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à Tizi-Ouzou, un pharaon égyptien s’invite au Nouvel An kabyle

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Des drapeaux berbère et algériens à Tizi-Ouzou, lors de la célébration de « Yennayer », le 12 janvier 2018.

L’inauguration d’une statue à l’effigie d’un pharaon égyptien, mardi 12 janvier à Tizi-Ouzou, en Kabylie, à l’occasion de la célébration du Nouvel An berbère (Yennayer), soulève les passions en Algérie et en Egypte. Pour fêter l’arrivée de l’année berbère 2971, la municipalité a érigé une statue géante du pharaon Sheshonq Ier (« Chachnaq », en langue tamazight). Haute de plus de quatre mètres et sculptée par deux jeunes artistes, Hamid Ferdi et Samir Salmi, elle a été dévoilée vendredi, selon les médias locaux. Mais son installation a semé la discorde sur les réseaux sociaux.

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« Je trouve qu’on fait preuve d’une trop grande et singulière légèreté face à l’histoire en prenant l’initiative d’ériger une statue pour un pharaon égyptien auquel on prête de vagues origines berbères et dont on ne connaît pas grand-chose », a commenté le journaliste Djamel Alilat sur Facebook. Sur Twitter, le hashtag « Chachnaq est Egyptien » agrémente des messages d’Algériens et d’Egyptiens estimant que son histoire appartient à l’Egypte et non au Maghreb.

Un choix « arbitraire »

Selon l’historien Fouad Soufi, interrogé par l’AFP, Chachnaq était « un homme puissant, un des généraux les plus importants de l’Egypte pharaonique ». « Il a pris le pouvoir autour de 945 avant Jésus-Christ, au moment d’une crise de succession, et a fondé une dynastie », mais il était « totalement égyptianisé et tourné vers la Palestine », même si on lui prête des origines berbères, ajoute M. Soufi. La date du 12 janvier de l’année 950 avant J.-C. a été choisie par des militants berbères comme point de départ du calendrier amazigh, en référence à l’accession au trône de Chachnaq. Mais « la date de l’intronisation de Chachnaq est difficile à estimer », nuance l’historien, évoquant un choix « arbitraire ».

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Yennayer est une fête agraire qui correspond au premier jour du calendrier julien introduit en – 46 av. J.-C. dans la Rome antique. Les paysans ont maintenu la tradition, se l’appropriant, sans forcément connaître son origine. En décembre 2017, l’ex-président Abdelaziz Bouteflika avait décidé d’en faire un jour férié en Algérie. Mets traditionnels, chants, danses, jeux, théâtre et parades équestres sont chaque année au menu des festivités du Nouvel An berbère. Cette année, les manifestations officielles sont peu nombreuses en raison de la crise sanitaire.

Le Monde avec AFP



Via LeMonde Afrique

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Séverin Mouyengo ou le « salopard de la Sape »

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Séverin Mouyengo déambule dans les faubourgs de Brazzaville comme on défile. A 65 ans, il soigne toujours sa démarche, fière et parfois sautillante ; se faufile avec aisance entre les voitures, les motos et les badauds émerveillés ou rieurs. Une gestuelle de dandy agrémente sa composition vestimentaire m’as-tu-vu : costume griffé aux couleurs vives, chapeau en feutre vissé sur la tête, souliers brillants de préférence J.M. Weston, une canne à pommeau ou une pipe éteinte en guise d’accessoires. C’est sa manière à lui de se distinguer, de faire rêver, de provoquer aussi. Le « plaisir de paraître », telle est l’addiction de ce fonctionnaire à la retraite, figure de la Société des ambianceurs et des personnes élégantes (Sape).

