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Alpha Condé se voyait en Mandela, va-t-il finir en Mugabe ?

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Le président guinéen Alpha Condé, en campagne pour sa réélection, le 16 octobre à Conakry.

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Le trait est cruel dans la bouche d’un de ses anciens compagnons de route : « Alpha Condé se rêvait en Mandela d’Afrique de l’Ouest, ne risque-t-il pas plutôt de finir en Mugabe ? » Le président de la Guinée n’est ni l’un ni l’autre, mais cette comparaison avec deux icônes africaines – côté pile, l’image du héros immaculé de la lutte contre l’apartheid sud-africain et, côté face, la métamorphose de l’intraitable combattant anticolonial et libérateur de l’ancienne Rhodésie du Sud en dictateur ubuesque dépassé par l’âge – traduit la déception qui a gagné certains de ses plus fidèles partisans. Alpha Condé, l’ancien opposant, auréolé par une vie de lutte pour la démocratie durant la dictature de Sékou Touré (1958-1984) puis sous le régime autocratique de Lansana Conté (1984-2008), qui lui valut une condamnation à mort par contumace puis quelques années plus tard un séjour en prison, ne tente-t-il pas, âgé aujourd’hui de 82 ans, le mandat présidentiel de trop ?

S’il est élu à l’issue de ce scrutin dont le premier tour doit se tenir dimanche 18 octobre, ce sera son troisième mandat. Pas grand-chose comparé à Robert Mugabe et ses trente-sept années à la tête du Zimbabwe. Ce n’est qu’en 2010 qu’Alpha Condé devint président de la Guinée. Un mandat remporté à l’issue de la première élection pluraliste et libre depuis l’indépendance, en 1958, de cette ancienne colonie française. Ce fut un moment historique. Un scrutin pluraliste et libre, sans être irréprochable en raison des quatre mois tumultueux qui séparèrent les deux tours et offrirent à Alpha Condé une victoire quasi miraculeuse. En juillet 2010, il ne recueillit que 17 % des voix contre 43 % à son principal adversaire, Cellou Dalein Diallo. Au deuxième tour, Alpha Condé raflait 53 % des votes. En 2015, scrutin suivant, beaucoup s’interrogèrent aussi sur la régularité du « coup K.-O. » du président sortant, son slogan préélectoral annonçant une victoire dès le premier tour face, encore, à Cellou Dalein Diallo, qui reste aujourd’hui son principal concurrent.

Lire aussi Election présidentielle en Guinée : dix petits candidats dans l’ombre des « mastodontes »

Cette année, sa candidature est entachée par une réforme constitutionnelle menée à la hussarde, qui effaça d’un trait la limitation des deux mandats présidentiels autorisés jusqu’alors. Cette initiative a provoqué des remous y compris dans sa propre majorité. Elle entraîna notamment la démission tonitruante de son ministre de l’enseignement supérieur, Abdoulaye Yéro Baldé. Dans une lettre adressée en février à son « père » en politique, il regrettait que « les valeurs de démocratie, de liberté, de justice et de solidarité » qui avaient animé des décennies de lutte commune au sein du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), le parti présidentiel, soient reléguées au second plan. « La vision était que vous soyez le premier président à assurer non seulement une transition démocratique et pacifique du pouvoir en Guinée, mais aussi de garantir un climat de paix et de stabilité politique dans notre pays », écrivait-il. « Les institutions et le tissu social qui constituent le socle d’une nation forte sont fragilisés chaque jour davantage », regrettait le ministre démissionnaire.

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Fatma Said, un chant lumineux entre Orient et Occident

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La chanteuse Fatma Said.

Ce dernier concert d’avant le couvre-feu présentait, jeudi soir, à l’auditorium de Radio France, la jeune soprano égyptienne Fatma Said, dont le premier album intitulé El Nour (La lumière), vient de sortir chez Warner Classics. Un joli florilège de mélodies et airs populaires français, espagnols et arabes, symbole d’un multiculturalisme que la Cairote de 29 ans, passée par Berlin et sa prestigieuse Musikhochschule Hanns Eisler puis par l’Académie de La Scala de Milan, entend bien incarner.

