Suivez-nous

Afrique

Accusé de corruption, Dan Gertler s’engage à « partager » avec ses « frères et sœurs » congolais

Publié

sur


Capture d’écran de la vidéo de Dan Gertler diffusée le 16 novembre 2020.

C’est une adresse à la nation congolaise aussi rare qu’étonnante. Dans une vidéo préenregistrée rendue publique lundi 16 novembre, le milliardaire israélien Dan Gertler a annoncé aux Congolais qu’ils étaient désormais ses partenaires et qu’il allait partager avec eux, d’ici à la fin de l’année, les dividendes de l’un de ses projets miniers situé au Katanga, dans le sud-est de la République démocratique du Congo (RDC).

« C’est la première fois que vous, frères et sœurs, allez profiter de la richesse de ce pays. […] Sur chaque tonne de cuivre ou de cobalt qui va être extraite […] chaque Congolais sera partenaire et payé pour chaque tonne exportée », promet l’homme d’affaires, visé depuis trois ans par des sanctions économiques américaines pour corruption présumée et pratiques opaques dans l’obtention de contrats pétroliers et miniers.

Lire aussi « Partagez avec nos frères et sœurs de la RDC » : l’étrange vidéo du milliardaire Dan Gertler

Le « deal » semble d’autant plus généreux que le milliardaire propose au peuple congolais de devenir « propriétaire bénéficiaire » d’une partie des redevances (en d’autres termes, des royalties) versées dans le cadre de l’exploitation de la mine Metalkol. Jusqu’à 120 000 tonnes de cuivre et 24 000 tonnes de cobalt, un minerai stratégique et convoité pour l’industrie des batteries électriques censées assurer une transition énergétique, peuvent en être extraites chaque année.

Metalkol est exploitée par la multinationale kazakhe ENRC, devenue Eurasian Resources Group (ERG). Aujourd’hui, se félicite le milliardaire, « la production est presque à pleine capacité, la société a rebondi, a remboursé ses dettes et devrait commencer à payer des redevances l’an prochain ». Des royalties perçues aujourd’hui par Dan Gertler. Ce dernier a en effet obtenu en 2017 que la Gécamines (propriété de l’Etat congolais) lui transfère les droits sur ces redevances en échange de 55 millions de dollars (environ 46 millions d’euros). Une opération menée à travers une société écran enregistrée aux îles Vierges britanniques.

Une mine revendue dix fois son prix d’achat

Selon quelles modalités le richissime homme d’affaires israélien compte-t-il aujourd’hui partager les revenus tirés de l’exploitation de Metalkol ? On l’ignore encore. Des précisions devraient être apportées dans les jours à venir.

Quoi qu’il en soit, ce n’est pas la première fois que Dan Gertler est associé à Metalkol. En janvier 2010, il avait déjà jeté son dévolu sur cette mine. Le gouvernement congolais avait retiré sa licence d’exploitation à la société canadienne qui l’opérait. A cette époque, le président Joseph Kabila ne refusait rien à son ami « Monsieur Dan ». A travers des sociétés établies aux îles Vierges britanniques, l’homme d’affaires israélien s’était associé à la Gécamines et au fonds d’investissement américain Och-Ziff, dont il est l’intermédiaire en RDC.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi En RDC, le jeu trouble du milliardaire israélien Dan Gertler face aux sanctions américaines

Il avait racheté la mine pour 60 millions de dollars, avant de la vendre huit mois plus tard au géant minier ENRC pour un montant de 685 millions de dollars. « C’était un “flip” classique de Gertler, qui lui a rapporté, ainsi qu’à ses partenaires, un bénéfice substantiel », selon une note de l’ONG britannique Rights and Accountability in Development (RAID), spécialiste de l’analyse des contrats miniers.

En 2016, la justice américaine a condamné Och-Ziff à régler une amende de 413 millions de dollars pour des pratiques corruptives dans plusieurs pays du continent, dont la RDC. Sa filiale africaine, OZ Africa Management, a finalement été condamnée par un tribunal de New York, en novembre, à payer 135 millions de dollars à l’un des actionnaires bernés dans l’acquisition d’un projet minier. Dan Gertler, cité dans cette affaire comme l’orchestrateur présumé d’un pacte de corruption, n’a pas été poursuivi.

