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à Abidjan, la bulle immobilière éclatée par le coronavirus

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L’architecte d’intérieur Nicolas Dibo supervise les travaux d’aménagement d’un fast-food à Abidjan.

Sylvestre Akissi inspecte les vieux murs jaunis d’un appartement au troisième étage d’un immeuble de Blockhauss, village urbain d’Abidjan situé au bord de la lagune Ebrié. « On a encore quelques petits travaux à faire avant de le louer », explique-t-il en attendant des clients intéressés. D’habitude, lors d’une visite, la règle est de payer 5 000 francs CFA (7,50 euros) à l’agent immobilier. « Mais là, vu la période, on leur demande 1 000 ou 2 000 francs CFA, on est obligé de faire des efforts et d’être solidaires, c’est dur pour tout le monde », explique M. Akissi. Las, les clients finalement ne viendront pas. « C’est la galère », souffle-t-il.

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En devenant agent immobilier en 2016, Sylvestre pensait avoir flairé le bon filon. Dans un pays où la démographie bondit, les logements se construisent en pagaille et la demande explose. En 2018, les secteurs du BTP et de l’immobilier représentaient près de 7 % du produit intérieur brut (PIB) ivoirien et généraient officiellement 28 000 emplois déclarés. « Dans les faits, on est plutôt entre 150 000 à 200 000 travailleurs en comptant tous les journaliers de l’informel », estime Stéphane Affro, directeur général de Kaydan Groupe, l’une des dix plus grandes entreprises ivoiriennes du secteur.

Jusqu’en début d’année, Sylvestre Akissi a pu surfer sur la vague immobilière, enchaînant les visites, les locations et les ventes de studios modestes d’Abidjan, aux loyers chaque année plus élevés. « Avant le mois de mars, ça n’arrêtait pas : cinq à six visites par jour rémunérées 5 000 francs chacune, se souvient-il. Aujourd’hui, c’est une ou deux les bons jours. » Et lorsqu’il trouve preneur, l’agent se voit obligé de convaincre le propriétaire de réduire le loyer « en moyenne de 10 % », et de diminuer les cautions à trois ou quatre mois du loyer au lieu de cinq.

« Paiements élastiques »

En réalité, tout le monde ne connaît pas la crise. Pour les nombreux entrepreneurs libanais d’Abidjan, très présents dans le riche quartier de la Zone 4 où les logements poussent comme des champignons, la crise économique actuelle au Liban et les restrictions bancaires qui en découlent ont freiné les rapatriements de capitaux et favorisé l’investissement en Côte d’Ivoire. Les fleurons locaux et les PME ivoiriennes très structurées ont aussi réussi à se maintenir à flots grâce aux aides de l’Etat et à des prêts bancaires.

Mais les très petites entreprises comme celle de Sylvestre Akissi ont subi de plein fouet la crise économique déclenchée par la pandémie de Covid-19. Tout comme celles qui avaient décroché des commandes publiques. « Entre les aides étatiques et un gouvernement en campagne politique, la trésorerie du gouvernement a du mal à suivre, les délais de paiement sont plus élastiques et les chantiers ralentissent », pointe le DG de Kaydan Groupe.

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Après des mois difficiles, l’activité a un peu redémarré, bénéficiant d’une petite fenêtre entre un virus qui marque le pas – 122 morts et moins de 200 cas actifs dans le pays – et une élection présidentielle le 31 octobre qui inquiète une grande partie de la population. L’architecte d’intérieur Noël Dibo en a profité pour reprendre ses chantiers là où ils avaient été interrompus. Ce matin, il finalise l’aménagement d’un restaurant appartenant à un célèbre fast-food américain. « La majorité du mobilier venait de l’étranger : Portugal, Italie, Chine…, énumère-t-il. Avec la fermeture des frontières, on n’a rien pu commander et tout s’est arrêté. » L’entrepreneur a dû se séparer de cinq de ses employés pour pouvoir continuer à payer les charges. Celui qui est aussi président du Conseil national des architectes d’intérieur de Côte d’Ivoire rapporte que certains de ses confrères ont même dû fermer leur cabinet. « Ça a été très, très catastrophique », répète-t-il.

L’architecte estime même que la crise économique actuelle fait plus de mal à certains spécialistes du secteur que les dernières crises politiques. « Même si la volonté y est, quand tu n’as pas l’équipement, tu n’as pas de travail, et donc pas de salaire », poursuit-il. Aujourd’hui, seuls les travaux en cours se poursuivent, les mises en chantier sont reportées à 2021.