La fille d’Ahmed Hassan Said, homme d’affaires influent, ancien champion de natation et leader politique du « printemps arabe » (cofondateur du Parti des Egyptiens libres), n’est pas complètement inconnue en France : elle a notamment participé au « Concert de Paris » enregistré le 14 juillet sans public et transmis en direct sur France Inter, France 2 et les antennes de plus de dix pays dans le monde. Ce soir du 15 octobre est sa première apparition publique à Paris. Pas vraiment un concert de promotion puisque c’est à la capitale autrichienne, Vienne, et à l’un des fleurons de l’opérette conçue par le compositeur Adolf Müller à partir d’œuvres de Johann Strauss, le fameux Wiener Blut (l’opérette Sang viennois), que l’élégante cantatrice en robe rose a prêté sa grâce et son art subtil.

Des sommets d’extase

L’air d’entrée de la comtesse Gabriele requiert en effet un art du faire et du dire que la cantatrice, entre ironie et hédonisme, possède à ravir, tout comme son allemand acquis in situ. Mais le timbre rond et lumineux, la ligne déliée du chant ne sont pas de taille face à un Orchestre national de France, certes au garde-à-vous, mais chaussé de bottes napoléoniennes. La voix de Fatma Said ne jouit pas d’une projection suffisante pour passer le mur instrumental. La célèbre valse, Wiener Blut, qui suivra, idéalement érotique et spirituelle, souffrira des mêmes insuffisances. La chanteuse, qui se définit comme une « femme égyptienne, africaine et arabe », sera enfin acclamée dans le mystique Aatini Al Naya Wa Ghanni (« Donne-moi la flûte et chante »), de Najib Hankach sur un poème de Khalil Gibran – le ney et le kanoun présents dans la version du disque sont ici tenus par la flûte (excellente Marina Piccinini) et la harpe –, dont la belle cadence ornementale finale, chantée au bord du souffle, atteindra des sommets d’extase.

De part et d’autre de cette oasis vocale, Brahms, dont une photo de 1894 prise dans le village montagnard de Bad Ischl, témoigne de la familiarité qu’il entretint avec Johann Strauss, lequel lui a dédié, deux ans plus tôt, la valse Seid umschlungen Millionen. C’est d’ailleurs encore Vienne la folklorique qu’évoquent les trois Danses hongroises pour orchestre (n° 1, n° 3 et n° 10, tirées des Ungarische Tänze pour piano), qui ouvrent la soirée de leur verve irrésistible. Brahms encore, qui la clôturera avec une Quatrième symphonie, que la direction charpentée et musculeuse de Cristian Macelaru sculpte à grands traits. Tragique exacerbé du premier mouvement (avec une merveilleuse plage frémissante avant la réexposition), éloquence mystérieuse de l’« Andante moderato », énergie martiale de l’« Allegro giocoso » avant un « Finale » aux allures contrastées, entre marche funèbre et déploration intime.

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Afrique

Entre la France et l’Afrique, l’agroécologie ne connaît pas de frontières

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Rassemblement d’acteurs de l’agroécologie à la ferme de Betta au Burkina Faso, en présence de Pierre Rabhi.

A Zinder au Niger, les savons et désinfectants des lieux publics sont offerts par le département du Val-de-Marne. A Moundou, au Tchad, c’est la ville de Poitiers qui finance une production locale de masques. Et dans un des quartiers fragiles de Porto-Novo, au Bénin, la communauté d’agglomérations de Cergy-Pontoise s’est concentrée sur l’amélioration de l’accès à l’eau potable… lavage des mains oblige.

L’épisode du Covid-19 met au jour une coopération multiforme et discrète entre des villes ou des territoires hexagonaux et des zones de l’Afrique francophone. Une aide qui se fait à hauteur d’hommes, entre deux territoires, sans passer par les Etats ou les agences de développement. Si la pandémie les a rendus visibles, ces liens forts existent de longue date et dessinent une coopération décentralisée bien loin d’être anecdotique.

En 2019, 121,5 millions d’euros sont arrivés par cette voie dans les pays du Sud, dont 51,4 en Afrique. Une donnée qui place la France au troisième rang des pays de l’OCDE pour la contribution de ses collectivités au développement.

Mobilisation facilitée

En fait, cette aide intercontinentale entre départements, villes ou régions remonte souvent à plusieurs décennies, amorcée ici par le jumelage de deux villes, là par un parrainage d’établissements scolaires, avant de s’ancrer dans l’histoire des collectivités, et notamment des régions. Sans surprise, chaque entité géographique s’applique en premier lieu à offrir ce qu’elle sait faire. Car, comme on le souligne au ministère des affaires étrangères, « les collectivités territoriales présentent l’avantage de pouvoir mobiliser plus facilement que les Etats les compétences locales utiles à la réussite des projets ». Ainsi, c’est grâce à une relation entre éleveurs de chèvres du Poitou-Charentes et des familles sénégalaises, que s’est structurée une économie locale autour d’un élevage de la région de Diourbel, à l’est de Dakar.