Un « philanthrope » soupçonné de « pillage »

« Je n’ai jamais été accusé ou reconnu coupable d’une quelconque infraction pénale, où que ce soit dans le monde », souligne-t-il d’ailleurs dans une lettre datée du 29 septembre, adressée à la sous-commission « droits de l’homme » du Parlement européen. Le milliardaire israélien se présente comme un philanthrope impliqué dans une myriade de projets humanitaires en RDC et injustement diffamé par des ONG. Dans sa lettre, il prend soin d’indiquer qu’il serait « très heureux d’aider la commission de toutes les manières possibles, en travaillant à la promotion de ses objectifs en RDC ».

Accusé depuis plusieurs années de « pillage » par des ONG comme l’Africa Progress Panel, de feu Koffi Annan, le tycoon israélien est au cœur de plusieurs enquêtes journalistiques telles que les « Panama Papers » et les « Paradise Papers », qui ont révélé des pans de sa toile financière offshore utilisée pour opérer en RDC. Selon le département américain du Trésor, Dan Gertler a fait perdre plus de 1 milliard de dollars de revenus à l’Etat congolais.

Lire aussi « Panama papers » : Dan Gertler, roi du Congo et de l’offshore

Plus récemment, en juillet, un rapport de Global Witness et de la Plateforme de protection des lanceurs d’alerte en Afrique (Pplaaf), une organisation établie à Paris, a dévoilé la réorganisation de son empire financier pour contourner les sanctions économiques américaines et blanchir des millions de dollars. Ce qu’il conteste. Ses avocats ont déposé plainte contre ces organisations et contre certains médias.

Dans son allocution filmée, l’homme d’affaires a une fois encore critiqué la presse et les ONG. « Nous, dit-il, nous avons fait et peu parlé ». Avec cette opération de communication, Dan Gertler règle des comptes et tente de faire oublier un passé émaillé d’affaires, de scandales et d’exploitation des ressources d’un pays resté parmi les plus pauvres de la planète.



Via LeMonde Afrique

Annonce
Cliquez pour commenter

Laisser une Réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Afrique

En Algérie, une peine de prison ramenée à un an pour un militant du Hirak accusé d’« offense à l’islam »

Publié

sur


Lecture du Coran à la mosquée Ennidal à Alger, en février 2015.

Accusé notamment d’« offense à l’islam », le militant algérien Yacine Mebarki s’était vu infliger une peine de dix ans de prison en première instance, en octobre. Jugé en appel, mercredi 25 novembre, il a vu sa peine fortement réduite. Il a été condamné à un an de prison par la cour d’appel de Khenchela et à une amende de 50 000 dinars (330 euros), a précisé son avocat, Hachem Saci, sur son compte Facebook.

Engagé localement dans le mouvement de protestation populaire du Hirak, le militant berbériste a été reconnu coupable d’« offense aux préceptes de la religion [musulmane], d’incitation à la discrimination et de possession sans autorisation de matériel de guerre », selon son avocat. En revanche, il a été relaxé des chefs d’inculpation plus graves de « profanation » du Coran, d’« incitation à convertir un musulman à une autre religion » et de « pression sur un musulman pour l’inciter à renoncer sa religion », a précisé Me Saci.

Le militant, qui avait été arrêté le 30 septembre après une perquisition à son domicile, devrait sortir de prison le 1er octobre 2021.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi L’absence du président Tebboune plonge l’Algérie dans la léthargie

Vague de répression

Le 10 octobre, Yacine Mebarki, 52 ans, avait été condamné à dix ans d’emprisonnement et à verser une lourde amende de 10 millions de dinars (66 000 euros) par le tribunal de Khenchela. En appel, le parquet avait requis la même peine de prison, la plus lourde ayant jamais visé un activiste du Hirak, selon le Comité national de libération des détenus (CNLD), association de soutien aux prisonniers d’opinion.

Cette condamnation s’inscrit dans une vague de répression, qui cible militants prodémocratie, opposants politiques, journalistes et blogueurs et vise à briser le mouvement de contestation et empêcher la reprise du Hirak, suspendu par la pandémie du Covid-19. Pas moins de 90 personnes sont actuellement emprisonnées pour des faits liés à la contestation en Algérie, la plupart pour des publications sur Facebook, selon le CNDL.