Une « religion du tissu »

Cette coterie réunit des adorateurs d’étoffes raffinées qui s’habillent comme des aristocrates excentriques. « Un sapeur, c’est quelqu’un qui, avec peu de moyens, surprend celui qui le regarde », explique M. Mouyengo depuis sa modeste maison de Madibou, dans le 8e arrondissement de la capitale congolaise. Pour les membres de cette société aussi sélect que ritualisée, il est impératif de se montrer toujours « bien alluré », de soigner le « réglage » de sa tenue. Pas question de porter des « ntunga », ces vêtements confectionnés par des tailleurs de quartier. Il y a des fautes de goût à ne pas commettre. Non, mieux vaut se ruiner en piochant dans les collections de grands créateurs européens et japonais, et parfois même les porter avec les étiquettes affichant ostensiblement les prix en euros.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Smalto, le tailleur de la « Françafrique »

Pour un sapeur, s’habiller est un art. Cette « religion du tissu » ressemble à une folie sage et rebelle à la fois qui projette dans un univers de flamboyants ultra-matérialistes. Sur les rives du fleuve Congo se réinventent sans cesse des codes d’une élégance par des obsédés du style qui rêvent plus que tout d’exister socialement et qui ont fini par créer un mouvement de contre-culture, de frime et de résistance. « Par la sape, j’ai récupéré tout ce que j’avais perdu. Par elle, je trouve tout ce que je ne pensais pas avoir (…) C’est à elle que je dois toute mon existence et ma considération sociale », écrit M.Mouyengo dans son livre, Ma vie dans la Sape.

La Sape comme mouvement de lutte

Cet ouvrage soigneusement édité par la librairie parisienne Petite Egypte exhume les mémoires d’un gamin rêveur né à Pointe-Noire et grandi dans les quartiers populaires de Brazzaville. « Le salopard de la Sape », son surnom, son « grade », comme il dit fièrement, raconte aussi un Congo tourmenté, saigné par la colonisation, puis pillé par les réseaux de la Françafrique et, jusqu’à ce jour, abusé par un clan au pouvoir qui s’accapare les richesses pétrolières et les rêves de sa jeunesse. Parfois réduite à tort à un folklore superficiel, la Sape incarne aussi, depuis sa genèse, une forme de contestation pacifique et esthétique.

Séverin Mouyengo, en juillet 1973, à Pointe Noire.

D’abord contre la brutalité et l’humiliation coloniale dont l’administration surveille dés 1920 les habits des « indigènes », ridiculise les tenues vestimentaires « à l’européenne » de chefs traditionnels. Tout en s’inquiétant de voir certains Congolais s’habiller très élégamment, précise l’historien de la mode Manuel Charpy. « Les sapeurs s’habillent à la fois avec et contre tout cet imaginaire raciste et colonial », constate le chercheur au CNRS qui a édité les mémoires de M. Mouyengo.

« Le Sapeur, tout comme l’écrivain de la négritude, a la conviction de s’attaquer, lui aussi, au colon ». Alain Mabanckou, écrivain.

Pour l’écrivain franco-congolais Alain Mabanckou, « la Sape est, dans une certaine mesure, l’antithèse de la beauté traditionelle africaine, celle du tissu local, de l’élégance des ancêtres ». Il poursuit sa réflexion dans la préface du beau-livre du photographe espagnol, Héctor Mediavilla, sobrement intitulé S.A.P.E (ed. Intervalles, 2013, 160 p.) : « le Sapeur, tout comme l’écrivain de la négritude, a cependant la conviction de s’attaquer, lui aussi, au colon : par les habits que celui-ci a fabriqués, ces habits qu’il ne sait pas porter et que lui, le Sapeur, sait mettre en valeur. L’élégance est de ce fait negre”. »

Une clientèle pointue

Si les indépendances des années 1960 augurent aussi une libération des corps et des tenues, la Sape subit dans la décennie suivante une nouvelle forme d’autoritarisme mêlant un marxisme tropical et une politique de décolonisation culturelle. Au Zaïre voisin, Mobutu Sese Seko va tout simplement interdire le port du costume assimilé au colon. Au début des années 1970, il impose l’abacost (contraction de « à bas le costume »). Ce veston le plus souvent dépourvu de col et à manches courtes est aussi porté par les apparatchiks de Brazzaville.

