure du mouvement de contestation antirégime (Hirak), cité par le quotidien francophone El Watan, a qualifié la France officielle de « raciste ».

« Une France qui ne veut pas accepter que dans ce pays puissent émerger des forces démocratiques, une jeunesse émancipée », a jugé M. Tebbou, détenu pendant neuf mois avant une libération conditionnelle le 2 juillet. Il doit à nouveau passer en jugement fin novembre pour « atteinte au moral de l’armée ».

Né d’un immense ras-le-bol des Algériens en février 2019, le Hirak réclame un profond changement du « système » politique en place depuis l’indépendance en 1962. Il ne croit pas à la « transition » actuellement menée.

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Principal parti islamiste, le Mouvement de la société pour la paix (MSP) a de son côté fustigé une France en « recul » sur la scène internationale, qui n’« éprouve aucune gêne à renouer avec ses vieilles habitudes de s’ingérer dans les affaires internes de ses anciennes colonies ».

La presse elle-même se montre sévère. Le quotidien arabophone Echourouk estime aussi que les propos de M. Macron ont relancé « la polémique sur les ingérences de la France ». Paris « pèse, et lourdement, dans l’espace régional dont fait partie l’Algérie (…). Parfois, cette influence va jusqu’à confondre coopération et ingérence », écrit le quotidien francophone Liberté, proche de l’opposition. « Aujourd’hui, il nous délivre un pur extrait de la pensée néocoloniale », déplore le chroniqueur de Liberté, Mustapha Hammouche.

La question mémorielle

Le journal arabophone El Khabar s’interroge à nouveau pour savoir si l’Algérie va accepter une « réconciliation » sans des excuses préalables pour les crimes commis durant la colonisation, les déclarations de M. Macron ayant « aggravé la confusion » sur la question mémorielle.

En affirmant que « la France a fait énormément de gestes » et que l’important est de « mener un travail historique et réconcilier les mémoires » plutôt que de « s’excuser », M. Macron a « tracé des limites au processus actuel qu’il a lancé avec son homologue algérien », analyse El Khabar.

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Pour Echourouk, Emmanuel « Macron n’a pas tenu ses promesses de candidat, lorsqu’il a affirmé aux Algériens que la France présenterait des excuses pour ses crimes contre l’humanité ».

MM. Macron et Tebboune ont désigné chacun un expert – respectivement Benjamin Stora et Abdelmadjid Chikhi – afin de travailler sur la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie, dans le but de « favoriser une réconciliation ». M. Stora doit remettre en décembre un rapport sur cette question à M. Macron.

Le Monde avec AFP



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