« Cash dans la brique »

Pour Madame Koffi, conductrice de travaux dans une entreprise de bâtiment, la petite reprise ne s’est pas réellement fait sentir. Alors que sa société avait connu une très belle année 2019 avec un chiffre d’affaires de 1,5 milliard de francs CFA (près de 2,3 millions d’euros), tout s’est écroulé. « On a perdu de beaux contrats, les travaux devaient démarrer mais ils n’ont pas été reprogrammés. Le chiffre d’affaires sera divisé par trois cette année », révèle-t-elle, amère.

Et à mesure que l’élection présidentielle se rapproche, l’espoir d’un rebond s’éloigne. « Tout le monde hésite à investir à présent, les clients disent qu’ils veulent attendre d’avoir une bonne visibilité et c’est normal », abonde-t-elle. Stéphane Affro résume : « En cette période, il vaut mieux avoir du cash en main que du cash dans la brique. »

Episode 6 En Centrafrique, le coronavirus fait perdre au diamant de son éclat

Le seul investissement qui marche, remarque Fernand Samson, agent immobilier à Abidjan, « ce sont les logements sécurisés et accessibles ». Des appartements de deux ou trois pièces avec enceinte de propriété rehaussée, pourquoi pas sertie de barbelés, et gardien à l’entrée comme cela se fait de plus en plus. Dans plusieurs localités du pays, des pillages et des incendies ont déjà eu lieu, rappelant les années de crise et les vieux réflexes. Si la tourmente politique actuelle parvient à être jugulée, les plus optimistes espèrent un retour à la normale dès la fin novembre.

Sommaire de la série « L’économie africaine face au Covid-19 »



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L’« affaire des diamants », le boulet du septennat giscardien

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Valéry Giscard d’Estaing, mort mercredi 2 décembre à l’âge de 94 ans, savait manier la litote avec talent. Il en fit la démonstration à propos de sa passion pour le continent africain, ses charmes et ses mystères, ses rites et ses intrigues : « C’est vrai que j’aime l’Afrique. Cet amour a eu des conséquences sur le cours de ma présidence », écrivait-il en 1991, dans Le Pouvoir et la vie, L’Affrontement, deuxième tome de ses Mémoires. De fait, l’Afrique provoquera, pour une bonne part, son échec de 1981.

Cette passion se noue en 1970, à l’occasion d’une première « expédition de chasse » en République centrafricaine, sur la trace des élans de Derby, ces grandes antilopes si habiles à échapper aux pisteurs. Alors ministre de l’économie et des finances, il y retournera en 1971 et en 1973, puis à deux reprises durant son septennat, en 1976 et 1978.

Il y découvre « cet immense continent, maternel et immuable, exactement semblable à ce qu’il était avant l’apparition de l’homme ». « J’étais à ce point séduit, ensorcelé peut-être, que parfois, le soir, avant de m’endormir dans ma chambre de l’Elysée, je m’imaginais y revenir pour un long séjour de plusieurs mois, lorsque j’aurais quitté ma fonction », confesse-t-il dans ses Mémoires.

Le sacre l’empereur financé par la France

Il apprend aussi à y connaître l’extravagant et redoutable président centrafricain, le maréchal Jean-Bedel Bokassa, qu’il gratifiera d’un mémorable « mon cher parent », lors de son premier voyage de chef d’Etat en terre africaine, en mars 1975. Dès lors, les frasques et les ruses de Bokassa ne cesseront d’empoisonner le septennat giscardien. En décembre 1977, quand bien même le président français n’y assiste pas, la France finance ainsi, sans compter, le sacre ridicule de l’empereur autoproclamé Bokassa 1er.

Jean Bedel Bokassa accueille Valéry Giscard d'Estaing sur le tarmac de l'aéroport de Bangui en République centrafricaine, en mars 1975.

Pis, en janvier 1979, une manifestation de lycéens dans la capitale centrafricaine est réprimée violemment et fait des dizaines de morts. Paris élude pendant des mois avant de se rendre à l’évidence : Bokassa a participé lui-même à la mise à mort de plusieurs lycéens en détention. Traitée de « protectrice du bourreau de Bangui » dans les colonnes du Monde, la France se doit de réagir. Quelques mois plus tard, en septembre, ce sont les militaires français de l’opération « Barracuda » qui détrônent l’empereur centrafricain et installent David Dacko à sa place.