Rien d’étonnant, donc, à ce que la première région agricole en France, la Nouvelle-Aquitaine, avec 100 000 emplois dans le secteur, se soit lancée dans le financement de programmes d’agroécologie en Afrique subsaharienne et à Madagascar. Elle n’est d’ailleurs pas la seule puisque de la Bretagne au Centre-Val de Loire, en passant par l’Auvergne-Rhône-Alpes, l’agroécologie est aussi plébiscitée par d’autres pour être au cœur de l’aide au développement. Ce qui est d’autant plus en phase avec leurs missions, que les régions françaises se doivent d’« accompagner la transition vers une agriculture multiperformante ». Sur leurs territoires bien sûr, mais aussi vers un continent qui dispose de 1 050 millions d’hectares de terres cultivables (selon la FAO), auxquels les Chinois s’intéressent de très près…

On redécouvre que des savoir-faire séculaires peuvent contenir en germe des solutions du XXIIe siècle.

Et ce mouvement ne va pas dans un seul sens. Il peut aussi en retour inspirer les pratiques hexagonales à l’heure où l’on redécouvre que des savoir-faire séculaires peuvent contenir en germe des solutions du XXIIe siècle. « C’est une voie importante à renforcer. L’enjeu est que l’agroécologie permette d’assurer à l’Afrique de subvenir pour tout ou partie de son alimentation à nourrir sa population », insiste Jean-Pierre Fontenelle, agroéconomiste à Bordeaux. Notamment pour éviter que plus de la moitié des personnes sous-alimentées dans le monde en 2030 ne s’y retrouvent, comme les projections les plus noires de la FAO le laissent craindre.

Pour Geneviève Sevrin, directrice générale de Cités unies France, une association qui aide les collectivités dans la définition et le montage des projets de coopération, cette ouverture fait d’ailleurs partie du mandat des élus même si l’injonction politique n’est pas si simple à manier à l’heure de « la raréfaction des moyens », estime la responsable. Au point que pour chaque euro dépensé en faveur de populations autres que celles qui les ont élues, les régions se retrouvent condamnées à l’efficacité. Mais, comme le rappelle aussi Mme Sevrin, il reste acquis qu’« une action internationale va permettre de rayonner ou de nouer de nouvelles solidarités ».

« La France doit beaucoup à l’Afrique »

Créer des liens Nord-Sud, ouvrir son territoire sur le monde en permettant plus d’échanges entre les populations intercontinentales, en élargissant les perspectives des lycéens ou des étudiants, ou des artistes ; aider des régions africaines à trouver des réponses qui leur sont adaptées en termes de développement, autant d’arguments qui sont aussi mis en avant par les régions pour expliquer le volet international de leur politique. Et puis, comme l’analyse la direction du ministère des affaires étrangères en charge de cette diplomatie régionale, leur expertise est aussi de plus en plus sollicitée à l’international, notamment pour conseiller en matière de gouvernance régionale ou d’administration des territoires.

Le solde commercial de la région avec l’Afrique est excédentaire de
574 millions d’euros

Un des sujets de prédilection d’Alain Rousset, le président de la Nouvelle-Aquitaine. Parce qu’il estime au départ que « la France doit beaucoup à l’Afrique », que l’histoire de sa région s’est construite sur ces relations qui ont fait de Bordeaux, son chef-lieu, un port négrier jusqu’en 1837, Alain Rousset est un fervent défenseur du dialogue avec plusieurs pays du continent africain.

« Peut-être d’une manière inconsciente d’ailleurs, l’action internationale de la région est-elle une manière de regarder en face une question restée longtemps taboue. Mais ce dynamisme tend surtout à permettre à toutes les parties prenantes de raconter l’Afrique d’une manière plus positive et enthousiasmante », insiste René Otayek, directeur de recherche émérite au CNRS et président de l’Institut des Afriques. Et sans oublier que cette aide inscrit aussi la présence de la Nouvelle-Aquitaine dans des zones qui feront le XXIIe siècle.

D’ailleurs, déjà, le solde commercial de la région avec l’Afrique est excédentaire de 574 millions d’euros – quand, sur le plan national, il est déficitaire de 182 millions –, avec comme premier poste d’exportation les produits agricoles. Stratégiques, les petits cailloux posés sur ce continent dont la population est appelée à doubler d’ici à 2050 se révèlent déjà de bons points économiques.