Le président du Zaïre, Mobutu Sese Seko, en abacost, et Mohamed Ali, en 1974.

Pas vraiment au goût de M. Mouyengo qui préfère « étudier » les styles de Claude François, Jacques Dutronc, Antoine et autres dans le magazine Salut les Copains. Marginalisée, méprisée et un temps proscrite, la Sape entre alors dans une sorte de semi-clandestinité. « Saper n’est pas un délit, pourtant nous ne bénéficions que d’un jugement défavorable du côté des responsables du pays, qui nous traitaient d’impérialistes, se souvient le « salopard de la Sape ». Nous n’étions pas des délinquants, mais plutôt des snobs. »

« Des responsables du pays nous traitaient d’impérialistes. Nous n’étions pas des délinquants, mais plutôt des snobs. » Séverin Mouyengo.

A Kinshasa, le chanteur Papa Wemba, le « roi de la rumba » également « prince de la Sape », chante les louanges de ces élégants, leur rend hommage et popularise le mouvement. A Paris et à Bruxelles, des membres de la diaspora, des étudiants boursiers et des « aventuriers », surnom donné à ceux qui tentent leur chance comme immigrés en Europe, lui donnent un nouveau souffle et l’internationalisent. Ils s’appellent Djo Balard, Bachelor…

Ils mettent à mal l’image de l’immigré, acheminent des vêtements au pays, répondent aux commandes exigeantes des sapeurs restés au bord du fleuve Congo. Des grandes maisons s’intéressent à ces dandys érudits en matière de mode et consommateurs frénétiques. Daniel Hechter, J.M. Weston et d’autres recrutent des sapeurs pour gérer cette clientèle si pointue.

Avec le créateur japonais Kansai Yamamoto

Au pays, la guerre civile éclate en 1993. Elle reprend ensuite en octobre 1997 durant cinq mois et enfin en décembre 1998. Cette dernière doit durer trois jours selon les soldats qui font évacuer les habitants de Brazzaville pour écraser les miliciens ennemis. Craignant les pillards, M. Mouyengo enfouit dans un trou creusé dans sa parcelle son trésor de sapeur : 203 costumes de grandes griffes, 30 de marques moins onéreuses, 302 chemises, 25 paires de souliers dont six de J.M. Weston, des bretelles, des lavallières « en nombre incalculable », des bijoux et des montres… Sauf que la guerre dure plus d’une année, tue des milliers de personnes dont cinq membres de sa famille. Les insectes et la pluie ont pulvérisé son butin. Il repart à zéro, reconstitue une garde robe avec l’argent qu’il n’a pas. Pas de quoi l’inquiéter. Il a le temps d’une vie pour cela.

Séverin Mouyengo, à Brazzaville, en mars 2019.

Tokyo, avril 2016. Séverin Muyengo parade aux côtés de son nouvel ami, le célèbre et exubérant créateur de mode Kansai Yamamoto. C’est son quatrième séjour dans la capitale japonaise où il a été invité par des artistes pour présenter la Sape. L’édition japonaise du magazine GQ saisit le moment et s’intéresse à ce duo délirant et fusionnel. « C’est au-delà des mots et en un clin d’oeil, je suis devenu si proche de lui », dit M. Yamamoto qui fait de M. Mouyengo son «  conseiller » très spécial. « Il me consultait pour l’agencement des couleurs et des tissus », se souvient le Congolais.

Kansai Yamamoto s’est éteint en juillet 2020 et Séverin Mouyengo ne bouge plus vraiment de Brazzaville qu’il arpente, toujours tiré à quatre épingles. La Sape n’y est plus combattue depuis longtemps mais valorisée par le gouvernement. Des ministres ont été initiés ; des grandes marques, telles que Guinness, sollicitent les sapeurs pour des publicités ; des artistes comme Maitre Gims s’en inspirent et chantent leur élégance. Le samedi soir, le sexagénaire défile toujours dans le quartier populaire de Bacongo. Il retrouve jeunes et vieux sapeurs au bar « De Guy » pour se montrer et contempler. Il continue d’écrire et de vivre son histoire de la Sape.

