Suivez-nous

Afrique

A Thala, la détresse silencieuse des familles de « martyrs » de la révolution tunisienne

Publié

sur


Wael Karrafi, 30 ans (ici à Tunis, le 12 janvier), a perdu sa jambe pendant les manifestations il y a dix ans.

Des carrières de marbre pratiquement abandonnées à l’entrée des hauteurs de la ville et des rues calmes où les hommes en burnous sirotent leur café dans la froideur hivernale. A Thala, petite ville montagneuse de l’Ouest tunisien, seuls quelques murs maculés de graffitis et une place rendant hommage aux « martyrs » de la révolution témoignent du soulèvement de 2011.

Le commissariat de police, qui avait été incendié, a été rasé pour laisser place à une station de taxis collectifs. Les policiers avaient mis près d’un an et demi pour revenir dans la ville, théâtre d’affrontements violents. Fin décembre 2010, la majorité des 18 000 habitants de Thala avaient emboîté le pas des manifestations qui avaient enfiévré les régions voisines dans la foulée de l’immolation par le feu du vendeur ambulant Mohamed Bouazizi à Sidi Bouzid. Durant la nuit du 8 au 9 janvier, les forces de l’ordre avaient tiré à balles réelles, faisant 6 morts et 14 blessés.

Lire aussi : La démocratie tunisienne entre fatigue et résilience

Dans la rue principale, où les vendeurs de légumes jouxtent les terrasses des cafés et les bâtiments administratifs, Helmi Chniti, frère de Ghassen Chniti tué le 8 janvier, se souvient du début des protestations. « C’était la fin des vacances scolaires, raconte-t-il. Les lycéens étaient sortis massivement pour protester et rejoindre d’autres camarades. La police les attendait déjà et a commencé à les frapper, ce qui a ensuite mobilisé tout le monde, dont mon frère, après plusieurs nuits de confrontations émaillées de violences policières. »

Son frère s’est effondré en pleine rue d’une balle dans le dos. Il avait 19 ans. Pour Helmi, le plus dur reste le souvenir de n’avoir pas pu le secourir à temps, faute de trouver une ambulance, dans le chaos ambiant.

Mémoire endeuillée

Dix ans après, les plaies se referment difficilement pour les familles qui se désolent de n’avoir obtenu ni justice pour leurs enfants ni aucune forme de reconnaissance, faute d’une liste définitive des martyrs et des blessés dont la publication se fait toujours attendre. La Tunisie souffre d’une récession économique sans précédent à laquelle s’ajoute une instabilité politique récurrente : près d’une dizaine de gouvernements se sont enchaînés depuis 2011.

Hosni Kalaeyah, 49 ans (ici à Tunis, le 12 janvier 2021), s’est immolé pendant une manifestation en 2011.

Aujourd’hui, les discours politiques contre-révolutionnaires portés par certains partis ont le vent en poupe, accusant la révolution d’être à l’origine des maux socio-économiques du pays. Ils s’opposent à l’idéologie pro-révolution incarnée par le président de la République Kais Saïed. Enseignant de droit constitutionnel élu avec 72 % des voix en octobre 2019, le nouveau chef d’Etat peine à imposer sa vision politique, bridé par les contraintes d’un régime semi-parlementaire et son absence de relais partisans. Dans ce contexte tendu autour de l’héritage révolutionnaire, les familles des blessés et des martyrs du soulèvement voient l’indifférence s’ajouter aux douleurs de leur mémoire endeuillée.

Il vous reste 64.64% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.



Via LeMonde Afrique

Annonce
Cliquez pour commenter

Laisser une Réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Afrique

« L’accès aux archives est central pour que les jeunes Algériens et Français s’approprient leur passé »

Publié

sur


Aux archives du fort de Vincennes en octobre 2001, où sont rassemblées les archives sur la guerre d’Algérie.

Tribune. Emmanuel Macron a accusé réception, le 20 janvier, du rapport qu’il avait demandé à l’historien Benjamin Stora sur les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie. Aucun des présidents de la République qui l’ont précédé depuis 1962 n’a affronté cet enjeu mémoriel.