Cet article fait partie d’un dossier réalisé en partenariat avec la région Nouvelle-Aquitaine.

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Afrique

Vue du Niger, la libération de plus de 200 présumés terroristes au Mali crée « une fâcheuse jurisprudence »

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L’ancienne otage franco-suisse Sophie Pétronin en compagnie de son fils, au moment de sa libération à Bamako, le 9 octobre 2020.

Quelles seront les conséquences sur les pays voisins du Mali de la libération de deux cents terroristes en échange de l’humanitaire franco-suisse Sophie Pétronin, de l’homme politique malien Soumaïla Cissé et des deux Italiens Pierluigi Maccalli et Nicola Chiacchio ? Une semaine après les faits, la question n’en finit pas d’agiter les esprits, alors même que la France se retrouve une nouvelle fois endeuillée par un attentat terroriste.

D’après plusieurs médias de Niamey, le Niger aurait libéré certains prisonniers pour faciliter la libération des otages détenus dans le nord du Mali par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), la principale alliance djihadiste au Sahel liée à Al-Qaida. Joint par Le Monde Afrique, le ministre nigérien de la justice Amadou Marou nie en bloc : « Le Niger n’a rien donné et aucun présumé terroriste n’a quitté les prisons nigériennes. »

Lire aussi Sahel : un haut responsable de l’Union africaine appelle à « explorer le dialogue avec les extrémistes »

Son pays, ajoute-t-il, aurait également évité ce genre de chantage en juin, lors de l’enlèvement dans le département de Torodi près de la frontière du Burkina Faso, de plusieurs membres de l’ONG APIS, un partenaire du Programme alimentaire mondial (PAM), par des hommes à moto. Les neuf humanitaires locaux avaient été libérés une semaine plus tard sans que l’on sache dans quelles conditions.

Interrogé le 12 octobre par France 24 sur l’échange qui s’est tenu au Mali, le président nigérien Mahamadou Issoufou a rappelé qu’il n’y avait jamais de « solution idéale » dans les affaires d’otages. « Ceux qui ont négocié cette libération ne peuvent qu’être félicités pour l’avoir obtenue », a-t-il estimé.

« Niamey encerclée par des groupes terroristes »

Une réaction qui est loin de faire l’unanimité au sein de l’opinion publique nigérienne. Dénonçant un « échange très déséquilibré », Moussa Tchangari, de l’ONG Alternative Espaces Citoyens (AEC), souligne que la position du gouvernement malien n’aurait sans doute pas été la même si les otages avaient été des soldats et non le chef de file de l’opposition et des Occidentaux.

Dans les rangs des forces de sécurité nigériennes, on craint également que ces libérations contribuent un peu plus à déstabiliser un pays secoué, en juin, par l’assassinat de six Français de l’organisation Acted, de leur guide et de leur chauffeur à 60 kilomètres de Niamey, dans le parc de Kouré. Un massacre revendiqué le 17 septembre par l’organisation Etat islamique. La réserve, qui abrite les dernières girafes sauvages de l’Afrique de l’Ouest, était réputée sûre. Elle a depuis été classée par les autorités françaises en zone rouge. Tout le Niger, à l’exception de la capitale, est désormais « formellement déconseillé ».

Lire aussi Après l’attaque de Kouré, au Niger, les humanitaires sous pression

« Niamey est encerclée par des groupes armés terroristes. Et ces libérations au Mali, apparemment mal négociées au vu du nombre et de la dangerosité de certains présumés terroristes élargis, risquent de coûter cher à des pays comme le Niger », indique un officier de police qui a préféré garder l’anonymat.

« C’est une fâcheuse jurisprudence. Il faut s’attendre dans les prochains mois à des actions des groupes armés, et cela d’autant plus qu’ils sont revigorés par la libération de plusieurs d’entre eux et qu’ils ont de quoi se procurer du matériel de guerre avec l’argent qu’ils auraient perçu », renchérit pour sa part un haut gradé de l’armée nigérienne.

Une analyse qui éclaire le mal-être existant au sein des armées des pays du G5 Sahel qui se savent pertinemment « fragiles » face aux djihadistes, alors qu’elles sont chaque jour en première ligne et que les pays occidentaux aimeraient les voir prendre davantage de responsabilité dans la lutte antiterroriste.



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