Lire aussi Vives critiques en Algérie après des propos d’Emmanuel Macron, accusé « d’ingérence »

Un autre partisan du Hirak, Walid Kechida, 25 ans, en détention depuis le 27 avril à Sétif (nord-est), est également poursuivi pour « offense aux préceptes de l’islam », en plus de deux autres chefs d’inculpation. Il lui est notamment reproché d’avoir publié sur les réseaux sociaux des mèmes – images virales comiques ou satiriques – touchant à la religion, a expliqué à l’Agence France-Presse (AFP) son avocat, Moumen Chadi.

En juin, la militante féministe Amira Bouraoui avait été reconnue coupable de six chefs d’accusation, dont « offense à l’islam », et condamnée à un an de prison ferme. Elle est en liberté provisoire depuis juillet et son procès en appel est prévu le 17 décembre.

Liberté de conscience ?

La loi punit de trois à cinq ans d’emprisonnement et d’une amende « quiconque offense le Prophète ou dénigre le dogme ou les préceptes de l’islam, que ce soit par voie d’écrit, de dessin, de déclaration ou tout autre moyen ». La profanation « volontaire et publique » du Livre sacré est quant à elle passible de cinq à dix ans de prison.

Les autorités « veulent gagner en crédibilité avec la force et la répression. Tu parles, tu vas en prison, tu penses, tu vas en prison ! », s’indigne Oussama Azizi, un ami de Yacine Merbaki.

Lire aussi En Algérie, la victoire silencieuse du Hirak

« La condamnation de M. Mebarki est extrêmement grave. Elle montre à quel point les autorités judiciaires sont en train de réprimer les activistes », avait réagi Amna Guellali, responsable d’Amnesty International pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, après la peine infligée en première instance.

La nouvelle Constitution, approuvée lors d’un référendum très largement ignoré par la population le 1er novembre, ne mentionne plus la liberté de conscience comme dans la précédente version. Pour Mme Guellali, cette suppression « consacre les limites de la liberté de conscience qui existent déjà dans la loi algérienne ».

Le Monde avec AFP



Via LeMonde Afrique

Continuer La Lecture

Afrique

Au Mali, quand Taoudéni, l’ancien bagne, se rêve en « pôle économique »

Publié

sur


A Taoudeni en 2000.

LETTRE DU MALI

Pour ceux qui rêvent de visiter Mars et qui, comme à peu près l’ensemble de la planète, n’ont ni les moyens ni les compétences techniques pour se construire le vaisseau spatial nécessaire, il existe une formule plus économique : envisager un voyage à Taoudéni, à l’extrême Nord du Mali.

Pour cela, il faudra tout d’abord trouver à Tombouctou un véhicule tout-terrain robuste, puis une solide escorte chargée de votre protection et enfin mettre le cap plein Nord en roulant pied au plancher sur 800 kilomètres afin d’éviter de se faire enlever par les djihadistes du Jamaat Nosrat al-Islam wal-Mouslimin (JNIM, ou Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, GSIM), ou leurs sous-traitants. Après quarante-huit heures de voiture, les dunes de sable rouge de cette partie extrêmement aride du Sahara s’offriront à vous.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Mali : de la cause touareg au djihadisme, le parcours de Bah Ag Moussa, tué par « Barkhane »

Pour nombre de Maliens, le nom de Touadéni résonne encore comme un cauchemar. C’est là que le dictateur Moussa Traoré, au pouvoir entre 1968 et 1991, avait fait construire son bagne. Une prison qui n’avait pas besoin de barreaux et où les pensionnaires à vie étaient chargés, à coups de trique, de récolter le sel des mines à ciel ouvert environnantes. Inutile de penser à s’échapper, le désert et les 50 °C en pleine journée étant le meilleur des filets pour retenir tous ceux qui pouvaient imaginer un instant se faire la belle.

Grain de folie

Lors de ces trente dernières années, Moussa Traoré est tombé, le bagne a fermé, l’Etat a déserté, les rébellions ont prospéré et les groupes djihadistes se sont implantés. Pour répondre aux revendications des Arabes bérabiches qui habitent la zone, une région administrative a été créée – la plus vaste et la moins peuplée du Mali – mais aucun gouverneur, aucun fonctionnaire n’est jamais venu s’installer.