Le général de Gaulle s’est employé à détourner les Français de cette page douloureuse de notre histoire en ravivant la mémoire de la Résistance incarnée par Jean Moulin et les martyrs du mont Valérien, et a renoncé, en juin 1968, à ce que l’amnistie ne s’applique pas à tous les actes des jusqu’au-boutistes de l’Algérie française responsables du putsch de 1961 et des crimes de l’OAS (pour Organisation de l’armée secrète). Georges Pompidou a voulu faire oublier les temps où « les Français ne s’aimaient pas ». Valéry Giscard d’Estaing a réintégré dans sa majorité une partie de la droite antigaulliste qui n’avait pas accepté l’indépendance de l’Algérie.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Mémoire entre la France et l’Algérie : les deux fronts de la bataille des archives

Elu président, François Mitterrand s’est tenu à l’écart de cet épisode de la décolonisation où il n’avait pas été particulièrement lucide comme ministre de l’intérieur en 1954, et, où, bien avant de promouvoir l’abolition de la peine de mort en 1981, il l’avait préconisée largement comme ministre de la justice du gouvernement Guy Mollet. Jacques Chirac a échoué dans son pari impossible d’obtenir à la fois un « traité d’amitié » avec l’Algérie et une loi enjoignant aux enseignants de montrer les « aspects positifs de la colonisation ». Nicolas Sarkozy a fait du « refus de la repentance » l’un de ses thèmes favoris. Enfin, François Hollande – malgré les conseils de Benjamin Stora – n’a fait sur ce sujet que de petits gestes trop timides.

Emmanuel Macron, lui, s’en est distingué, avant même son élection, en 2017, en s’en prenant au système colonial lors d’un déplacement à Alger, puis en affirmant à plusieurs reprises au début de sa présidence vouloir s’atteler à cet enjeu mémoriel qui entrave les relations entre les deux pays.

Eclatement des groupes mémoriels

Le rapport que Benjamin Stora a remis au président a le mérite d’aborder les traces des mémoires de la colonisation et de la guerre d’Algérie dans la France d’aujourd’hui qui polluent aussi la perception idéologique d’une partie des problèmes de la société française. Il pointe le fait que, dans les années 1960 à 1980, il fallait en France « oublier » l’Algérie, effacer, pour certains, le traumatisme de l’exil, dépasser, pour d’autres, les sentiments de honte ou de culpabilité. Tandis que l’évolution autoritaire de l’Algérie indépendante plongeait la fraction minoritaire de l’opinion qui avait soutenu l’indépendance dans un état de sidération.

Il vous reste 61.82% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.



Via LeMonde Afrique

Continuer La Lecture

Afrique

Dix ans après les « printemps arabes », que reste-t-il des soulèvements populaires ?

Publié

sur


Le 17 décembre 2010, Mohamed Bouazizi, vendeur ambulant tunisien, s’immole devant le gouvernorat de Sidi Bouzid : c’est le premier geste de ce qui allait devenir un véritable big bang géopolitique. Egypte, Yémen, Libye, Bahreïn, Syrie…, l’effet domino est quasi immédiat et sidérant. L’espérance révolutionnaire, portée par les flashs d’information trépidants de la chaîne Al-Jazira, galvanise le monde arabe.

Où en sommes-nous dix ans plus tard ? Si le renouveau espéré n’a pas eu lieu, la réplique de 2019 ouvre de nouvelles perspectives. Du Maroc au Yémen, les peuples aspirent toujours à des changements radicaux.

Correspondant du Monde à Beyrouth et pour le Proche-Orient depuis 2014, Benjamin Barthe répond à vos questions.

Nos articles sur les dix ans des « printemps arabes »



Via LeMonde Afrique

Continuer La Lecture

Afrique

l’Allemagne va utiliser le traitement vanté par Trump

Publié

sur


La pandémie a fait plus de 2,12 millions de morts dans le monde depuis la fin décembre 2019, selon un bilan établi par l’Agence France-Presse (AFP). Les Etats-Unis sont de loin le pays comptant officiellement le plus de morts (417 441), suivis par le Brésil (216 445), l’Inde (153 339), le Mexique (149 084) et le Royaume-Uni (97 329).

Quant à la vaccination, elle progresse de manière inégale. Au moins 61,7 millions de doses de vaccins ont été administrées dans le monde. Si 64 pays ou territoires ont entamé leur campagne de vaccination, treize d’entre eux concentrent plus de 90 % des doses injectées.

  • L’Allemagne va utiliser le traitement vanté par Trump

L’Allemagne va devenir le premier pays de l’Union européenne à utiliser le traitement expérimental à base d’anticorps de synthèse administré à Donald Trump. « Le gouvernement a acheté 200 000 doses pour 400 millions d’euros », a déclaré le ministre de la santé, Jens Spahn, ce qui représente 2 000 euros par dose, que les malades recevront gratuitement.

Deux déclinaisons de ce traitement à base d’anticorps « monoclonaux » seront utilisées dans des hôpitaux universitaires la semaine prochaine. Elles ont été approuvées en novembre aux Etats-Unis mais n’ont pas encore reçu le feu vert des autorités européennes de régulation.