Ma vie dans la Sape, de Séverin Mouyengo, ed. Librairie Petite Egypte, 192 p., 17 €.



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le fief de l’opposant Bobi Wine sous haute surveillance après l’annonce des résultats

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Par Armel-Gilbert Bukeyeneza

Publié aujourd’hui à 02h27, mis à jour à 02h51

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Air saturé par les vrombissements d’hélicoptères, colonnes de blindés et soldats sur le qui-vive : à Magere, quartier de Kampala où réside Bobi Wine, Robert Kyagulanyi de son vrai nom, on n’avait jamais rien vu de pareil. Il est 16 heures ce samedi 16 janvier et la commission électorale vient d’annoncer les résultats de l’élection présidentielle qui s’est tenue deux jours plus tôt : le chef de l’Etat sortant Yoweri Museveni, au pouvoir depuis trente-cinq ans, est réélu pour un sixième mandat avec 58,64 % des voix face à son principal adversaire, Bobi Wine, ex-chanteur de ragga et député de 38 ans, crédité de 34,83 % des suffrages.

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La veille, M. Wine a dénoncé des fraudes massives – bourrages d’urnes, bulletins préremplis, électeurs n’ayant reçu les bulletins que pour les législatives ou des agressions contre les observateurs de son parti. Depuis, des soldats encerclent son domicile situé en périphérie de la capitale. « Une assignation à résidence », a dénoncé son parti tandis que le gouvernement affirme que les militaires assurent sa sécurité.

Des militants du Mouvement de résistance nationale défilant dans les rues de Kampala, en Ouganda, le 16 janvier.

Dans les rues, quelques groupes de militants habillés en jaune, la couleur du Mouvement de résistance nationale, le parti au pouvoir, échangent des noms d’oiseaux avec les partisans de Bobi Wine, mais aucune manifestation d’ampleur.

Même calme apparent à Kanyanya, quartier voisin où la vie suit son cours normal. Des mécaniciens réparent les « boda boda », les motos taxis de Kampala ; les vendeurs de rue écoulent leurs marchandises. Mais tous gardent un œil en direction des forces de sécurité déployées en nombre.

Internet coupé depuis quatre jours

A Kamwokya, le bidonville où Bobi Wine a grandi, tous les axes d’entrée sont également surveillés. Quelques heures avant la proclamation des résultats, l’atmosphère y était déjà lourde, le moral déclinant à mesure que les chiffres provisoires tombaient. Le quartier était alors partagé sur l’attitude à adopter en cas de « mauvaise nouvelle ». « Nous ferons ce que Bobi Wine nous dira de faire », tranchait Moses, jeune habitant du ghetto déterminé à « protéger sa voix ». Dickson, son voisin, se disait convaincu que « le régime est en train de manipuler les résultats avec la coupure d’Internet ».

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Les forces de l’ordre en patrouille autour du domicile de Bobi Wine, dans le quartier de Magere à Kampala, le 16 janvier.

La coupure d’Internet imposée depuis la veille du scrutin est au cœur des récriminations et agite la classe politique. L’opposition accuse ouvertement la commission électorale d’avoir facilité la fraude, celle-ci ayant affirmé ne pas être affectée par la coupure et assurant avoir « un autre système de transmission de données » sans pour autant expliquer lequel. « La Commission électorale ne peut pas dire qu’elle a un système particulier, non connu. Elle doit opérer d’une manière transparente. Les résultats doivent suivre le cheminement légal car tout doit être vérifié », a dénoncé Ibrahim Ssemujju, porte-parole du Forum pour le changement démocratique. Sans surprise, le parti au pouvoir, le Mouvement de résistance nationale, avait soutenu le blocage d’Internet arguant qu’il éviterait les tensions et les affrontements « souvent nourris par la propagande en ligne ».