Autant dire qu’il faut beaucoup d’espoir et un sérieux grain de folie pour lancer ici un projet d’envergure. Avec l’appui de la Banque mondiale, de la coopération allemande (GIZ) et du gouvernement malien, Moulaye El Oumrany, le neveu du doyen de la communauté bérabiche, s’est mis en tête de « repeupler » cette capitale fictive dont les habitants sont partis par « commodité » et d’en faire un « pôle économique ».

Lire aussi Mali : l’ancien autocrate Moussa Traoré est mort

Revenu il y a deux ans d’Allemagne, il a notamment imaginé de construire sur cette terre infertile, où les rares points d’eau sont salés, une ferme semi-automatisée. « Du fait de la situation au Mali, le projet a pris un peu de retard mais nous allons maintenant commencer la réalisation », assure le directeur de l’ONG Paix et Progrès. « Quand on a commencé, cela relevait de l’utopie mais d’autres partenaires, comme les Nations unies et l’ambassade de France, commencent à nous suivre », souligne Moulaye El Oumrany.

Avant de démarrer, il a fallu tout d’abord mener des études géophysiques, hydrauliques, sociologiques, économiques. Chargé de la partie prospective, Ali Niang, qui n’est pas du genre à se décourager à la première difficulté venue, raconte avec humour : « Je ne sais pas combien de consultants nous avons embauchés. Ils disent oui et une fois rentrés chez eux vous appellent le lendemain pour dire qu’ils abandonnent. A Touadéni, les gens s’amusent en disant qu’ils n’ont jamais vu un étranger deux fois. »

« Modèle israélien »

Avant de voir plus grand, le projet agricole devrait débuter sur une surface de 4 hectares. « Nous avons conçu une ferme adaptée à son milieu en s’inspirant du modèle israélien avec des palmiers dattiers arrosés par goutte-à-goutte. Mais avant que ceux-ci soient arrivés à maturité dans trois-quatre ans et que les populations puissent vendre les fruits, nous avons débuté avec des activités de maraîchage, avec des plantations d’aubergines, de piments, de pommes de terre et de gombos », expliquent Moulaye El Oumrany et Ali Niang.

Pour accéder à la terre arable, il faut d’abord retirer 80 centimètres de sable, puis corriger l’acidité du sol à la chaux. L’élevage de chèvres monté en parallèle permet de fournir de l’engrais organique.

Lire l’entretien « La crise que traverse le Mali signe aussi l’échec de décennies d’intervention internationale »

« L’objectif est de réinsérer des ex-combattants, mais pour l’instant pas un seul n’est venu », s’esclaffe Ali Niang. Le lieu est cependant protégé par les anciens rebelles du Mouvement arabe de l’Azawad qui ont perçu l’intérêt économique du projet. Celui-ci peut déjà se targuer de n’avoir rencontré aucun incident sécuritaire. « Nos vrais clients sont les communautés bénéficiaires. Si elles sont contentes de notre travail, c’est le meilleur moyen d’être en sécurité », constate-t-il. Les premières récoltes sont attendues pour le mois de septembre 2021.

Retrouvez ici toutes les lettres de nos correspondants.



Via LeMonde Afrique

Continuer La Lecture

Afrique

nouvelle récession au Nigeria, première économie d’Afrique

Publié

sur


A Abuja, capitale du Nigeria, à l’heure de pointe du matin pour se rendre au travail.

La pandémie de Covid-19 a fait entrer le Nigeria en récession pour la deuxième fois depuis 2016, menaçant de faire basculer un peu plus dans la pauvreté les 200 millions d’habitants de la première économie d’Afrique.

Le PIB du premier producteur africain de pétrole s’est contracté de 3,62 % au troisième trimestre, après avoir déjà reculé de 6 % au trimestre précédent.

« Avant la pandémie, le gouvernement n’arrivait déjà pas à maintenir le pouvoir d’achat des Nigérians », explique à l’AFP Dominique Fruchter, économiste à la Compagnie française d’assurance pour le commerce extérieur (Coface).