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de la tradition à la loi, la lente marche des femmes vers l’émancipation

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Des femmes se rendent au marché de la ville d’Udier, au Soudan du Sud, en mars 2019.

La nuit tombe sur Juba, la capitale sud-soudanaise. Dans le studio d’Advance Youth Radio, Eva Lopa conclut Gender Talk 211, son émission hebdomadaire. Concentrée, elle salue ses invitées, une lycéenne poète et une représentante d’Okay Africa Foundation, qui viennent de discuter une heure avec les auditeurs. Les protections périodiques inabordables et le manque d’équipements sanitaires dans les établissements scolaires étaient au programme de ce rendez-vous où l’on parle de la place des femmes dans la société, de leur contribution à la lutte de libération du Soudan du Sud ou encore des règles.

Les micros coupés, la discussion continue ce soir d’octobre, car les règles, et la façon dont leur arrivée est perçue, en disent long sur le sort des filles au Soudan du Sud. « Ici, on est considérées comme mariables dès qu’on a nos règles ! », lance Kiden, d’Okay Africa Foundation, une ONG sud-soudanaise qui défend les droits des femmes. « Et les filles mariées avant l’âge, personne ne les écoute, elles n’ont pas de voix » renchérit Anek, la lycéenne.

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Parfois, son ONG a même du mal à apporter son soutien car « les victimes refusent notre aide pensant que, puisque c’est la culture, c’est acceptable », déplore Kiden, qui se bat pourtant pour faire évoluer les mentalités dans ce pays où 52 % des filles ont été mariées avant leurs 18 ans (chiffre des Nations unies en 2017), et où seulement 1,3 % d’entre elles sont encore scolarisées à 16 ans contre 10,3 % des garçons du même âge (chiffre des Nations unies en 2018).

Le Soudan du Sud s’est pourtant doté d’un arsenal juridique favorable à l’égalité des sexes. La Constitution – transitoire – garantit dans son article 15 qu’« aucun mariage ne soit entrepris sans le consentement libre et entier de l’homme et de la femme ayant l’intention de se marier ». Très fort, le texte oublie quand même de poser un âge légal et se réfugie derrière un « âge mariable »…

« Une épouse et une mère »

Or, la Convention des droits de l’enfant, qui fixe cet âge légal de mariage à 18 ans, et la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination contre les femmes (Cedaw) ont beau être venues compléter ce texte fondateur, elles n’ont pas vraiment fait avancer les mentalités.

Aujourd’hui encore, « une fillette grandit ici pour devenir une épouse et une mère », résume Eva Lopa. D’ailleurs, la journaliste se souvient comment son père, le journaliste légendaire Alfred Taban, disparu en 2019, la poussait à « devenir pilote, astronaute… tout ce dont je rêvais. Ma mère, elle, s’inquiétait que je ne sache pas cuisiner et se demandait comment j’allais trouver un mari… ». Aujourd’hui, avec ses amies, Eva Lopa « anime des conversations sur le fait qu’il faut éduquer les filles et les garçons de la même manière, pour donner de l’espoir aux jeunes ».

Lire l’analyse : Au Soudan du Sud, la guerre sans fin des éleveurs surarmés

Fondatrice de la plate-forme Gender Talk 211, Aluel Atem, se souvient que ces « espaces de soutien et de discussions en ligne » ont d’abord eu pour but de « répondre aux attaques et au harcèlement » dont certaines étaient victimes du fait de leur positionnement féministe.

Autrice d’un blog, militante de terrain et sur les réseaux, consultante pour diverses organisations dont l’United States Institute of Peace (USIP), Aluel Atem est née pendant la seconde guerre civile soudanaise (1983-2005), dans un camp de réfugiés en Ethiopie, de parents tous deux engagés aux côtés de John Garang dans le Mouvement de libération du peuple du Soudan (Splam), qui a signé l’accord de paix global en 2005 avec Khartoum, ouvrant la voie à l’indépendance du Soudan du Sud en 2011.

Le lévirat, une pratique courante

« Je tiens ma flamme de ma mère, qui était membre du Katiba Banat [“le bataillon des filles” en arabe]. Des jeunes femmes perçues comme des parias de la société à force de défier les stéréotypes », raconte la blogueuse pour qui cette participation des femmes à la lutte de libération « est le chapitre manquant » de l’histoire officielle du pays.