« On nous vole nos voix »

Chaque camp interprète à sa façon le calme jugé précaire régnant dans la capitale ougandaise après l’annonce des résultats. Les électeurs du président Museveni y voient l’effet bénéfique de la coupure des réseaux tandis que pour les partisans de Bobi Wine, les vainqueurs proclamés font profil bas. « Kampala est silencieuse parce que ceux qui se disent vainqueurs ont en réalité perdu. Se sachant peu nombreux, ils ont peur de trop se montrer », estime l’un d’eux.

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Moses, lui, voit surtout les dégâts déjà faits. Couper Internet, c’est le forcer à mettre la clé sous la porte de son petit stand de Mobile money, un business de transfert d’argent via les téléphones mobiles. « On nous vole nos voix puis nos jobs », fulminait-il peu avant l’annonce des résultats, espérant tout de même rouvrir sous peu et ne regrettant pas non plus d’être allé voter : « Bobi Wine nous a mobilisés. On s’est dit que le miracle d’une élection libre et juste était peut-être possible. Mais il est clair que c’était une élection comme les autres, où le vainqueur était connu à l’avance. »



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pour Paris, des alertes claires et régulières

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Des réfugiés rwandais fuient vers la Tanzanie, le 30 mai 1994.

Un génocide n’est pas une tempête inattendue. Il se dessine, se prépare. Il réclame une idéologie de haine, des propagateurs et une logistique, y compris des armes. Dès octobre 1990, à la suite d’une attaque du Front patriotique rwandais (FPR), formé par des exilés tutsi en Ouganda, plusieurs centaines de militaires français sont déployés au Rwanda dans le cadre de l’opération « Noroît ». A l’époque, le gouvernement français suit attentivement la situation, qui se dégrade au fil des mois. Il n’ignore rien des massacres et des arrestations massives de civils tutsi qui se multiplient, comme le confirment les nouvelles archives de l’Elysée, auxquelles François Graner, physicien et directeur de recherches au CNRS, a eu accès.

Un document daté du 6 février 1991 le prouve. Jacques Pelletier, ministre français de la coopération, ne cache pas son angoisse. « Monsieur le Président, la situation du Rwanda m’inquiète de plus en plus, écrit-il à François Mitterrand, qui paraphe le document. Le président Habyarimana ne donne pas les gages d’ouverture qui lui ont été conseillés à plusieurs reprises… Les modifications gouvernementales semblent privilégier les éléments durs hostiles à la discussion avec les rebelles [du FPR]. Mme Habyarimana et son clan [autour de la première dame s’est constitué un cercle politique et financier composé d’extrémistes hutu appelé l’Akazu] ont repris les choses en main… Si cette évolution se poursuit, je crains que le régime ne puisse pas tenir très longtemps. »

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Début 1992, une nouvelle vague de violences se produit. Grâce aux militaires français présents sur place, Paris sait tout, mais s’obstine à soutenir le régime de Juvénal Habyarimana, proche de François Mitterrand. « Des massacres interethniques ont été perpétrés par des milices proches du parti au pouvoir (…). La présence de nos militaires, qui évite le pire, contribue à la survie du régime (…). Par contre, la proximité de nos troupes des zones de massacre peut susciter des interrogations », soulignent le général Christian Quesnot, chef d’état-major particulier, et Thierry de Beaucé, chargé de mission à l’Elysée, dans une note au président, le 3 avril 1992.

« Impasse »

Dans un rapport de janvier 1993, l’ambassadeur à Kigali, Georges Martres, expose les ressorts de la politique africaine de la France, marquée par une obsession de son espace d’influence francophone, face aux puissances anglophones. Après octobre 1990, écrit-il, « le Rwanda a été traité comme l’aurait été dans un cas analogue le Sénégal ou la Côte d’Ivoire. Kigali a pris normalement sa place sur un axe politique, économique, militaire et culturel qui va de Dakar à Djibouti, et sur lequel s’est fondée la politique africaine de la France au cours des trente dernières années ».

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