Lire aussi Violences policières au Nigeria : les militants dans le viseur des autorités

Le pays se remet à peine du choc pétrolier qui l’a très durement touché en 2016. Et si la croissance est repartie l’année suivante, elle était restée trop faible pour combler les besoins d’une population toujours plus nombreuse. Le taux de chômage des jeunes atteint les 40 %.

Ainsi « la pandémie a accentué les difficultés antérieures et le Nigeria doit désormais faire face à la plus sévère récession enregistrée depuis des décennies », note également Aurélien Mali, analyste pour l’Afrique à Moody’s.

Forte inflation

Fin mars, les autorités ont décrété un confinement de cinq semaines, une catastrophe pour la majorité de la population qui dépend de l’économie informelle pour survivre, mais aussi pour la classe moyenne.

« J’avais à peine de quoi payer ma nourriture et l’électricité », témoigne Joseph Olaniyan, professeur de français à Abuja, dont l’activité a repris en octobre mais tourne au ralenti. Au confinement, « s’est ajoutée la chute des prix du pétrole », souligne M. Mali.

En avril, les cours du brut ont chuté en dessous des 20 dollars, et ils ont beau être remontés autour des 40 dollars depuis, l’avenir reste sombre pour un pays qui tire plus de la moitié de ses revenus et 90 % de ses recettes d’exportation du pétrole.

Outre la baisse des cours, « la production nigériane de pétrole diminue », relève Benjamin Augé, spécialiste du Nigeria à Institut français des relations internationales (Ifri). « Une partie des gisements est arrivée à maturité et ces derniers ne sont pas compensés par suffisamment de grands projets ». Ainsi, « au moment où le gouvernement devrait soutenir l’économie, ses revenus ont drastiquement baissé », souligne M. Mali.

Lire aussi « Le coronavirus s’est perdu dans la liste des malheurs de l’Afrique »

Pour faire face, l’Etat a immédiatement réagi en dévaluant la monnaie. Mais « cette dépréciation a encore appauvri les populations, les prix des biens de première nécessité souvent importés ont augmenté, créant une forte inflation », ajoute l’économiste. « Avec l’inflation, nous avons été doublement frappés », confirme le professeur Olaniyan, qui affirme que les prix des transports ont presque doublé.

Plus encore, l’inflation a été portée par une hausse des prix de l’alimentation qui ont augmenté de 17,3 % en octobre.

« Le sac de riz que nous achetions 100 nairas coûte désormais 200 nairas », témoigne Edna Anidi, une mère de six enfants qui a récemment perdu son emploi dans le secteur pétrolier dans le sud-est.

La hausse des prix n’est toutefois pas nouvelle, et s’observe depuis plus d’un an. En cause notamment, la fermeture des frontières avec les pays voisins, décidée en août 2019 par les autorités pour stimuler la production agricole locale.

Car depuis 2016, Abuja tente de diversifier son économie, en imposant des mesures protectionnistes pour développer des secteurs d’activités plus inclusifs.

7 millions de pauvres en plus

Mais d’ici là, « le pays va rester extrêmement dépendant de sa rente pétrolière », ajoute M. Mali. Et à moins d’observer « une envolée des cours, le pays va mettre plusieurs années à sortir de cette récession ».

Le gouvernement table sur un retour à la croissance d’ici à, la fin de l’année ou début 2021, selon la ministre des finances Zainab Ahmed lundi.

Pour les analystes, cette récession est un fléau : le pays détient déjà le triste record mondial du plus grand nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté.

La crise « devrait faire basculer 5 millions de Nigérians supplémentaires dans la pauvreté en 2020 », prévoit la Banque mondiale. Un chiffre qui s’ajoute aux deux millions de nouveaux pauvres déjà prévus cette année.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi L’Afrique malade du « coronabusiness »

La récession « va accentuer un peu plus les frustrations de la jeunesse », prévient M. Mali. En octobre, plusieurs milliers de Nigérians ont manifesté contre les violences policières. La contestation, qui a fait une soixantaine de morts selon Amnesty International, s’était rapidement transformée en mouvement plus large contre le pouvoir.

Le manque d’opportunité économique à venir pour ces jeunes, aggravé par la récession, risque de déboucher sur de nouvelles manifestations, préviennent les analystes.

Le Monde avec AFP



Via LeMonde Afrique

Continuer La Lecture

Suggestion