Les femmes y ont pourtant joué un rôle significatif, comme le rappelle Esther Soma, autrice d’un rapport publié en mars par l’ONG Oxfam sur la participation des femmes dans les processus de paix au Soudan du Sud. « Quand la lutte de libération a commencé, beaucoup d’hommes sont partis se battre et, si officiellement les femmes ont pris en main le foyer, certaines sont aussi allées au combat, explique-t-elle. Elles ont formé des associations humanitaires pour soutenir la rébellion et subvenir à leurs propres besoins. Une fois les négociations de paix entamées, elles ont demandé à être incluses. »

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Mais là encore, la réalité ne suit pas les textes. Car si un quota de 25 % de participation des femmes au gouvernement a bien été inscrit dans la Constitution du Soudan du Sud en 2005 (passé à 35 % en 2018), il n’est pas respecté.

L’historienne Stéphanie Beswick estimait en 2001 que « l’échec relatif des pratiques traditionnelles, du fait de la guerre civile » a aussi été un facteur de transformation des rapports de genres dans le pays. Ce fut le cas du lévirat, également désigné par l’expression « Wife Inheritance » (« héritage d’épouse »). Cette pratique courante au Soudan du Sud veut que lorsqu’un homme décède, sa veuve n’a d’autre choix que d’être « remariée » à son frère ou à un autre membre masculin de la famille de son mari, qui hérite aussi des biens et des enfants du défunt.

Polygamie et système de la dot

Cette tradition, qui au départ voulait assurer « qu’une femme ne soit jamais sans mari pour s’occuper d’elle et de ses enfants » a été mise à mal dans les années 1990. Des veuves sud-soudanaises réfugiées dans le nord du Kenya, loin de leur belle-famille et livrées à elles-mêmes après la disparition de leurs maris, ont remis en cause le modèle. Ensuite, les « nouvelles cultures étrangères apportées par les ONG » se sont engouffrées dans la brèche, analyse l’historienne.

Mais il reste un long chemin car, bien qu’atténuées, ces « normes culturelles patriarcales oppressives sont toujours en place », déplore Aluel Atem, qui pointe justement du doigt le lévirat, encore largement appliqué, tout comme la polygamie et le système de la dot. Cette dernière coutume « fait que la communauté exerce un droit sur les femmes, en est propriétaire », précise-t-elle.

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Calculée en bétail chez les Dinka, les Nuer et nombre d’autres ethnies sud-soudanaises, la dot est payée par la famille élargie du marié à celle de son épouse. Si cette dernière souhaite plus tard divorcer, elle doit obtenir l’aval de ses parents, oncles, frères, voire cousins pour qu’ils « remboursent » cette dot. Ce qui rend les divorces très difficiles.

Largement relayée sur Internet et dans les médias internationaux, l’histoire du mariage de Nyalong Ngong Deng, jeune fille originaire de Yirol qui avait 16 ou 17 ans en 2018, illustre à elle seule l’écart entre les normes en vigueur dans les villages et les lois du pays. La famille de Nyalong avait entamé les négociations traditionnelles en vue de son mariage et six hommes étaient en compétition pour l’épouser.

« Des marchandises communautaires »

Tout cela se passait dans la sphère privée d’une famille, d’un clan avant que la publication sur Facebook d’une photo de Nyalong, détaillant les offres de dot record des différents aspirants, ne fasse scandale. Une femme « mise aux enchères de façon barbare sur Facebook » ont alors titré plusieurs sites d’information.

Eva Lopa, qui s’était d’ailleurs engagée dans la campagne pour sauver Nyalong, se souvient avoir dû affronter les défenseurs d’une certaine idée de la culture sud-soudanaise. D’ailleurs, malgré l’émotion suscitée, personne n’a empêché le mariage de la jeune fille à l’homme d’affaires Kok Alat, âgé de 50 ans, moyennant une dot de 500 vaches, 3 véhicules V8 et 10 000 dollars.

En avril 2019, suite au meurtre d’une jeune fille ayant refusé un mariage arrangé, Amnesty International avait à nouveau tenté d’attirer les regards, dénonçant « cette pratique patriarcale » qui traite les filles comme « des marchandises communautaires ».

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Face à ces résistances, Victoria John Angelo, une célibataire de 27 ans, veut garder espoir. Gérante d’un hôtel-restaurant à Juba, et également en charge des activités de consolidation de la paix dans son village d’origine, Terekeka, à 80 kilomètres au nord de Juba, pour la Whitaker Foundation, c’est elle qui subvient aux besoins de ses deux frères et sœurs, de sa mère et d’une jeune femme qu’elle a sauvée d’un mariage forcé.