  • La Suède interdit l’entrée depuis la Norvège

La Suède a interdit dimanche, pour trois semaines, l’entrée sur son territoire depuis la Norvège, après l’apparition d’un foyer de variant anglais du coronavirus près d’Oslo. La mesure entre en vigueur à partir de lundi 25 janvier minuit et jusqu’au 14 février, date à laquelle ont également été prolongées les interdictions d’entrée depuis le Royaume-Uni et le Danemark, annoncées le mois dernier.

« Comme les boutiques et les magasins d’alcool norvégiens sont fermés, il y a un risque que les Norvégiens viennent en Suède et contribuent à des contagions et à la constitution de regroupements », a affirmé le ministre suédois de l’intérieur, Mikael Damberg, lors d’une conférence de presse. Des exceptions, notamment pour les personnes habitant et travaillant en Suède, sont toutefois prévues.

  • Des milliers de manifestants contre les restrictions à Madrid et à Copenhague

Des manifestants contre les mesures restrictives liées au Covid-19, à Copenhague, le 23 janvier.

En Espagne, des milliers de personnes ont manifesté, samedi 23 janvier, dans le centre de Madrid contre les mesures restrictives du gouvernement pour contenir l’épidémie et ont dénoncé la « tromperie » d’un virus qui, selon certains manifestants, « n’existe pas ». Aux cris de « Liberté ! » et dans une ambiance hostile à la presse, des milliers de personnes ont défilé de la gare d’Atocha à la Plaza Colon.

De nombreux manifestants ne portaient pas de masques, malgré l’obligation légale de le porter en permanence sur la voie publique et au milieu de la troisième vague, qui a fait plus de 400 morts par jour cette semaine. Pour tenter d’enrayer la pandémie, le gouvernement a décrété un couvre-feu nocturne et la restriction de la mobilité entre les régions. Dans celle de Madrid, les hôtels doivent, désormais, fermer à 21 heures.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi A la frontière entre la France et l’Espagne, points de passage fermés et contrôles accrus

Une mobilisation semblable s’est déroulée également à Copenhague au Danemark, samedi en fin de soirée, où un groupe radical a organisé une manifestation antirestrictions, durant laquelle un mannequin à l’effigie de la première ministre, Mette Frederiksen, a été brûlé. Sept personnes ont été arrêtées parmi les quelques centaines rassemblées.

Baptisé « Men in Black Danemark », ce groupe actif sur Facebook organise des manifestations depuis plus d’un mois contre la « coercition » et la « dictature » du semi-confinement anti-Covid en place au Danemark. Malgré une tonalité radicale de manifestants vêtus de noir, l’essentiel du défilé s’est déroulé dans le calme, avec un important encadrement de police. Mais des tensions sont apparues lors de la dispersion de la manifestation, avec notamment des jets de bouteilles sur les forces de l’ordre.

  • L’Egypte entame sa campagne de vaccination

L’Egypte a entamé dimanche sa compagne de vaccination avec le produit du groupe pharmaceutique chinois Sinopharm, a annoncé samedi le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi. Le pays, le plus peuplé du monde arabe avec quelque 100 millions d’habitants, a reçu ses premiers lots de vaccins en décembre. Le laboratoire chinois affirme que son vaccin est efficace à 79 %.

La ministre égyptienne de la santé, Hala Zayed, avait, par ailleurs, précisé début janvier que son pays recevrait également des doses du vaccin du fabricant britannique AstraZeneca. L’Egypte a enregistré plus de 160 000 cas du Covid-19, dont 8 850 morts. Des responsables du secteur de la santé estiment, cependant, que du fait du faible nombre de tests, le nombre réel des contaminations pourrait être au moins dix fois supérieur.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Vaccins contre le Covid-19 : les laboratoires peinent à tenir la cadence
  • Brésil : l’Amazonas impose un confinement de sept jours

L’Etat d’Amazonas au Brésil, confronté à une nouvelle vague épidémique, a décidé samedi d’imposer un confinement et d’interdire la vente des biens non essentiels pour tenter d’endiguer une forte hausse des contaminations et des décès. Ces nouvelles mesures de restriction, qui font suite à dix jours de couvre-feu nocturne, seront en vigueur « pour sept jours à partir du 25 janvier », ont précisé les autorités locales dans un communiqué.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Brésil : le chef indigène Raoni porte plainte contre Jair Bolsonaro pour crimes contre l’humanité

Une seule personne par foyer sera autorisée à se rendre dans les établissements ouverts au public, et seules les livraisons de produits essentiels seront autorisées. L’Etat d’Amazonas, qui compte 4,2 millions d’habitants, souffre d’un manque d’unités de soins intensifs et d’oxygène.

Notre sélection d’articles sur le Covid-19

Le Monde avec AFP



Via LeMonde Afrique

Continuer La Lecture

Suggestion