La jeune femme note un changement suite aux ateliers et discussions conduits dans les villages. Etant elle-même un exemple de femme indépendante, éduquée, capable de gagner de l’argent en travaillant, elle vante les mérites d’envoyer les filles à l’école plutôt que de les marier, rappelant qu’« elles pourront ainsi acheter des vaches avec leur salaire ». Une petite musique qui s’installe doucement, certes, mais où chaque victoire est un destin de femme changé.



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comment la recherche tente de décrypter nos perceptions

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En juin, Emmanuel Macron accusait en bloc « le monde universitaire », « coupable » selon lui d’« encourage[r] l’ethnicisation de la question sociale », et de conduire au séparatisme. Ce qu’a repris à son compte, le 25 octobre, le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer. Pour l’historien Pap Ndiaye, auteur en 2008 de La Condition noire. Essai sur une minorité française (Calmann-Levy, disponible en poche), « les positions de recherche se trouvent caricaturées, jusqu’à emprunter au vocabulaire de l’extrême droite, comme l’islamo-gauchisme. On n’est plus dans le débat, mais dans l’anathème », estime-t-il. Mais que se passe-t-il vraiment dans l’université ?

Episode 1 François Gemenne : « L’universalisme français a perdu sa dimension universelle et cosmopolite »

Des intellectuels, des chercheurs ou des psychanalystes reprochent au recours à la « race » d’occulter les luttes sociales traditionnelles et d’essentialiser les communautés, comme cela a pu être le cas de certains militants radicaux telle Houria Bouteldja, auteure du très controversé Les Blancs, les Juifs et nous (La Fabrique, 2016). La majorité des travaux sur la race restent toutefois prudents et aussi paradoxal que cela puisse paraître, renvoient non pas à une réalité biologique sur laquelle tout le monde s’accorde pour dire qu’elle n’existe pas, mais bien à une catégorie sociale.

« Désigner la position sociale »

« Quand on utilise les expressions personnes non blanches ou personnes blanches », écrit dans Race (Anamosa, 2020) Sarah Mazouz, sociologue chargée de recherches au CNRS, on ne cherche pas à caractériser la couleur de peau, mais à désigner la position sociale que les unes et les autres occupent en fonction de la manière dont les processus de racialisation opèrent dans un contexte particulier. Travailler sur la racialisation permet ainsi de voir par exemple que, selon les contextes, toutes les personnes qui ont la peau blanche ne sont pas catégorisées comme telles et ne bénéficient pas des privilèges qui reviennent à celles et ceux définis comme blanc.he.s. » Raison pour laquelle ces travaux ne parlent pas « des » Noirs ou « des » Blancs, mais de la condition noire ou de la condition blanche. Aux Etats-Unis, par exemple, les Irlandais ou les Italiens ont longtemps été exclus des Blancs, ainsi que le détaille dans son Histoire des Blancs l’historienne Nell Irvin Painter (Max Milo, 2019). Car être « blanc », signifiait être en position de domination.

Episode 2 Lilian Thuram : « Pour ne pas avoir conscience qu’il y a un privilège blanc, il faut être blanc »

Dans l’ouvrage De quelle couleur sont les Blancs dirigé par Sylvie Laurent et Thierry Leclère (La découverte, 2013), quand on demande à l’historien Gérard Noiriel « qu’est-ce qu’être blanc ? », il répond que cette question « n’a rien de scientifique ». Et à ses yeux, « la racialisation du discours public contribue à l’enfermement identitaire de la fraction déshéritée de la jeunesse populaire. Privés de toute possibilité de diversifier leurs appartenances et leurs affiliations, ces jeunes intériorisent un vocabulaire racial qu’ils n’ont pas inventé, mais dans lequel ils se reconnaissent, ce qui explique qu’ils puissent se représenter le monde social de manière binaire et ethnicisée ». Ce qui signifierait donc bien une ethnicisation de la question sociale, celle-là même que le chef de l’Etat dénonçait en juin et à laquelle, selon Gérard Noiriel et Stéphane Beaud dans une tribune publiée dans Le Monde, il aurait lui-même contribué en employant à plusieurs reprises l’expression de « mâle blanc ». Reste qu’à partir des mêmes contenus, l’analyse peut aussi différer…

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